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Les coups de cœur de ses libraires

  • Jérôme Peyrelevade : Pardon mère - Jacques Chessex - Grasset, Paris, France - 14/07/2012

Il dit d'elle qu'elle avait les yeux plus bleus et gris que le ciel de ses montagnes suisses. Il dit d'elle tant de choses vraies et fragiles. La véracité ne tenant qu'à l'évocation. Dans toute sa puissance puisque seule son évocation reste d'elle. Dans son souvenir d'elle et de lui, de lui contre elle. Il dit tant de lui aussi. Il se maudit et la chérit. Il se maudit dans son amour à elle. Dans ses manques à lui. L'écriture comme seule rédemption, comme ultime déclaration d'un amour total.

Lorsqu'une plume aussi pleine et déliée que celle de Jacques Chessex se donne le temps et la verve d'accompagner son amour à sa mère, il reste comme une admiration indicible pour l'auteur et son oeuvre, malgré lui sans doute.


  • Anouk : Aïzan - Maryline Desbiolles - Ecole des loisirs, Paris, France - 14/07/2012

L'histoire raconte Aïzan, petite fille tchétchène venue habiter le sud de la France avec sa mère. On sait d'elle que son père est parti, que sa mère est belle, triste et forte et qu'elles souffrent toutes deux de l'absence.
Aïzan, dont l'imagination est le souffle, va apprendre à vivre dans une nouvelle ville.
Elle aura une soeur imaginaire qu'elle convoque dans le creux de sa main pour partager ces pensées et ses rêves. Petite fille déracinée, elle saura pourtant de rencontres en rencontres, apprendre à aimer, à voir et à connaître le monde, à dérouler aussi toute la tendresse en elle pour la partager avec les autres.
Maryline Desbiolles propose un roman pour enfants d'une grande densité, mêlant la mythologie grecque au destin d'une enfant en devenir.
L'écriture poétique serpente comme une rivière au soleil, arrosant les décors et les personnages très actuels d'une histoire aussi rafraîchissante que touchante.


Ils se font face. Ils se sont retrouvés sur le quai de la gare, sont montés dans le train, se sont assis d'un même élan dans un compartiment, mais les autres voyageurs les empêchent d'exprimer pleinement leurs sentiments. Alors ils se font face en silence, et chacun pense à ces neuf années de séparation.
L'homme était jeune alors, pauvre, acharné au travail, prêt à tout pour sortir de sa condition miséreuse. La femme était moins jeune, prévenante, intelligente et fort belle. Mais elle était mariée à l'employeur et bienfaiteur du jeune homme. Ils se sont chastement aimés avec passion jusqu'à ce qu'il soit envoyé au Brésil, ce sont promis l'essentiel avant son départ.
La Grande Guerre ayant éclaté, le retour de l'homme a été différé bien des fois, et les vies de ces deux êtres se sont définitivement réalisées l'une sans l'autre.
Ils se font face maintenant, s'aiment encore, ou veulent le croire.
Pourtant, il n'y a rien d'autre que le passé face à eux, ce passé qui les envahit sans jamais leur donner la possibilité de se retrouver dans le présent, et encore moins de se projeter.
Sans doute prennent-ils alors conscience que ce voyage dans le passé sera celui de l'amour ou du désamour, de nouveaux espoirs, ou de désillusions. Chaque mot, chaque pensée, chaque geste est lourd de significations et d'implications. Que reste-t-il, que gardent-ils l'un pour l'autre, au bout du temps ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, voici une nouvelle du maître encore jamais traduite en français. Encore plus surprenant, il ne s'agit pas d'un fond de tiroir qui aurait dû rester là où il était, mais bien d'un petit joyau littéraire, comme sait les concocter S. Zweig. On y retrouve la profondeur, l'intelligence et la sensibilité de l'auteur. On y retrouve la confusion des sentiments, le temps qui se dilate ou se contracte, toujours à contre-courant de ses personnages, comme perdus en eux-mêmes. Superbe.


  • Anouk : Le premier amour - Sandor Marai - Albin Michel, Paris, France - 14/07/2012

Un professeur de latin dans une petite ville hongroise décide de décrire les menus évènements de sa vie et la couleur de ses pensées dans un journal intime. Plus par ennui que par nécessité, l'homme d'une cinquantaine d'années qui commence à rédiger ces pages, se trouve dans une station balnéaire modeste où il s'ennuie dans une solitude épaisse, comme il s'ennuie par habitude.
Il se promène, salue poliment ses semblables, évite les rencontres et les conversations s'octroie quelques centilitres de vin au dîner. Il a une représentation très stricte et précise de ce que doit être sa vie et de l'attitude que doit avoir un homme de sa condition.
Tout son être est régi par une rigueur maniaque, un tantinet méprisante, jusqu'au jour où un homme en villégiature comme lui, va ouvrir une brèche dans ce qui semble si bien réglé.
Il sèmera un doute brûlant dans son coeur qui ne s'éteindra plus. De retour de ses vacances, le professeur va retrouver son quotidien, ses collègues, ses élèves, sa petite ville. Et pourtant une vérité nouvelle va ronger son âme.
Au fur et à mesure des pages, Sandor Marai, qui écrit à la première personne, nous emporte dans le désespoir abyssal d'un homme qui, malgré une honnêteté implacable sur lui-même, se crevasse comme une main plongée dans la glace. Il révèle petit à petit les meurtrissures d'un être que le manque tue et dont l'âme réclamera réparation. L'amour, dévastateur qu'il éprouvera alors, le conduira à une étreinte fatale avec la folie.
Un livre puissant, magnifiquement écrit.


  • Jérôme Peyrelevade : La muette - Chahdortt Djavann - Flammarion, Paris, France - 14/07/2012

Fatemeh a 15 ans. Elle va bientôt être pendue. Du fond de sa cellule, elle écrit ce court récit, pour témoigner. Pas pour que les gens lui pardonnent, mais pour qu'ils comprennent. Le récit d'une jeune fille en sursis, qui vient de connaître en quelques mois les bouleversements de toute une vie. L'amour et la mort réunis. L'amour de sa tante, dont elle conte l'indépendance, l'esprit de résistance. Muette, celle-ci ne cache pas ses opinions dans sa poche. Dans cet Iran tenu par les Mollahs, elle vit tête nue et ose dévoiler ses sentiments à l'homme qu'elle aime, sans se soucier de celui à qui elle est promise, pour ne pas dire vendue. Fatemeh livre ces bouts de vie cachés. Les regards, les caresses, l'amour, la sensualité des corps en désirs, les jeux, les rires, et l'horreur. La violence de certains hommes, la complicité de certaines femmes, et l'abdication ou la mort des innocents.

Un texte dense et sobre, fluide, presque léger malgré la dureté du propos. Des personnages touchants et profonds. Chahdortt Djavann ne sacrifie pas son récit aux artifices sentimentaux qu'auraient pu sous tendre son sujet. C'est une vraie réussite que ce court roman.


  • Anouk : Chiens de la casse - Mouss Benia - Hachette Littératures, Paris, France - 14/07/2012

«Chiens de la casse : chiens enragés, abandonnés et prêts à tout pour s'extraire de la boue, c'est le nom que se donnent entre eux les jeunes des quartiers.» Benhadji est un enfant de la cité, issu de parents immigrés, copain avec la petite frappe du coin, toujours emberlificoté dans des coups foireux. Il aime la musique, il a le sens de l'amitié et il rêve de pouvoir vivre un jour, comme les gens biens, ceux qui ont les moyens.
Le parcours du héros est d'une logique implacable, les «bêtises» à la mesure de l'âge du capitaine qui voudrait juste ne pas devenir un smicard méprisé. Mais comment faire ?
Alors, de mauvaises rencontres en mauvaises expériences, Benhadji, dit Bob, va faire de la prison, serrer les dents, serrer les fesses et essayer malgré tout de devenir quelqu'un.
Mais qu'est ce qu'on peut faire de sa peau quand on a aucun diplôme, aucun appui, et que l'attention que l'on vous porte n'est pavé que de mauvaises intentions ?
Trahi, déçu, sans cesse sollicité par tous ceux qu'il aimerait fuir mais qui sont finalement ses seuls amis - Bob erre.
Crochet droit, crochet gauche, personne ne tend l'autre joue dans le livre de Mouss Bénia, on encaisse, on rend, on frappe plus fort. C'est la loi.
L'écriture est même plutôt drôle avec cette langue enrichie d'un vocabulaire «made in aujourd'hui dans les banlieues des grandes villes».
Et, dans ce style «boxeur», Mouss Benia affirme que tous les chiens de la meute hurlent à la mort. Bob, quant à lui, finira à la casse.


Hailsham est un centre, quelque part en Angleterre, qui accueille des enfants, de tout petit à l'adolescence. Marquée par son passage dans cet établissement étrange, Kath nous relate avec mélancolie ses souvenirs d'enfance. Les journées d'étude, de sport, et d'activités créatives en tous genres, les regroupements et les échanges d'oeuvres artistiques entre élèves, les «gardiens», chargés d'éduquer et préparer plus que de surveiller. Mais préparer à quoi ? Eduquer dans quel but ? Pourquoi l'art parait si essentiel à tout le monde ? Quel avenir attend donc ces enfants chargés de mystère, craints par leurs professeurs malgré leur douceur et leur innocence ? Qu'y a-t-il juste derrière l'enceinte de Hailsham ? Quel monde et quelle vie attendent Kath, Ruth, Tommy et les autres ?

Ishiguro dévoile son intrigue au fil des pages, et croise les histoires parallèles pour mieux capter et surprendre. On se retrouve comme ses personnages, un peu perdu dans un monde dont on reconnaît les secrets sans pouvoir les percer. A l'instar de ses «gardiens», l'auteur lève un bout du voile à chaque chapitre, et l'on est comme happé par les questions posées et les réponses apportées, par ce monde si terriblement proche du notre, par les destins de ces jeunes que l'on voudrait sauver de leurs chimères.
Un roman d'anticipation intelligent autant qu'émouvant, saupoudré d'une pincée de philosophie qui n'est pas sans rappeler les plus illustres des prédécesseurs de Ishiguro : Aldous Huxley et Georges Orwell.


  • Jérôme Peyrelevade : Emily ou La déraison - Jean-Pierre Milovanoff - Grasset, Paris, France - 14/07/2012

Suite à la disparition des figures ancestrales de sa famille, le narrateur revend la maison familiale et s'installe à Paris avec sa soeur Emily.
Emily est une jeune fille innocente. Un grain de poussière dans les rouages de son cerveau, une sensibilité exacerbée et une angoisse de tous les instants, la rendent originale et émouvante, perdue dans la vie et ancrée dans son monde.
Son frère a probablement inconsciemment décidé de la sauver d'elle-même, et le sort s'en mêle en lui proposant une histoire d'amour à son image, profonde et légère à la fois. Et puis le sort s'acharne finalement, sans trop savoir pourquoi. Et Emily s'en sort, plus ou moins, sans conscience, mais glisse petit à petit hors d'elle-même, sur les chemins de la déraison.

Une belle histoire, un personnage central très touchant, une écriture fine et précise. Un beau roman


  • Anouk : Moins qu'une pute - Régis Clinquart - Flammarion, Paris, France - 14/07/2012

Le titre donne le ton, âmes sensibles s'abstenir.
«Moins qu'une pute» est une longue lettre adressée à une femme qui a trompé et quitté l'auteur. La missive est rageuse, pleine d'un venin exemplaire et d'une flamboyante haine. C'est la véhémence du désespoir allié à l'intelligence d'une écriture hoquetante de crachats. On peut parfois rire tant le cri de douleur est grossier et sonore. Mais au fond cette lettre enivrante a peut être le courage qu'il manque parfois dans des ruptures en surface trop proprettes. Passons à «Romance». Voici l'auteur pitbull qui se transforme en un chien quémandant la caresse d'une qui ne veut rien lui donner. On découvre l'ardeur d'un amoureux potentiel ivre de passion et d'érotisme, haletant de désir, fragile comme du cristal. On se demande comment cet homme peut être encore en vie en n'éprouvant que des sentiments aussi forts. L'écriture tambourine et martèle la même force vive que dans la précédente nouvelle.
Le point de vue de régis Clinquart est résumé dans cette phrase extraite du livre : «non, rien ne s'est jamais écrit d'important ou de sincère sur l'amour autrement que sur le mode du combat».
On ferme le livre en ayant l'impression de devoir cracher un bonbon à la mente, impossible à sucer tant il arrache la bouche...


  • Jérôme Peyrelevade : Le rêve de Machiavel - Christophe Bataille - Grasset, Paris, France - 14/07/2012

Italie, 1527. La peste frappe le pays. Un homme s'est enfui de Florence où la maladie sévit, et arrive aux portes d'une petite ville toscane encore épargnée.
Cet homme est un prince, un conseiller des rois, un homme de lettres, de connaissances, un être qui a longtemps eu droit de vie et de mort sur ses congénères par sa simple parole.
Il connaît le monde, il connaît la vie, et surtout la mort, il connaît les hommes, et leurs vices, il connaît le pouvoir, ses rouages, ses limites, ses devoirs, ses droits et ses excès.
Cet homme est Machiavel. Il se croit encore Prince sans doute. Mais il vient de Florence la maudite, et plus rien ne compte. Ses titres sont sans valeur, ainsi même que ses diamants.
La peur a raison de tout, et lorsque le peuple n'ose plus boire ni manger, l'argent et le pouvoir n'ont plus de signification.
Le Prince Machiavel est littéralement mis à nu, on l'observe, on cherche les petites tâches grises, on n'en trouve pas, puis on le fait rentrer dans la ville.
Quelques jours passent, et la mort s'abat à nouveau. Elle rôde dans la cité, s'insinue dans chaque recoin, s'engouffre, et finit par s'établir en maîtresse sur son nouveau royaume.
Lorsque brûler les cadavres ne suffit plus, on s'en prend aux vivants qui les ont approchés, aux sorcières, aux juifs, aux parias, à tous ceux qui pourraient représenter la cause de ces malheurs.
Lorsque même les bourreaux ont peur de la mort, c'est que la barbarie a atteint son âge de raison.
Machiavel se cache, rôde, un couteau en main, trouve refuge dans une auberge abandonnée, et tente comme il peut de survivre à ce cauchemar.
Il sauve un jour une jeune fille de la torture et des flammes. Une jeune fille qui montre manifestement les signes avant-coureurs de la peste. La sauver, c'est déjà s'attacher.
Il la protège, la soigne tant qu'il peut. Il l'aime.

Voici probablement l'ovni littéraire de la rentrée. Christophe Bataille imagine les jours de Machiavel lors de la peste de 1527, en se basant sur ses écrits.
Il lui crée cet amour, le dernier, celui peut-être de la rédemption.
Derrière l'anecdote, c'est Machiavel lui-même qu'il réinvente, réhabilite. L'homme qu'il fut, au-delà de l'image populaire qui en est restée.
Un homme hanté, qui a peur, qui veut vivre, qui aime encore, qui observe, qui pense et qui s'émeut.
Ce n'est pas un diable humanisé. C'est un homme, tout simplement. Et voilà l'autre partie de ce roman mystérieux : une réflexion imagée et implicite sur la condition humaine.
La langue est riche, soutenue, très belle, à la fois classique et moderne. C'est un long rêve que nous propose de visiter l'auteur. Un long rêve qui s'éternise dans une réalité imaginée. Certains le trouveront impénétrable, sans doute. On se dit que Christophe Bataille est trop ambitieux. Et puis on termine le livre sans même s'en rendre compte, et on loue son auteur de nous offrir quelques bouts de ses ambitions démesurées.


Ce n'est pas seulement dessous que nous propose d'aller y voir Claire Castillon, mais aussi derrière, au travers, à l'envers, à l'intérieur et en dedans.
Un voyage intime dans la vie d'une femme qui écrit comme elle pense et ce n'est ni lisse, ni dépourvu d'ironie, d'autant qu'elle n'hésite pas à nous prendre sans pudeur comme confident.
Cette femme-là ne sait pas aimer. Elle a beau essayer, elle n'y arrive pas.
Elle est irriguée du sang des générations précédentes. Le sang transportant une malédiction familiale qui fait des femmes de «bonnes ânesses dévouées et soumises». L'homme du livre est donc tout naturellement baptisé «l'âne» dès la première page.
Tout au long du récit, l'auteure alterne les paragraphes narrant sa vie présente avec ceux de son passé de petite fille appesantie de solitudes.
Cherche-t-elle une paraphrase à son incapacité à vivre aujourd'hui l'amour ?
Y voit-elle une sorte d'excuse plausible, acceptable, imparable ?
Il faut aimer le sens de l'observation que déploie Claire Castillon, il faut aimer son exigence, son inspiration, la couleur de ses mots embrochés parfois avec poésie. Il faut aimer plonger dans la marre au canard de ce monde immergé dont on ne pourrait apercevoir que l'îlot. Il faut aimer être un peu voyeur.
Alors, on lit cette aventure sentimentale qui s'essaye à durer et à être belle et unique, puis la suivante qui se profile inévitablement, avec les yeux d'une auteure fantasque, égocentrique et impertinente.


  • Anouk : Tissé par mille - Camille Laurens - Gallimard, Paris, France - 14/07/2012

Les livres peuvent donner matière à réflexion, matière à tisser les sensations à la connaissance.
Camille Laurens choisit ses mots dans un livre aussi sensuel que didactique.
Tissé par mille parle aux sens comme à l'esprit, enchaînant exemples et images pour saisir la justesse du langage et ses multiples emplois.
A la source des mots, on puise parfois avec étonnement un sens caché, retrouvé ou découvert avec bonheur.
Les pages s'enrichissent de mots ni rares, ni savants, et qui donnent le goût de bien lire et aussi de bien dire, avec esprit.
Il n'y a rien de démonstratif dans ce livre, seul un plaisir infini à partager avec l'auteur la finesse et l'agilité de son éloge du «bien dit».


  • Jérôme Peyrelevade : Chaos calme - Sandro Veronesi - Grasset, Paris, France - 14/07/2012

Pietro n'est pas là lorsque sa femme fait une rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille Claudia. Il n'est pas là car il est en train de sauver une inconnue de la noyade. Pétri de culpabilité, il décide de passer ses journées devant l'école de Claudia, dans sa voiture la plupart du temps, dans le café du coin ou le parc mitoyen. Il observe la vie alentour, les habitants du quartier, les passants, et porte un regard tendre et amer, cynique et doux, sur la vie qui continue son chemin. Il attend. Mais il ne souffre pas. Il est dans cette phase étrange où le drame est bien présent mais n'a pas encore explosé en lui, ni en sa fille d'ailleurs, dans un «chaos calme» comme il le définit.
L'enchaînement des conséquences de cette immobilité porte tout son entourage, personnel et professionnel, à venir se liquéfier dans sa voiture, chacun y allant de son malheur, de la triste anecdote qui a bouleversé sa vie. D'abord objet de compassion, Pietro devient l'analyste involontaire de son monde, l'oreille attentive et discrète dont ces êtres au bord de la rupture avaient besoin. En tous les cas jusqu'à ce que sa fille vienne remettre quelques pendules à l'heure.

Un roman fort, très bien écrit et aux idées souvent originales. Un sens du retournement absurde digne de Beckett, un existentialisme doux, entre humour tendre et cynisme noir. On referme ce livre en regrettant déjà que ses personnages ne nous accompagnent pas plus longtemps. Une réussite.


  • Jérôme Peyrelevade : La vigilante - Melanie Wallace - Grasset, Paris, France - 14/07/2012

Jamie, déjà marquée par le destin malgré son jeune age, a perdu sa mère il y a peu. Elle fuit la maison d'accueil, surtout pour garder son chien, seul lien familial et affectif qui lui reste.
Elle vagabonde, arrive dans le village natal de sa mère, derrière le lac de retenue où, quelques dizaines d'années plus tôt, ses aïeux avaient dû partir et abandonner leur ville aux eaux à cause de la construction d'un barrage.
Ce retour inconscient aux sources va représenter une renaissance certes miséreuse mais salvatrice.
Elle tisse de nouveaux liens, sociaux, amoureux, et professionnels, même si elle continue de vagabonder comme hantée par ses fantômes, à demi noyés dans les eaux du lac.
Mais un soir, Jamie découvre un jeune garçon attaché à un arbre, puni par son père. Elle le libère, sans se douter que ce geste va la poursuivre comme une malédiction.
C'est en effet toute la violence d'êtres dégénérescents qu'elle déclenche à cet instant, l'horreur innommable de secrets de familles sordides.
Se laisser porter par les évènements ne sera cette fois plus suffisant pour échapper aux démons qui la hantent, ni à ceux qui la poursuivent.

Dans un paysage de brume et de neige, des êtres morbides se débattent dans la violence de leur dégénérescence. La loi du Talion est la seule acceptable. L'amour peut prendre place, pourtant, si le destin le veut bien.
Un excellent roman noir, qui vous glace de froid et d'angoisse. Une écriture d'une rare intensité, ponctuée d'images poétiques sensibles. Un second roman très réussi. Un auteur à découvrir, et à suivre.


Si l'on aime à pénétrer des univers vraiment personnels, il faut lire les nouvelles de William Goyen.
Dans cet ensemble de 7 nouvelles, l'auteur nous transporte dans un réel imaginaire et dans un rêve aux teintes quotidiennes. L'enfance est au coeur de la plupart des textes. Une enfance qui est trahie, trop éloignée de l'innocence.
Plus que l'enfance, c'est surtout l'enfant qui y palpite, avec une mélancolie adulte et un regard grand ouvert sur un monde livide.
Ainsi, dans le premier écrit dont est tiré le titre du recueil, un jeune garçon solitaire et fragile se lie d'amitié avec le fils d'une famille de paysans déracinés, qui ont emménagé à la ville par nécessité. Noyés dans les deuils, ils repartiront moins nombreux, laissant le jeune garçon aimanté de leurs désolations, l'âme pleine d'une compassion triste.
La poésie fait parfois son chemin en éclaboussant le récit de quelques ombres incroyablement pures sur un fond noir et blanc. On croise des êtres singuliers qui se promènent au milieu de paysages taris. Des êtres malmenés et d'autres illuminés de grâce.
On ne ferme pas ce livre sans ressasser une phrase (à la manière de William Goyen qui utilise dans son écriture ce martèlement répétitif) :
Cette souffrance de l'homme est elle définitive ?


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