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.. Hôtel de la solitude

Couverture du livre Hôtel de la solitude

Auteur : René Laporte

Date de saisie : 28/08/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 15.00 €

ISBN : 9782842637293

GENCOD : 9782842637293

Sorti le : 02/05/2012

Pour échapper à la tourmente de l'Occupation et renouer avec les heures paisibles d'avant-guerre, un jeune dilettante trouve refuge dans un hôtel désert niché sur les hauteurs de Monte-Carlo. L'établissement, qui porte des traces d'une splendeur révolue, est tenu par un vieux couple qui garde en lui le secret d'une déchéance et d'un oubli programmé. Tandis qu'il s'abandonne, loin du tumulte, aux plaisirs rares du silence et des heures tranquilles, sa paisible retraite est bouleversée par l'arrivée d'un couple d'étrangers.
D'une écriture à l'élégance fine autant que désuète, René Laporte prend le contre-pied des récits habituellement douloureux des années noires, en concentrant son attention sur une sorte de parenthèse dans la guerre qui a toutes les apparences d'une soustraction aux évènements tragiques qui remuent non loin de là. Pourtant, dans cette histoire d'amour impossible sourd une tristesse et une angoisse qui paralyse la volonté. La guerre est bien là, dans les silences, dans le détournement des regards, dans ce qui précisément est dans l'impossible inachèvement de la volonté.


Si le nom de René Laporte ne parle plus guère aux oreilles des amateurs de littérature y compris la plus obscure, il est temps d'avouer que la postérité une fois encore s'est trompée, et de reconnaître que dans ce combat infini pour la résurrection des voix oubliées Le Dilettante a de nouveau fait l'illustration de son talent. On soupçonne néanmoins François Ouellet, cet universitaire québécois qui possède une connaissance de la littérature du XX° siècle à faire pâlir les plus chevronnés des nôtres, de ne pas y être pour rien. C'est lui qui signe la préface d'un bref roman initialement paru en 1944 aux Editions Littéraires de Monaco puis chez Julliard qui est en fait le propriétaire de la maison monégasque, dix ans avant la disparition précoce à 48 ans de son auteur. On y découvre un peu ce personnage des Lettres, proche des Surréalistes, fondateur des Cahiers libres, romancier durant les années 30, engagé sur le terrain politique avant de basculer dans le combat résistant et d'accueillir nombre d'écrivains pendant l'Occupation. C'est de cette période qu'est daté Hôtel de la solitude, écrit en 1942, qui met en scène Jérôme Bourdaine, jeune homme qui passe pour un coureur-buveur, joueur-bavard mais n'est pas dupe de l'image qu'il renvoie, la plus à même de dissimuler ce que sa conscience nomme un comportement désaxant, et que les vicissitudes de la guerre ont placé à Nice, capitale d'une fausse insouciance noyée dans l'alcool et les faux plaisirs, patrie de la dérision et de l'inconsistance («Et nous voilà tous comme des vieillards, même les plus jeunes malgré leurs muscles intacts et leurs visages pas encore attaqués (...) tous immobiles, englués, paralysés, à peine bons à brouter, ruminer et remâcher les pauvres herbes de nos mémoires»). Mais le verbe partir s'impose à lui, ce mot chargé d'une poésie devenue improbable qui le pousse vers un mirage, la réputation fanée d'un grand hôtel d'avant-guerre dont la vue sur le Cap Ferrat fit pâlir quelques générations d'insouciants avant, face au désastre, de faire blémir les rares touristes qui osent encore s'en approcher. Car c'est un palace vide qui l'accueille, avec sa carte des vins fabuleuse, ses salons au bord de se ternir, ses patrons devenus tenanciers à la petite semaine qui voient avec méfiance surgir ce solitaire qui ne réclame rien que l'exercice d'une solitude reposante. Seul dans la grande salle de restaurant il désencombre sa mémoire, se repose de lui-même, jusqu'à ce cinquième jour où une silhouette de femme se détache au milieu des tables vides. Nous apprendrons qu'elle se nomme Zoya, qu'elle attend tout le jour son époux parti en ville faire des affaires, que son accent trahit un parcours qui a ignoré la ligne droite. Un homme et une femme, un vaste hôtel vide, la douceur d'un climat, les heures qui s'allongent, tout est réuni pour un carrousel de clichés que la plume ironique de Laporte fait voler en éclats, réinventant la mélancolie et la douceur d'un amour qui se sait condamné à la beauté du fugace. Hôtel de la solitude possède une musicalité précieuse, petite sonate nocturne qu'un soleil vient par moments traverser. Réservez une chambre, on vous y invite.


Que cherche Jérôme Bourdaine en poussant les portes de l'Hôtel de La Turbie, ce palace désargenté perché sur les hauteurs de Monaco ? Fuir le monde et l'ennui qu'il procure ? Disparaître en laissant derrière lui sa vie et ses maîtresses ? Ou simplement céder à l'appel de l'oisiveté ? Dans tous les cas, dans cet hôtel vide d'occupants et au bord de la ruine, qui ne se nourrit que des fantômes d'un glorieux passé, Jérôme trouvera un écho à ses rêveries solitaires. Car en ces temps pourtant troublés, le temps semble s'être arrêté au coeur de cette singulière demeure, comme suspendu dans un souffle mélancolique. Jusqu'au jour où un couple arrive à son tour...

Qui se souvient de René Laporte, écrivain et résistant né en 1905, disparut en 54 ? Il fallait bien toute la malice du Dilettante pour sauver ce court roman de 1944 de l'oubli et lui donner une deuxième vie. Cette fois-ci ne ratez pas votre chance, l'occasion est trop belle. Hôtel de la solitude est un texte rare, à l'élégance surannée, presque aristocratique, où tout est dans la beauté du geste, comme un tableau parfait. Et l'amour, toujours, au détour d'une page...


  • Les présentations des éditeurs : 02/04/2012

«Regardez donc notre hôtel, notre minaret. Ils renferment notre dernier bien d'hommes libres... (...) Notre dernier bien : la solitude.»

Avoir la tête ailleurs, condition, dit-on, de toute poésie, mais fatale, parfois, aux poètes. Dont acte avec le Toulousain René Laporte (1905-1954), fauché par une voiture en plein Paris et que le Dilettante arrache aujourd'hui au «charnier des recalés de l'histoire littéraire», rééditant avec une préface de François Ouellet son Hôtel de la solitude paru chez Julliard en 1944. D'origine bourgeoise, il entre vite en poésie, ouvrant ses Cahiers libres aux surréalistes dès 1924, courant dont l'influence marque ses premiers romans : Le Dîner chez Olga (1927), La Pan du feu (1935). Haut fonctionnaire de l'information, Laporte, dans les années trente, révoque le pur jeu poétique pour politiser son oeuvre littéraire, en faire un témoignage contre la crue montant des régimes totalitaires. En témoigne «La Journée du 8 mars», poème terrible sur la remilitarisation de la Rhénanie. Résistant actif (on lui a confié la surveillance de l'antenne pro-allemande de Radio Monte-Carlo), il fait de sa maison de la place du Barri, à Amibes, un pôle d'activités clandestines et de survie littéraire, y accueillant Breton, les Aragon, Ponge, Éluard, d'autres. «Il n'y a pas d'oubliettes/au château du roi René» écrira Jacques Prévert. C'est un écrivain en pleine phase de reconnaissance publique qui décède d'un traumatisme crânien le 1er mars 1954.
Écrit en 1942, Hôtel de la solitude nous entraîne dans le sillage de Jérôme Bourdaine, scintillant chevau-léger de l'après-guerre, qui élit comme ermitage pour sa rêverie un singulier hôtel de La Turbie, sur la Côte d'Azur. Monde sous cloche, asile hors du temps aux murs calligraphiés de versets coraniques, lieu mental gardé par un couple d'êtres bonasses et affairés, les Barca, heureux d'invoquer les ombres chamarrées, fantômes 1900 qui firent la gloire du lieu. Survient alors, au coeur de cet asile de jour pour coeur en vrille, une Nadja longue et fine répondant au nom de Mme Zoya Sernitch, belle flanquée d'un époux cocasse aux tressautements de souris chauve. Idylle alors de s'ébaucher entre Jérôme et Zoya et ce parmi les ruines antiques qui ornent le lieu. Un ballet d'ombres lasses et de coeurs fringants qui s'évanouira au matin, romance sans lendemain. Entre trouble modianesque et griserie à la Mandiargues, chambre vous est donc retenue à l'Hôtel de la solitude, calme assuré et vue sur les songes.

Né à Toulouse en 1905, René Laporte s'oriente très tôt vers la littérature. Grand admirateur d'Apollinaire et des surréalistes, à dix-huit ans il fonde la revue Les Cahiers libres et l'année suivante les éditions éponymes. Poète et romancier, il obtient le prix Interallié en 1936 avec Les Chasses de novembre. Il écrit dans des revues clandestines et abandonne la posture surréaliste au profit d'une poésie engagée. Il a à peine quarante-huit ans quand il meurt accidentellement en mars 1954.



  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 14 juin 2012

Rédigé en 1942 par un romancier et poète totalement oublié, «Hôtel de la solitude» met en scène un royaume imaginaire et autarcique au coeur de l'Europe martyre, un prolongement du Musée Grévin, un mystérieux théâtre d'ombres gardé ici par des fantômes indifférents aux cadavres charriés là-bas par les nazis...
Ami des surréalistes, éditeur de Breton, Soupault, Tzara et d'Eluard dans les «Cahiers libres» qu'il avait fondés, René Laporte est mort en 1954, à 48 ans, renversé à Paris par une voiture le jour même où paraissait, d'une future joueuse et noceuse, d'une petite soeur de Jérôme Bourdaine, «Bonjour tristesse».


  • La revue de presse Olivier Cariguel - Le Magazine Littéraire, juin 2012

Dans Hôtel de la solitude, René Laporte applique une singulière vision poétique sur Monaco, royaume d'opérette planté de casinos et d'hôtels, «îlot de plaisir et de nonchalance»...
Épouse d'un homme d'affaires russe absent la journée (il mène une activité lucrative incertaine), Zoya excite le fantasme de l'adultère le plus banal. Mais par petites touches l'auteur détricote et remotive les poncifs de la femme russe, de l'exil, du hasard (un canon de la rencontre féminine surréaliste) et du romantisme de l'émigré, sans parler bien sûr du lieu commun hôtelier. Qu'adviendra-t-il dans l'isoloir amoureux entre Zoya et Jérôme ? On ne dévoilera pas la fin du livre. Hôtel de la solitude est une ode à la disparition et un manifeste en faveur de l'irréalité si propice et nécessaire à l'éclosion du sentiment le plus intact. Cinq étoiles !


  • Les courts extraits de livres : 02/04/2012

Dès le premier soir, la porte poussée, il était devenu citoyen d'un autre monde. Il y avait maintenant cinq jours qu'il habitait là et qu'il prenait le même incroyable plaisir à se sentir absent. Qui viendrait le chercher ici ? Cette impression qu'il dépistait toutes les polices de l'univers, qu'il compliquait les enquêtes sentimentales de ses maîtresses, qu'il contrariait les perquisitions intéressées de ses amis, comme elle était agréable ! Elle emplissait béatement le creux vaste de sa torpeur.
Non point que Jérôme Bourdaine eût quelque chose à cacher, ni à la vraie police, ni à celle-ci ou celle-là qui pouvaient avoir barre sur son coeur. Mais il lui plaisait d'infliger à sa légende un démenti, même secret. Légende qui, depuis quelques mois, le réputait bavard et joueur, buveur et coureur, adepte de la vie considérée malgré tout comme une valse. En réalité, roulé dans cette marée de désoeuvrement qui, au lendemain de l'armistice, fit dire à certains Français : acceptons le provisoire puisque c'est provisoire, il avait par hasard planté sa tente à Nice parmi des gens qui volontairement donnaient à leur présent le plus de ressemblance possible avec le passé, qui jouaient dans la capitale de leur exil la comédie de Paris, qui allaient au Casino - le Casino mille-pattes ou les autres, selon la classe et le snobisme - applaudir les seuls acteurs du Vaudeville ou de chez Dullin, les seuls Ballets russes raccommodés tant bien que mal, les seuls chefs d'orchestre oubliés ou prêtés par Pasdeloup, qui désignaient par leur nom les clients du Cintra-Vogade comme on désigne ceux du Fouquet's et qui, le reste du temps, couraient à la recherche du restaurant le plus fermé, qui découvraient une bouteille de whisky avec une fierté sauvage et triste de conquistador. Au milieu de tant de dérisions, le faible Jérôme essayait de trouver un rythme (plus humain, bien entendu) et il s'énervait parce que se désaxant comme ses camarades, il avait le désavantage d'être conscient. Plus tard, on saura mieux combien d'énergies ont chaviré pendant ces longs mois d'attente sur lesquels le soleil de la Méditerranée et ses contre-jours pour carte postale, les fleurs élevées comme des jeunes filles selon les meilleurs principes, le souvenir des oranges confites, la politesse préservée des flâneurs et de quelques vieux cochers de fiacre, laissaient planer une dernière illusion, mais la plus douce, celle d'un monde survivant. Un soir, Jérôme Bourdaine éprouva comme une nausée de sa vie entre deux eaux, des conversations sur la roulette ou sur de lointains bombardements dont l'horreur ne percutait même pas dans le sourire des bavards. Au bar, près de lui, quelqu'un parla de cet hôtel : c'est un endroit à explorer; difficile d'accès, pas encore repéré certainement, il doit réserver, par sa cave ou sa cuisine, d'intéressantes surprises. Le point de vue cuisine n'intéressait pas Jérôme. Mais il décida tout de même d'y aller voir. Je partirai dès demain. Partir, le mot - un bon vieux mot poétique qu'il n'avait pas prononcé depuis longtemps - le fit sourire. Il songea aux trains, treilles fuyantes qui traînent leurs grappes d'hommes, aux buffets de gares où s'entassent des bagages perdus, où l'on vend des sandwichs (...)


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