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Si William Gay était conteur, nulle doute que l'on trouverait dans son corpus "Le Petit chaperon rouge" car dans ce très beau thriller réédité aujourd'hui dans sa version poche chez Folio, le lecteur plonge au coeur d'un univers cruel hanté par les ténèbres que n'auraient pas renié Perrault ou les frères Grimm. Ou Wes Craven, si d'aventure le maître de l'épouvante au cinéma se munissait d'une plume.
Si les oiseaux se cachent pour mourir, Kenneth Tyler, lui, le fait pour survivre. Dans la forêt du Harrikin, au fin fond du Tennessee, le jeune homme erre à la recherche d'une issue à son calvaire, poursuivi par Sutter, un dangereux psychopathe payé par le croque-mort Fenton Breece dont Tyler et sa soeur ont découvert le terrible secret.
S'ensuit donc un récit haletant dominé par la description d'une végétation belle et inquiétante qui a repris ses droits, et d'où émergent parfois des personnages d'illuminés de passage, perclus de folie, bouffis de solitude ou rendus âpres par la misère. William Gay a remporté deux prix littéraires amplement mérités avec cette oeuvre lugubre, angoissante et stylistiquement maîtrisée.
Plus qu'une bande dessinée, plus qu'une livre de recettes, A boire et à manger est une bible pour les amateurs d'humour (décalé) et de (bonne) cuisine. Amateur de gastronomie et illustrateur, Guillaume Long nous livre un excellent ouvrage grâce auquel vous pourrez :
- reconnaître les fruits et légumes de saisons ou les différentes variétés de tomates et de poissons
- apprendre des choses grâce à Pépé Roni et à ses jeux de mots douteux
- connaitre le secret pour une vraie bonne raclette, ou faire des crêpes sans verre doseur
- et, surtout, découvrir des recettes goûtues et originales, à réaliser au fil des saisons.
A se procurer d'urgence pour ceux qui ne connaissent pas le blog, quant à ceux qui en sont familiers, pas besoin de long discours, ils l'ont surement déjà acheté.
Il en va d'Upton Sinclair comme du socialisme Américain ; tué depuis longtemps par le capitalisme et la désinformation, il se trouve toujours quelques idéalistes pour le ressusciter. Sauf que dans le cas de Sinclair, c'est au sens propre. Criblé de cicatrices, quasi centenaire, l'auteur de livres pamphlétaires n'a de cesse depuis son premier assassinat en 1968 de se faire tirer dessus pour mieux revenir d'outre-tombe, multipliant les conférences et les (mauvais) romans.
Pour écrire US !, Chris Bachelder s'est inspiré du véritable Upton Sinclair, romancier prolifique et polémique, connu pour accumuler les effets de style désastreux et les points d'exclamation et qui malgré un prix Pullitzer et un roman adapté au cinéma (Pétrole !, qui a inspiré le film There will be blood), et complètement tombé dans l'oubli.
Et il réalise un véritable tour de force.
Ce roman polyphonique, constitué de différents points de vue, de poèmes, de blagues, d'extraits de journaux... bâtit à chaque page la légende d'un incroyable personnage littéraire. Don Quichotte moderne se battant contre les moulins à vents de la pensée unique, Le vieil Upton Sinclair, devient, plus qu'une métaphore du socialisme, la personnification d'un idéalisme nécessaire et d'un esprit critique dont les États Unis d'aujourd'hui semblent ne plus pouvoir faire preuve. Plus qu'un parti politique, Chris Bachelder défend, avec brio, la liberté d'expression et le droit de rêver à un monde plus juste.
Personnage principal du précédent roman de Martin Suter (Allmen et les libellules), revoilà Jonathan Friedrich von Allmen, unique héritier d'une richissime famille suisse, il ne sait vivre que sur un grand train. Étudiant flemmard international dans sa jeunesse, il mène une vie de riche oisif, amateur et collectionneur d'art - surtout l'art nouveau. Un revers de fortune dû à de mauvais investissements le pousse à ouvrir un cabinet spécialisé dans la recherche d'oeuvres d'art volées, Allmen International Inquiries.
Il va s'agir dans ce roman palpitant de retrouver un diamant rose d'une valeur de 45 millions de francs suisses dérobé à son propriétaire. Mais plus que l'enquête, tout l'intérêt du livre se trouve dans le style très concis de l'auteur, son humour pince-sans-rire, sa description de la haute finance internationale (avec ses flash crash et autre trading haute finance) et aussi et surtout, la relation très spéciale entre Allmen et son majordome et complice Carlos, un sans-papiers sud-américain qui le sort de toutes les situations délicates. Au total, un tableau ironique d'une certaine société suisse...
Ébouriffant : c'est bien l'expression qui convient à un roman qui s'appelle Whoosh !, tant le texte comme le titre, en forme d'onomatopée, évoquent un tourbillon dont on ressortirait échevelé. Un sacré tourbillon même, mélange d'humour grinçant et de cynisme, fruit d'un jeune prodige britannique dont le pseudo DBC Pierre est déjà éloquent lorsqu'on en connaît la signification (DBC = Dirty But Clean).
Le héros de Whoosh !, Gabriel Brockwell, est une sorte de looser doublé d'un gauchiste anti-capitaliste déprimé qui décide de se suicider. Mais avant de passer à l'acte, le voilà parti de Londres pour Tokyo afin d'y retrouver son meilleur ami Smuts, cuisinier dans un restaurant japonais dont la spécialité est le fugu, ce poisson qui peut être très toxique s'il est mal cuisiné. S'ensuivent une hallucinante orgie en aquarium et un homicide involontaire raté qui conduiront Gabriel à Berlin, ville de toutes les extravagances et débauches éventuelles...
Vous l'aurez compris, c'est en pouffant d'un rire jaune et acide que le lecteur parcourt les lignes de ce roman aux relents sadiens, qui n'est pas sans rappeler la causticité d'un autre jeune romancier anglo-saxon, le talentueux Gary Shteyngart (lire son récent Super Triste Histoire d'amour).
Dans un futur proche, les États Unis sont au plus mal, embourbés dans une guerre absurde contre le Venezuela, dirigés par une simili dictature et croulant sous les dettes. Malgré la catastrophe imminente, les habitants se voilent la face et font comme si de rien n'était. Incultes (les livres ont la réputation de sentir mauvais, lire est donc considéré comme répugnant), s'exprimant de manière vulgaire à grand renfort d'abréviations, ils sont trop occupés à consulter sans arrêt leur äppärät, sorte de mini ordinateur où sont affichées en permanence leur données personnelles.
C'est ce difficile contexte qui sert de décor à la, déjà complexe, histoire d'amour de Lenny Abramov, juif New Yorkais bibliophile d'une quarantaine d'années, et d'Eunice Park, jolie Coréenne superficielle de quinze ans sa cadette.
L'histoire est racontée à travers le journal intime du premier et les échanges de mails de la seconde.
D'une grande intelligence, ce roman nous offre une critique très pertinente de notre société et des travers vers lesquels elle penche de plus en plus dangereusement. On rit (un peu jaune), se sent un peu oppressé et surtout on s'attache aux personnages principaux. Car, plus qu'une satire, Gary Shteyngart, brosse le portrait de deux inadaptés dans un monde cruel, trop rapide pour eux.
Sans doute un des romans d'anticipation les plus intéressants paru ces dernières années, voire décennies.
Nuri a perdu sa mère et reste donc avec son père qui voyage beaucoup en Europe exilé loin d'un pays où sévit la dictature.
Son père rencontre Béatrice Benameur qui devient la belle-mère de Nuri et que le jeune garçon cherche à séduire. Un jour son père ne rentre pas. Au cours de son enquête, il découvrira bien des mystères sur son père et restera toujours dans sa quête sans avoir aucune réponse... même dix ans après.
Roman haletant sur la disparition d'un père et sur l'impossibilité à faire son deuil.
Le lecteur apprend aussi que dans tous pays dictatoriaux la liberté d'expression est bafouée et la disparition des personnes gênantes pour le pouvoir est monnaie courante.
L'histoire d'un amour au coeur de la grande Histoire de l'Homme : voici une constante de la littérature dans laquelle Antonio Muñoz Molina inscrit talentueusement son nouveau roman. Il prouve avec cette fresque époustouflante que si les thèmes sont universels, il a su puiser dans l'âme de son pays, l'Espagne, pour offrir une oeuvre originale, à la fois dense et excellemment construite.
Dans la grande nuit des temps narre la rencontre entre Ignacio Abel, éminent architecte madrilène marié à une fille de bonne famille catholique, et Judith Biely, jeune touriste américaine découvrant l'Europe et tombée amoureuse de la capitale espagnole, alors que le pays bascule peu à peu dans la guerre civile. Nous sommes en 1936 ; fou d'amour, le couple est d'abord prêt à vivre son histoire dans la clandestinité mais, pris dans la tourmente, il va devoir se séparer...
Molina débute d'ailleurs son histoire au moment où Ignacio arrive dans la petite ville de Rhineberg aux États-Unis sur les traces de sa bien-aimée. Et c'est avec virtuosité qu'il glisse du présent au passé, fouillant dans les tourments de son héros, emportant le lecteur de sa prose élégante, riche et tortueuse - ses phrases sont longues, il faut s'y habituer - sur le chemin sinueux et difficile qui a mené son personnage là où le lecteur fait sa connaissance.
Dans la grande nuit des temps est un roman puissant et passionnant, un grand livre aux allures de chef-d'oeuvre.
Dakota Fanning et Haley Joel Osment : deux noms empruntés à de jeunes acteurs hollywoodiens, deux pseudonymes pour deux identités virtuelles qui finissent, sous la plume de Tao Lin, par devenir les identités propres de ses personnages. Comme un clin d'oeil ou une astuce littéraire, à moins qu'il ne s'agisse d'une clé nécessaire à la compréhension, le roman lui-même pique son nom au romancier Richard Yates, à la façon d'un pseudo de chat Gmail.
C'est justement par chat ou bien par SMS que les deux héros, un jeune auteur new yorkais et une ado en proie à des crises d'anorexie-boulimie, ne cessent de se chercher, se rencontrer, se disputer. Dans un style souvent laconique, totalement désabusé ? ou même plutôt blasé ? quasiment dénué de ponctuation exclamative et interrogative, le petit prodige de la littérature américaine crée un univers du rien où les protagonistes, d'une génération constamment connectée, s'inventent eux-mêmes un univers absurde, drôle et terrible à la fois.
Richard Yates est un livre dont il émane une mélancolie tenace et un malaise latent, une étrangeté qui plaira aux branchés comme aux losers, aux «party girls» et aux «bêtes à fromage», pourvu qu'ils aient entre 20 et 30 ans. A moins qu'il ne plaise à personne.
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