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  • Le choix des libraires : Balancé dans les cordes (1 choix) - Jérémie Guez - la Tengo éditions, Paris, France - 14/07/2012

A la suite de «Paris la nuit», l'attente était grande à l'égard de Jérémie Guez. Un premier roman prometteur, dénotant un goût prononcé pour une écriture au cordeau, une phrase sèche et concise qui vous claque entre les doigts. Retrancher, couper, saisir l'essentiel jusqu'à l'épure. Jusqu'au ravissement d'une écriture toujours sur la brèche. «Balancé dans les cordes» nous le confirme pleinement ; Jérémie Guez cisèle une oeuvre au noir dont l'ascèse n'est pas sans évoquer les grandes figures du genre. Et de discipline du corps - et de l'esprit - il en est justement question avec le personnage de Tony. Ce jeune boxeur talentueux est sur le point de réaliser son rêve en passant professionnel. La promesse d'un monde meilleur pour celui qui vit dans une cité du 93 auprès d'une mère à la dérive, dans cet univers de tensions et de béton contrastant avec les douceurs interlopes d'un Paname aux effluves indéniablement restitués. Si Tony a réussi à échapper au trafic de drogue, à l'attente dans ces cages d'escaliers pourries parfumées au shit et à l'urine, il le doit à la boxe que son oncle lui a fait découvrir. Un homme que Tony déteste mais qui a toujours été là pour sa soeur et son neveu. Protéger les siens, Tony aurait souhaité pouvoir le faire. Parce qu'il n'a pu éviter que sa mère ne se fasse tabasser par un dealer, le jeune homme va se tourner vers Miguel, un gros caïd de la zone Nord de Paris, afin que celui-ci le venge. Un service que Tony devra «rembourser», dans les larmes et le sang. Accentuant la pression à chaque phrase, resserrant l'étau autour de Tony, Jérémie Guez fait de ce personnage le corps - au propre comme au figuré - du texte, affûté et percutant. «Balancé dans les cordes» vous vrille l'estomac et vous maintient ferré au bout de cette ligne de conduite dont la seule signification est l'écriture même.


  • Le choix des libraires : Cannisses (1 choix) - Marcus Malte - Editions In8, Serres-Morlaàs, France - 14/07/2012

«La foudre nous a frappés. Le malheur. Nous et pas eux. Ça se joue à si peu de choses : le même lotissement, la même rue, mais pas le même numéro. Pair ou impair. On n'a pas misé sur le bon. C'est ma faute, je le reconnais. Mais permettez-moi de croire que tout n'est pas complètement perdu.» Tout, peut-être pas, mais la raison sûrement. L'homme qui se livre ainsi a perdu pied, un homme empli de douleur et d'incompréhension face au décès de sa femme, Nadine. Deux mois déjà que la maladie l'a emportée, laissant ce mari sans emploi gaver de gaufres ses deux jeunes fils dans leur pavillon de banlieue. Si la perte d'un être cher nous fait aborder un continent de douleur difficilement cartographiable, Marcus Malte tire profit du format court et ramassé de la novella pour établir un vertigineux plan de coupe. Vertigineux et angoissant. Passant ses journées à observer le voisinage, l'homme ne tarde pas à porter toute son attention sur la maison d'en face. Un couple et leur fille y renvoyant l'insoutenable image d'un bonheur qui aurait pu, aurait dû être celui de Nadine et de son mari. Maison témoin abritant un couple-bonheur témoignant du malheur d'en face. Pourquoi est-ce tombé sur eux ? «Cannisses» expose avec justesse toute l'étendue d'une psychose, la lente descente aux enfers de cet homme habité par son obsession envers un lieu épargné; la maison du bonheur qui le nargue et qu'il souhaiterait faire sienne. Pour s'éloigner du mal, conjurer le sort. «Je me suis demandé si ce n'était pas la maison, tout simplement. J'avais vu un film, il y a longtemps, une histoire de malédiction ou quelque chose comme ça. Je me demande si ça peut exister. Si on avait habité en face et eux ici, qu'est-ce qui ce serait passé ?» En lisant le texte de Marcus Malte l'effarement s'empare de nous et toute l'horrifique puissance de «Cannisses» vient se révéler dans le contraste d'une écriture en rupture de démonstration face au délire de cet homme.


  • Le choix des libraires : Apportez-moi Octavio Paz (1 choix) - Federico Vite - Moisson rouge-Alvik, Paris, France - 14/07/2012

Que le rire soit une arme de destruction massive, cela ne fait aucun doute. Encore faut-il avoir la dextérité d'un artilleur hors pair comme Federico Vite. Son court roman «Apportez-moi Octavio Paz» est tout simplement décapant ! Si l'on songe à la somme des protestations qu'il faudrait formuler afin de dénoncer les «dysfonctionnements» du système judiciaires qui frappent le Mexique, le texte de Federico Vite n'en apparaît que plus tonitruant de concision. De l'intrigue policière le roman bascule dans la farce en faisant la satire tragi-comique d'une police cynique et corrompue, non sans mettre en exergue le rôle populiste et dévastateur des médias. Ainsi lorsque le corps du jeune Rogelio est découvert, les enquêteurs règlent l'affaire instantanément en désignant sa mère, Nadia, comme étant la meurtrière. Et afin de donner un peu de relief - une bonne histoire bien ficelée pour une presse avide de sensationnel - les flics-tortionnaires décrètent que le médecin-légiste est le complice de Nadia. Et pourquoi pas ! Le commandant Ojeda n'ayant plus qu'à modifier son rapport pour accréditer cette version des faits. La chose sera vite réglée en échange d'un petit service. Une broutille puisqu'il s'agit de faire enlever le poète Octavio Paz afin qu'il aide le commandant à parachever son Grand Oeuvre : le roman dont Nadia est l'héroïne. Rien que ça ! Décidément Federico Vite ne respecte rien. S'attaquer au prix Nobel mexicain (le seul, l'unique), à cette statue du Commandeur qui est l'orgueil de son pays, voilà bien un crime de lèse-majesté. D'autant que l'Octavio Paz de fiction aidera tant et si bien Ojeda dans son travail d'écriture - le secret étant de bien analyser la série des Simpson ! - qu'il finira par voler le fameux manuscrit et en revendiquer la paternité face à un parterre de journalistes béats d'admiration.
Fable cruelle et absurde, féerie noire et baroque, «Apportez-moi Octavio Paz» ose s'en prendre à l'Intouchable pour mieux dénoncer la vilenie de certains piliers de la société. Censuré au Mexique sous l'impulsion de la veuve du poète nobélisé, ce roman démontre que l'on peut rire de tout à défaut d'en rire avec tous.


  • Le choix des libraires : Le hold-up des salopettes (1 choix) - Jérémy Behm | Marc Behm - Rivages, Paris, France - 14/07/2012

Vous vous sentez d'humeur maussade ? Un peu déprimé peut-être ? Les éditions Rivages ont pensé à vous : leur remède s'intitule «Le hold-up des salopettes». Reprenant un scénario de son grand-père, Jérémy Behm signe une novélisation inventive, aux péripéties loufoques, le tout agrémenté de dialogues à la fois justes et souvent désopilants. Un texte qu'Elmore Leonard ne jugerait pas utile de réécrire.
Vincent Cronyn est libraire, inconditionnel de Shakespeare et doté d'un humour peu commun. Le genre de type qui s'accroche au pinceau une fois l'échelle retirée. Et pour s'accrocher, Vince va effectivement rivaliser avec le plus acharné des morpions. Suspecté d'avoir abattu Bruno Vanick - dit «L'Imprenable», vraie légende dans le monde des braqueurs ?, le gars Vince réussit tout de même à convaincre l'inspecteur Gustav Holt de son innocence. A moins que Holt ne se serve de Vince comme appât... Parce qu'au cas où vous ne le sauriez pas, les deux millions de dollars du dernier casse de Vanick n'ont jamais été retrouvés. Et croyez-moi, même au bout de vingt ans, c'est fou comme certains y pensent encore. Avec des tueurs hindous aux trousses (qui parfois ?agitent la tête comme des émeus sur un rocher ?), un parrain de la mafia plutôt old school, une catcheuse olympique et un insaisissable sniper, Cronyn va devoir la jouer serré. Tandis que son ex s'empresse de lui faire parapher l es papiers du divorce, le libraire découvre les charmes d'Elsa Kramer qui aimerait bien avoir le fin mot de cette histoire. Et pourquoi pas en faire le sujet de son prochain best-seller ? !
Coup de blues ou pas, n'hésitez plus quant à votre prochaine lecture. Elsa Kramer a sacrément raison : même un dépressif suicidaire n'arriverait pas à s'ennuyer en compagnie de Vince. Accrochez-vous, Jérémy Behm retire l'échelle.


En ce mois d'octobre 1976, le climat maritime est des plus tempétueux au large de Concarneau et l'atmosphère dans les terres plutôt houleuse. La jeunesse lorientaise, peu encline aux louanges giscardiennes tressées dans les pages de Paris-Match, subit sans cesse les contrôles policiers synonymes de l'étouffement et de l'enfermement qui règnent. Une vie qui ne convient plus à Yann Le Flanchec, bien décidé à changer de cap. Sur un coup de tête, ce jeune homme épris d'une humanité radicale, rejetant l'hypocrisie et le conformisme bourgeois, décide de s'embarquer comme marin pêcheur à Doëlan. Pour Claire, sa compagne, c'est à prendre ou à laisser. Voyant son homme s'éloigner, l'étudiante aux Beaux-Arts commence sérieusement à perdre pied face aux assiduités malveillantes de l'un de ses camarades. Un déchaînement des âmes, «Ne laisse pas la mer t'avaler» l'est tout autant du côté des éléments. Déployant la puissance de son vécu, Alain Jégou nous donne à voir cet océan démonté déversant avec un ancestral acharnement ses paquets à bord du Skrilh-Mor où Yann - le gars de la ville - apprend vite l'urgence de la tâche à accomplir, au péril de sa vie. Pour Yann c'est la rencontre d'un quotidien abrupte et ignoré dont les descriptions à la fois amoureuses et empreintes de respect nous rapprochent de ses frères de misère plongés dans la tourmente. A travers le couple Yann/Claire, nous nous retrouvons ballottés entre terre et mer, des passions exacerbées des «terriens» à l'étendue furieuse et dantesque des marins. De toutes parts, nous sentons que les choses peuvent basculer. D'une manière ou d'une autre.
Sous l'impulsion du souvenir et d'une écriture du ressenti, Alain Jégou convoque les fantômes poignants d'une époque engloutie, un monde de fracas et de tabac brun où le «Flamenco Sketches» de Miles Davis s'échappe au-dessus du tumulte en d'apaisantes volutes.


  • Le choix des libraires : Le Bloc (5 choix) - Jérôme Leroy - Gallimard, Paris, France - 14/07/2012

Souvenirs de France : Antoine Maynard - devenu fasciste à cause d'un sexe de fille -, ou bien à cause d'un dandysme mal placé, Antoine Maynard le lettré, la plume du Bloc, noie ses souvenirs dans la vodka en cette nuit qui verra l'entrée au gouvernement de nombreux ministres d'extrême droite. La consécration pour sa femme, Agnès Dorgelles, l'héritière qui est parvenue à «dédiaboliser» le parti du Trident. La paupérisation galopante, la désintégration du tissu social et l'incurie d'une classe politique toujours prompte à favoriser les nantis ont précipité la balkanisation d'une société trouvant refuge dans le repli communautaire. Dans ce contexte, la moindre étincelle signifie l'embrasement. Et lorsque celle-ci s'annonce, le Chef historique du Bloc, Roland Dorgelles, sent que l'heure de son parti a enfin sonné.
En cette même nuit, Stanko, l'ami, le protégé, le skin paumé nourrit de misère et de violence, sait également que son heure est arrivée. Mais pour lui ce sera la dernière. Le Bloc doit désormais afficher une certaine respectabilité en vue de la prochaine présidentielle et le responsable de la garde prétorienne du Bloc être éliminé. Pour lui s'annonce une nuit des Longs Couteaux.
«Le Bloc» de Jérôme Leroy nous fait pénétrer dans les entrailles de la peste brune, au sein d'un mouvement charriant la haine et les dissensions. La complexité de ce parti est palpable à travers la structure narrative du récit où un chapitre dans la tête d'Antoine vient répondre à celui qui nous met dans la peau de Stanko, comme un balancier oscillant de l'intellectuel idéologue (milieu bourgeois, petit-fils de résistant communiste) à la brute épaisse (fils d'ouvrier sacrifié sur l'autel de la nouvelle compétitivité). D'un parcours l'autre. Des surgeons de la France Pétainiste, tendance Drieu la Rochelle, aux enfants du premier choc pétrolier emplis des désillusions du «tournant de la rigueur» ; le spectre d'un électorat protéiforme.
De ces deux personnages, le roman de Jérôme Leroy tire une réelle puissance d'évocation soulignant la rhétorique programmatique de cette extrême droite qui depuis des années réussit à démonétiser le discours lénifiant et fataliste de nos social-démocraties.


Loin de nous défier des sentiments et de l'émotion - trop souvent instrumentalisés au cours de l'Histoire -, nous devrions les appréhender comme pourvoyeurs de connaissances et d'idées, capables de faire passer en contrebande un enthousiasme lucide, un espoir clairvoyant. C'est ainsi que Barouk Salamé place son roman «Une guerre de génies, de héros et de lâches» sous l'égide de la fiction éclairée afin d'établir la genèse intellectuelle et spirituelle de son commissaire-philosophe, Serge Sarfaty. Issu d'une grande famille juive nationaliste de Constantine, «une famille de déicides, de mécréants et d'insensés» selon la synagogue, Serjoun sera le témoin actif d'une guerre d'Algérie qui ne cessera de se complexifier pour aboutir à une indépendance empoisonnée.
Faisant de son enfance un poste d'observation et une source d'enseignements privilégiés, le jeune garçon (un surdoué nourri au débat d'idées et à la sagesse visionnaire d'une grand-mère engagée) nous rapporte les horreurs du conflit colonialiste mais aussi et surtout les luttes intestines au sein même des oppressés. Accords, trahisons, complots et propagande jalonnent ainsi «la guerre dans la guerre» qui oppose les messalistes et le FLN, enfermant l'Algérie dans un espace orwellien où certains se jugent plus indépendantistes que les autres.
Ce récit initiatique d'un personnage depuis lors en quête de vérité s'apparente effectivement à «un roman policier un peu hérétique» n'abordant pas le crime du côté de l'exégèse. Et pourtant, le crime est partout présent. La sensibilité philosophique, l'émotion et l'humanisme érudit qui imprègnent ces pages dessinent en effet la silhouette d'un corps social mort-né, disent la disparition d'un État laïc, le deuil du multiculturalisme que cette révolution «semée par des génies, arrosée par le sang des héros et moissonnée par des lâches» laissait espérer.


«Le crépuscule des gueux» relève à l'évidence du polar («Un crime mystérieux, graduellement éclairci par les raisonnements et les recherches d'un policier.», selon la définition de Régis Messac). Tout comme il apparaissait évident aux yeux du commissaire Landier de «Vice repetita» que le pauvre Leyrat était l'assassin. Cependant Hervé Sard se joue des évidences. Vous pensez suivre les méandres d'une enquête, assembler les pièces d'un macabre puzzle avec «trois mortes, dont deux graves» retrouvées sur des voies ferrées en banlieue parisienne, et au fil des pages vous vous sentez happé par les personnages, par cette peinture sociale qui remet en cause vos certitudes. En découvrant les gueules qui peuplent le «quai des Gueux» où se situe l'essentiel de l'action, des images d'exclus vous reviennent en mémoire. Mais qui sont-ils ? Qui est réellement Luigi ? D'où vient Capo ? Et Krishna, est-il aussi hors du monde que cela ? Car si l'enquête ramène toujours la police dans ce campement, nos questions portent essentiellement sur la vie de ces hommes et de ces femmes. Hervé Sard se joue des codes du polar pour mieux nous plonger dans un quotidien aux portes de nos propres vies et pourtant si distant, comme hors du monde. Tantôt enfer, tantôt paradis, cette langue de terre est bien plutôt le purgatoire de nos vérités. A l'image du personnage de Môme dont les souvenirs s'évaporent, la narration spéculaire d'Hervé Sard nous met là encore face à nos perceptions approximatives. Que s'est-il réellement passé ?


  • Le choix des libraires : Une femme seule (1 choix) - Marie Vindy - Fayard, Paris, France - 14/07/2012

Le roman policier doit-il immanquablement se signaler par un suspense échevelé, s'identifier par une avalanche d'enchaînements aussi discursifs que dramaturgiques ? L'objet narratif que constitue l'enquête, magnifiée par son dénouement, ne serait-il pas davantage le prisme à travers lequel un auteur «entomologise» ce qui nous anime ?
Par certains aspects, «Une femme seule» répond à cette interprétation tant il apparaît manifeste que Marie Vindy se préoccupe peu d'entretenir l'artifice du doute quant à l'identité du meurtrier. Pourtant nous voilà avec «une jeune inconnue assassinée, une personnalité publique, un village et son lot de rumeurs prêtes à circuler. Le premier journaliste qui fourrerait son nez là-dedans allait se régaler...»
Dans un village de Champagne-Ardenne, le corps d'une jeune femme est découvert sur la propriété du chanteur Marc Eden. Alertée par Joe, l'ami vétérinaire, Marianne Gil accuse le coup. L'écrivain (ex-compagne de l'idole qui a trouvé refuge auprès des chevaux) habite en effet les lieux et en assure l'entretien. De même qu'elle parvient sans mal à entretenir sa dépendance à l'alcool. La gendarmerie est immédiatement avertie et le capitaine Humbert chargé de l'affaire. «Comment une femme d'une telle classe en était-elle venue à s'installer à L'Ermitage, au milieu de nulle part ?» Humbert s'interroge. Et Humbert va être littéralement aspiré par cette femme. Le lecteur également. Le récit ne sort jamais du cadre de l'enquête (nulle trace d'une quelconque sociologie ou d'un contexte historico-politique), l'auteur ne cherchant jamais à donner le change. Non, Marie Vindy n'est pas là pour épater la galerie en proposant une intrigue hypertrophiée. Celle-ci trace un sillon aussi évident que fascinant à travers le personnage de Marianne - irradiant le texte tel un soleil noir - qui fait de cette enquête policière un objet narratif centripète. Nous voici face aux obsessions de chacun, qui toutes traduisent l'obsession centrée sur Marianne. Roman à la féminité exacerbée, cet univers clos soutenu par une écriture en tension, est avant tout l'investigation passionnée et inquiète des attirances qu'éprouvent les protagonistes. Une toile vénéneuse sans afféteries qui expose un être dont «... les passions qu'elle suscite appellent le drame.»


  • Le choix des libraires : Black music (1 choix) - Arthur Dapieve - Asphalte éditions, Paris, France - 14/07/2012

En ce 28 octobre, jour de la saint Judas Thadée, les pèlerins sont légion à Rio et l'on sent la ville grouillante de vie, d'énergie, formant des vagues ininterrompues de destins en marche. Du flic corrompu au flanelinha (gamin de la favela qui nettoie les pare-brises) slalomant entre les voitures, personne pourtant ne semble remarquer ces individus masqués en Ben Laden. Faisant irruption dans un bus scolaire, ils enlèvent un adolescent, Michaël Philips (qui devient «Maïcom Filipi», dans la bouche des kidnappeurs) dont le père est l'un des cadres de la branche brésilienne du pétrolier Exon. Si celui-ci veut revoir son fils en vie, il devra leur verser 200 000. Reais ou dollars, les interroge Michaël. Ils n'y avaient pas pensé... Mais Musclor et sa bande (les Bufalo) savent qu'ils ont besoin d'acheter des armes à la police militaire pour contrôler la favela. Leur monde est un séjour en enfer mais c'est tout ce qu'ils possèdent. «Black music», à la crudité vivace et parfois dérangeante, nous rapporte également l'ambivalence des rapports qui se tissent entre les ravisseurs et Michaël. Au rythme des tentatives de prise de pouvoir du clan adverse et des balles qui sifflent de toute part, l'adolescent ouvre les yeux sur la violence de cette «ville coupée». Et si les coups pleuvent, Musclor et «Maïcom» se trouveront une passion commune à travers la musique. Omniprésente dans le roman d'Arthur Dapieve, celle-ci est le lien, la passerelle reliant ces êtres, celle qui les conduit à se chamailler quant à savoir si ce que joue Michaël est bien Caravan ou plutôt Aquarela do Brasil.
Alors que l'un souhaite devenir un jazzman, l'autre ne rêve que de rap et le démontrera à sa «victime» en des rimes explosives. Recueillant les espoirs et les désillusions de ses tortionnaires, Michaël tentera coûte que coûte de fuir cette favela, cette autre rive du monde d'où les enfants nous crient : «On avait un avenir, maintenant on n'a plus rien, On avait de l'avenir, maintenant on n'est plus rien.»


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