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A propos de la librairie : LE CHANT DE LA TERRE


Ses coordonnées

Adresse:
16, rue Joliot Curie
30130 PONT-SAINT-ESPRIT
France

Téléphone : 04 66 50 27 44

Site Internet : http://les-amis-du-chant-de-la-terre.over-blog.com



Les coups de cœur de ses libraires

Ron Rash, encore une fois excellent ! Ceux qui hésitent à plonger dans son univers sombre, mélancolique (cependant empreint de douceur) doivent faire le pas : ce nouveau roman envoûte et laisse une empreinte profonde. Beaucoup plus que l'histoire du meurtre de Ligéia, adolescente rebelle prête à tout pour vivre ses rêves, c'est la relation complexe de deux frères que l'auteur nous dévoile avec finesse, empathie et virtuosité.


Chef d'oeuvre d'humour noir ! Chef d'oeuvre tout court, le deuxième à mon sens après Expiation paru en France en 2003. McEwan une nouvelle fois nous enchante.
Le narrateur, un futur nouveau-né, découvre avec horreur que sa mère a un amant et qu'ils fomentent tous deux le meurtre de son père - il y a là déjà les ingrédients d'un bon thriller. Mais McEwan ne se contente jamais de raconter une histoire, il nous dit quelque chose du monde, il porte un regard lucide sur les turpitudes du genre humain et l'état moral déplorable de nos sociétés. Dans une coque de noix est une comédie noire portée par une imagination débridée et un sens aigu de la formule (dont il n'abuse jamais). Son art du romanesque et sa plume virtuose en font d'ores et déjà un futur grand classique.


  • André Zaradzki : Gabacho - Aura Xilonen - Liana Levi, Paris, France - 21/04/2017

Il ne faut pas être prude pour lire ce roman ! mais quel roman ! un ovni venu du Mexique, d'une jeune écrivaine de 19 ans dont l'art romanesque peut rendre jaloux bien des auteurs confirmés. C'est l'histoire d'un jeune clandestin qui ne craint pas les coups et qui pourtant préfèrerait ne pas avoir à en donner; il a un grand coeur, il est amoureux, il survit en lisant tout ce qui lui tombe sous la main dans la librairie où il joue le rôle d'homme à tout faire, en bute aux sarcasmes orduriers du libraire (un jeu, auquel l'adolescent se prête volontiers et qui "signe" entre eux complicité et amour de la littérature) ; mais c'est l'amour tout court, et non la puissance de ses coups sur le ring, qui fera de ce "gabacho", cet immigré basané au pays des Blancs, un être qu'on respecte. Encore une belle découverte de Liana Levi, qui en assure l'édition en français dans une excellente traduction.


  • André Zaradzki : Station eleven - Emily St. John Mandel - Rivages, Paris, France - 05/11/2016

Si vous détestez la SF ou si vous la trouvez trop "genrée", lisez sans tarder ce bijou littéraire.
Imaginez : une troupe de musiciens et de comédiens parcourt des territoires quasiment vides d'humains, jouant Shakespeare et Beethoven quand certains soirs ils ont pu sans encombre rejoindre une colonie non hostile ; le monde, ce qu'il en reste est devenu dangereux (ce qui n'est pas le moindre des paradoxes au regard de ce que la civilisation a engendré !).
Mais l'auteur nous dit bien autre chose que ce danger permanent, bien autre chose aussi que la reproduction des schémas d'emprise idéologique, le millénarisme et ses prophètes polygames par exemple; dans ce roman magistral qui échappe résolument à tous les clichés du genre, l'auteur nous dévoile ce qui rend les humains parfois si humains, leur viatique, l'amour de l'art, sans condition.
C'est aussi le souvenir, le désir, la nécessité d'évoquer le monde d'avant qui fait avancer ces êtres qui n'attendent plus rien de la vie que pouvoir jouer encore le Roi Lear, ce même Roi Lear qui constitue la scène originelle du livre. Je n'en dirai pas plus, sinon que vous perdriez beaucoup à ne pas lire ce somptueux roman aux accents élégiaques.


  • André Zaradzki : Petit pays - Gaël Faye - Grasset, Paris, France - 10/09/2016

Comment distinguer un Hutu d'un Tutsi ? Par la taille et le nez explique Michel à son fils Gabriel : petit avec un gros nez c'est un Hutu, grand maigre et le nez fin c'est un Tutsi. Tout est dit !
Dans ce petit pays, le Burundi en proie à une guerre civile chronique depuis son indépendance en 1962, il n'est pas facile de préserver l'innocence des enfants. C'est ce que s'évertue à faire le père de Gabriel et Ana, expatrié français marié à une rwandaise réfugiée au Burundi.
Enfance protégée vaille que vaille, enfance heureuse dans un quartier résidentiel à l'abri des haines identitaires, c'est d'abord cela le beau roman de Gaël Faye. Mais le poison n'épargne personne, il fait voler en éclats jusqu'aux relations domestiques, brise les rêves et conduit la prime adolescence à se jeter dans la guérilla urbaine. Gaël Faye nous dit ce crève-coeur avec beaucoup de finesse et ce premier roman d'un musicien nous promet une belle carrière littéraire.


Que vous aimiez la boxe ou pas, vous vibrerez pour ce Davidù, qui à 9 ans se retrouve sur le ring, déjà convaincu que c'est là son destin, lui le petit-fils, fils et neveu de boxeurs dans une ville, Palerme, où la violence des coups et des sentiments fait figure d'art de vivre.
Des cruautés de la guerre du grand-père à celles de l'enfance dans les rues poussiéreuses de Palerme, de l'évocation quasi-religieuse des combats du passé (ceux du père décédé, ceux de l'oncle Umbertino, le modèle, le mentor, le père de substitution de Davidù) au combat final, dont la dramaturgie est servie par un découpage virtuose, Davide Enia nous offre une galerie de portraits dignes du meilleur néo-réalisme italien.
Roman familial, roman d'amour, Sur cette terre comme au ciel est aussi celui d'une amitié aussi incompréhensible qu'inconditionnelle et indéfectible. Et bien sûr, c'est aussi une poignante leçon de vie.


N'hésitez pas une seconde, ce livre ne vous quittera plus, vous n'aurez qu'une envie, celle de partager votre plaisir de lecture et l'intense émotion qu'il procure. Pour ne rien gâcher, la traduction est de grande qualité et la relecture attentive, ce qui se fait rare !
L'histoire se passe en Alabama dans les années 20 du siècle dernier : un détournement de ligne électrique tourne à la catastrophe et conduit son auteur au pénitencier ; l'argument est banal, le roman est extraordinaire : sombre, violent, chagrin ; mais Virginia Reeves a un talent fou pour communiquer son empathie et sa compassion pour ces gens de peu qui ne demandent qu'à vivre et aimer.


  • André Zaradzki : Les maraudeurs - Tom Cooper - Albin Michel, Paris, France - 13/05/2016

Quelle magnifique surprise que ce premier roman de Tom Cooper, publié chez Albin Michel dans l'excellente collection Terres d'Amérique et dans la non moins excellente traduction de Pierre Demarty !
On est en Louisiane, au coeur du bayou chez les pêcheurs de crevettes. L'ouragan Katrina est passé par là; quelques années après, la rupture d'une plateforme pétrolière de la BP Oil occasionne une désastreuse marée noire. Pour la communauté des pêcheurs, le coup est fatal ; il va s'agir de survivre, ce que tentent de faire certains alors que d'autres s'en vont, chèque de la BP en poche, qui achète ainsi leur silence.
Mais Tom Cooper ne se contente pas de décrire la vie misérable et fruste des pêcheurs : il nous offre une galerie de personnages pittoresques, dignes d'un Caldwell ou d'un Steinbeck. D'un chapitre à l'autre, les récits se mêlent, disant la bêtise, la brutalité, la concupiscence, mais aussi la soif d'humanité. C'est noir, cinglant, non dénué d'un humour féroce, dont l'auteur joue avec brio. C'est un régal !


  • André Zaradzki : Popa Singer - René Depestre - Zulma, Honfleur, France - 20/04/2016

Popa Singer est l'oeuvre d'un poète, certainement l'une des plus grandes figures de la littérature haïtienne et de ce que l'on désigne par réalisme magique, ou réel merveilleux.
La langue de Depestre est à nulle autre pareille : il faut avoir lu Hadriana dans tous mes rêves ou Alléluia pour une femme-jardin pour en apprécier sa grande sensualité; mais Depestre est avant tout un poète-combattant, exilé à Cuba où il combattra aux côtés de Castro et Guevara avant de dénoncer les dérives du régime et de rejoindre la France, où il vit maintenant.
Popa Singer est la matriarche d'une maisonnée qui refuse la dictature de Duvalier, le sinistre Papa Doc, père Ubu pornographe dont la cruauté va jusqu'à éliminer tout l'entourage de ses opposants. Mais la famille Denizan vit sous la protection de Popa Singer (la référence aux machines à coudre n'est pas fortuite, mais lisez donc le livre !) et de ses pratiques vaudou. L'un des fils est Richard, portrait évident de René Depestre, qui s'est vu proposer, avec quel cynisme ! de collaborer à l'oeuvre délirante et monstrueuse de son ami d'enfance, ledit Papa Doc; bien évidemment et conscient du danger mortel qui en résultera pour lui et sa famille, Richard refuse. Il faut lire Popa Singer, mais aussi les manifestes poétiques de cet immense écrivain dont la soif de liberté et de justice irrigue toute l'oeuvre.


Lire "Un cheval entre dans un bar" n'est pas anodin; c'est une épreuve; mais aussi un grand moment de littérature dont on sort habité d'une joie paradoxale.
Dovalé est une sorte de clown triste. Son ultime prestation sur la scène d'un humble cabaret de Netanya en Israël apparait très vite comme son chant du cygne. Sous le regard interdit d'un public qui va peu à peu déserter la salle, il s'inflige des coups dévastateurs, grimace, sourit, provoque, tente de séduire pour aussitôt se montrer agressif, insolent, accusateur. Quel secret va-t-il dévoiler, que semble détenir la "dame minuscule", objet de ses sarcasmes autant que de ses cajoleries ?
Dovalé se met à nu : grotesque et pathétique, il nous jette à la figure les humiliations de son enfance. Et on suit, en temps réel, le long voyage qui le mène, adolescent, d'un camp d'entraînement militaire à Jérusalem, à la rencontre d'un deuil violemment nié et de son ultime et incroyable geste.


  • André Zaradzki : Ressources inhumaines - Frédéric Viguier - Albin Michel, Paris, France - 26/01/2016

Certains chroniqueurs ont reproché à Frédéric Viguier d'avoir choisi pour son 1er roman un sujet brûlant d'actualité, assurant ainsi (selon eux) un succès immérité; c'est d'autant plus injuste qu'une des fonctions de la littérature est justement de dénoncer les dérives et autres scandales dont nos sociétés sont le théâtre.
Mais surtout, c'est oublier (à moins qu'on l'ignore ! ! !) qu'une oeuvre littéraire doit avant tout être littéraire !
J'en viens donc à mon propos : Ressources inhumaines est une oeuvre littéraire, un roman original à plus d'un titre; et pas seulement dans la forme.
Plus précisément, je dirai que les choix formels de Viguier donnent à l'argument un poids, une dimension, un éclairage que ne permet pas une narration ordinaire; ce que nous dévoile le livre, c'est la vanité de nos actes et de nos préoccupations, la dimension quasi surréaliste, ubuesque des enjeux de pouvoir dans une entreprise; pour sûr, il y a du Beckett dans l'écriture de Viguier, sa prose dépouillée dit mieux que tout superlatif, mieux que des tonnes d'adverbes ou d'adjectifs (il n'y en a pas un seul) la monstruosité de notre monde de faux-semblants.
L'histoire, c'est celle d'une jeune stagiaire absente à elle-même, vide telle la poche qu'elle va s'astreindre à remplir (et malheureusement pas seulement de manière métaphorique -ne dévoilons pas la chute !); le cadre, c'est un hypermarché, côté cour, face cachée. Roman noir, comédie humaine grimaçante, théâtre de la cruauté, Ressources inhumaines a très peu des défauts habituels d'un premier roman. Bravo !


  • André Zaradzki : Tous nos noms - Dinaw Mengestu - Albin Michel, Paris, France - 21/01/2016

Quel titre énigmatique ! Et qu'il soit raturé de deux traits de craie sur la jaquette ne fait qu'accroitre le mystère.
On commence à lire et le premier narrateur nous annonce tout de go qu'il a abandonné les nombreux noms reçus à sa naissance dès son départ pour "la capitale" (Kampala), avec pour tout viatique le rêve de devenir un écrivain célèbre.
Des noms, il en recevra en retour, au gré des circonstances, par celui qui deviendra son ami, Isaac, son unique ami. Dans une Afrique tout juste sortie de la tutelle britannique, tous deux vont se laisser porter par un idéal révolutionnaire qui les entraînera dans une guérilla sanglante et inutile.
La deuxième voix, en contrepoint, c'est celle d'Helen. Américaine, blanche, assistante sociale chargée d'accueillir et de chaperonner Isaac, en rupture de ban avec son Afrique déboussolée. Tous deux se jettent dans une histoire d'amour passionnelle et sans avenir : le Midwest n'a pas encore jeté ses oripeaux racistes. Mais plus que la question du racisme, c'est celle de l'identité et de ses équivoques qu'aborde Mengestu ; et il le fait avec finesse et pudeur : qui est vraiment celui qui n'a pas de nom ? d'où vient cet amant mystérieux qui semble vivre une double vie ?
De sa plume légère et mélancolique, parfaitement maîtrisée sans être désincarnée, Dinaw Mengestu nous offre aussi un magnifique roman d'amitié.


  • André Zaradzki : Price - Steve Tesich - Monsieur Toussaint Louverture, Toulouse, France - 24/01/2015

Formidable roman d'une aventure intérieure somme toute ordinaire, celle d'un jeune homme en proie aux affres d'un premier amour et tourmenté par les sentiments contradictoires qu'il éprouve envers son père ; tout cela serait bien banal et ennuyeux si, sur plus de 500 pages, Steve Tesich ne faisait preuve d'un talent narratif exceptionnel : on est sous le charme, on goûte avec délices cette prose aux phrases courtes, débarrassée de toute image surabondante et dont le ton étonne encore par sa fraîcheur après des heures de lecture; Price est le roman des fantasmes et de la désillusion d'une adolescence parvenue aux portes de l'âge adulte et du monde du travail; enthousiasmes et renoncements se succèdent, mais pour Price, le choix de la vraie vie s'annonce salvateur.


  • André Zaradzki : Le cirque chaviré - Milena Magnani - Liana Levi, Paris, France - 14/07/2012

le livre refermé, on reste sans voix, l'émotion est trop forte ; histoire d'exil, de trahison, de renaissance, servie par une langue sobre, retenue ; aux confins de la ville, dans un campement tsigane où cohabitent Roms et migrants d'Europe centrale, un Hongrois s'installe avec ce qu'il reste d'un cirque ayant appartenu à son grand-père, déporté et assassiné par les nazis ; un cirque réduit à une dizaine de cartons desquels les enfants du campement, excités par l'histoire que leur raconte cet homme dans l'urgence d'une mort annoncée, vont extraire la part de rêve qui fera d'eux les héritiers du grand-père trahi.


On lit ce livre avec gourmandise ; l'auteur nous embarque dans une histoire improbable (que confirme l'épilogue) de grand-mère campagnarde recueillie à Paris par sa petite-fille apprentie écrivain et dont elle devient la lectrice talentueuse et critique éprouvée ; réflexion sur les âges de la vie, sur l'engagement amoureux, sur les rapports filiaux, d'une prose fluide et sans affectation, ce roman nous offre aussi de belles pages sur le travail de l'écrivain et de son lecteur.


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