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.. Quelques jours avec Hitler et Mussolini

Couverture du livre Quelques jours avec Hitler et Mussolini

Auteur : Ranuccio Bianchi Bandinelli

Préface : Angelo Caperna

Traducteur : Dominique Vittoz

Date de saisie : 30/01/2012

Genre : Histoire

Editeur : Carnets nord, Paris, France

Prix : 8.00 €

ISBN : 9782355360503

GENCOD : 9782355360503

Sorti le : 06/10/2011

Voici un témoignage historique incroyable retrouvé par hasard en 1995 dans une bouquinerie par le documentariste italien Angelo Caperna. Il est extrait des carnets intimes de Ranuccio Bianchi Bandinelli, éminent professeur d'archéologie et d'art antique. En 1938, âgé de 38 ans, il est contraint par les autorités administratives italiennes d'accompagner le temps d'une semaine Mussolini et Hitler à travers les musées de Florence et de Rome, afin de commenter pour eux les chefs-d'oeuvre picturaux et architecturaux qui leur sont présentés. Une semaine étonnante dans la vie de ce professeur, antifasciste silencieux, qui se présente comme "un homme ordinaire dans un temps de prétendus surhommes". De toile en toile, de salle en salle, interlocuteur privilégié, il observe sans aucune fascination ces deux uniformes et leurs cliques respectives dans tout le grotesque de leur importance. Rentré chez lui, il note aussitôt ses impressions à vif. D'une plume féroce il rend l'ignorance crasse du Duce que dispute une crainte enfantine de ne pas être à la hauteur en la matière de son camarade le führer, lequel s'échauffe et papillonne devant le moindre nu féminin sans réellement prêter attention aux qualités artistiques de l'oeuvre qui lui est présentée. "Contrairement à

Mussolini qui traversait les salles sans regarder ou s'approcher d'une oeuvre pour lire l'étiquette, Hitler aimait réellement les fausses qualités artistiques qu'il repérait, il en concevait de l'émotion. Comme un coiffeur à l'opéra quand le ténor pousse son aigu." Ce qui stupéfait le lecteur dans ce document, c'est l'impression d'être réellement aux côtés de deux des plus grands dictateurs de l'Histoire, de partager leur table le temps d'un déjeuner coude contre coude avec Goebbels, Himmler face à vous qui vous tend le sel en se moquant cruellement de la gourmandise du gros Goering "resté au pays pour garder la boutique". Et au milieu d'eux, être seul. Là sans y être vraiment, sans être impressionné le moins du monde par ces barbares. Simplement curieux de pouvoir observer à portée de lame ces deux criminels qui, face à quelques unes des plus grandes créations artistiques occidentales de tous les temps, s'apprêtent à mettre en oeuvre, dans un coin bien gardé de leur cerveau, la plus grande entreprise de destruction humaine jamais exécutée.

Un texte d'une très grande finesse d'analyse et d'une incroyable humanité à lire absolument.


  • Le courrier des auteurs : 02/02/2012

1) Qui êtes-vous ? !
La terza incomoda tra autore e lettore, colei che ha scelto una per una le parole francesi che formano questa edizione di Carnets Nord.
(Ce n'est pas clair ? Alors il vous faut peut-être ce drôle de personnage qu'on appelle une traductrice...)

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le questionnement honnête d'un érudit, d'un homme de culture mis en présence et au service de deux monstres de pouvoir : Hitler et Mussolini. C'est le choc entre l'esprit et le pouvoir brut.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Ainsi mon expérience pourrait-elle contribuer à expliquer pourquoi, en dictature, il est si difficile d'éliminer par un attentat le dictateur ou l'usurpateur et pourquoi, en cas d'élimination violente, les conséquences politiques espérées ne sont pas toujours au rendez-vous."

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Entre l'opérette et la chevauchée des Walkyries.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le déboulonnage de statue : Hitler et Mussolini vus au ras des pâquerettes du quotidien par un esthète humaniste.


  • Les présentations des éditeurs : 02/02/2012

En 1938, Ranuccio Bianchi Bandinelli, professeur d'archéologie et d'art antique, est réquisitionné par le gouvernement de Mussolini pour accompagner la visite d'Hitler dans les musées de Rome et de Florence. Pendant une semaine, cet «homme ordinaire» va côtoyer deux dictateurs, les mettre à nu, témoignant du contraste brutal entre la beauté de l'art et le pouvoir mortifère de ces prétendus surhommes.
Récit d'un arrêt dans le temps, où nous guide le regard indigné mais impuissant de Bandinelli. Cette cohabitation forcée nourrira le sentiment de révolte du jeune professeur qui en sortira conforté dans son antifascisme et s'engagera par la suite aux côtés des communistes.

Ce texte est tiré du journal de Ranuccio Bianchi Bandinelli, Dal diario di un borghese (Journal d'un bourgeois), où il a consigné ses réflexions sur l'art et sur la politique.

Texte traduit par Dominique Vittoz.
Postface du cinéaste Angelo Caperna, auteur de «Un homme médiocre en cette époque de prétendus surhommes», documentaire sur Bandinelli.



  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, octobre 2011

Adolf Hitler et Benito Mussolini vus par leur cicérone, Ranuccio Bianchi Bandinelli, qui leur fit visiter Rome en 1938...
Mario et Silla, comme les a rebaptisés Bandinelli, sont fats, vulgaires, et par-dessus tout insignifiants. Deux superbes personnages de théâtre.


  • Les courts extraits de livres : 02/02/2012

Vendredi

Vu Mario et Silla. Premières impressions sur Mario surprenantes : grotesque et très laid. Il a une démarche de pantin, qu'il ponctue de ronds de cou et de hochements de tête obliques comme pour atténuer son aspect massif, mais le résultat est aussi gauche que sinistre. Il ferme les yeux, sourit, joue sans arrêt une comédie puérile. Il s'est arrêté devant la reproduction agrandie de la monnaie célébrant les ides de mars et s'y est attardé pour qu'on le remarque. Puis il a prononcé le nom de Brutus avec un sourire de commisération salué par les rires des autres. Il se sangle trop la taille, ce qui lui confère une allure encore plus empruntée. Il a la présence antipathique de certains maquignons qui plastronnent, parce qu'ils se savent les plus finauds de la place et que leur portefeuille est bien garni. A première vue, Silla est moins repoussant. Une mise digne, soignée ; presque modeste. Frisant la servilité. Une personnalité à l'aspect subalterne, type contrôleur de tram. Le visage fané. En revanche, la mine de Mario, qui a la peau grasse, est gaillarde et luisante.

Ainsi commence le petit carnet où je m'étais promis de consigner chaque soir mes impressions de ces journées où j'accompagnerais Hitler dans les musées de Rome et de florence. Mario, c'est Mussolini ; Silla, Hitler. La répugnance à prononcer et écrire leurs noms étant très fréquente à cette époque (en Italie, nous disions «lui» ou, comme dans le roman de Manzoni, «l'innommé» ; les allemands disaient «Emil», «Baedeker», etc.), j'avais choisi, je ne sais comment, ces pseudonymes ; peut-être parce que Mario commençait par un M et que Silla avait une terminaison féminine, en phase avec l'incertitude sexuelle du personnage. Mais avant de transcrire la suite de ce carnet, il me faut remonter un peu dans le temps.


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