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Les coups de cœur de Karine Gilabert de la librairie MOLLAT à BORDEAUX, France


  • Le choix des libraires : Collusion (1 choix) - Stuart Neville - Rivages, Paris, France - 27/11/2012

Nous avions été conquis par le premier roman de l'Irlandais Stuart Neville, Les Fantômes de Belfast !

«Il y a des rêves qui hantent longtemps. Fantômes et vivants se croisent dans Belfast : coups de feu et de sang assurés ! ! ! Mais... Premier roman magistral ! !» écrivions-nous, enthousiastes par ce coup de maître.

Collusion constitue la deuxième partie d'une trilogie dans laquelle on retrouve le personnage torturé du premier opus, Gerry Fegan : ici, cet ancien de l'Ira s'est exilé à New York où il a changé d'identité car il veut tirer un trait sur l'Irlande mais son passé va forcément le rattraper sous les traits de son ennemi juré Bull O'Kane qui recrute un tueur sans scrupule pour l'éliminer. Alors que le policier Jack Lennon tente de sauver son ex-femme et sa petite fille également aux mains de O'Kane, un bras-de-fer sans merci s'engage : Gerry est prêt pour le combat de sa vie mais tous n'en sortiront pas indemnes...


  • Le choix des libraires : Le tribunal des âmes (1 choix) - Donato Carrisi - Calmann-Lévy, Paris, France - 25/08/2012

Après le terrible et excellent thriller Le chuchoteur que votre libraire avait adoré, voici le deuxième titre de Donato Carrisi... Différent, mais tout aussi époustouflant !

Le début, sur les chapeaux de roue, fait intervenir une ambulance suite à un coup de fil reçu aux urgences. Quand Monica, l'interne de garde, accompagnée du chauffeur et d'un infirmier, arrivent sur place, tous trois vont découvrir un homme inconscient gisant à terre. Un massage cardiaque révèle deux mots incisés sur son thorax : tue-moi. Dans un coin, un patin à roulettes rouge à sangles dorées fait frissonner Monica... Et pour cause ! sa soeur jumelle Teresa, a été retrouvée égorgée il y a six ans dans une clairière. La seule chose manquante sur la scène de crime était précisément le deuxième patin à roulette rouge, à sangles dorées... L'homme serait-il le tueur ? Que signifient ces mots : une injonction à se venger en le tuant ? La coïncidence parait trop folle pour être vraie et pourtant...

Il n'en faut pas plus pour deviner que ce livre va nous tenir en haleine, et c'est bien le cas. Ce curieux hasard (mais est-il question de hasard ?) n'est que le prélude à plusieurs histoires qui vont s'imbriquer entre elles, comme un puzzle dont les dernières pièces s'agenceront à la toute fin du livre... Mais n'allons pas trop vite ! Car l'auteur introduit ensuite un autre personnage, Sandra Vega, policière photographe sur les scènes de crime. La jeune femme est en deuil car son mari, journaliste, est mort en tombant du cinquième étage d'un immeuble. L'enquête a conclu à un accident. Le coup de fil d'un homme, prétendant travailler pour Interpol, va tout remettre en doute. Il pense qu'il s'agit d'un meurtre mais Sandra doit-elle le croire ?
En parallèle, une troisième énigme se dessine avec la disparition de Lara, 23 ans, étudiante en architecture. Sur ses traces, deux enquêteurs singuliers : Marcus et Clémente (pourquoi singuliers ? hum hum, votre libraire n'en dira pas plus, car leur identité fait partie du suspense et il serait dommage d'en raconter davantage...)

La toile de l'intrigue tisse des liens entre ces différentes histoires, en va-et-vient constants, entre lesquels il faut rebondir sans cesse - d'autant plus que chaque chapitre recèle une nouvelle surprise qui cueille le lecteur sans lui laisser de répit ! Sans parler de la fin, qui est à couper le souffle...

Sachez enfin que cette passionnante et étonnante énigme se déroule dans la ville de Rome, siège du Vatican, où l'Histoire et ses secrets vous feront voyager dans de curieuses archives des péchés, appelées aussi «la bibliothèque du mal» ou «la mémoire du diable» - registres où sont recensés des crimes restés impunis, car s'agissant d'aveux livrés sous le sceau de la confession...


  • Le choix des libraires : Mapuche (2 choix) - Caryl Férey - Gallimard, Paris, France - 25/07/2012

Rencontre avec Caryl Férey le mardi 12 juin à 18 heures au «91», rue Porte-Dijeaux ! À bon entendeur...

Nous avons aimé ses titres précédents : Haka et Utu, vénéneux diptyque se passant en Nouvelle-Zélande, ainsi que le cruel Zulu, terrible plongée dans la violente Afrique du Sud (encensé par la critique et couvert de prix littéraires)...

Avec Mapuche, Caryl Férey a posé ses valises en Argentine.
Une scène choc ouvre le livre : un paquet jeté dans l'océan depuis un avion, paquet qui ouvre les yeux, vision d'un être humain précipité dans le vide !... On se doute dès lors que le voyage ne sera pas de tout repos. «A deux mille mètres, la mer est un mur de béton». L'histoire se dessine avec les contours de cinq personnages principaux : Jana, Paula, Luz, Ruben, Maria Victoria. Jana est indienne, issue du peuple Mapuche qui donne son titre au roman. Elle est venue étudier les Beaux Arts à l'université de Buenos Aires. Faute de ressources - la crise financière de 2001-2002 a provoqué la banqueroute du pays qui s'enfonce dans la misère, les émeutes, les manifestations et les pillages - elle a survécu en se prostituant, dormant dans des parcs, des squats, fréquentant le monde interlope des bars et des boîtes où elle a rencontré Paula, un travesti. Ces deux-là sont devenues amies dans l'adversité. Pendant que Paula partage son temps entre le tapin et la blanchisserie tenue par sa mère à demi folle, Jana se bat avec elle-même dans son atelier, construisant avec rage d'immenses sculptures de fer en hommage à la mémoire de son peuple sur lequel on a tiré à vue dans la pampa - massacre perpétré par les chrétiens qui les ont dépossédés de leurs terres. Un soir, Paula, inquiète, vient trouver Jana. Luz, un ami travesti avec qui elle avait rendez-vous, a disparu. Les voilà parties à sa recherche, errant dans la nuit de Buenos Aires au volant d'une vieille Ford. Dans le quartier du port, des gyrophares les alertent. La police a trouvé un corps flottant dans l'eau au milieu des détritus. Le cadavre, émasculé, - «Pénis, testicules, tout avait été sectionné du pubis au scrotum. Il ne restait qu'une plaie noire, malsaine, mêlée à la vase»- est celui de Luz.

Devant les lenteurs de l'enquête, les deux amies, bien conscientes que la mort d'un travesti n'intéresse pas les flics, décident d'avoir recours à un détective privé. L'annuaire et le hasard d'une adresse, proche de la blanchisserie de la mère de Paula, les décident à contacter Ruben Calderon. Lui aussi a vécu une histoire personnelle cruelle puisqu'il est l'un des rares rescapés des arrestations arbitraires qui étaient monnaie courante sous la dictature. Il a érigé une chape de silence sur la mort de sa petite soeur et de son père, poète, qui ne sont jamais ressortis d'un des 340 camps de concentration et d'extermination, où l'on savait torturer de main de maître (l'Argentine, terre d'accueil des criminels de guerre, a su reconvertir anciens nazis et membres de l'OAS en Algérie). Alors que sa mère rejoint le mouvement de résistance pacifiste des Mères de la Place de Mai, Ruben a créé son agence de détectives, non pas pour retrouver des disparus - la plupart ayant été liquidés - mais les responsables qui n'ont jamais été inquiétés. Quand Jana sonne à sa porte, il est déjà sur une affaire : un de ses amis journaliste lui a demandé d'enquêter sur la disparition de Maria Victoria Campallo, photographe, fille d'un riche entrepreneur qui a réussi dans les affaires...

Les différentes trajectoires des personnages vont progressivement se rejoindre pour composer un grand roman dense et fouillé, à l'écriture maîtrisée, comme une eau-forte qui serait gravée en trois couleurs : la noirceur des abominations humaines, le rouge des blessures de l'Histoire de l'Argentine qui n'en finissent pas de saigner, et le blanc des pics enneigés de l'Aconcagua, «la Sentinelle de Pierre», qui se perdent dans les nuages.


Gerry les appelle «les Suiveurs». Ces ombres, elles lui étaient apparues pendant les dernières semaines de son séjour à la prison de Maze... Une «manifestation» de la culpabilité, avait répondu le docteur Brady. Gerry a fait partie de l'IRA ; pour la cause il a tué des gens, des innocents... ce sont leurs ombres qui le torturent en hurlant dans ses nuits, lui réclamant vengeance.
En toile de fond de ce premier roman, impressionnant par sa maîtrise, son sujet et ses qualités littéraires, la guerre sanglante de l'Irlande du Nord, qui trouve un terme le 10 avril 1998 avec la signature de l'Accord de Paix. Votre libraire est désormais incollable sur les sigles des unités armées : UDR, Ulster Defence Regiment (régiment pour la défense de l'Ulster), RUC, Royal Ulster Constabulary (police royale d'Ulster), UFF, Ulster Freedom Fighters (combattants pour la liberté de l'Ulster), et sur les antagonismes religieux et politiques : catholiques, protestants, loyalistes, républicains... Dans la nouvelle Irlande, les «terroristes» d'hier (guillemets prudents, étant entendu que le terme dépend toujours du point de vue où l'on se place) sont devenus les politiciens d'aujourd'hui, la paix toute neuve est encore fragile, et dans ce contexte la folie de Gerry pourrait bien constituer une menace ? Obéissant à l'ordre intimé par l'un des Suiveurs, il abat Michael McKenna, un de ses anciens compagnons de combat, devenu un politicien en vue, candidat mandaté par le parti qui lui propose un siège à l'Assemblée. Qui dit politique, dit cynisme, soit dit en passant ? «Qui aurait imaginé ça, hein ? Des types comme nous, logés comme des rois. Les Anglais nous donnent tellement de pognon que je me suis presque senti coupable de le prendre. Presque». Commence alors une singulière balade meurtrière où l'ancien tueur de l'IRA, en quête de rédemption, va venger les ombres qui le hantent et semer meurtres et chaos sur son passage. Le propos de ce somptueux roman noir pourrait paraître très dur, voire austère, s'il n'était transcendé par une écriture superbe, à la fois poétique, simple et lumineuse. Votre libraire s'est surpris à ralentir sa lecture pour mieux la savourer et en apprécier l'original côté onirique... En contrepoint de la violence, l'auteur introduit, à petites touches sensibles et pudiques, une histoire d'amour qui se fait jour entre Gerry et la fille de Michael McKenna, Marie, bannie par sa famille pour s'être compromise dans «le camp adverse» : avoir eu une aventure avec un membre de la police royale de l'Ulster - catholique qui plus est - dont elle a eu un enfant, Ellen. La douceur des sentiments relève de la grâce et votre libraire a refermé le livre avec émotion, touché par la sensation d'un accomplissement serein.


  • Le choix des libraires : Mélanges de sangs (1 choix) - Roger Smith - Calmann-Lévy, Paris, France - 14/07/2012

A l'instar de Deon Meyer (Points policier), Wessel Ebersohn (Rivages noir), James McClure (Série noire), Louis-Ferdinand Despreez (Points policier) ou même du français Caryl Ferey dont le dernier titre, le terrible Zulu se passe à Cape Town (Folio policier), aucun n'échappe à cette règle, non plus que ce premier roman de Roger Smith dont la couverture augure de l'ambiance : la photo d'un chien à l'oeil et gueule rouges sur fond de nuit.
Première scène choc, s'ouvrant sur un prélude romantique de courte durée durant lequel un homme debout sur sa terrasse regarde le soleil se noyer dans l'océan, sa femme l'appelle pour venir dîner ainsi que leur petit garçon qui regarde un dessin animé, tous trois prennent place à table, le mari découpe le rôti, c'est alors que deux métis font irruption en braquant sur eux des fusils - on en est à peine à la page 2 et c'est le début de l'enfer, bienvenue au Cap !
Contrairement à ce à quoi on pourrait s'attendre, les deux intrus n'ont pas le dessus, Jack Burn (qui n'est pas un enfant de choeur et a fait la guerre en Irak) en poignarde un et égorge l'autre sous les yeux de son fils et de sa femme. Le problème, à présent, est de se débarrasser des cadavres, car on apprend alors que la petite famille ne veut pas prévenir la police pour ne pas attirer l'attention sur elle (pourquoi ? votre libraire, intraitable, ne vous en dira pas plus). On aura compris que l'auteur est malin et distille dès le début un suspense qui rebondit sur des imprévus, des réactions inattendues de la part des personnages, mus par des intérêts insoupçonnés. Rien n'est jamais ni tout noir ni tout blanc (le contexte se prête à ce mauvais jeu de mots) et les événements s'enchaînent, se télescopent, qui vont mettre en scène toute une galerie de personnages, à commencer par Benny Mongrel, surveillant de chantier, qui du toit voisin a vu les deux gangsters arriver au vola nt de leur BMW rouge, entrer dans la maison mais pas en ressortir, ainsi qu'un odieux flic blanc en patrouille, qui repère le lendemain la voiture restée garée dans la rue, obèse et salaud absolu, monstrueux dans tous les sens du terme, ce dernier fait régner non pas l'ordre, mais sa propre loi sur son territoire, flingue à l'appui ; il y a des arguments auxquels on ne résiste pas, le plus fort a toujours raison. Cynique, violent, terrible et terrifiant, tant par le constat humain et social dressé en toile de fond, ce percutant roman noir à l'écriture incisive ne vous donnera certainement pas envie de partir faire du tourisme en Afrique du Sud mais par contre, il vous fera passer un excellent moment de lecture !


  • Le choix des libraires : Le Bloc (5 choix) - Jérôme Leroy - Gallimard, Paris, France - 14/07/2012

Voici un excellent roman noir sur fond de politique française... un coup de maître de Jérôme Leroy à la Série Noire !

La violence dans les banlieues à explosé. Très vite les principales agglomérations sont touchées. Le ministre de l'intérieur du gouvernement de droite est dépassé. Celui qui s'est évertué à faire de sa politique un fac-similé d'extrême droite, ne voit plus d'autre solution que de leur céder quelques postes ministériels. Des pourparlers s'engagent entre le gouvernement et Agnès - qui a succédé à son père à la tête du Bloc Patriotique - la nuit va être longue. Pour l'heure le message est clair dans le parti d'extrême droite, à l'image de la nouvelle ligne politique imposée par la dirigeante, il faut s'assagir. Le gouvernement est clair lui aussi, pas de pourparlers sans que la tête de Stanko, le chef des Deltas, la milice du parti, ne tombe. Cette nuit, les négociations doivent aboutir. Antoine, mari d'Agnès, gendre du vieux, attend le retour de sa femme. Vodka, télévision et souvenirs pour patienter. Beaucoup de souvenirs. Depuis le temps qu'il est au Parti, ce qui correspond à sa rencontre avec Agnès et son arrêt en Hypokhâgne, il peut en faire sa genèse. Tant du côté des officiels, des dirigeants et de leurs luttes internes entre différentes mouvances, que du côté plus méconnu du grand public, celui des différents services de «sécurité» et de leurs manigances, manifestations et exactions. Mais de ce côté-là, Stanko a plus de chose à raconter. C'est son domaine, sa chasse gardée depuis qu'il a pris la tête du service. Ce soir, dans la chambre sordide dans laquelle il s'est réfugié, lui aussi a tout le temps d'y repenser. Le groupe Delta est à ses trousses, une unité d'élite qui n'a peur de rien, composée de membres qu'il a lui-même formés et recrutés. Ses gars. Tant d'années à faire le sale boulot du parti, pour être ainsi remercié. Mais finalement ça n'a pas d'importance, ce qui compte pour lui c'est le Parti, et surtout Antoine et Agnès.

Le Bloc, vous l'aurez compris, c'est le Front National, et si quelques noms changent, beaucoup d'éléments de ce roman très maîtrisé, semblent plus que vraisemblables...


Un nom, relié à un événement : l'annonce d'un kidnapping. Le détail du parapluie, incongru, rajoute une note d'étrangeté. Quel rapport avec ce qui précède ?... Telle est l'accroche de cette curieuse histoire, à laquelle votre libraire a pris beaucoup de plaisir, se demandant à chaque chapitre "mais enfin, de quoi retourne-t-il ?"

Comme annoncé, Aaron Greene se fait enlever. Dans la rue, alors qu'il se rend au travail, une voiture s'arrête. A son bord, deux hommes, et une femme qui l'appelle par son nom, lui proposant de l'emmener pour éviter l'ondée (la pluie avait bien son rôle à jouer...) Il hésite. Elle insiste, ils travaillent au même endroit, à la Century National Bank où Aaron distribue le courrier. Dans le même temps, un curieux message arrive à la Direction du quotidien Atlanta Constitution où Cody Yates est journaliste. Quelqu'un a laissé une enveloppe sur le bureau du gardien, adressée au rédacteur en chef, signalant qu'une cassette audio a été déposée sur le pneu avant gauche de la voiture de Cody. Ce dernier, qui a garé sa voiture un peu plus tôt sur le parking du journal, ne comprend pas. Après vérification, ce n'est pas un canular : la cassette est bien là. Elle contient un message revendiquant l'enlèvement d'Aaron Greene et annonçant une demande prochaine de rançon. Cody et ses supérieurs tombent des nues : la voix sur la cassette est parfaitement identifiable, c'est celle de Cody !... La thèse de l'enlèvement paraît incompréhensible aux deux policiers chargés de l'enquête, Victor Menotti - flic local d'Atlanta - et Philip Oglesbee - agent du FBI. Aaron Greene est un simple employé de 18 ans, timide et terne, issu d'une modeste famille juive. Pour quelles raisons l'aurait-on kidnappé ? Or les ravisseurs réclament dix millions de dollars à la Century National Bank !

A ce point de l'histoire, rendu à la page soixante - votre libraire (qui estime vous en avoir dit assez, voire déjà trop) vous laisse la surprise de découvrir la suite de ce curieux polar, aux rebondissements malins et aux implications inattendues, au coeur duquel se greffe une interrogation éthique qui interpellera tout un chacun : quel est le prix d'une vie ?


  • Le choix des libraires : Anesthésie générale (1 choix) - Jerry Stahl - Rivages, Paris, France - 26/04/2012

Manny Ruppert, ex-flic, anciennement marié, mais pas tout à fait ancien toxicomane, ne roule pas sur l'or... Alors, quand on lui propose de se lancer sur une affaire, il ne peut pas vraiment se permettre de refuser ! Surtout que le vieux commanditaire s'est montré plutôt persuasif. Difficile de contester lorsque que l'on se retrouve bloqué entre les pieds d'un déambulateur ! Son idée était que Manny intègre la prison de Saint Quentin en se faisant passer pour un thérapeute, et une fois là-bas vérifier l'identité d'un détenu, un homme qui serait ou qui est véritablement Joseph Mengele, «l'ange de la mort», celui qui hante la mémoire de nombreux juifs dont bientôt celle de Manny.

Avec Anesthésie générale, son dernier roman, Jerry Stahl frappe fort, et ça va faire mal. Par son ton et son histoire le livre fait mal à l'Amérique. Plus noir que déjanté, le nouveau Stahl nous mène aux frontières de la folie, pour explorer cette société ultra-conservatrice américaine sous ses diverses formes. La réapparition de Mengele, ou plutôt sa constante présence est prétexte à révéler le racisme latent de cette société, quasiment institutionnalisé tant les célébrités partageant ses idées sont nombreuses : présentateurs de talk-show, évangélistes, politiciens, ou biologiste. Le mal est et a toujours été présent dans la société américaine... il aurait même inspiré les nazis et la réciproque fonctionne aussi, la récupération de leurs scientifiques à la fin de la guerre le prouve bien.

Un livre provoquant, dérangeant et dénonciateur à la fois, qui nous entraîne dans les abimes de l'univers carcéral, de la société américaine et de l'esprit de l'anti-héros de Stahl, et les uns comme les autres sont d'un noir abyssal. Un livre que l'on pourrait rapprocher de ceux de Hilsenrath.


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