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.. L'élimination

Couverture du livre L'élimination

Auteur : Rithy Panh

Date de saisie : 09/07/2012

Genre : Histoire

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 19.00 €

ISBN : 978-2-246-77281-1

GENCOD : 9782246772811

Sorti le : 11/01/2012

L'élimination

Rithy Panh est cinéaste et auteur de plusieurs livres. Ses oeuvres s'inspirent de sa vie au Cambodge, notamment sous le régime khmer rouge (1975-1979)...

Son dernier livre, L'élimination, fait écho à son film Duch, le maître des forges de l'Enfer. À travers ce double projet, Rithy Panh cherche une fois de plus, non pas à comprendre les évènements passés mais à les faire entrer dans la mémoire collective, à faire en sorte que l'on se souvienne des victimes.

Il se lance ici dans la démarche éprouvante de rencontrer Duch lors de son incarcération, juste avant que son procès n'ait lieu (en février 2012). Cet homme était le chef de la prison S21, à l'origine de la torture puis de «l'élimination» de plus de 12 000 prisonniers. Il s'agit d'une confrontation courageuse entre la victime et son bourreau qui s'avère, au fil des pages, vitale à la reconstruction personnelle de l'auteur.

Sont admirablement alternés les extraits d'interview de Duch, permettant de saisir des bribes de sa personnalité complexe, et le récit du passé de l'auteur témoin de la montée des Khmers rouges. Rithy Panh nous fait part de ses doutes, de la difficulté à trouver une construction filmique juste, qui ne trahirait pas la mémoire des victimes. Grâce à ses nombreuses lectures dont son livre peut faire l'écho, il nous amène à réfléchir à ces évènements tragiques ainsi qu'à d'autres atrocement similaires tels que les camps d'extermination nazis.

L'élimination s'inscrit parmi les ouvrages fondamentaux permettant de garder une trace de notre Histoire, à lire pour ne pas oublier...


  • Les présentations des éditeurs : 12/05/2012

À treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmères rouges. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n'étais plus rien.»
Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1,7 million de morts, l'enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n'est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille à sa légende.
L'élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c'est un homme de Primo Levi, et de La nuit d'Elie Wiesel.

Rithy Panh est cinéaste. On lui doit, entre autres, Les gens des rizières, Bophana, S21 - La machine de mort khmère rouge, qui fut un événement, et Duch, le maître des forges de l'enfer. Il a écrit ce livre avec Christophe Bataille, qui est romancier.



  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 1er février 2012

Pour écrire L'Elimination, livre admirable et terrible, Rithy Panh a donc fermé les yeux et laissé resurgir les images d'infinie désolation qui peuplent sa mémoire. Le crime sidérant tel qu'il l'a vu et vécu enfant. La mort des siens. Les tortures, les sévices, la famine...
L'Elimination trouve immédiatement place parmi les ouvrages essentiels qui témoignent des immenses tragédies du XXe siècle. Aux côtés notamment de Si c'est un homme, de Primo Levi, de L'Espèce humaine, de Robert Antelme, ou de La Nuit, d'Elie Wiesel.


  • La revue de presse Pascal Mérigeau - Le Nouvel Observateur du 12 janvier 2012

Aujourd'hui, le livre est là, et c'est la voix de Rithy Panh qu'il donne à entendre. Une voix calme et tendre, qui dit la douleur, la perte, l'horreur, mais aussi la ferté de son père, la douceur de sa mère, qui ont tous deux préféré la mort au renoncement. Ce jour-là ils ont choisi. Comme Duch a choisi, du temps où il régnait sur S21, de faire deux enfants, de caresser le ventre de sa femme et de songer à sa descendance alors que, derrière le mur, on arrachait des ongles et perpétrait des massacres. Entre mille autres choses, «l'Elimination» dit comment et pourquoi les mots peuvent tuer, comment et pourquoi ils peuvent apaiser. Cheminement personnel trop intime et complexe pour être un film, mais lumineux dans ce livre qui éclabousse la nuit où tant d'êtres ont été emportés. Rithy Panh ne dit pas «exécutés» - le mot pour lui est «sale» -, mais «emportés». Chaque ligne de ce livre aussi nous emporte.


  • La revue de presse Jean Hatzfeld - Le Monde du 12 janvier 2012

A la nuit tombante les gamins quittent les rizières. Après un bol de riz, ils grimpent sur leurs hamacs, accrochés en espaliers, à cause des scorpions et des serpents. Alors, l'un d'eux prend la parole pour raconter un conte. Nuit après nuit, il donne vie à des fantômes, des ogres et des sorcières issus des légendes khmères. Son talent de conteur lui vaut de travailler aux cuisines du camp, où il peut racler le gras du fond des marmites...
Trente-cinq ans plus tard, le talent du narrateur resurgit dans un livre magnifique, écrit en compagnie du romancier Christophe Bataille, avec d'autres histoires, dans lesquelles les fantômes, les démons et les sorciers sortent de l'univers des Khmers rouges. Des histoires invraisemblables mais bien réelles, où une maman épouille le cadavre de sa fille, puis s'allonge sur les planches pour attendre son tour ; où deux gamins se lient d'une indéfectible amitié dans l'arrière-cour d'un hôpital où ils trient tous les matins les morts des vivants pour les porter dans la fosse...
L'abîme, l'absence, le souvenir, il l'écrit. Une anxiété transpire entre les lignes, sans doute celle du sens de ses questions à venir, d'une narration sans fin.


  • La revue de presse François Busnel - L'Express, janvier 2012

Avec distance et justesse, le survivant cambodgien Rithy Panh revient sur son parcours ensanglanté...
Rithy Panh a su trouver une "distance humaine" pour évoquer son itinéraire mais aussi - et c'est l'autre versant de ce livre hypnotisant - la confrontation qu'il veut avoir avec Douch, le maître d'oeuvre des tortures. Cinéaste, Rithy Panh filme Douch. Mais l'écriture lui permet d'aller plus loin. Il interroge, explique sa démarche, nie la possibilité de s'enticher du "silence du bourreau" comme le fit pourtant François Bizot dans son récit de captivité. Il y a là des scènes insoutenables. Mais vraies. L'Elimination est un très grand livre. Un témoignage capital.


  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, janvier 2012

Trente-cinq ans après les faits, cet homme au visage émacié et parfois nimbé d'une étrange douceur récite dans la langue de Molière La Mort du loup, d'Alfred de Vigny. Et rit de bonne grâce. C'est ce rire - celui du diable ? - qui frappe d'emblée dans Duch, le maître des forges de l'enfer, extraordinaire document diffusé le 9 janvier sur France 3, puis en salles, et dans le récit de ce face-à-face, retranscrit par Rithy Panh avec Christophe Bataille, dans un livre, L'Elimination. Il n'y a pas de meilleur titre pour résumer cette idéologie qui trouva des avocats en France. "Les Khmers rouges, c'est l'élimination, l'homme n'a droit à rien", martèle Duch. "A S-21, c'est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils hommes ou animaux ? C'est une autre histoire."


  • Les courts extraits de livres : 12/05/2012

Kaing Guek Eav, dit Duch, fut le responsable du centre de torture et d'exécution S21, dans Phnom Penh, de 1975 à 1979. Il explique avoir choisi ce nom de guérilla en souvenir d'un livre de son enfance, où le petit Duch était un enfant sage.
12 380 personnes au moins furent torturées dans ce lieu. Les suppliciés qui avaient avoué étaient exécutés dans le «champ de la mort» de Choeung Ek, à quinze kilomètres au sud-est de Phnom Penh - également sous la responsabilité de Duch. A S21, nul n'échappe à la torture. Nul n'échappe à la mort.
Dans sa prison du tribunal pénal parrainé par l'ONU (en fait CETC, soit «Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens»), Duch me dit de sa voix douce : «A S21, c'est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils hommes ou animaux ? C'est une autre histoire.» J'observe son visage de vieil homme, ses grands yeux presque rêveurs, sa main gauche abîmée. Je devine la cruauté et la folie de ses trente ans. Je comprends qu'il ait pu fasciner, mais je n'ai pas peur. Je suis en paix.

Quelques années auparavant, pour préparer mon film S21 - La machine de mort khmère rouge, j'ai mené de longs entretiens avec des gardiens, des tortionnaires, des exécuteurs, des photographes, des infirmiers, des chauffeurs qui travaillaient sous les ordres de cet homme. Très peu ont fait l'objet de poursuites judiciaires. Tous sont libres. Assis dans une ancienne cellule, au coeur du centre S21 devenu un musée, l'un d'eux me lance : «Les prisonniers ? C'est comme un bout de bois.» Il rit nerveusement.
A la même table, devant le portrait de Pol Pot, un autre m'explique : «Les prisonniers n'ont aucun droit. Ils sont moitié homme, moitié cadavre. Ce ne sont pas des hommes. Ce ne sont pas des cadavres. Ce sont comme des animaux sans âme. On n'a pas peur de leur faire (...)


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