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Quand trois maris, l'un trompeur et les deux autres trompés, font connaissance via Internet, l'impensable s'organise. Réussite sociale, omniprésence de l'image, prépondérance du physique, addiction sexuelle, déni de grossesse et autres maux modernes prennent corps dans ces représentants masculins de notre siècle.
Belle anticipation à court terme qui nous emmène dans Istanbul plombée par la chaleur conjuguée d'une canicule et d'une bombe, qui explose à l'instant sous nos yeux. La ville devient alors un labyrinthe surveillé par des robots miniatures et polymorphes face auxquels l'humain se cache et se terre pour mieux révélé ses péchés, ses vices et ses déviances. L'économie s'est transformée, va encore plus vite, de nouvelles Bourses voient le jour, le monde a changé mais reste le même. C'est Tout l'intérêt de ce roman virevoltant par lequel McDonald nous fait voyager au-dessus des toits de la Turquie pour nous offrir l'Orient et l'Occident.
Roman polyphonique d'un gang de cinq filles comparables aux doigts d'une main, d'un mafieux sans coeur, de son fils sur le mauvais chemin, d'un amoureux martyr, et d'un fils à papa au coeur d'artichaut qui croiseront de l'Allemagne à la Norvège un tueur de masse des plus étonnants. Drvenkar y brouille les pistes avec son brio désormais habituel : qui est qui, qui fait quoi et donc : qui dit la vérité ?
Voilà un texte célèbre pour la curiosité qu'il suscite et la série américaine "United States of Tara" ne fait qu'amplifier le phénomène. Billy Milligan, c'est un jeune homme découvert à la fin des années 70, abritant pas moins de 24 personnes... dans sa tête. Billy est réel, il vit toujours et il est saisissant de trouver des photos de lui sur Google tout en poursuivant la lecture du livre. Histoire vraie donc, qui se lit comme un roman. Jamais racoleur, exhibitionniste pour le bien commun, ce texte évite les écueils habituels du sang et des larmes réservé aux destins tragiques racontés. Ici pas de complaisance, mais du doute, de l'analyse, de la stupéfaction, de la médecine, de la justice, de la complexité de l'être humain mais aussi et surtout de sa bêtise. Si le début est un tant soit peu raté, rappelant diverses mauvaises scènes de films (rappelons que le livre a trente ans !), impossible de ne pas poursuivre quand Danny, l'un des "occupants" âgés de 8 ans, avoue le secret. Car il s'agit bien d'un secret pour eux, eux qui sont hiérarchisés, organisés et qui s'entraident. C'est un document impressionnant, avec des hauts et des bas, mais qui vaut pour les pages où Billy, le vrai, lutte pour surnager. Une suite à se texte existe "les 1001 guerres de Billy Milligan".
"Cleer. Be yourself." un Groupe international qui ne vend aucun produit phare, mais qui est partout, qui réussit tout. Dans une telle entreprise, lorsque de légers incidents arrivent, (suicides, espionnage industriel, produits défectueux...) c'est la Cohésion Interne qui entre en jeu, ainsi que nos deux personnages principaux, Tran et Audiberti. Et avec eux, l'étrange s'invite dans ce qui est nommé d'emblée comme une "fantasy corporate"... Enfin une fantasy intelligente ! Kloetzer mari et femme ont créé un univers à la fois d'aujourd'hui, de demain et d'ailleurs. Melle Audiberti, très couvée par ses supérieurs, possède une empathie quasi surnaturelle grâce à sa "formation Karenberg" et elle semble voyager dans une constante rêverie. Rêverie qui offre une légèreté bienvenue dans un texte dense qui se veut aussi être une critique du langage de l'administration et des grandes entreprises : lourd, anglo-saxon et inaccessible aux non-initiés. Sous forme de quasi nouvelles, le roman prend forme à travers l'évolution émotionnelle et carriériste des protagonistes. Une belle réussite pour la science-fiction française : c'est exigent, original, maîtrisé. Pour les amateurs du genre, les Kloetzer font un petit clin d'oeil en insérant dans le texte, en même temps que des noms d'auteur de littérature "blanche", des titres importants de la science-fiction actuelle.
Ôyez âmes moribondes, le temps de l'aventure est revenu en librairie ! Rangez claviers, factures et soucis pour suivre Miguel de Cervantès, oui, LE Cervantès, sur le pont d'un navire à trancher du jarret de pirate. Si comme lui vous y survivez, c'est sous le statut d'esclave que vous verrez la mercantile Alger... Ici les esclaves de bonne condition vivent à ciel ouvert, comme Miguel. Tout s'achète, sauf la liberté... Et l'amour, bien sûr... Surtout quand on convoite la fille du chef ! Devinez par où le bât blesse... Il n'y a rien d'autre à ajouter : le style épique, quand il souffle ainsi, est salvateur.
Ca démarre comme un quasi huis-clos dans une ville en plein désert, où tous les personnages s'expriment à tour de rôle : bleusaille, gradé, autochtone. Ils surveillent et protègent des ruines sans savoir pourquoi. Puis vient un sniper qui tue l'un d'entre eux tous les jours. Plusieurs pourquoi pour un seul noir constat... Enfin un roman noir qui nous sort des quartiers, des villes et surtout des clichés : malgré la figure centrale du désert, c'est un roman dépoussiérant.
Et si "la liseuse" que le monde du livre craint tant n'était pas un objet dur, froid et lisse, mais en fait une lectrice de la nouvelle génération, une stagiaire rousse qui s'habillerait en jaune avec des idées fraîches ? Et si l'électronique, déjà obsolète dans six mois, était l'occasion pour un éditeur d'expérience de partager celle-ci, de la faire passer à une nouvelle génération qui n'a peur de rien ? C'est en substance ce que l'on retire à la lecture du roman de Paul Fournel qui nous convainc que "l'édition est sexuellement transmissible". Le livre est affaire de communication donc, quelle qu'elle soit, et c'est le but de ce présent billet. Lisez Fournel !
Marmite fabuleuse dans laquelle Perec a mélangé tous ses ingrédients, tableau en trompe-l'oeil où il a caché toutes ses obsessions, Le Condottiere est un texte épineux, fourre-tout, d'où partiront tant de chefs d'oeuvre. Gaspard est enfermé, seul face à sa vie, ses ratés, ses doutes et à ce qu'il lui reste de temps. Si l'on sent que le texte a été coupé, jugé trop long par les éditeurs de l'époque, le lecteur d'aujourd'hui ne peut qu'être frustré par ces chapitres absents. On aurait aimé en avoir davantage, en savoir plus sur l'esprit et le parcours de Gaspard. Sublime hommage toutefois que ces manques pour un auteur qui écrivait tant sur la mémoire et le vide qu'elle laisse.
Roman posthume, Cartons nous fait vivre un entre-deux douloureux avec la plume formidable de Garnier, une plume acerbe, piquante, émouvante, perclue pourtant de noir. Il nous raconte l'histoire d'un homme perdu qui se remet, qui s'en remet, aux cartons avant d'affronter une nouvelle maison, une nouvelle vie. Il y rencontrera des évidences, des étrangetés, devra reprendre des décisions. C'est simple comme le quotidien, aussi lumineux et aussi noir.
"Eléctrico W" est un roman sinueux comme un fleuve. Ca tombe bien, il en sera question. D'un père suicidé et d'un chagrin d'amour, le narrateur partira pour Lisbonne où il devra travailler avec un confrère sur le procès d'un étrange meurtrier. Mais le dit confrère couche avec la responsable du chagrin d'amour et voilà un delta amoureux qui lance la remontée du fleuve, la vie vers le passé, à contre-courant. Le roman, parcheminé par les courtes sentences d'un auteur énigmatique, croisera des femmes blessées, blessantes, des femmes prétextes, des hommes blessants, blessés, des hommes que l'on fuit pour mieux les retrouver. Voilà l'un des premiers beaux textes de cette rentrée : sinueux, berçant, aux superbes personnages et dont les deux derniers tiers vous emporteront en une nuit.
Entre polar et anticipation, théâtre et psychologie, "L'appât" dresse le tableau d'un monde disséqué, normé, raisonné où la moindre réaction humaine, du plaisir à la douleur, est analysée, quantifiée et utilisée. Somoza, spécialiste de cette dissection psychiatrique, y mêle avec génie Shakespeare en faisant de son oeuvre la Bible de l'âme humaine. Diana, l'héroïne à la fois actrice-enquêtrice-psychologue, plonge dans les méandres des philias humaines pour suivre un psychopathe incompréhensible. Du grand Somoza : original, rythmé, juste. Incomparable !
Voilà un roman qui a pour thème son propre signifiant : le langage. Dans une ville antique, un scribe se voit confier la tâche de recopier les règles religieuses strictes qui dictent leurs quotidiens. La présence d'un "étranger" qui l'assiste au quotidien va lui ouvrir les portes de la linguistique, de l'interprétation des mots, des multiples sens du langage. Les répercussions en seront multiples, terribles, au point de semer le chaos, la mort mais aussi l'amour et l'Histoire. Servi par une langue étonnamment claire et simple pour un sujet de cette envergure, ce roman donne à réfléchir sur ce qui a fait nos civilisations d'aujourd'hui : la Bible, le Coran, la politique, la frontière des langues étrangères. Un livre inhabituel dans cette production de rentrée littéraire 2011 et donc bienvenu !
"Pour certains, il s'agissait d'un rendez-vous réservé aux hommes, où il était question de femmes." Voilà la première phrase et le résumé tout simple du dernier roman de Benacquista, sûrement son texte le plus abouti, le plus intime mais pourtant le plus universel. On y suit trois hommes qui viennent dans ce cercle par des destins divers. Par leur truchement, on découvrira un inventaire à la Perec d'autres hommes, pleins de couleurs, de saveurs et d'aventures. Yves, trompé par sa femme, veut connaître toutes les femmes du monde : il s'en remettra aux prostituées pour le faire. Philippe, philosophe à façade médiatique, se perdra auprès de son exact opposé avant de retrouver ses valeurs puis, au passage, l'amour de sa vie. Denis, enfin, qui s'imagine que les femmes le fuient, le punissent au nom de tous les hommes.
Le texte est d'une limpidité exemplaire : il donne l'impression d'avoir été écrit d'une seule traite. Aucun mot, aucun passage n'est de trop. Si le couple Philippe-Mia est loin du commun des français, il reste toutefois l'exemple de certaines situations qui, malgré leurs extrêmes, existent bien.
A lire et surtout à conseiller. Il le mérite !
Cahin-chaos. C'est ce qui définirait le mieux le parcours de ces "tous les trois". Pour son premier roman, Gaël Brunet s'attache à re-composer par écrit l'équilibre familial qui lui-même se recompose après la perte de la mère, de la femme. L'absence de pathos évident de la part du père, personnage principal, peut engendrer une impression de distance et de froideur, mais l'attachement qu'il voue à ses enfants et le déroulement du quotidien, quasi perecquien dans son importance linéaire, explique sa retenue et sa démarche. Le tout forme un ensemble brinquebalant, volontairement maladroit. Cahin-caha, donc. On y lit de jolies pépites de révolte ordinaire et d'émotions pleines de poésie : la scène du déjeuner avec la belle-famille croyante, le moment délicat de la fête des mères...
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