Recherche






Recherche multi-critères

Participez à la vie du site

Editeurs, auteurs, valorisez vos livres

Libraires, partagez vos découvertes

Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.

A ne pas manquer

Liliane Zylberstein est allée très loin dans ses souvenirs...

Patrick deWitt vit actuellement à Portland, Oregon.

9782738137975

l'essai biographico-poético-philosophique d'Olivier Haralambon est d'une précision, d'une passion et d'une profondeur extrêmes...

Rotraut Susanne Berner est née à Stuttgart en 1948

Jeanne Benameur creuse son oeuvre dans les silences

Olivier Haralambon

est écrivain, philosophe et ancien coureur

Joséphine Johnson

est née en 1910 à Kirkwood, dans le Missouri.

Alex Capus

est né en Normandie en 1961, d'un père français et d'une mère suisse

Aki Shimazaki

vit à Montréal depuis 1991

Rebecca Lighieri

publie aussi sous le nom d'Emmanuelle Bayamack-Tam.

Viken Berberian

dessine un portrait grotesque de notre monde.

Claudia Piñeiro

est née dans la province de Buenos Aires

Anna Gavalda

nous touche en plein coeur

François

est le premier pape jésuite et latino-américain de l'histoire

Pascal Quignard

a obtenu le prix Goncourt en 2002 pour Les Ombres errantes

Née en 1962 en Écosse,

Ali Smith est l'auteur de plusieurs romans

Louis-Philippe Dalembert

est lauréat du Prix France-Bleu/Page des libraires 2017

Francis Scott Fitzgerald

fut un nouvelliste hors pair

Fanny Dreyer

est née à Fribourg en Suisse Romande.

Sema Kaygusuz

écrit avec un scalpel

Hervé Le Bras

est un homme de culture, ouvert au monde et à ses mutations

Philippe Priol

est né à Rouen

Agustin Martinez

publie un roman puissant, âpre et vertigineux

Gabriel Fauré

fut le compositeur de l'inouï.

Jean-Louis Fetjaine

est un auteur incontournable pour les amateurs de fantasy.

Loïc Demey

est né en 1977 à Amnéville (Moselle)

Eric Vuillard

raconte les coulisses de l'Anschluss

Giorgio Van Straten

est né à Florence, en 1955

Lucie Desaubliaux

vit à Rennes

Laurent Chalumeau

est l'ancien complice d'Antoine de Caunes

Jean-Pierre Rioux

transmet la connaissance.

Michèle Lesbre

raconte la "Robin des bois bretonne"

Lee Martin

a su créer un monde d'une douloureuse beauté

Michel Onfray

est philosophe, écrivain

Loïc Merle

questionne le sens de la vie

Dominique Fabre

est un rêveur mélancolique

Etienne Perrot

a dédié son oeuvre à l'accomplissement intérieur

C.G. Jung

fut médecin de l'âme

Delphine de Vigan

aime le concerto pour 4 pianos de Bach

Le Cycle d'Oz

fait partie du patrimoine littéraire américain

Delphine de Vigan

et la force mystérieuse (prix Renaudot 2015)

Toni Morrison

est entourée d'artistes contemporains - musiciens, plasticiens, metteurs en scène

Pascale Gautier

partage l'émotion...

Patrick Weil

prend à contre-pied bien des croyances...

Sonja (prononcer Sonia) Delzongle

est auteur de thrillers et va chercher son pain presque tous les jours...

Pour Tristan Savin

le pays de la littérature est aussi celui de la géographie...

l'Australienne Cate Kennedy

compose une partition émouvante sur le choc des générations...

António Lobo Antunes

est l'une des grandes figures de la littérature contemporaine...

Didier Cornaille

est paisible retraité atteint d'une addiction grave à l'écriture...

Adrian McKinty

dans la rue entend des sirènes...

Vincent Lodewick «Dugomier»

est un scénariste de bande dessinée heureux...

Pierre Grillet

lui aussi écrit des chansons de rêve...

A. M. Homes

a reçu pour ce livre le Women's Prize for Fiction 2013...

Valérie Zenatti

reçoit le 41ème Prix du Livre Inter...

Gaëlle Nohant

reçoit le Prix du Livre France Bleu - Page des Libraires...

Rosine Crémieux

résistante dans le Vercors à 16 ans, est rééditée par Anne-Laure Brisac...

Sébastien Raizer

est Cofondateur des éditions du Camion Blanc, traducteur et auteur à la Série Noire...

Jean-Marc Héran

raconte Brel...

Michel Serres

invite ­à inventer, à prendre des risques...

A.M. Homes

fait preuve d'une belle fantaisie...

Marido Viale

Dort beaucoup, et rêve...

Annie Ernaux

a l'impression d'écrire même quand elle n'écrit pas...

Liliane Zylberstein

est allée très loin dans ses souvenirs

Application pour smartphones,
avec Orange et Big5media

Découvrez sur votre mobile (iPhone, Android ou Windows Phone), en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, les paroles d'internautes, et des milliers d'extraits de livres.

Le Choix des Libraires sur iDevice

Les choix des libraires sur Android

Les choix des libraires sur Windows Phone

A propos de la librairie : L'ÉTOILE POLAR


Ses coordonnées

Adresse:
58, rue de la Bastille
44000 NANTES
France

Téléphone : 09 81 81 28 30

Site Internet : http://letoilepolar.blogspot.fr/



Les coups de cœur de ses libraires

A la suite de «Paris la nuit», l'attente était grande à l'égard de Jérémie Guez. Un premier roman prometteur, dénotant un goût prononcé pour une écriture au cordeau, une phrase sèche et concise qui vous claque entre les doigts. Retrancher, couper, saisir l'essentiel jusqu'à l'épure. Jusqu'au ravissement d'une écriture toujours sur la brèche. «Balancé dans les cordes» nous le confirme pleinement ; Jérémie Guez cisèle une oeuvre au noir dont l'ascèse n'est pas sans évoquer les grandes figures du genre. Et de discipline du corps - et de l'esprit - il en est justement question avec le personnage de Tony. Ce jeune boxeur talentueux est sur le point de réaliser son rêve en passant professionnel. La promesse d'un monde meilleur pour celui qui vit dans une cité du 93 auprès d'une mère à la dérive, dans cet univers de tensions et de béton contrastant avec les douceurs interlopes d'un Paname aux effluves indéniablement restitués. Si Tony a réussi à échapper au trafic de drogue, à l'attente dans ces cages d'escaliers pourries parfumées au shit et à l'urine, il le doit à la boxe que son oncle lui a fait découvrir. Un homme que Tony déteste mais qui a toujours été là pour sa soeur et son neveu. Protéger les siens, Tony aurait souhaité pouvoir le faire. Parce qu'il n'a pu éviter que sa mère ne se fasse tabasser par un dealer, le jeune homme va se tourner vers Miguel, un gros caïd de la zone Nord de Paris, afin que celui-ci le venge. Un service que Tony devra «rembourser», dans les larmes et le sang. Accentuant la pression à chaque phrase, resserrant l'étau autour de Tony, Jérémie Guez fait de ce personnage le corps - au propre comme au figuré - du texte, affûté et percutant. «Balancé dans les cordes» vous vrille l'estomac et vous maintient ferré au bout de cette ligne de conduite dont la seule signification est l'écriture même.


  • Joël Gastellier : Cannisses - Marcus Malte - Editions In8, Serres-Morlaàs, France - 14/07/2012

«La foudre nous a frappés. Le malheur. Nous et pas eux. Ça se joue à si peu de choses : le même lotissement, la même rue, mais pas le même numéro. Pair ou impair. On n'a pas misé sur le bon. C'est ma faute, je le reconnais. Mais permettez-moi de croire que tout n'est pas complètement perdu.» Tout, peut-être pas, mais la raison sûrement. L'homme qui se livre ainsi a perdu pied, un homme empli de douleur et d'incompréhension face au décès de sa femme, Nadine. Deux mois déjà que la maladie l'a emportée, laissant ce mari sans emploi gaver de gaufres ses deux jeunes fils dans leur pavillon de banlieue. Si la perte d'un être cher nous fait aborder un continent de douleur difficilement cartographiable, Marcus Malte tire profit du format court et ramassé de la novella pour établir un vertigineux plan de coupe. Vertigineux et angoissant. Passant ses journées à observer le voisinage, l'homme ne tarde pas à porter toute son attention sur la maison d'en face. Un couple et leur fille y renvoyant l'insoutenable image d'un bonheur qui aurait pu, aurait dû être celui de Nadine et de son mari. Maison témoin abritant un couple-bonheur témoignant du malheur d'en face. Pourquoi est-ce tombé sur eux ? «Cannisses» expose avec justesse toute l'étendue d'une psychose, la lente descente aux enfers de cet homme habité par son obsession envers un lieu épargné; la maison du bonheur qui le nargue et qu'il souhaiterait faire sienne. Pour s'éloigner du mal, conjurer le sort. «Je me suis demandé si ce n'était pas la maison, tout simplement. J'avais vu un film, il y a longtemps, une histoire de malédiction ou quelque chose comme ça. Je me demande si ça peut exister. Si on avait habité en face et eux ici, qu'est-ce qui ce serait passé ?» En lisant le texte de Marcus Malte l'effarement s'empare de nous et toute l'horrifique puissance de «Cannisses» vient se révéler dans le contraste d'une écriture en rupture de démonstration face au délire de cet homme.


Que le rire soit une arme de destruction massive, cela ne fait aucun doute. Encore faut-il avoir la dextérité d'un artilleur hors pair comme Federico Vite. Son court roman «Apportez-moi Octavio Paz» est tout simplement décapant ! Si l'on songe à la somme des protestations qu'il faudrait formuler afin de dénoncer les «dysfonctionnements» du système judiciaires qui frappent le Mexique, le texte de Federico Vite n'en apparaît que plus tonitruant de concision. De l'intrigue policière le roman bascule dans la farce en faisant la satire tragi-comique d'une police cynique et corrompue, non sans mettre en exergue le rôle populiste et dévastateur des médias. Ainsi lorsque le corps du jeune Rogelio est découvert, les enquêteurs règlent l'affaire instantanément en désignant sa mère, Nadia, comme étant la meurtrière. Et afin de donner un peu de relief - une bonne histoire bien ficelée pour une presse avide de sensationnel - les flics-tortionnaires décrètent que le médecin-légiste est le complice de Nadia. Et pourquoi pas ! Le commandant Ojeda n'ayant plus qu'à modifier son rapport pour accréditer cette version des faits. La chose sera vite réglée en échange d'un petit service. Une broutille puisqu'il s'agit de faire enlever le poète Octavio Paz afin qu'il aide le commandant à parachever son Grand Oeuvre : le roman dont Nadia est l'héroïne. Rien que ça ! Décidément Federico Vite ne respecte rien. S'attaquer au prix Nobel mexicain (le seul, l'unique), à cette statue du Commandeur qui est l'orgueil de son pays, voilà bien un crime de lèse-majesté. D'autant que l'Octavio Paz de fiction aidera tant et si bien Ojeda dans son travail d'écriture - le secret étant de bien analyser la série des Simpson ! - qu'il finira par voler le fameux manuscrit et en revendiquer la paternité face à un parterre de journalistes béats d'admiration.
Fable cruelle et absurde, féerie noire et baroque, «Apportez-moi Octavio Paz» ose s'en prendre à l'Intouchable pour mieux dénoncer la vilenie de certains piliers de la société. Censuré au Mexique sous l'impulsion de la veuve du poète nobélisé, ce roman démontre que l'on peut rire de tout à défaut d'en rire avec tous.


Vous vous sentez d'humeur maussade ? Un peu déprimé peut-être ? Les éditions Rivages ont pensé à vous : leur remède s'intitule «Le hold-up des salopettes». Reprenant un scénario de son grand-père, Jérémy Behm signe une novélisation inventive, aux péripéties loufoques, le tout agrémenté de dialogues à la fois justes et souvent désopilants. Un texte qu'Elmore Leonard ne jugerait pas utile de réécrire.
Vincent Cronyn est libraire, inconditionnel de Shakespeare et doté d'un humour peu commun. Le genre de type qui s'accroche au pinceau une fois l'échelle retirée. Et pour s'accrocher, Vince va effectivement rivaliser avec le plus acharné des morpions. Suspecté d'avoir abattu Bruno Vanick - dit «L'Imprenable», vraie légende dans le monde des braqueurs ?, le gars Vince réussit tout de même à convaincre l'inspecteur Gustav Holt de son innocence. A moins que Holt ne se serve de Vince comme appât... Parce qu'au cas où vous ne le sauriez pas, les deux millions de dollars du dernier casse de Vanick n'ont jamais été retrouvés. Et croyez-moi, même au bout de vingt ans, c'est fou comme certains y pensent encore. Avec des tueurs hindous aux trousses (qui parfois ?agitent la tête comme des émeus sur un rocher ?), un parrain de la mafia plutôt old school, une catcheuse olympique et un insaisissable sniper, Cronyn va devoir la jouer serré. Tandis que son ex s'empresse de lui faire parapher l es papiers du divorce, le libraire découvre les charmes d'Elsa Kramer qui aimerait bien avoir le fin mot de cette histoire. Et pourquoi pas en faire le sujet de son prochain best-seller ? !
Coup de blues ou pas, n'hésitez plus quant à votre prochaine lecture. Elsa Kramer a sacrément raison : même un dépressif suicidaire n'arriverait pas à s'ennuyer en compagnie de Vince. Accrochez-vous, Jérémy Behm retire l'échelle.


En ce mois d'octobre 1976, le climat maritime est des plus tempétueux au large de Concarneau et l'atmosphère dans les terres plutôt houleuse. La jeunesse lorientaise, peu encline aux louanges giscardiennes tressées dans les pages de Paris-Match, subit sans cesse les contrôles policiers synonymes de l'étouffement et de l'enfermement qui règnent. Une vie qui ne convient plus à Yann Le Flanchec, bien décidé à changer de cap. Sur un coup de tête, ce jeune homme épris d'une humanité radicale, rejetant l'hypocrisie et le conformisme bourgeois, décide de s'embarquer comme marin pêcheur à Doëlan. Pour Claire, sa compagne, c'est à prendre ou à laisser. Voyant son homme s'éloigner, l'étudiante aux Beaux-Arts commence sérieusement à perdre pied face aux assiduités malveillantes de l'un de ses camarades. Un déchaînement des âmes, «Ne laisse pas la mer t'avaler» l'est tout autant du côté des éléments. Déployant la puissance de son vécu, Alain Jégou nous donne à voir cet océan démonté déversant avec un ancestral acharnement ses paquets à bord du Skrilh-Mor où Yann - le gars de la ville - apprend vite l'urgence de la tâche à accomplir, au péril de sa vie. Pour Yann c'est la rencontre d'un quotidien abrupte et ignoré dont les descriptions à la fois amoureuses et empreintes de respect nous rapprochent de ses frères de misère plongés dans la tourmente. A travers le couple Yann/Claire, nous nous retrouvons ballottés entre terre et mer, des passions exacerbées des «terriens» à l'étendue furieuse et dantesque des marins. De toutes parts, nous sentons que les choses peuvent basculer. D'une manière ou d'une autre.
Sous l'impulsion du souvenir et d'une écriture du ressenti, Alain Jégou convoque les fantômes poignants d'une époque engloutie, un monde de fracas et de tabac brun où le «Flamenco Sketches» de Miles Davis s'échappe au-dessus du tumulte en d'apaisantes volutes.


  • Joël Gastellier : Le Bloc - Jérôme Leroy - Gallimard, Paris, France - 14/07/2012

Souvenirs de France : Antoine Maynard - devenu fasciste à cause d'un sexe de fille -, ou bien à cause d'un dandysme mal placé, Antoine Maynard le lettré, la plume du Bloc, noie ses souvenirs dans la vodka en cette nuit qui verra l'entrée au gouvernement de nombreux ministres d'extrême droite. La consécration pour sa femme, Agnès Dorgelles, l'héritière qui est parvenue à «dédiaboliser» le parti du Trident. La paupérisation galopante, la désintégration du tissu social et l'incurie d'une classe politique toujours prompte à favoriser les nantis ont précipité la balkanisation d'une société trouvant refuge dans le repli communautaire. Dans ce contexte, la moindre étincelle signifie l'embrasement. Et lorsque celle-ci s'annonce, le Chef historique du Bloc, Roland Dorgelles, sent que l'heure de son parti a enfin sonné.
En cette même nuit, Stanko, l'ami, le protégé, le skin paumé nourrit de misère et de violence, sait également que son heure est arrivée. Mais pour lui ce sera la dernière. Le Bloc doit désormais afficher une certaine respectabilité en vue de la prochaine présidentielle et le responsable de la garde prétorienne du Bloc être éliminé. Pour lui s'annonce une nuit des Longs Couteaux.
«Le Bloc» de Jérôme Leroy nous fait pénétrer dans les entrailles de la peste brune, au sein d'un mouvement charriant la haine et les dissensions. La complexité de ce parti est palpable à travers la structure narrative du récit où un chapitre dans la tête d'Antoine vient répondre à celui qui nous met dans la peau de Stanko, comme un balancier oscillant de l'intellectuel idéologue (milieu bourgeois, petit-fils de résistant communiste) à la brute épaisse (fils d'ouvrier sacrifié sur l'autel de la nouvelle compétitivité). D'un parcours l'autre. Des surgeons de la France Pétainiste, tendance Drieu la Rochelle, aux enfants du premier choc pétrolier emplis des désillusions du «tournant de la rigueur» ; le spectre d'un électorat protéiforme.
De ces deux personnages, le roman de Jérôme Leroy tire une réelle puissance d'évocation soulignant la rhétorique programmatique de cette extrême droite qui depuis des années réussit à démonétiser le discours lénifiant et fataliste de nos social-démocraties.


Loin de nous défier des sentiments et de l'émotion - trop souvent instrumentalisés au cours de l'Histoire -, nous devrions les appréhender comme pourvoyeurs de connaissances et d'idées, capables de faire passer en contrebande un enthousiasme lucide, un espoir clairvoyant. C'est ainsi que Barouk Salamé place son roman «Une guerre de génies, de héros et de lâches» sous l'égide de la fiction éclairée afin d'établir la genèse intellectuelle et spirituelle de son commissaire-philosophe, Serge Sarfaty. Issu d'une grande famille juive nationaliste de Constantine, «une famille de déicides, de mécréants et d'insensés» selon la synagogue, Serjoun sera le témoin actif d'une guerre d'Algérie qui ne cessera de se complexifier pour aboutir à une indépendance empoisonnée.
Faisant de son enfance un poste d'observation et une source d'enseignements privilégiés, le jeune garçon (un surdoué nourri au débat d'idées et à la sagesse visionnaire d'une grand-mère engagée) nous rapporte les horreurs du conflit colonialiste mais aussi et surtout les luttes intestines au sein même des oppressés. Accords, trahisons, complots et propagande jalonnent ainsi «la guerre dans la guerre» qui oppose les messalistes et le FLN, enfermant l'Algérie dans un espace orwellien où certains se jugent plus indépendantistes que les autres.
Ce récit initiatique d'un personnage depuis lors en quête de vérité s'apparente effectivement à «un roman policier un peu hérétique» n'abordant pas le crime du côté de l'exégèse. Et pourtant, le crime est partout présent. La sensibilité philosophique, l'émotion et l'humanisme érudit qui imprègnent ces pages dessinent en effet la silhouette d'un corps social mort-né, disent la disparition d'un État laïc, le deuil du multiculturalisme que cette révolution «semée par des génies, arrosée par le sang des héros et moissonnée par des lâches» laissait espérer.


«Le crépuscule des gueux» relève à l'évidence du polar («Un crime mystérieux, graduellement éclairci par les raisonnements et les recherches d'un policier.», selon la définition de Régis Messac). Tout comme il apparaissait évident aux yeux du commissaire Landier de «Vice repetita» que le pauvre Leyrat était l'assassin. Cependant Hervé Sard se joue des évidences. Vous pensez suivre les méandres d'une enquête, assembler les pièces d'un macabre puzzle avec «trois mortes, dont deux graves» retrouvées sur des voies ferrées en banlieue parisienne, et au fil des pages vous vous sentez happé par les personnages, par cette peinture sociale qui remet en cause vos certitudes. En découvrant les gueules qui peuplent le «quai des Gueux» où se situe l'essentiel de l'action, des images d'exclus vous reviennent en mémoire. Mais qui sont-ils ? Qui est réellement Luigi ? D'où vient Capo ? Et Krishna, est-il aussi hors du monde que cela ? Car si l'enquête ramène toujours la police dans ce campement, nos questions portent essentiellement sur la vie de ces hommes et de ces femmes. Hervé Sard se joue des codes du polar pour mieux nous plonger dans un quotidien aux portes de nos propres vies et pourtant si distant, comme hors du monde. Tantôt enfer, tantôt paradis, cette langue de terre est bien plutôt le purgatoire de nos vérités. A l'image du personnage de Môme dont les souvenirs s'évaporent, la narration spéculaire d'Hervé Sard nous met là encore face à nos perceptions approximatives. Que s'est-il réellement passé ?


  • Joël Gastellier : Une femme seule - Marie Vindy - Fayard, Paris, France - 14/07/2012

Le roman policier doit-il immanquablement se signaler par un suspense échevelé, s'identifier par une avalanche d'enchaînements aussi discursifs que dramaturgiques ? L'objet narratif que constitue l'enquête, magnifiée par son dénouement, ne serait-il pas davantage le prisme à travers lequel un auteur «entomologise» ce qui nous anime ?
Par certains aspects, «Une femme seule» répond à cette interprétation tant il apparaît manifeste que Marie Vindy se préoccupe peu d'entretenir l'artifice du doute quant à l'identité du meurtrier. Pourtant nous voilà avec «une jeune inconnue assassinée, une personnalité publique, un village et son lot de rumeurs prêtes à circuler. Le premier journaliste qui fourrerait son nez là-dedans allait se régaler...»
Dans un village de Champagne-Ardenne, le corps d'une jeune femme est découvert sur la propriété du chanteur Marc Eden. Alertée par Joe, l'ami vétérinaire, Marianne Gil accuse le coup. L'écrivain (ex-compagne de l'idole qui a trouvé refuge auprès des chevaux) habite en effet les lieux et en assure l'entretien. De même qu'elle parvient sans mal à entretenir sa dépendance à l'alcool. La gendarmerie est immédiatement avertie et le capitaine Humbert chargé de l'affaire. «Comment une femme d'une telle classe en était-elle venue à s'installer à L'Ermitage, au milieu de nulle part ?» Humbert s'interroge. Et Humbert va être littéralement aspiré par cette femme. Le lecteur également. Le récit ne sort jamais du cadre de l'enquête (nulle trace d'une quelconque sociologie ou d'un contexte historico-politique), l'auteur ne cherchant jamais à donner le change. Non, Marie Vindy n'est pas là pour épater la galerie en proposant une intrigue hypertrophiée. Celle-ci trace un sillon aussi évident que fascinant à travers le personnage de Marianne - irradiant le texte tel un soleil noir - qui fait de cette enquête policière un objet narratif centripète. Nous voici face aux obsessions de chacun, qui toutes traduisent l'obsession centrée sur Marianne. Roman à la féminité exacerbée, cet univers clos soutenu par une écriture en tension, est avant tout l'investigation passionnée et inquiète des attirances qu'éprouvent les protagonistes. Une toile vénéneuse sans afféteries qui expose un être dont «... les passions qu'elle suscite appellent le drame.»


  • Joël Gastellier : Black music - Arthur Dapieve - Asphalte éditions, Paris, France - 14/07/2012

En ce 28 octobre, jour de la saint Judas Thadée, les pèlerins sont légion à Rio et l'on sent la ville grouillante de vie, d'énergie, formant des vagues ininterrompues de destins en marche. Du flic corrompu au flanelinha (gamin de la favela qui nettoie les pare-brises) slalomant entre les voitures, personne pourtant ne semble remarquer ces individus masqués en Ben Laden. Faisant irruption dans un bus scolaire, ils enlèvent un adolescent, Michaël Philips (qui devient «Maïcom Filipi», dans la bouche des kidnappeurs) dont le père est l'un des cadres de la branche brésilienne du pétrolier Exon. Si celui-ci veut revoir son fils en vie, il devra leur verser 200 000. Reais ou dollars, les interroge Michaël. Ils n'y avaient pas pensé... Mais Musclor et sa bande (les Bufalo) savent qu'ils ont besoin d'acheter des armes à la police militaire pour contrôler la favela. Leur monde est un séjour en enfer mais c'est tout ce qu'ils possèdent. «Black music», à la crudité vivace et parfois dérangeante, nous rapporte également l'ambivalence des rapports qui se tissent entre les ravisseurs et Michaël. Au rythme des tentatives de prise de pouvoir du clan adverse et des balles qui sifflent de toute part, l'adolescent ouvre les yeux sur la violence de cette «ville coupée». Et si les coups pleuvent, Musclor et «Maïcom» se trouveront une passion commune à travers la musique. Omniprésente dans le roman d'Arthur Dapieve, celle-ci est le lien, la passerelle reliant ces êtres, celle qui les conduit à se chamailler quant à savoir si ce que joue Michaël est bien Caravan ou plutôt Aquarela do Brasil.
Alors que l'un souhaite devenir un jazzman, l'autre ne rêve que de rap et le démontrera à sa «victime» en des rimes explosives. Recueillant les espoirs et les désillusions de ses tortionnaires, Michaël tentera coûte que coûte de fuir cette favela, cette autre rive du monde d'où les enfants nous crient : «On avait un avenir, maintenant on n'a plus rien, On avait de l'avenir, maintenant on n'est plus rien.»


  • Joël Gastellier : Arab jazz - Karim Miské - Viviane Hamy, Paris, France - 14/07/2012

Dans un Paris populaire et cosmopolite, le premier polar de Karim Miské s'étage en une moderne Babel. Érigée sur ce maigre confetti de mixité que constitue le XIXe arrondissement, l'humaine chimère a été prise d'assaut par de nouveaux fous de Dieu. Ahmed, jeune homme traumatisé vivant reclus dans son monde, découvre le cadavre de sa voisine, Laura Vignola. «Elle était belle, ils auraient pu s'aimer.» Cependant Ahmed n'a jamais rien vu, rien remarqué. Enfermé en lui-même, lecteur compulsif et averti de romans policiers, ce dépressif respectable jusque dans son «non-agir» subit alors le choc de cette perte. Confiée au commissariat du XIXe - un «Bunker» dirigé par Mercator, commissaire énigmatique aux projections parfaites -, l'enquête est menée par les lieutenants Jean Hamelot et Rachel Kupferstein. Entre un Breton obsédé du mode opératoire et une Juive aussi farouche que troublante, l'auteur décide d'ancrer son texte du côté de l'humain et du social. «Ils ont connu les overdoses, les crimes passionnels, le sordide ordinaire, mais le meurtre de Laura est leur première véritable confrontation avec l»horreur.» Comme le souligne Mercator : «Il s'agit à présent d'affronter, de contempler le fond d'une âme. Cet assassinat, il va falloir l'apprivoiser, s'en nourrir, le ruminer, le pénétrer.» Si le mal est partout présent, Rachel et Jean vont devoir en identifier les racines, épaulés par Ahmed qui de son côté continuera à jouer au con - «son avantage : il sait très bien jouer au con» -, restera dans la lune, fera semblant de ne pas s'être «réveillé» aux yeux des juifs loubavitch, des musulmans salafistes, des Témoins de Jéhovah et des trafiquants de drogue qui peuplent cette intrigue. Clin d'oeil affirmé au «White Jazz» d'Ellroy, «Arab jazz» explore ses personnages à la fois de l'intérieur et de l'extérieur formant un puzzle de volontés assombries, un maillage de destins qui s'entrechoquent. Un premier roman qui démontre tout le potentiel d'un auteur dépassant déjà les limites de la simple péripétie pour mieux nous parler de l'Homme. «Ou plutôt de ceux qui colmatent leur gouffre, leur vide intérieur avec le béton de la certitude.»


Certains romans peinent à s'apprécier en dehors d'un cadre d'ensemble, d'une vue générale, tant ils échappent à toute grille de lecture. «La femme d'un homme qui», roman tout aussi noir que labyrinthique, serait-il un roman d'enquête ? Oui, à priori. Un roman d'enquête dont la narration éclatée, déployant le caché/non caché des personnages, ne serait toutefois qu'un leurre dévoilant pour l'essentiel les images d'un monde flottant, fragmentaire, fantasmagorique. Un monde où vérités et mensonges sont renvoyés dos à dos. Dans une chambre d'hôtel de Leipzig, gît le corps de Vincent Fisher, représentant pour une importante société de cosmétiques. Sa femme, Joy, effectue alors le voyage d'Angleterre afin de régler les formalités liées au décès de son mari. Un homme qu'elle connaissait finalement depuis peu. Un homme qui lui cachait peut-être beaucoup de choses et dont les circonstances de la mort ne sont pas pour la dissuader d'en savoir davantage. Pour Joy «maintenant tout ce qui concerne Vincent est incertain et hypothétique, comme un rêve interrompu».
Si le roman de Nick Barlay s'avère envoûtant, il est également des plus déroutants. L'auteur installe d'emblée un climat factuel où l'étrangeté le dispute à un onirisme froid qui nous happe par l'entremise de ses phrases courtes à la deuxième personne. Sous l'effet de ce mode narratif, le lecteur se voit impérativement interpellé, comme propulsé dans l'esprit de la troublante Joy. Pari risqué s'il en est d'un point de vue formel (après tout, n'est pas Perec qui veut !), le recours exclusif au «tu» confère à ce personnage un statut obsessionnel et unidimensionnel à la propriété hypnotisante, fascinante. Un pari réussi donc puisque nous ne pouvons nous défaire de cette déambulation brumeuse et hallucinée dans les méandres d'une psyché mise à mal - l'emprise de l'écriture étant la plus forte. En décidant de mener son enquête sur la vie dissimulée (voire criminelle ?) de son mari, Joy prend ainsi la direction d'une contre-enquête sur elle-même par le prisme d'une narration qui jusqu'au bout la maintiendra dans un corps à corps lancinant.


  • Joël Gastellier : Le chat dans l'horloge - Xavier Gardette - D'Orbestier, Château-d'Olonne, France - 14/07/2012

L'Auvergne, l'école de Murol, Victor Charreton, les plages de Bray Dunes et le gouda fondant dans le café. Un enquêteur très discret - en retrait(e) de ce récit matois -, un trait d'union entre l'intrigue et le lecteur qui se délecte d'une écriture toujours en décalage et qui d'un mot, d'une phrase effectue un pas de côté avec notre complice assentiment.
Carolus van Houten, l'ancien flic reconverti en marchand d'art, convie son vieil ami Martin Hoogstöl à venir assister au spectacle qu'il s'apprête à donner dans sa ville natale de Warquillin. Des volcans éteints au ciel bas du Nord, l'ex-commissaire Hoogstöl fera donc le voyage pour assister à la non représentation. Trois coups de feu en coulisses et Carolus s'effondre forçant son ami Hollandais à reprendre du service. De l'horloge, le chat ne sortira plus. La scène de ménage tourne au drame. Entre alors en scène la grande carcasse d'Hoogstöl, son obstination et ses oublis.
Avec Carmen, l'assistante-passionaria, Marceline, maire manoeuvrière et amie d'enfance, ou encore la mystérieuse madame van Houten, les femmes tiennent les premiers rôles de cette pièce où les souris se jouent du chat.


Bruno Gallet aurait pu écrire un polar assez classique. Il aurait ainsi placé les personnages d'Abel et Tuscan sur une route balisée et déjà parcourue : leur braquage qui échoue avec un banquier abattu, leur fuite et la traque effrénée de la police. Seulement, en s'échappant de Barcelonnette, en avalant les lacets du sud des Alpes pour aller se planquer dans le Causse, leur trajectoire de malfrats sans envergure va prendre une tout autre dimension ; les voilà maintenant investis d'une précieuse mission.
Aux prises avec le réel et dénué de lyrisme, «Des voyous magnifiques» explore l'humain, mettant à nu ces desperados, les amenant à renoncer aux mensonges et aux apparences pour parvenir à la vérité de leur être sur cette voie escarpée des passions et des tragédies qui nous animent. Alors qu'Abel n'a jamais connu ses parents, son compère n'a pas oublié ce père tyrannique et cette jeunesse gâchée qu'il décida un jour de laisser derrière lui. Ces deux hommes, malmenés par la vie de ceux qui les ont précédés, vont devoir affronter une nature omniprésente pour tenter de se réfugier chez la soeur de Tuscan. Au pays de son enfance, au temps des fugues étoilées, des parties de chasse et des immuables senteurs. Sur cette route, cheminent l'amitié bourrue qui les unit, les secrets de l'un et l'admiration de l'autre pour Giono. A travers le périple éprouvant des fuyards, le lecteur est projeté dans un monde sensoriel, dépeignant une nature ancestrale, interrogeant l'Homme dans sa complexité et son ambivalence. En suivant cette voie, Bruno Gallet a écrit un roman noir magnifique, bercé par le chant universel de l'auteur de Manosque.


Récit au noir éclaté, fragmentaire, où chaque page - petit portrait, petite mort - s'effeuille en un éphéméride de douleur et d'amour. Cadavre exquis que cet homme en sursis dont la vie s'égrène à l'endroit à l'envers, du foyer des damnés au seuil d'une mort tant désirée. «La disgrâce des noyés» se présente ainsi sous l'aspect d'un assemblage de miniatures poétiques où l'instant de vie est tout autant un instant de mort. De son enfance à sa rencontre avec la mort «Elle !», d'amitié en amour, de meurtre en vengeance, de prison en exil, le personnage d'Yvan Robin est l'expérience écrite du sensible.


Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2019 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia