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.. Basse-Fosse. Volume 1, Le baiser du rasoir

Couverture du livre Basse-Fosse. Volume 1, Le baiser du rasoir

Auteur : Daniel Polansky

Traducteur : Patrick Marcel

Date de saisie : 11/02/2012

Genre : Science-fiction, Fantastique

Editeur : Bragelonne, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782352945444

GENCOD : 9782352945444

Sorti le : 20/01/2012

Dans la cité de Basse-Fosse, des jeunes filles sont retrouvées assassinées. Prévot, anti-héros par excellence entame un sombre jeu de pistes pour lever le mystère. À la croisée des genres (polar, fantasy...) un roman d'une écriture d'une justesse incroyable. Un véritable coup de tonnerre romanesque.


  • Les présentations des éditeurs : 11/02/2012

Basse-Fosse, la ville du crime. Les hors-la-loi sont rois, les femmes, fatales. Disparaissez, et les gardes s'assureront que personne ne vous retrouvera jamais. Prévôt est dealer. Il a été soldat. Il a été agent de la Couronne. Il a tout vu, et même pire. Difficile de trouver âme plus tourmentée. Il est aussi le plus à même de traquer l'assassin qui sème derrière lui les corps d'enfants horriblement mutilés. Un sinistre jeu de piste, où le chasseur pourrait devenir proie.

Daniel Polansky est un jeune écrivain né à Baltimore (États-Unis). Le Baiser du rasoir est un premier roman percutant. Cet habile mélange de Fantasy et de polar noir vous entraîne dans un univers sombre et violent.


  • Les courts extraits de livres : 11/02/2012

Aux premiers jours de la Grande Guerre, sur les champs de bataille d'Apres et d'Ives, j'ai acquis la capacité d'émerger du sommeil en un battement de paupières. Une adaptation nécessaire, car les dormeurs profonds risquaient d'être réveillés par un soldat d'élite drenne armé d'un poignard de tranchée. C'est un vestige de mon passé que je préférerais perdre, tout bien pesé. Rares sont les situations qui exigent la panoplie complète des sens et, en règle générale, le monde gagne à rester flou.
Exemple immédiat : ma chambre était le genre de lieu qu'améliorait une vision somnolente ou éthylique. Une clarté de fin d'automne filtrait à travers ma fenêtre sale et rendait l'intérieur, déjà tout proche de l'indigence, plus rebutant encore. Même selon mes critères, je vivais dans un taudis - et j'ai des critères assez restreints. Le lit, accompagné d'une commode usée et d'une table ébréchée, composait le seul mobilier de la pièce, et un vernis de crasse nappait le sol et les murs. Je soulageai ma vessie dans le pot de chambre et balançai le contenu dans la venelle en contrebas.
Basse-Fosse était en pleine activité. Les rues résonnaient des cris stridents des poissonnières, annonçant la pêche du jour à des manutentionnaires qui transportaient des cageots en direction de la Vieille Ville, au nord. Au marché, quelques rues à l'est, des commerçants vendaient à des intermédiaires des denrées surévaluées pour une poignée de cuivres rognés, tandis que, rue de la Lumière, des canailles au poignard dégainé guettaient un vendeur distrait ou un sang bleu égaré loin de chez lui. Dans les recoins et les ruelles, les bougres reprenaient l'argumentaire des poissonnières, sur un ton plus bas et pour des tarifs plus élevés. Des filles de joie lasses assurant le service du matin adressaient aux passants de tièdes invites, dans l'espoir d'assurer à leurs charmes fanés une journée supplémentaire d'alcool ou d'étouffé. Les hommes dangereux dormaient encore, pour la plupart, leur lame au fourreau, à côté du lit. Mais les hommes vraiment dangereux, eux, étaient debout depuis des heures, et ni leurs plumes d'oie ni leurs registres ne chômaient.
Je ramassai un miroir de poche sur le plancher et le tins à bout de bras. Dans les circonstances les plus favorables, parfumé et manucure, je suis un type laid. Un nez en patate gouttait sous des yeux trop gros, une bouche en coup de poignard siégeait, décalée sur un côté. Pour souligner mon charme naturel, je présentais une collection de cicatrices qui aurait embarrassé un masochiste, une ligne décolorée remontant sur ma pommette à l'endroit où un éclat d'obus était passé à quelques centimètres de m'étendre pour de bon, et le pavillon déchiré de mon oreille gauche témoignait d'une bagarre de rue où j'avais fini second.
Un flacon de souffle de farfadet posé sur le bois usé de ma table me souhaita le bonjour avec un clin d'oeil. Je le débouchai pour en inhaler une bouffée. Des vapeurs d'une douceur écoeurante m'emplirent les narines, suivies de près par un bourdonnement familier dans mes oreilles. Je secouai la fiole - à moitié vide, ça n'avait pas traîné. J'enfilai ma chemise et mes bottes, puis extirpai ma besace de sous le lit avant de descendre au rez-de-chaussée saluer la fin de matinée.


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