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.. La sérénade d'Ibrahim Santos

Couverture du livre La sérénade d'Ibrahim Santos

Auteur : Yamen Manai

Date de saisie : 16/07/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. Elyzad, Tunis, Tunisie

Collection : Roman

Prix : 18.90 €

ISBN : 978-9973-58-035-1

GENCOD : 9789973580351

Sorti le : 24/08/2011

Disons-le tout net : dans l'abondante production romanesque, il est rare de rencontrer un livre qui offre un bonheur de lecture aussi fort et aussi persistant.
A Santa Clara, quelque part en Amérique du Sud, «c'est à dire nulle part», se sont regroupés depuis la nuit des temps espagnols, noirs, arabes, juifs, gitans... qui vivent dans la bonne entente chamailleuse des gens du Sud et dans l'amour du rhum exceptionnel qu'ils distillent. Ce rhum malheureusement arrive au Palais - et au palais - du Président-Général du pays qui décide d'en faire le fleuron de la nation. Il missionne pour cela un jeune agronome frais émoulu de l'Académie Agricole de la Révolution et un détachement militaire chargé de mettre au pas la population frondeuse de Santa Clara et de lui inculquer les règles de la production intensive...
Contrairement à ce qu'on pourrait croire cette fable n'est pas l'oeuvre de Sepúlveda ni de García Márquez, mais d'un jeune auteur tunisien : Yamen Manai. Il l'a écrite avant la chute de Ben Ali et son éditeur Elyzad, tunisien lui aussi, l'a publiée aux premiers jours du printemps arabe. C'est bien entendu un hommage fou à la littérature latino-américaine et, à travers la description d'une dictature imbécile - et sanguinaire -, une célébration de la tolérance, du cosmopolitisme : de l'humanisme en un mot. Tout cela tendu sur la corde de la viole d'Ibrahim Santos, qui a le don de prédire le temps au moyen de ses sérénades, puisqu'est rappelée la phrase de Nietzsche : «Sans la musique, la vie serait une erreur».
Ce roman est d'une drôlerie continue, tant dans ses péripéties que dans l'élégance de l'écriture, et d'une intelligence subtile. Un voyage au travers de plusieurs cultures que Yamen Manai semble parfaitement posséder qui demande, pour notre plus grand plaisir, que nous l'accueillons à notre tour à bras ouverts.


Santa Clara est une petite ville isolée. Tellement isolée qu'elle ignore que depuis vingt ans, la Révolution salvatrice a eu lieu : le tyrannique Général Burgos a été remplacé par le Général Alvaro Benitez dont l'unique obsession est évidemment le bonheur du peuple ! Tout a évolué dans le pays : l'hymne a changé, le drapeau, les portraits affichés dans les bâtiments administratifs, le nom des rues... Sauf à Santa Clara qui continue de vivre sereinement au rythme de la production de son rhum et des sérénades d'Ibrahim Santos qui sait prévoir la météo. Pourtant, un jour, le Général goûte ce rhum, impressionné, il envoie tout d'abord un jeune ingénieur agronome en éclaireur, bientôt rejoint par les troupes or «il n'est jamais bon, à Santa Clara comme ailleurs, de voir débarquer des militaires de bon matin.». La Révolution saura-t-elle exploiter à grande échelle ce rhum si extraordinaire ou le rhum aura-t-il raison d'elle ? Yamen Manai nous propose une fable juste, ironique, critique et non dénuée d'humour des pouvoirs dictatoriaux mais aussi de notre croyance aveugle et parfois forcenée en la science face aux connaissances séculaires de nos anciens.


  • Le courrier des auteurs : 13/09/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Yamen Manai. Ingénieur dans les nouvelles technologies de l'information et féru de littérature. Auteur de La marche de l'incertitude (Prix Comar d'Or 2009/Prix des lycéens Coup de coeur Coup de soleil 2010), et La sérénade d'Ibrahim Santos qui vient de paraître.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La sérénade d'Ibrahim Santos raconte l'histoire d'un village confronté du jour au lendemain à une dictature militaire sanguinaire, qui voit dans ses terres un fabuleux potentiel pour une exploitation agricole à échelle industrielle. Plusieurs combats auront alors lieu : les aspirations humaines universelles que sont la liberté et la dignité, versus la tyrannie, la violence et la volonté de soumission. Les traditions et le savoir des anciens contre la modernité "sauvage" et outrancière. Aussi, plus personnel, le combat de l'égo contre l'amour.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Quelques mois plus tard, avant qu'il ne lance l'assaut qui lui sera fatal contre la capitale de Puerto Nuevo, siège du sanguinaire général Benitez, El compesino Joaquín Calderon se plaisait à raconter à ses hommes l'histoire fabuleuse de ce village et de leurs sages, qui enseignaient que sur une terre arrosée par le sang des innocents et l'élixir des arrogants, n'éclot aucune joie.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Nous avons ici un livre où la musique porte le titre et prend une part essentielle dans le récit. Son écoute a souvent accompagné ce roman, et faisait part du conditionnement préalable à l'écriture. S'il devait être une musique, La sérénade d'Ibrahim Santos serait This is a man's world de James Brown.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Michel Tournier disait : «Un livre a deux auteurs : celui qui l'écrit et celui qui le lit.» Ce que j'aime partager avec mes lecteurs en priorité c'est cette part du roman qu'ils saisissent et s'approprient. Les personnages et les lieux deviennent alors les leurs, fleurissant dans leurs imaginaires. Une vue sur ces univers multiples que le roman transcrit dans leurs esprits est un moment autant surprenant que délicieux.


  • Les présentations des éditeurs : 17/05/2012

LE PRIX ALAIN-FOURNIER 2012 a été attribué à Yamen Manai pour La sérénade d'Ibrahim Santos

Dans la bonne ville de Santa Clara, celle qui produit le meilleur rhum du pays, personne n'est au courant de la Révolution que le dictateur Alvaro Benitez a menée il y a une vingtaine d'années. Les habitants vivent et cultivent comme autrefois, au gré des sérénades d'Ibrahim Santos, musicien météorologue. Alors forcément, l'intrusion des troupes armées révolutionnaires, et plus encore l'arrivée d'un jeune ingénieur agronome brillantissime, vont bousculer un peu les habitudes...

Sur le mode du conte, avec une pincée de réalisme magique latino-américain, un roman drôle et satirique sur nos avancées techniques, et une parodie des dictatures.

Né en 1980 à Tunis, Yamen Manai vit à Paris. Ingénieur, il travaille sur les nouvelles technologies de l'information. Son premier roman, La marche de l'incertitude (Elyzad poche, 2010), a reçu en Tunisie le Prix Comar d'Or 2009, en France le Prix des Lycéens Coup de Coeur de Coup de Soleil 2010 (région Languedoc-Roussillon).


  • Les courts extraits de livres : 15/09/2011

La légende veut que la ville de Santa Clara ait été fondée il y a plus de trois siècles par une bande d'ivrognes qui, profitant de la douceur d'une belle nuit caribéenne, emmenèrent des filles de joie loin de leur village et se les partagèrent avec leurs gallons de rhum. Ils s'étaient installés sur une petite colline surplombant une vaste prairie où ondoyaient, sous la brise, des cannes à sucre aussi hautes que des palmiers qu'aucune main n'avait plantées. C'était une de ces nuits chaudes et claires. Les étoiles scintillaient comme des diamants sur un drap de velours noir, et le croissant de lune paraissait aux yeux ivres comme un sourire céleste.
Le lendemain, la lumière du jour réveilla la joyeuse bande. Après des heures de douce émersion, ils jugèrent avec désinvolture qu'ils avaient la tête trop lourde pour reprendre le chemin du village. De plus, le soleil s'apprêtait à éclairer l'autre moitié de la terre des hommes, et les gallons étaient encore remplis de rhum. Ils restèrent encore une nuit, mais les gallons ne se vidèrent pas. Ils restèrent pour ne plus jamais repartir car, à Santa Clara, comme nulle part ailleurs dans le monde, les gallons de rhum sont intarissables.
Telle était la vérité de la ville, l'essence autour de laquelle s'est construite l'histoire de chacun de ses habitants, et la magie autour de laquelle gravitent les instants de leur présent. Aux pionniers espagnols s'ajoutèrent des Noirs qui fuyaient les champs de coton du continent voisin et des gitans fatigués de voyager autour du monde. Suivirent ensuite quelques Arabes parce qu'il y avait de quoi boire, et puis quelques Juifs parce que là où il y a de l'alcool, il y a de l'argent. Enfin, par un après-midi sous un soleil de plomb, le village vit débarquer dans leurs sombres soutanes des prêtres d'une foi inébranlable qui érigèrent une petite paroisse, vu que sur les terres de Dieu où il y a des brebis, il y a une église. Et la vie était rythmée par la culture de la canne à sucre et la fabrication du rhum.


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