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Les coups de cœur de ses libraires

  • François Reynaud : Fat city - Leonard Gardner - Tristram, Auch, France - 24/05/2015

Portrait croisé de deux boxeurs de Stockton, dans le nord de la Californie - l'une des villes les plus misérables des États-Unis - Fat City, paru en 1969, a valu à son auteur un succès foudroyant. Récompensé par le National Book Award, Leonard Gardner n'écrira rien d'autre que ce chef d'oeuvre, à la manière d'un boxeur quittant le ring à la suite d'un combat unique remporté par K.O.
Billy Tully est un vieux boxeur de 29 ans qui aimerait retrouver les gants après une éclipse de deux années et un combat pipé perdu face à un adversaire bien mieux soutenu qu'il ne le fut lui par son propre entraîneur. Amer mais bien décidé à cogner encore plus fort qu'avant, il est guidé par une intuition de vie toute simple : «Si j'ai le combat j'aurais l'argent, si j'ai l'argent j'aurais la femme». Car sa grande souffrance lui vient de ne pas être aimé et d'avoir perdu la femme de sa vie.
L'autre boxeur, qui aura le même entraîneur que Billy en la personne de Ruben Luna le poissard, celui que tous ses boxeurs abandonnent en cours de route, c'est le jeune Ernie Munger dont les premiers essais laissent entrevoir un avenir prometteur ? dans la limite d'une ville comme Stockton, coincé dans la salle d'entrainement minable du gymnase du Lido s'entend.
Les femmes, les combats, l'amour, les applaudissements, tout file entre les doigts meurtris de ces gueules cassées, personnages maudits et magnifiques abonnés aux désillusions. Pour gagner leur vie, ils sont journaliers agricoles, et pour la raccourcir, ils la noient dans l'alcool. Ils se sentent vieux avant d'être vieux, perdent leurs combats avant même de les avoir disputés et si jamais une victoire croise leur chemin, ils en saccageront le profit comme seuls les loosers hors catégorie savent le faire : pathétiquement et en solitaire.
On l'aura compris, Fat City est un roman noir. Mais il est de ceux qui illuminent la littérature américaine depuis toujours. Il est peu question de boxe finalement dans cette histoire là, mais bien d'amour au sens le moins rose du terme et c'est ainsi que Gardner crochète son lecteur. Merci aux éditions Tristram d'avoir remis les gants à ce livre là.
«Il éteignit, et rêva qu'il ne parvenait pas à s'endormir.»


  • Allan Viger : Little America - Rob Swigart - Cambourakis, Paris, France - 23/05/2015

Rob Swigart revisite le cultissime «Chérie, j'ai rétréci les gosses !» pour nous gratifier d'une séance récréative devant le désormais «Chérie, j'ai rétréci l'Amérique !». Une comédie «déjantée !», «excentrique !», «hilarante !», avec Orville Hollinday Junior dans le rôle du type qui n'avait que deux ambitions : s'établir dans l'immense station-service de Little America, dans le Wyoming et tuer son salopard de père, Orville Hollinday Senior, l'apothéose par excellence !
Des voitures, des fast-foods, des cieux immenses, bleus comme si tout allait bien, et plus de viande bovine au kilomètre carré que d'habitants dans ce grand ouest américain ! Toute cette apparente simplicité, c'est louche... Halte ! vous y êtes ! à Little America, l'endroit le plus prototypique des États-Unis d'Amérique !


Un homme se promène sur les plages d'une petite île, un carnet à la main. Il note :
"Un chalutier relève son filet, déclenchant un feu de mouettes."
"Je ne veux pas connaître le nom des oiseaux, ni celui des herbes. Je ne veux même pas savoir où se trouvent le nord et le sud."
"L'instituteur fait le tour de l'île avec ses élèves. Il n'y a pas meilleure leçon."
On le voit, le bonhomme est un peu poète, un peu sauvage, un peu branleur aussi. Il passe quelques jours en touriste discret. Pas du genre à faire des vagues sur la plage. Mais ce type qui se balade tout seul attire cependant l'attention des habitants de Houat. Sur cette île qui baigne à quelques encablures de Belle-Île en mer, il intrigue d'autant plus qu'une folle rumeur court depuis quelques jours : un James Bond pourrait être tourné ici même ! Vraie rumeur ? Fausse information ? Forcément, il va falloir tirer cela au clair et alors un jour, le maire et deux de ses adjoints viennent frapper à la porte de notre homme : "Bonjour, excusez-nous de vous déranger. Nous avons une question à vous poser. Vous venez pour le James Bond ?"
Commence alors un joyeux récit le temps d'une soirée bien arrosée où la vie insulaire, ses secrets comme ses peines et ses joies, est l'objet d'une conversation passionnante. On y parle des enfants qui quittent l'île et de ceux qui y reviennent abîmés par le continent après des années d'exil, de la façon que l'on a ici de faire appliquer les règles en l'absence de forces de l'ordre à disposition, de l'inflation immobilière qui chasse les insulaires et du chômage qui n'est pas plus agréable ici qu'ailleurs... Alors, c'est vrai que cette histoire de James Bond, ça donnerait un peu d'attractivité au coin, comprenez ?
Laurent Graff parle aussi de lui-même, narrateur de cette histoire qui a décidé de rester 5 semaines sur cette île rencontrée par hasard quelques années auparavant. Il confie ses doutes d'écrivain, son admiration pour Jean-Philippe Toussaint, revient sur son parcours littéraire et sur les précieux mots d'encouragement que Jérôme Lindon, l'innommable éditeur des éditions de Minuit, lui glissa il y a bien vingt années maintenant et sur cette obstination qu'il y a à écrire, chaque matin, très tôt, et pour combien de lecteurs ?


  • François Reynaud : Mr Gwyn - Alessandro Baricco - Gallimard, Paris, France - 01/02/2015

Le romancier britannique Mr. Gwyn décide d'abandonner son art alors qu'il est au sommet de sa gloire. Il abandonne la littérature. Les relances désespérées son agent littéraire, n'y feront rien : sa décision est prise, il va s'agir à présent de disparaître des journaux, des médias, du petit monde littéraire et devenir très peu près avoir été beaucoup.
Dans un premier temps Gwyn disparait complètement et pendant de longues semaines il ne donne quasiment plus signe de vie. Mais un artiste peut-il échapper à son art ? Un écrivain peut-il faire autre chose qu'écrire ? Au bout de plusieurs mois, le manque apparait dans la vie de Gwyn. Le besoin d'écrire est là, physique, et l'artiste va devoir trouver un moyen de le soulager sans revenir sur sa décision initiale de ne plus revenir au roman car cette vie d'avant, elle, ne lui manque pas.
C'est au hasard d'un portrait exposé dans la vitrine d'un galeriste qu'une idée de génie lui vient : à la manière d'un portait peint, lui aussi fera des portraits et saura saisir le secret de ses modèles comme ont su le faire les plus grands peintres au fil du temps. Mais bien sûr, ses peintures à lui seront écrites ? Il fallait y penser ! Il va inventer le portrait écrit et sa vie, à se moment là précisément va changer du tout au tout !
M. Gwyn est un magnifique roman qui nous entraine au plus près de l'inquiétude et de la joie artistique. Cette histoire qui rappelle Le Chef d'oeuvre inconnu de Balzac est un vrai bonheur de lecture, d'élégance et de tendresse pour dire le projet d'un homme qui au fur et à mesure que le roman progresse s'efface de l'histoire même qui lui est consacrée ! Un véritable tour de passe-passe à découvrir de toute urgence !


  • François Reynaud : La chute des princes - Robert Goolrick - Anne Carrière, Paris, France - 07/10/2014

Les larmes aux yeux, j'ai terminé la lecture fiévreuse de ce texte incroyablement lumineux de Robert Goolrick qui revient sur une période qu'il semble avoir trop bien connue : le New York des années 80 et ses abus déjà croisés dans les romans de McInerney. Trop de fric d'abord. Une avidité inouïe ! Trop de came ensuite, trop de sexe, trop d'alcool, l'excès pour seule limite et une morgue incroyable dans le regard posé sur le reste du monde qui n'est pas de la fête. Retour sur cette période à travers la confession d'un broker de Wall Street encore tout étonné, 30 ans plus tard d'être ressorti vivant de ces années de gloire puis de désolation où beaucoup ont laissé leur peau. L'écriture de Goolrick est touchée par la grâce d'un ange fitzeraldien. Une élégance incroyable pour faire le portrait de beautés overdosées, de courtiers au cynisme aveuglant et de relations qui ressemblent à l'amitié et finissent la peau sur les os, la peur au ventre et le sida pour dernier frisson. Le retour de bâton fait un carnage. Nous ne les plaindrons pas, certes. Mais il y a tellement d'amour dans cette prose, comme dans ce portrait ultime d'un jeune travesti au grand coeur que, oui, la chute de ces princes est digne de nos larmes.


C'est un livre que l'on prend par hasard sur le rayon de la librairie pour une raison qui nous échappe. Un livre un peu impressionnant, qui ne nous dit rien a priori, et dont on craint en secret ne pas avoir le niveau requis pour le lire. Le nom de l'auteur d'abord : Zeev Sternhell. Tout de suite on se dit que cela ne sera pas facile mais son titre, Histoire et lumière, changer le monde par la raison, et le fait que le livre se présente sous la forme d'entretiens (que l'on peu estimer d'un abord plus facile) finissent par nous convaincre de jeter un ?il à l ?ouvrage. Après tout ! Pour ce qu'on risque. Et là, immédiatement, en quelques minutes de dialogue, vous êtes emporté dans la vie et la pensée d'un homme dont le parcours, la culture et les travaux d'historien des droites françaises - aujourd'hui encore objets de querelles passionnantes - vous laissent abasourdis d'admiration. En tout cas cela s'est passé comme ça pour moi.
Je ne me risquerais pas à rendre dans le détail le parcours intellectuel de cet homme né en Galicie en 1935 de parents juifs. Sachez rapidement qu'il a ressenti dès son plus jeune âge l'antisémitisme polonais, qu'il a connu le ghetto de Przemysl et qu'il a vu partir sa mère et sa soeur pour Auschwitz lorsqu'il avait 7 ans. Sa vie entière est marquée par une volonté de survie à toute épreuve, un instinct qui fera de ce juif non croyant un sioniste de gauche, qui souffre cruellement de voir la classe politique de son pays basculer entièrement vers un nationalisme désastreux et dangereux. Recueilli au sortir de la guerre par sa tante installée en France à Avignon, Zeev Sterrnhell va devenir, à travers ses lectures, un amoureux inconditionnel de la France qui restera à jamais pour lui le pays des Lumières, c'est-à-dire le pays où l'individu est libre de ses croyances, des ses opinions. Les Lumières franco-kantiennes offrent un environnement qui permet de penser qu'un État et une société sont des instruments au service de l'individu, et non l'inverse. Le pays, la terre, la langue, la religion, les traditions, l'Histoire ne doivent plus peser comme un organisme en soi sur l'individu. On peut être d'accord ou non avec Sternhell et ses propres arguments paraissent parfois contestables même pour un simple libraire, mais entrer dans cette pensée est absolument passionnant.
Sternhell est surtout l'homme qui en 1983 a fait paraître Ni droite, ni gauche, l'idéologie fasciste en France, ouvrage par lequel le scandale est arrivé puisque l'auteur prenait à contre-pied toute une histoire des droites françaises bien convenable dirigée par René Rémond, en mettant clairement en évidence (à ses yeux du moins) une origine française et contre-révolutionnaire à l'idéologie fasciste. Cette thèse qui fera alors hurler les historiens de l'institut des hautes études politiques de Paris. Tente ans plus tard, ils hurlent encore !
Bref, il ne s'agit pas d'être d'accord ou non avec l'intégralité de son propos mais de reconnaitre que sa pensée, son goût du combat et son idéal des Lumières dont presque plus personne aujourd'hui n'ose encore se réclamer en France, provoquent une réflexion bienvenue. Le débat sur les questions d'identité et de nationalisme est plus que jamais ouvert et ce livre, à lire absolument, propose une perspective à la fois historique et personnelle formidable pour l'aborder.


  • François Reynaud : L'affaire Collini - Ferdinand von Schirach - Gallimard, Paris, France - 11/06/2014

Auteur sur le tard de nouvelles criminelles sidérantes, Ferdinand von Schirach passe au roman avec un livre percutant qui dénonce l'indulgence judiciaire avec laquelle la criminalité nazie fut traitée par la justice allemande.
Mai 2001. Caspar Lienen, jeune avocat au barreau de Tiergarten, est commis d'office à la défense de Fabrizio Collini, un homme d'une soixantaine d'années qui reconnait avoir sauvagement assassiné Hans Meyer, un vieil industriel respecté. L'affaire semble donc entendue et devrait être rapidement expédiée puisque tout confirme la version de cet immigré italien, lequel refuse cependant de donner un mobile à son geste. Obsédé par la défense de son client, Caspar tient à éclaircir cette question du mobile et un détail qui avait jusqu'ici échappé à tout le monde va récompenser l'obstination du jeune avocat, et faire subitement basculer le procès dans une dimension totalement inattendue !
Avocat allemand spécialisé en droit criminel, Ferdinand von Schirach est déjà connu en France pour Crimes et Coupables, deux recueils de nouvelles parus chez Gallimard, sidérants tant par la concision et la sécheresse du style employé que par la puissance d'évocation des faits rapportés. Inspirées d'affaires authentiques, von Schirach en à fait de véritables bijoux d'analyse, du point de vue de la psychologie humaine comme de la mécanique judiciaire. Avec ce court premier roman et cette même écriture pour le moins lapidaire, il questionne à nouveau la banalité du crime. Mais s'il s'attarde plus longuement sur cette affaire, c'est que ce crime là, justement n'est pas aussi banal qu'il en à l'air et nous renvoie - et avec quelle efficacité ! - aux heures les plus sombres de l'histoire allemande...
La question de l'indulgence judiciaire à l'égard des criminels de guerre nazis dans l'immédiat après-guerre et la problématique de la prescription de ces crimes deviennent alors le véritable sujet de ce livre écrit par celui qui ne peut oublier que son grand-père, Baldur von Schirach, fut le «grand» chef des jeunesses hitlériennes...


  • Olivier Badoy : L'autre pays - Sébastien Berlendis - Stock, Paris, France - 11/06/2014

Lire un récit de la collection la forêt, chez Stock est souvent l'occasion de découvrir une petite merveille d'intimité. En voici à nouveau la preuve avec ce deuxième texte de Sébastien Berlendis, que l'on se plait à suivre sur les routes italiennes, de Turin à la province de Matera en passant par Ferrare, Rimini ou San Pietro.
Dans un flou artistique envoutant, l'auteur suit la trace de ses ancêtres, des souvenirs et d'un amour évidemment perdu. Il nous offre des instantanés de plages presque désertes, de ruelles à contre jour aux silhouettes anonymes, en prenant soin d' «esquiver les tours d'immeubles» afin que subsiste une impression de beauté forte et volatile. Emprunt d'un romantisme authentique, tout en rupture et délicatesse, cette succession de courtes strophes sont autant de petites séquences qui forment un tout à la manière d'un cout-métrage.
Le périple se terminera à Braco, ville abandonnée aux ruines évocatrices où subsistent les vestiges de son histoire. Son autre pays.


Dans une ville moyenne, peuplée d'une classe moyenne à l'intelligence moyenne, Medhi Faber rayonne. Depuis le CP il est l'électron libre, celui que l'on écoute, que l'on cherche quand l'horizon est un peu trop vide. Il manigance, il dirige mais s'isole et se perd chaque jours un peu plus dans le feu qu'il dégage. Deux amis, Madeleine et Basile, s'accrochent pourtant, tout fascinés qu'ils sont par l'intelligence et le charisme de cette idole qu'ils se fabriqueront peu à peu jusqu'à l'écoeurement.
Quand ils décideront quelques années après : à l'heure des choix, de sortir Faber de la communauté qu'il a tenté de bâtir et dont il est l'unique rescapé, ils retrouveront un homme couvert de crasse mais pas de honte, assez libéré même des frustrations qui les tenaillent, eux, depuis l'enfance. Faber bousculera à nouveau leurs rêves, gentiment pliés comme du linge de maison dans un placard en formica.
Le temps aura fait son oeuvre et la haine est pernicieuse. Mais l'auteur ne laissera à personne d'autre le soin de s'occuper du sort de son personnage.
Bien plus que le roman d'une génération, ce texte admirablement construit et réfléchi, éclaire en toute simplicité la facilité qu'ont les hommes et la société à générer des démons (concept cher à l'auteur). Faber en est un, mais peut-on vraiment lui en vouloir ?


Quand on retrouve au petit matin, dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris, sagement disposé sur un banc tout au fond du déambulatoire, en posture de communiante, le cadavre d'une jeune femme très courtement vêtue, on comprend que la nouvelle qui s'apprête à filtrer des lieux va forcément faire l'effet d'une bombe. Et quand en plus on s'aperçoit que le vagin de la défunte a été entièrement rebouché à la cire de cierge comme pour en sceller le passage, on se dit que cette bombe là dégage de fortes odeurs de luxure ? Mais que se trame-t-il donc dans le monument le plus visité de Paris ?
Tout accuse très vite un jeune ange blond, un étudiant en art passablement irradié par l'aura de la vierge Marie. Mais ne serait-on pas allé un peu trop vite en besogne ? Et si le jeune homme était innocent - ce qui reste à prouver -, qui pourrait bien avoir commis un crime pareil ? Pas facile de s'y retrouver parmi des soutanes qui cultivent le secret, des bigots et des bigotes complètement allumés, une juge d'instruction qui n'a pas réglé ses comptes avec son propre passé et un lieutenant de police dont la perversité le dispute à l'incapacité...
La madone de Notre-Dame est un vrai bon polar qui marche sans effets de manches. Un truc à la Tchao pantin d'Alain Page, bien parisien et un peu crado, avec des personnages tourmentés et attachants malgré eux. Le père Kern, petit bout d'homme maladif d'1m48 qui finit par prendre l'enquête à son compte, est particulièrement bien senti, navigant à vue dans un univers corrompu dont le capiteux menace à tout instant de submerger ses plus sincères convictions ?
Avec ce premier roman, Alexis Ragougnaux, déjà auteur de nombreuses pièces de théâtre, use d'une langue souple et vivante qui prend toute sa dimension quand ses personnages prennent la parole. C'est court, c'est efficace, c'est pas tiré par les cheveux, c'est pas non plus résolu en trébuchant sur l'indice... Que demander de plus, non de dieu ? ! Oh ! Pardon. On ne jure pas dans une Cathédrale.


Après "Mon ami Dahmer" parue en 2013, fascinante bande dessinée qui revenait sur ces années lycée durant lesquelles l'auteur avait côtoyé de très près celui qui allait devenir l'un des pires tueurs en série aux États-Unis, Derf Backderf réapparaît chez Ça et là avec un récit tout aussi «Amérique profonde» qui gagne en humour ce qu'il perd en malaise. Et c'est un vrai bonheur !
Punk Rock & mobile homes est le portrait d'un jeune homme haut en couleur dans une ville qui a perdu les siennes. La ville, c'est Akron, Ohio, au début des années 80. Une ville que l'on appelle aussi Rubber City, la ville du caoutchouc, en raison de l'importante concentration d'usines de fabrication de roues et de pneus. Enfin ça, c'était avant. Avant la crise de l'automobile, avant le chômage. Une ville abandonnée où, symbole de la décadence certainement (...) il arrive aux banques de se transformer en boites punk ! Et c'est précisément là que se déroule notre histoire, dans The bank, une salle de concert mythique qui, comme par miracle, verra passer en quelques mois le meilleur de la scène punk rock. Les Ramones, Klaus Nomi, Wendy O. Williams, Joe strummer, Ian Dury et le critique musical Lester Bangs. Ils apparaissent tous dans cette BD et tous ont affaire au véritable héros de l'histoire : Otto Pizcok qui se fait appeler aussi, «le Baron». Un grand dadais de 18 ans, trombone dans la fanfare du coin. Pas exactement un punk tel qu'on les imagine en effet. Mais la suite nous prouvera que tel n'est pas celui que l'on croyait être... et ça va être un festival !
Sur près de 150 pages, Punk Rock & mobile homes est le portrait régressif, potache et testostéroné d'un mec qui n'en a pas l'air mais qui, au contact de cette musique qui n'aime rien, va s'épanouir et connaître l'amitié, l'amour et la gloire au micro ! C'est aussi le portrait d'une jeunesse qui prend conscience avec effroi et dégoût que le pays s'est donné à la pire baudruche que la politique spectacle n'ait encore jamais gonflée : Ronald Reagan ! Les malheureux, s'ils savaient W. Bush attendait son heure...


Tout est juste, beau et profondément humain dans Kililana song. Enfin, une bande dessinée qui dépasse le genre ! A la fois carnet de voyage, reportage, conte philosophique et roman d'apprentissage, le récit de Benjamin Flao caresse et secoue. On lit la dernière page les cheveux collés par le sel et un grain de sable dans l'oeil.

C'est l'histoire d'une terre, d'un lieu magique où tout le monde vit en équilibre ; c'est la vie d'un petit garçon, Naïm, qui court plus vite que tout le monde, plus vite que son grand frère surtout qui cherche à s'acheter une conscience en s'efforçant de le rattraper pour l'asseoir sur les bancs d'une école coranique. Naïm, lui, préfère attendre la nuit sur les toits, il aime le calme, écouter son pote Sélim "muet comme un pot" et observer les autres. Et des autres il y en a dans ce petit port de pêche. Certains sont là par hasard, d'autres pour faire fortune, la plupart parce qu'ils y sont nés, mais tous donnent du sens au récit. Et puis il y a un arbre un peu plus loin, sur une île voisine. Un arbre gardien d'une mémoire qu'il serait dangereux d'occulter.
Pour son premier récit en solo, Benjamin Flao s'affirme comme un maître qui s'invente son propre genre. Les planches sont lumineuses, simples et justes, le texte et le trait sont sans artifice ce qui souligne la profondeur des personnages. La mise en scène et le cadrage impliquent le lecteur qui est ainsi happé par le dessin pour finalement faire partie de l'ambiance. Certaines planches sont d'anthologie et on comprend vite pourquoi beaucoup d'entre elles s'arrachent à prix d'or chez les collectionneurs.
Alors oui, je sais, Astérix est chez les Pictes, mais pendant ce temps Naïm est au Kenya, sur l'archipel de Lamu et je vous promets que le détour en vaut la peine !
Un grand merci à l'auteur et aux éditions Futuropolis pour ce beau cadeau de fin d'année.


Saint-Georges regardait ailleurs raconte l'itinéraire d'un enfant libanais des années 50 balancé entre deux cultures. D'un côté celle de ses parents, une famille musulmane de Tripoli dont le père a trop souvent maille à partir avec la police, de l'autre celle d'un riche couple de chrétiens en mal d'enfant qui va très vite devenir, par la force des choses, sa véritable famille.
L'enfant de deux cultures va grandir sans se soucier de cette identité double, un peu floue, tellement symbolique de toute l'Histoire du Liban. Le problème étant que pour beaucoup de monde autour de lui - la guerre civile approchant - cette identité indécise vécue avec tellement de légèreté deviendra vite inacceptable !
Portrait d'un jeune homme insouciant, généreux, navigant entre deux mères, entre deux femmes, entre deux religions, et qui aimerait ne pas avoir à choisir, Saint Georges regardait ailleurs est un texte qui bouleverse le lecteur par une grande économie de moyens. Tout sonne juste ici. La moindre ligne. Tout raconte le mélange d'amour et de peur, de fatalité et d'espoir, jusqu'à ce sentiment de sensualité, envers et contre tout, qui ne résistera malheureusement pas à la folie des hommes !


  • Nathalie Chavet : Confiteor - Jaume Cabré - Actes Sud, Arles, France - 18/09/2013

Confiteor. Je me confesse. Je t'aime Sarah mais c'est vrai que je suis l'héritier d'une fortune qui ne m'appartient pas. Qui a été volée à des hommes que l'Histoire a voulu chasser. Des juifs. Je vais vous raconter le rôle de mon père dans cette affaire de spoliation et vous dire qu'il n'est pas le premier a s'y adonner, que beaucoup d'autres s'y sont essayé avant lui et que, le Mal ayant toujours accompagné l'histoire de l'humanité, il y a de grandes chances que d'autres à l'avenir fassent perdurer ce genre de pratique...
Comment vous dire l'incroyable manque que je ressens après avoir fini la lecture du monumental chef d'oeuvre de Jaume Cabré Confiteor ? ! Quel roman ! 770 pages d'une richesse et d'une générosité narrative incroyables, l'auteur jonglant comme par miracle avec les temporalités sur près de 500 ans d'histoire européenne dans une construction symphonique éblouissante. Confiteor est une histoire d'amour ratée bouleversante et certainement aussi l'une des plus belles histoires d'amitié de la littérature. Écrit comme une lettre adressée à la femme qu'il a déjà perdu à deux reprises avant de la perdre tout-à-fait sans jamais s'être réconcilié avec elle, la voix d'Adria Ardèvol est emprunte d'un lourd sentiment de culpabilité qu'il aura cru pouvoir fuir tout au long de sa vie avant d'être rattrapé par lui dans ses dernières années. Quelle culpabilité ? C'est une longue histoire ! Une histoire que l'auteur fait commencer aux sombres heures de l'inquisition...
Sachez tout même que le vieil universitaire qui écrit ce roman est le tout jeune homme que nous découvrons dans les premières pages du livre, un petit catalan du Barcelone des années 50 qui vit très seul dans un grand appartement bourgeois plongé dans un silence de plomb imposé par un père sans tendresse qui rêve de faire de lui un humaniste polyglotte. En effet, Felix Ardèvol, antiquaire ne vit que pour les objets qu'il possède dans le sanctuaire de son bureau et dont Adria pourrait, être à terme, la plus belle pièce. De son côté, la mère d'Adria fait en sorte que le garçon s'obstine au violon, convaincue d'en faire, et peu importe ce que lui en pense, le violoniste virtuose dont elle pourra se rengorger à loisir. Fils unique, objet de désirs parentaux qui ne sont pas les siens, Adria grandirait dans une solitude parfaite si Bernat n'était pas là, son seul véritable ami qui vient à l'occasion déranger le pesant silence du grand appartement.
Mais d'où vient la fortune de cette famille ? Ces objets rares qui font la fierté de Felix et dont un violon Storioni est la pièce maîtresse, comment ont-ils atterri entre ses mains ? Par quel tour de passe-passe cynique, par quel opportunisme historique des pièces pareilles ont-elles été obtenues ? C'est ce que va apprendre et devoir accepter petit à petit Adria tout au long du roman : découvrir quel homme véritable était son père.
Il sera bien sûr question dans ce roman de spoliation, celle des biens juifs durant la seconde guerre mondiale mais plus généralement de vols, de rapines, de biens mal acquis qui, on le sait, ne profitent jamais. Et cette question lancinante et sans réponse du Mal dans l'Histoire et de sa persistance, qui poursuivra le jeune homme jusqu'à ses dernières heures universitaires. Jusqu'à son dernier souffle.
Magistral !


  • François Reynaud : Coyote crossing - Victor Gischler - Denoël, Paris, France - 13/07/2013

Il n'avait qu'à surveiller le corps. Pas très compliqué. Juste à surveiller un cadavre, celui de Luke Jordan, brute locale retrouvée abattue au volant de son pick-up. N'importe quel abruti de sheriff adjoint d'un trou paumé des États-Unis devrait être capable de s'acquitter d'une mission aussi simple. Eh bien ! il faut croire que le jeune Toby Sawyer n'est pas n'importe quel sheriff adjoint...
Car le garçon, encore tout fier de l'étoile en fer blanc qu'il porte à la poitrine, préfère s'absenter quelques minutes pour retrouver sa douce illégitime le temps d'un plaisir rapide avant le retour de son supérieur. Seulement voilà, quand il revient sur le lieu du crime, le crime justement n'est plus là ! Le corps à disparu et ça, quand les frères Jordan - tout aussi brutes que la victime - vont l'apprendre, cela risque de faire pas mal de bruit !
Commence alors un roman 100% action où les ennuis s'accumulent et s'agglomèrent comme une énorme boule qui ne serait pas exactement de neige et qui poursuit le pauvre Toby Sawyer pour le plus grand plaisir du lecteur.
Vous l'aurez compris, absence totale de psychologie dans ce roman. Mais une noirceur et un goût pour la parodie qui remportent avantageusement la mise. Les cadavres s'accumulent, les masques tombent, il fait nuit, il y a des cris et celui qui menace de crier le plus fort est bien le bébé du malheureux sheriff adjoint que sa femme, qui vient juste de se barrer, lui a laissé sur les bras. Alors vite, vite, vite ! Du lait, des couches et des cartouches !


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