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Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Himmler, sous l'impulsion du Führer, a mis en place le projet «Lebensborn». Ce mystérieux programme avait pour but de fonder une pure race aryenne en faisant s'accoupler des hommes et des femmes sélectionnés au préalable selon des critères soi-disant précis. De ces nombreuses unions libres sont nés des nourrissons confiés immédiatement à la patrie par le biais du Heim, une sorte d'orphelinat où les nouveaux-nés sont longuement et scrupuleusement étudiés. Ceux qui sont retenus continueront à vivre au Heim et seront élevés comme de parfaits petits nazis. Les bébés dont les mensurations ne correspondent pas à l'idéal aryen ils sont purement et simplement «réinstallés» ; ce qui signifie qu'officiellement ils sont déclarés mort-nés.
C'est dans ce contexte atroce que nous faisons la connaissance de Max. Max est un foetus sur le point de venir au monde. Il est allemand, bien sûr, et il prie pour que ses cheveux soient blonds comme les blés et ses yeux bleus comme l'azur et ce, dès sa naissance. D'ailleurs Max ne s'appelle pas Max, en plus il déteste ce prénom. C'est sa mère biologique qui le lui a donné en secret ; au Heim, ce sont le froid docteur Ebner et la monstrueuse infirmière en chef qui choisissent les prénoms. Et ils ont décidé de baptiser Max, Konrad von Kebnersol.
Konrad va devenir la mascotte du Heim, d'abord parce qu'il est le plus beau des bébés du programme «Lebensborn» et surtout parce qu'il a des idées bien arrêtées malgré son très jeune âge. Max n'a que faire de rester dans les bras de sa mère biologique qui disparaitra rapidement de sa vie, ou bien de créer des liens avec ses petits camarades. Lui il sait ce qu'il fera quand il sera grand : il portera le bel uniforme noir dont il rêve tant, celui des SS.
Max est un livre détonnant. La couverture impressionne, le résumé effraie. Mais plonger dans Max, c'est se laisser happer par un récit non conventionnel et complètement fascinant. Par son engouement aveugle et inné, le bébé Max nous révulse et nous fascine. Sarah Cohen-Scali va loin et c'est très bien, on dépasse l'entendement pour découvrir avec aberration un mode de pensée et une vérité qui nous était jusque là totalement opaque. Levez le voile et préparez-vous. Vous n'en ressortirez pas indemne.
Ah ! Le charme de la campagne anglaise ; Noel Foster et Jasper Aspect l'ont bien compris. Ces deux jeunes hommes, dandys de la haute société londonienne sont venus passer quelques temps loin de la trépidante capitale dans le but de rencontrer de jeunes héritières fortunées dont ils pourraient faire leur moitié.
Amis par intérêt mutuel plus que par affinités véritables, les deux compères se retrouvent au Jolly Rogers, petit pied à terre typique de la lande britannique où Jasper affirme connaître une toute jeune fille dotée d'un pécule non négligeable : Eugenia Malmains. Cette adolescente peu commune milite ardemment pour l'Union Jackshirts, un parti fasciste qui soutient la cause d'Hitler et de Mussolini dans les années 30. Aspect et Foster rencontrent Eugenia qui les enrôle très rapidement dans son mouvement. Mais les ambitions maritales de notre duo de choc ne s'arrêtent pas là. Également descendues au Jolly Rogers Miss Jones et Miss Smith vont faire forte impression sur les jeunes hommes. Toutes deux sont venues incognito et souhaitent une totale discrétion sur leur présence dans la région mais c'est sans compter sur la curiosité intéressée de Jasper et sur la détermination d'Eugénia. Finalement les jeunes femmes sont entrainées dans le "charivari" ambiant et bien contentes de trouver un peu de distraction.
Introuvable pendant 70 ans, Charivari est une joyeuse satire pleine de finesse dans laquelle on se laisse couler avec délice. Nancy Mitford avait elle-même refusé la ré-édition de son livre en raison des problèmes familiaux qu'il avait causés ; ses soeurs étant elles-mêmes pro-nazies. Mitford, sous couvert de légèreté ambiante, laisse paraitre l'inconscience dangereuse de ses personnages et de leurs penchants. Un roman d'une grande intelligence.
Kévin vit dans un HLM avec ses parents, ses deux soeurs et son frère. Il ne se sent pas vraiment à sa place dans cette famille plutôt brut de pomme...
où le père part souvent pour ne revenir que plusieurs semaines plus tard et où la mère met ses enfants dehors, même par temps de neige, pour ne pas les avoir dans ses pattes. La seule qui trouve grâce aux yeux de Kévin, c'est Eva, sa petite soeur toute timide et sensible.
En plein hiver, alors qu'il cherche à se réchauffer après avoir été aimablement congédié par sa mère, Kévin se réfugie dans la bibliothèque de son quartier pour y lire en cachette une BD des Schtroumpfs. Mais cette visite fortuite à la bibliothèque va lui apporter bien plus qu'il n'en attendait !
Alors que Kévin dissimule tant bien que mal sa BD derrière un livre sur les motos, il croise le regard d'une de ses camarades de classe : Laurie, la première de la classe. Déjà embarrassé de se retrouver dans le même lieu que cette binoclarde prétentieuse ; sa gêne va être complète lorsqu'il va croiser le chemin d'une mamie très dynamique...Irène est une personne du troisième âge à la langue bien pendue qui jette son dévolu sur Kévin et décide de faire de lui son disciple. En effet, fini les Schtroumpfs ! Irène a décelé en Kévin une étincelle particulière et lui met dans les mains un livre au nom romantique : L'attrape-coeurs de Salinger. Le jeune garçon rechigne à ouvrir ce bouquin qui lui semble trop cul-cul. Mais à force de persévérance, la vieille dame pousse Kévin à commencer le roman. Les événements qui s'en suivront vont indéniablement transformer la vie du jeune garçon...
Holden, mon frère est un petit roman d'une grande tendresse qui montre avec humour et délicatesse que la lecture est un refuge pour tous, quels que soient l'âge, la famille et la vie qu'on a.
À lire, pour toujours se souvenir pourquoi on aime se plonger dans les livres et à quel point il est important de les partager.
Dans les quartiers cossus de Londres vit un couple comme tant d'autres, Mr et Mrs Ransome, quinquagénaires légèrement collés montés (jugez vous-même cette couverture très à propos). Un soir, rentrant de l'opéra après une représentation de Cosi fort décevante, ils découvrent avec stupeur qu'ils ont été cambriolés.
Les malfrats ont porté un soin tout particulier à leur crime. L'appartement est entièrement vide, il ne reste plus aucun meuble : tapis, plinthes et papier toilettes ont également été dérobés. Complètement dépouillés, les Ransome tentent tant bien que mal de continuer le cours très tranquille de leurs existences. Mais, il faut bien le dire, ce cambriolage donne à Mrs Ransome l'opportunité de faire de nouvelles expériences. En effet, Madame démontre de meilleures qualités d'adaptation que Monsieur. Forcée de trouver de nouvelles occupations, étant donné que ses activités de femme au foyer se sont considérablement réduite, Mrs Ransome découvre l'épicerie pakistanaise de son quartier et avec elle, une toute nouvelle gastronomie ; ayant fait l'acquisition d'un vieux poste de télévision, elle découvre l'existence des émissions de «talk shows» américains. De petites découvertes en grandes remises en question, Mrs Ransome commence à apprendre une vie plus légère, dégraissée des contingences matérielles de son univers petit bourgeois et étriqué. Son mari, en revanche, reste hermétique à toute forme de modification dans sa vie. Mrs Ransome est bel et bien la seule à percevoir ce cambriolage comme une échappatoire providentielle et salvatrice. C'est d'ailleurs cette toute nouvelle perspective des choses qui permettra à Mrs Ransome de découvrir le fin mot de cet étrange cambriolage...
Faussement méditatif et vraiment drôle, La mise à nu des époux Ransome donne à Alan Bennett, auteur de La reine des lectrices, une nouvelle occasion de faire rire ses lecteurs avec son style inimitable et des situations toujours plus originales. A lire, que l'on soit ou non victime de cambriolage !
Exit les stars hollywoodiennes, les happy end et les paillettes de la grande machine qu'est devenu le cinéma ; avec ce malicieux Petit éloge du cinéma, Jean-Jacques Bernard retrace tout une vie du cinéma français à travers son expérience de cinéphile et d'homme.
Slalomant habilement d'un point de vue à l'autre, d'un bouleversement à l'autre, l'auteur aborde toute les facettes d'un cinéma complexe dont les rouages sociaux, technologiques et émotionnels ont laissé des marques indélébiles sur les spectateurs que nous sommes tous. Bien sûr, aux travers des ces récits enchâssés, on devine aisément la figure de l'auteur en jeune cinéphile obsédé, trainant sa solitude d'une salle obscure à l'autre. De cette partie, on retient la nostalgie d'une époque révolue car Bernard le dit haut et fort : «Commençons par dire que le cinéma est mort, ça mettra à l'aise.» Cela a le mérite d'être clair et disons-le, cela donne envie d'en savoir un peu plus ; parce que le cinéma est mort, oui; mais non. Derrière cette phrase provocatrice mais pas tout à fait fausse, l'auteur exprime la nouvelle identité d'un nouveau cinéma toujours en mouvance. En effet, la réalité du métier quand on est pas une célébrité : les fameux intermittents du spectacle qui accumulent les petits contrats et les galères en tentant de respecter les codes implicites et parfois dégradants de la profession. Les changements apportés par les nouvelles technologies ont aussi transformé une certaine vision du cinéma. La VHS puis le DVD ont longtemps déplu aux cinéphiles les plus conservateurs qui pensaient que ces nouveaux formats tueraient à petit feu le cinéma dans ce qu'il a de plus sacré... Vrai ou pas, quoi qu'il en soit le cinéma et toujours là, Le blu-ray est arrivé, ainsi que la 3D.
Toutes ces transformations, Bernard les évoque avec une grande précision et une grande justesse en dépit de la brièveté de cet éloge et malgré l'évidente ironie de son style inimitable c'est avec une grande tendresse pour le cinéma «d'aujourd'hui» que l'on referme ce petit livre.
Septembre sera le mois Murakami ou ne sera pas ! Alors que paraissent chez Belfond les deux premiers tomes de 1Q84 ; Sommeil, une petite nouvelle de l'auteur japonais, vient de sortir en poche chez 10/18. Déjà parue dans le recueil L'éléphant s'évapore, le texte est ici accompagné des illustrations bleues et argentées de Kat Menschik.
Dans le Japon moderne, une jeune femme, mère de famille et épouse modèle mène une vie réglée comme du papier à musique. Mariée à un dentiste qu'elle qualifie volontiers de «laid», elle partage son temps entre ses courses, son fils et les tâches ménagères. Chaque matin elle part faire ses courses, chaque midi elle prépare le déjeuner de son mari et l'écoute discourir sur les problèmes du cabinet, chaque après-midi elle va chercher son fils à l'école puis prépare le diner. Cette vie pourtant paisible ne lui laisse que peu de temps pour elle-même.
L'existence de la jeune femme est étrangement bouleversée lorsque, pendant dix-sept nuits elle ne trouve pas le sommeil. Cette insomnie se manifeste de façon inhabituelle car, à aucun moment durant ces dix-sept jours, la jeune femme n'éprouve le besoin de dormir et ne ressent jamais le moindre élan de fatigue. Toutes les nuits s'étend devant elle un temps libre de tout. Elle décide alors de se plonger à nouveau dans Anna Karénine, lecture de jeunesse dont elle n'a gardé que quelques bribes de souvenirs. Dès les premiers mots, la femme est happée par le texte et ne lâche le livre qu'aux premières lueurs du jour, au moment de préparer le petit déjeuner familial. De ces insomnies et de cette nouvelle passion pour Anna Karénine, elle ne souffle mot à son mari, inconscient que la vie de sa femme vient de changer.
Secrètement et joyeusement la jeune femme va attendre ses nuits pour savourer lecture, cognac, chocolat et pensées intimes. Au travers de ces nuits et de leurs plaisirs délicieux et non coupables les failles existentielles de la jeune femme, si imperceptibles qu'on les croit inexistantes, vont se révéler, doucement, cruellement.
Comme toujours la subtilité de l'écriture de Murakami est trompeuse ; en dressant le portrait d'une femme qui trouve dans ses insomnies le bonheur de sa solitude, il mène à la peur irrépressible du vide et de la mort...
Sommeil, en quelques pages, sème le doute sur le rêve et la réalité et la symbolique de la mort prend tour à tour des aspects oniriques ou effrayants. Mais Murakami y parle aussi, entre les lignes, de la passion dévorante de la lecture, de ce besoin presque physique qui accapare le lecteur, ne se souciant plus que de son livre qui devient son seul univers.
On sort de ce Sommeil comme d'un rêve, envouté et troublé.
Le premier livre de Kim Thuy, prix RTL 2010, vient de paraître en poche dans la jolie collection Piccolo de Liana Levi.
Fragments de vie, de pensées et de souvenirs, Ru est constitué d'une multitude de petites perles qui se dévoilent page après page. Le roman est autobiographique ; Kim Thuy y raconte son exil du Viet Nam et la fuite de sa famille. Alors petite fille issue d'une famille aisée, Kim Thuy voit l'arrivée du communisme dans son pays bouleverser sa vie. Très vite ses parents décident de fuir et deviennent des «boat people».
Thuy se souvient brièvement mais nettement de ses compagnons d'infortune, des conditions de vie abominables dans le bateau puis dans le camp de réfugiés en Malaisie. Ces moments-là sont entrecoupés d'autres, au Canada, où ses parents et elles se sont réfugiés et ont construit une nouvelle vie. Entre ses souvenirs d'enfance et ses sentiments de femme adulte, mère de famille, Thuy dresse un portrait morcelé mais pourtant précis d'elle-même et de son parcours. Ru est également le reflet de tout un Viet Nam déraciné, fuit par sa population. Kim Thuy rend hommage à l'essence de son pays originel ainsi qu'à tous les exilés qui partagent la même histoire qu'elle.
Un roman intime donc, dans lequel Thuy évoque la détermination de ses parents à donner à leurs enfants toutes les chances de s'en sortir et de se reconstruire dans un univers étranger, presque hostile. Mais au-delà de l'autobiographie, Ru est le roman de l'amputation du Viet Nam d'une partie de sa population.
Un livre puissant où les mots résonnent d'une grande pureté.
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