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Auteur : Jane Mendelsohn
Traducteur : Nathalie Bru | Estelle Dégez
Date de saisie : 24/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 18.90 €
ISBN : 978-2-7021-4277-6
GENCOD : 9782702142776
Sorti le : 04/01/2012
Honor, une jeune kiné, doit soigner Milo, un soldat rentrée d'Irak, blessé physiquement mais aussi moralement. Devenu un être sauvage et indomptable refusant tout acte d'humanité, c'est avec beaucoup de scepticisme et parfois même de violence que Milo aborde ces séances. Comment faire à nouveau confiance à un être humain ? Comment accepter que quelqu'un puisse lui vouloir du bien après l'horreur qu'il a vécu ? Et quelles sont ces histoires qui le hantent chaque fois qu'Honor pose ses mains sur son dos meurtri ?
Jane Mendelsohn nous offre un premier roman poignant, émouvant, magnifique où il suffit de se laisser porter par la petite musique intérieure qui l'anime pour ouvrir les portes de l'inconscient et découvrir d'autres histoires enfouies.
Honor soigne Milo, un soldat blessé, hanté par la guerre d'Irak. Quand la jeune femme pose les mains sur son dos brisé, des images puissantes, étranges, les envahissent tous les deux, réminiscences d'un passé qui n'est pas le leur.
«Puis sa main était remontée jusqu'au cou et elle avait vu d'autres apparitions. Des personnes qui se mouvaient en musique, couples scintillants sur une piste de danse.» Joe et Pearl, les époux malheureux, une photographe dont l'oeuvre de toute une vie a été volée, une adolescente décidée à garder l'enfant qu'elle porte, et un amour interdit dans la Turquie du XVIIe siècle, à l'origine d'une musique emblématique de l'Amérique, le swing.
Explorant la mémoire des corps et les blessures enfouies, Jane Mendelsohn livre un roman délicat, onirique et bouleversant.
«Exigeant, émouvant, dévastateur, American Music est composé d'images flamboyantes. Comment si peu de mots peuvent raconter tant de choses ? À la fois l'histoire d'une famille, celle de l'Amérique du XXe siècle, et l'évolution de la musique américaine... En une image, Mendelsohn décrypte une existence tout entière.»
The New York Times Book Review
Jane Mendelsohn est diplômée de L'université de Yale. Elle est l'auteur de deux romans, dont le best-seller international Je suis Amelia Earhart, qui lui valut notamment d'être comparée à Marguerite Duras. Elle vit à New-York avec son mari et ses deux enfants.
2005
Elle se lève de sa place dans le wagon de métro et plonge les yeux dans l'obscurité du tunnel. Sa station n'est plus loin et elle goûte l'instant qui précède l'irruption de la lumière à travers le carreau. Il y a son reflet dans la vitre, fantôme au squelette mouvant, dont le coeur bat au rythme de l'architecture d'un monde souterrain, colonnes et taches claires qui dans le noir défilent en salves à travers son corps. Puis vient la lumière et elle disparaît. Elle se tourne vers les portes. Ajuste la lanière du sac qu'elle porte en bandoulière et descend d'un pas vif sur le quai.
Il tombe une pluie fine quand elle émerge dans la rue. De loin, elle semble fendre la bruine, silencieuse. Avec son regard fixe et son long manteau, sa sacoche fanée et ses brodequins lourds, on la dirait à la fois du passé et du présent. Quelque beau soldat arrivé d'autrefois.
Empruntant des rues vides et grises elle longe plusieurs pâtés d'immeubles vers un vaste bâtiment blanc et sans cachet. Dans le hall elle présente un badge avant d'entrer dans l'ascenseur. Au bout d'un couloir, une porte est ouverte qui l'attend. A l'intérieur de la pièce, un homme est allongé à plat ventre sur une table, le corps recouvert d'un fin drap blanc. A son entrée la main de l'homme se soulève légèrement.
Vous êtes là, dit-elle.
Je suis là, dit-il.
Ça n'est pas rien, dit-elle.
C'est vrai.
Toutes les semaines elle retire le drap et examine son dos. Elle se lave les mains, les badigeonne d'huile et frictionne la peau. Dès qu'elle s'attelle à son ouvrage, les mains de l'homme se crispent. Ce qu'il ressent, on dirait, dépasse la douleur. En le touchant elle sent courir jusqu'à ses os l'ardent désir qu'il a de rester autre. Résolu à ne rien révéler de ses secrets. Elle le visite depuis des semaines et a eu le temps de faire connaissance avec son dos, la surface plane entre ses omoplates, la pente qui mène au sacrum. Mais elle ne connaît que son dos, son cou, ses bras, ses jambes. Il ne s'allonge que sur le ventre. Jamais sur le dos. Jamais il ne la laisse travailler à son torse, à son visage. Il refuse d'expliquer pourquoi. Tout ce qu'elle sait c'est qu'il en a vu plus qu'il ne peut en dire, et on lui a précisé lors de l'entretien qu'elle devrait respecter son intimité. Ces hommes souffrent, l'avait prévenue l'infirmière. Ces hommes sont hantés.
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