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Une discrète et attentionnée narratrice s'attache à dresser le portrait de deux êtres qui s'opposent autant qu'ils s'assemblent. Alternativement, l'un vole, l'autre trébuche, l'un court, l'autre attend, tous les deux ont un corps brisé, tous les deux attirent l'attention, sont observés de tous et pourtant vivent une solitude certaine. Le premier est son demi-frère, Henri, prognathe au développement mental interrompu, le corps étiré, malaxé, violenté par son père pourtant si aimant, il tombe mais se relève, incassable, toujours, et continue d'avancer, malgré la douleur et la différence. Le second est Buster Keaton, star déchue du cinéma, sa carrière est lancée par ses chutes dès l'enfance, de plus en plus violentes, sans limite, incassable, il imagine ensuite toujours plus haut, plus fort, pantin désarticulé, rien ne l'arrête. Portraits miroirs, qui n'en font qu'un, émouvants et inclassables de deux êtres aussi fragiles qu'invulnérables, deux résistants, à part, qui ne trouver ont pas leurs places dans la société.
Le Ballot et le Chinois ne se quittent pas. Inséparables bien que très différents, ils grandissent ensemble dans l'Espagne des années quarante. Ces deux enfants prennent leurs loupes pour analyser avec précision et humour, avec leur clairvoyance et bon sens enfantin mais sans caricature ni mièvrerie, le monde des adultes. Ils veulent absolument tout comprendre de ce monde qu'ils observent sans interruption et laissent parfois libre court à leur imagination débordante. Amoureux des mots, de leurs mots, ils ne se lassent pas de le décrire. Jusqu'au jour où «l'éternel féminin» en la personne de la jeune orpheline de guerre, Elke, vient à leur rencontre... Un roman original, inventif, tendre, plein d'humour et non dénué d'ironie.
Camille apprécie les tombolas organisées par les bonnes oeuvres de sa petite commune bretonne, autant pour se débarrasser deobjets inutiles tel ce pic à glace que pour la curiosité de gagner des lots inattendus voire incongrus tel ce bel homard. Il faut dire que Camille semble avoir peu deoccupations, son mari semble ailleurs avec sa vis dans le crâne, quelques discussions avec sa meilleure ami au café «La veuve pochard débitante»... Le calme... Et puis «Clac !», un manoir au bord de la côte semble raviver son couple, et un touriste anglais retrouvé assassiné... que d'occupations ! Camille Dietrich nous parle de couple et de quotidien, de folie, d'amour mais avec un ton singulier et juste oscillant avec bonheur entre noirceur et humour.
Deux hommes se croisent, par hasard, pendant la guerre d'Espagne. Ils sont du même camp, mais leurs choix diffèrent. A l'abri d'un muret, ils vont pourtant s'apprivoiser d'abord, puis s'écouter et se dévoiler alors que les balles d'un sniper ennemi sifflent. La mort et le danger les désinhibent et ils se livrent à cet inconnu de passage sans aucune retenue. L'amitié perce rapidement alors qu'ils ne se sont pas engagés pour les mêmes raisons et que l'instant est décisif pour leur place dans cette guerre pour la liberté... Le torero ne peut reculer ou abandonner, il restera dans l'arène quelles qu'en soient les conséquences, le Français a décidé de retrouver la femme qui l'a incité à s'enrôler. Texte bref mais terriblement efficace, émouvant, tragique et puissant.
«Cette histoire est dédiée à la génération de l'éternelle jeunesse» : l'homme arrive au bout du chemin, l'issue est proche. L'homme est en effet très âgé, vit seul depuis longtemps, et revient avec un oeil acéré sur sa longue marche vers le deuil et la mort, deuil d'une vie, de la vie, de ses proches. L'analyse est lucide, franche, réaliste, sans concession mais l'oeil reste pétillant et le sourire du clown triste ; une distance voire une certaine autodérision introduisent une légèreté heureuse et salvatrice. Tout au long de cette analyse de la vie, de la vieillesse et la mort, la bouilloire chuinte, occupe l'esprit et marque l'attente. La vie se rétrécit et les souvenirs jaillissent de partout et nulle part. Un témoignage unique d'une certaine philosophie de vie, expérience aussi unique qu'universelle.
Deux jeunes amoureux partent pour la Slovénie pour concrétiser cet amour ou y mettre un point final ? «Nous étions venus en Slovénie pour changer d'air, mais il semblait qu'il se viciait à notre approche et nous suivait comme une nuée de moucherons». Le jeune homme est le narrateur mais il donne aussi son interprétation et le lecteur profite donc d'une double vision. Il est lucide, parfois désinvolte, décrit les faits quotidiens anodins ou singuliers mais surtout la vie du couple. Leur différence point rapidement et leur périple chaotique dans ce pays mystérieux la mettra en évidence voire l'exacerbera. Un premier roman délicat et élégant non dénué d'humour sur un couple sans lendemain.
Cela fait bien longtemps qu'Olivier n'est plus retourné sur les lieux montagneux de son enfance et a quitté père et mère. Il a quitté ce monde après la mort "bête" et accidentelle de son frère Marc grand espoir du monde du ski, admiré et idole de tous et surtout de son père. Olivier avait toujours accepté la place dans l'ombre de son frère que le père, vieil homme bourru, lui avait octroyée mais cette disparition l'avait repoussé loin. Sous l'insistance de sa compagne et de sa mère, il revenait enfin, la boule au ventre, bien décidé à parler à son père malgré l'angoisse et la tension qui l'animent. L'auteur nous fait ressentir parfaitement les sentiments d'Olivier qui revient sur la rivalité entre deux frères, la préférence assumée d'un père pour l'un des fils mais aussi son désir d'apaisement et de libération de la parole. Après «Tous les trois», Gaël Brunet confirme son intérêt pour l'intime d'une famille qu'il aborde avec une grande pudeur et sensibilité en laissant toujours poindre une lueur d'espoir malgré la lourdeur des évènements imposés par la vie.
Violette a accouché d'un petit garçon, rupture dans une lignée de femmes. Tribu de femmes, soeurs, mères, les hommes sont partis, ont disparu ou n'ont su ou pu partager leurs existences. Quatre générations de femmes volontaires et solidaires, parcours de fillettes à femmes, entre gaîté et tristesse, sourires et larmes, vies contrastées et mouvementées sur lesquelles les liens maternels peuvent aussi bien peser qu'animer. Femmes qui prendront leurs destins en main, participeront et profiteront de l'émancipation des années 70 mais souhaiteront toujours rester ensemble, conserver un lien puissant et indéfectible. Anne Icart explore avec tendresse et justesse les sentiments contrastés et la psychologie au coeur de cette saga familiale féminine.
Rachel aime un homme, plus que tout, plus qu'elle-même certainement. Elle accepte tout, absolument tout, sans aucune retenue, même la violence et la perversité les plus ultimes. Domestiquée sexuellement, elle est devenue sa chose. Et puis un jour, elle dit stop mais se méprise et tente d'en finir. Elle se retrouve dans une clinique et revient alors sur son expérience et sur le cheminement qui l'a amenée à ce statut d'esclave. Elle évite toute facilité et n'endosse pas le rôle de victime, elle n'a pas seulement subi, loin de là, elle reconnaît en effet sa responsabilité et son acceptation dans cette relation univoque et dans ces violences. Et seule cette lucidité lui permettra tant d'en l'analyse de cette relation consentie que dans la revisite de son enfance, d'éloigner la dépression qui la mine et commencer une seconde vie.
Une jeune femme s'apprête à rejoindre son amant dans un hôtel du bord de mer. Encore sur le quai de métro, rêveuse, elle y est déjà. C'est alors qu'un vieil homme la fixe un bref moment, interrogatif et serein, il lui sourit, se retourne et se jette sur la voie. Le choc est immense, bouleversée, elle se lance dans une errance sans fin dans les rues de Paris par cette nuit d'orage et de pluie. Enfermée dans ses interrogations le temps de l'explosion de cette orage, elle revient sur son histoire mais aussi sur celui de cet anonyme : pourquoi a-t-il croisé sa route, par hasard, vraiment ? Pour le savoir, elle se retourne sur son passé, sur notre passé, pour tenter d'identifier les évènements historiques ou intimes qui ont influé sur leur existence, qui les ont amenés sur ce quai, à cet instant précis. Saura-t-elle abandonner cet homme et s'affranchir de cette rencontre ? En un instant la mort et l'amour se sont heurtés, et l'auteur revient sur ses rencontres amoureuses. Elle ne pourra pourtant trouver les mots pour expliquer à son amant, photographe de l'éphèmère, les raisons de son retard et de son absence à leur rendez-vous. Un roman aussi dense que succinct avec l'écriture minimaliste et précise de Michèle Lesbre, son extrême justesse dans les descriptions, son art de décrire un monde qui bouge et qui gronde tout en donnant l'impression de calme et d'immobilisme mais aussi son extrême aptitude à installer une atmosphère très personnelle que l'on retrouve avec tant de plaisir de livres en livres.
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