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De tous les sports la boxe est sans doute celui qui fascine le plus les écrivains, sans les inspirer pour autant. Les chefs-d'oeuvre sont rares dans ce domaine, ils se comptent sur les doigts d'une main...
Quand on demande à Frédéric Roux, écrivain qui se frotte au sujet depuis longtemps, après avoir arpenté les rings, il cite peu de titres mais se souvient de Fat City de Gardner, un roman américain édité chez 10/18 et totalement introuvable. On murmure du bien des écrits de la frêle Joyce Carol Oates (éditée chez Tristram), on connaît Norman Mailer qui hanta longtemps les coulisses, Budd Schulberg est plus difficile à dégoter, Craig Davidson a bien fait parler de lui : bref, littérature et noble art se fréquentent mais de loin. Heureusement le dénommé Roux cité plus haut ne désarme pas. Cet auteur, bordelais d'origine, entretient depuis près de trente ans une plume qui a résisté à l'acide dans laquelle il la trempe. Il a raconté les affrontements avec son père dans le superbe Mal de père (Flammarion), ceux avec sa mère (Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer, Grasset), il s'est frotté au monde de l'art, aux baleines du pacifique, mais c'est dans sa thématique pugilistique qu'il est le plus reconnu. On se souvient de son Mike Tyson. Il faudra désormais compter sur Alias Ali qui vient d'être publié par Fayard et se place d'emblée parmi les grandes réussites du genre.
Il est rare de dire d'un livre qu'il ne ressemble à aucun autre, c'est bien le cas de celui-ci : pas de narrateur, pas de chapitre, un héros qui se tait alors qu'on l'aurait imaginé prolixe puisqu'il s'agit du plus célèbre sportif du XX° siècle, un mythe (donc un inconnu) : Cassius Clay alias Mohamed Ali. Les six cents pages qui composent ce qui ne devrait pas avoir le nom de roman (mais pour lequel aucun terme générique ne conviendrait vraiment) forment un patching work de vingt ans de la vie des États-Unis fait d'extraits, de citations de personnalités ayant connu l'athlète (amis, parents, journalistes, témoins, rivaux, ennemis, alliés, etc...) et dont sont saisis des bribes de réflexion, des remarques, des jugements, des calomnies, des faits qui ainsi emboîtés forment un carrousel stupéfiant qui donnerait vite le tournis si Frédéric Roux ne maîtrisait parfaitement sa narration et les différents fils biographiques. Son propos n'est rien moins que saisir la personnalité ambiguë de ce champion, idiot pour les uns, génial pour les autres, la nature de son charisme fou, la singularité de son parcours de vedette et de symbole (qu'on se souvienne comment il fut acclamé en Afrique dès son titre), la particularité de sa boxe, légère et aérienne qui lui permit de se jouer des poings monstrueux d'un Sonny Liston, de la puissance d'un Frazier. Mais plus riche encore, cet épais livre restitue la puissance du déchirement de la société américaine qui à partir de la fin des années 50 amorce sa mue raciale et voit s'effriter son modèle d'apartheid. Cassius Clay en est le symbole lui qui fut l'ami de Malcom X, lui dont un islam fort peu orthodoxe fit son héraut, lui qui vécut la gloire d'être un champion au risque forcené de la perdre. Vous aimez la boxe ? Lisez Alias Ali, ce livre est pour vous. Vous ne supportez pas la boxe ? Raison de plus, lisez Alias Ali, c'est un des grands livres de l'année.
De tous les sports la boxe est sans doute celui qui fascine le plus les écrivains, sans les inspirer pour autant. Les chefs-d'oeuvre sont rares dans ce domaine, ils se comptent sur les doigts d'une main...
Quand on demande à Frédéric Roux, écrivain qui se frotte au sujet depuis longtemps, après avoir arpenté les rings, il cite peu de titres mais se souvient de Fat City de Gardner, un roman américain édité chez 10/18 et totalement introuvable. On murmure du bien des écrits de la frêle Joyce Carol Oates (éditée chez Tristram), on connaît Norman Mailer qui hanta longtemps les coulisses, Budd Schulberg est plus difficile à dégoter, Craig Davidson a bien fait parler de lui : bref, littérature et noble art se fréquentent mais de loin. Heureusement le dénommé Roux cité plus haut ne désarme pas. Cet auteur, bordelais d'origine, entretient depuis près de trente ans une plume qui a résisté à l'acide dans laquelle il la trempe. Il a raconté les affrontements avec son père dans le superbe Mal de père (Flammarion), ceux avec sa mère (Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer, Grasset), il s'est frotté au monde de l'art, aux baleines du pacifique, mais c'est dans sa thématique pugilistique qu'il est le plus reconnu. On se souvient de son Mike Tyson. Il faudra désormais compter sur Alias Ali qui vient d'être publié par Fayard et se place d'emblée parmi les grandes réussites du genre.
Il est rare de dire d'un livre qu'il ne ressemble à aucun autre, c'est bien le cas de celui-ci : pas de narrateur, pas de chapitre, un héros qui se tait alors qu'on l'aurait imaginé prolixe puisqu'il s'agit du plus célèbre sportif du XXe siècle, un mythe (donc un inconnu) : Cassius Clay alias Mohamed Ali. Les six cents pages qui composent ce qui ne devrait pas avoir le nom de roman (mais pour lequel aucun terme générique ne conviendrait vraiment) forment un patching work de vingt ans de la vie des États-Unis fait d'extraits, de citations de personnalités ayant connu l'athlète (amis, parents, journalistes, témoins, rivaux, ennemis, alliés, etc...) et dont sont saisis des bribes de réflexion, des remarques, des jugements, des calomnies, des faits qui ainsi emboîtés forment un carrousel stupéfiant qui donnerait vite le tournis si Frédéric Roux ne maîtrisait parfaitement sa narration et les différents fils biographiques. Son propos n'est rien moins que saisir la personnalité ambiguë de ce champion, idiot pour les uns, génial pour les autres, la nature de son charisme fou, la singularité de son parcours de vedette et de symbole (qu'on se souvienne comment il fut acclamé en Afrique dès son titre), la particularité de sa boxe, légère et aérienne qui lui permit de se jouer des poings monstrueux d'un Sonny Liston, de la puissance d'un Frazier. Mais plus riche encore, cet épais livre restitue la puissance du déchirement de la société américaine qui à partir de la fin des années 50 amorce sa mue raciale et voit s'effriter son modèle d'apartheid. Cassius Clay en est le symbole lui qui fut l'ami de Malcom X, lui dont un islam fort peu orthodoxe fit son héraut, lui qui vécut la gloire d'être un champion au risque forcené de la perdre. Vous aimez la boxe ? Lisez Alias Ali, ce livre est pour vous. Vous ne supportez pas la boxe ? Raison de plus, lisez Alias Ali, c'est un des grands livres de l'année.
Un livre qui a du nez, un roman qui a des ambitions sans cesser d'être passionnant, un auteur qui ne cache pas qu'il a de l'esprit.
Voilà ce qui vous attend avec cette expérience qui vous projettera au fin fond des États-Unis, dans cet état tellement isolé que ses habitants rêvent d'indépendance, persuadés d'avoir été oublié ou spolié par les états riches et par l'État central vécu comme un prédateur. Les sécessionnistes et les anarchistes sont justement le sujet de prédilection du héros qui hérite enfin d'un poste universitaire et rêve de réussite grâce à un thème en or : raconter de l'intérieur une tentation séparatiste, un mouvement en train de se former. Sa femme, une talentueuse créatrice de parfum qui a perdu l'odorat et se sert depuis dix ans du nez de son mari pour pallier à son terrible handicap, va vivre d'une façon autrement plus douloureuse cet éloignement de New York et cette chute chez les ploucs, d'autant qu'à mesure qu'elle recouvre son sens disparu, elle subit les chocs répétés de découvertes olfactives.
Rarement un livre aura exploité avec autant de talent cette emprise d'un sens majeur au sein d'un couple menacé par le délitement. Et les personnages secondaires sont présentés avec une puissance d'évocation qui culmine à la toute fin, splendide et terrible, du roman faussement déguisé en happy end.
Avec la plume et le talent qu'on lui connait, Marie-Hélène Lafon, que l'on a découvert avec Les derniers indiens et L'annonce, nous entraine, une fois encore, dans la vallée de la Santoire de son Cantal natal, où nous suivons Claire, l'ainée d'une famille de paysans, devenue une brillante étudiante à la Sorbonne, jusqu'à son parcours de femme de lettres et écrivain...
Dans un style magnifique, ciselé, élégant, elle évoque la famille restée là-bas : les inquiétudes et difficultés du père, son frère et sa soeur, et son profond attachement au pays.
Après Kampuchéa, Patrick Deville revient à ses amours indochinoises par un curieux biais : il ressuscite effectivement avec sa manière contournant et hélicoïdale la figure de Yersin, un des membres de la bande à Pasteur, ces hommes qui à la fin du XIXe siècle firent basculer la biologie moderne avec la découverte des vaccins.
D'origine suisse, tôt orphelin, Yersin fait bande à part depuis toujours et ne cessera pas, sa vie durant, de choisir les voies les plus singulières pour affirmer son choix d'atteindre le bonheur. Mais, trop souvent, le monde et la virulence de ses microbes le rattrapent et il sort de son splendide isolement, ou de ses expéditions lointaines pour, notamment, éradiquer la peste (il donnera son nom au virus) ou accomplir un voyage crucial.
Biographe voyageur qui revendique une subjectivité inventive, Deville constitue peu à peu une bio-bibliographie littéraire unique en son genre dont ce dernier avatar n'est pas le moins réussi.
Joy Sorman n'y va pas avec le dos du couteau dans son nouveau roman, plus bel hommage de la littérature à la filière bovine française (sans oublier les cochons néanmoins qui tiennent une belle place dans son livre).
Avec son héros apprenti, Pim, qui tombe dans son métier comme on entre en religion, elle nous conduit avec un luxe de détails et d'informations sur les sentiers de la viande, de l'élevage à l'étal en passant par l'abattoir et le conditionnement, naviguant du documentaire précis à la figure romanesque.
Pim aime les bêtes et il les mange ; Pim est boucher mais il se rêve artiste ; Pim est visionnaire mais reste commerçant ; Pim est différent et les femmes le sentent.
Avec un style qui nous vaut de mémorables instants de grâce, Joy Sorman signe le plus singulier de ses livres et c'est du premier choix.
Après Ce que j'appelle oubli, qu'il avait clairement écrit en l'imaginant joué sur scène, Laurent Mauvignier signe un portrait de famille des plus explosifs !
On y découvre des êtres marqués par le deuil et le silence, qui vont soudain se découvrir et libérer toute la souffrance et l'angoisse qu'ils ont accumulées au cours des dix dernières années. Et autant vous dire qu'après avoir été refoulées pendant aussi longtemps, toutes ces émotions ne pourront sortir que teintées d'hystérie et/ou de violence...
Une pièce de théâtre efficace qui se lit comme un roman !
Lucy in the sky with diamonds osaient les Beatles en 1967 mais il n'y avait que les naïfs pour croire en une vision enfantine du firmament...
Si les années 60 sont celles où la drogue prend ses aises dans les sociétés occidentales, c'est oublier que depuis longtemps la menace rôdait d'un dévoiement des paradis artificiels à des fins idéologiques ou guerrières. Partant d'une théorie comploteuse qu'il fait exploser, Claro a confirmé littérairement l'hypothèse de la CIA testant les ravages du LSD en l'instillant dans le pain des habitants de Pont-Saint-Esprit, provoquant de graves délires dans une population rendue folle. Claro va faire du mitron de la maudite levure, Antoine, le héros de son épopée vertigineuse, le trimballant au gré des assauts de son cerveau voué aux diamants qui y ont explosé et le propulsant à la fin des 60's tandis que se dessine la révolution sexuelle et que naissent les premiers sex-shops.
Malmenant son lecteur tout en le réjouissant par son style nerveux, brillant, Claro signe avec ce roman l'un de ses meilleurs livres dont on aura du mal à oublier les ahurissantes cinquante premières pages.
Chou-fleur et truite aux amandes, ce serait une tentative pour résumer le nouveau livre d'Eric Chevillard, auteur qui évolue dans une sphère totalement à part que la période de rentrée souligne avec ironie.
Le seul sujet de Chevillard est en somme la littérature, de quelle façon elle occupe la vie de certains, la dévore, l'embellit, la justifie. Pour ce titre, cet amateur de hérisson s'est dédoublé, filant d'une part le monologue d'un narrateur obsédé par l'horreur que lui inspire le gratin de chou-fleur et d'autre part par les commentaires en notes infra-paginales de l'auteur lui-même qui intervient, se raconte, s'épanche, s'inquiète, joue à l'autofictif en en faisant exploser les codes.
Comme toujours avec Chevillard, c'est un bain d'intelligence et c'est souvent d'une drôlerie unique.
Saint Augustin aura donc sa place dans la rentrée littéraire grâce au très beau roman de Jérôme Ferrari qui a choisi le fameux sermon que prononça ce Père de l'Église après la prise de Rome par les Wisigoths comme fil conducteur de son récit.
Pas de bataille dans ce livre qui se déroule en Corse et nous invite à réfléchir sur la fin des civilisations de façon microcosmique en regardant le parcours de deux amis décidés à rentabiliser le plus improbable des bars avec, en arrière-fond, le destin d'un Corse à travers ce XXe siècle qui a vu basculer un monde dans la modernité avec une violence qui explose encore aujourd'hui sporadiquement. La famille constitue dans cette île le refuge, le centre du monde, le lieu où l'on se cache ou se perd. Chaque personnage en fait l'expérience, qu'il s'agisse d'une famille réelle ou réinventée, et l'on est souvent la victime de liens tissés par les générations précédentes.
Grandeur et décadence d'une communauté, c'est bien là le projet de Jérôme Ferrari qui observe impitoyablement la montée et le déclin d'un groupe d'hommes, suivant un cycle qui peut nous faire penser à ces civilisations que nous savons mortelles, désormais.
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