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Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir, je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux, j'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblab (...)
«Comme Pierre, je redoutais le confort, la tiédeur, plus encore que le malheur. Nous étions immatures, j'en ai bien conscience, on me le dit, ici, le tribunal le répétera, voués à ne pas grandir, rivés à l'adolescence : mais cela aussi, nous l'avions choisi.»
Dans L'isolée, de la prison où elle est incarcérée, Margot relate son parcours : son enfance provinciale et catholique dans la ville de N., son arrivée à Paris et, surtout, sa rencontre avec Pierre lors des grèves de 1995, le militantisme gauchiste (...)
Je ne sais pas quand je me suis dit pour la première fois «mon père est fou», quand j'ai adopté ce mot de folie, ce mot emphatique, vague, inquiétant et légèrement exaltant, qui ne nommait rien, en fait, rien d'autre que mon angoisse, cette terreur infantile, cette panique où je basculais avec lui et que toute ma vie d'adulte s'employait à recouvrir, un appel de lui et tout cela, le jardin, le soir d'été, la mer proche, volait en éclats, me laissant seule avec lui dans ce monde morcelé et muet qui était peu (...)
La laideur résiste au témoignage comme à la réflexion.
À travers elle se révèle l'envers du corps et du décor, la face obscure du réel. Dans cette expérience, l'effroi se mêle à la fascination. De grandes figures, philosophiques, légendaires, littéraires, de laids et de laides témoignent de cette étrange inversion : le pouvoir de séduction de la Vellini de Barbey, de la Bérénice d'Aragon, des laides stendhaliennes tient au jeu, en elles, de la vie, du mouvement, du souvenir et de la passion, plus gracieux (...)
"Je raconterai plus tard quand et comment j'ai fait l'apprentissage de la violence, découvert ma laideur", écrivait Sartre dans Les mots.
Cette histoire, on ne la lit nulle part. La littérature a engendré des monstres sublimes et des bouffons difformes, des Caliban, des Thersite et des Quasimodo, mais la laideur banale, celle sur laquelle les regards glissent et les promesses se brisent, elle s'en est peu souciée. Elle l'a abandonnée aux contes, dont les vilains petits canards, les miroirs flatteurs et l (...)