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Auteur : Henri Tincq
Date de saisie : 18/06/2012
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 20.90 €
ISBN : 978-2-246-74681-2
GENCOD : 9782246746812
Sorti le : 04/04/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Un journaliste responsable des questions religieuses au journal Le Monde pendant vingt-cinq ans. A ce titre, j'ai bien connu le cardinal Lustiger, archevêque de Paris (1926-2007), dont je fais la biographie dans ce livre. Ce livre s'adresse à tout le monde, pas seulement aux catholiques.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est la vie d'un homme exceptionnel. Petit juif parisien, né de parents immigrés polonais, élevé à l'école laïque, sans éducation religieuse, mais converti au catholicisme dans les années de guerre, ayant vu sa mère déportée à Auschwitz et exterminée, puis devenu prêtre, archevêque de Paris, cardinal, prince de l'Église catholique, ami personnel du pape Jean-Paul II, entré à l'Académie française. C'est une destinée extraordinaire.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
C'est la citation d'un homme, Jean-Marie Lustiger lui-même, qui a beaucoup contribué au rapprochement des juifs et des chrétiens : «Ce que j'ai fait dans l'Église catholique, n'importe qui aurait pu le faire, mais ce que j'ai fait comme cardinal et comme juif, j'étais seul à pouvoir le faire».
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait «le Requiem» de Mozart, car Jean-Marie Lustiger a toujours été obsédé par la question de la souffrance et de la mort. Obsession venue des épreuves de sa jeunesse - guerre, exode à Orléans, clandestinité, arrestation et déportation de sa mère - et des tragédies de l'histoire moderne (nazisme, communisme) qui nourrissaient chez lui une vision douloureuse et tragique du monde.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais partager l'intérêt pour cette figure intellectuelle et moderne, ouverte à tout, prenant position sur tous les sujets - l'école, la jeunesse, la politique, les médias, les arts, la science -, non pas à la manière d'un homme d'Église «père Fouettard», mais par goût de la controverse et du débat. L'intérêt pour une figure venue du judaïsme, convertie, mais qui n'a jamais renié son origine juive. L'intérêt pour une figure qui dépassait tous les clivages de type conservateur-progressiste.
Dans cette biographie d'exception, nourrie de témoignages et d'archives inédites, Henri Tincq raconte la vie extraordinaire d'un jeune enfant juif devenu cardinal-archevêque de Paris et l'une des figures religieuses les plus importantes du XXe siècle.
On découvre une enfance foudroyée par la mort de sa mère, déportée à Auschwitz - drame qui marquera tous ses choix de vie ; une foi inébranlable, et sûre du lien indéfectible entre l'Ancien et le Nouveau Testament, juifs et chrétiens ; une relation privilégiée, presque fraternelle, avec Jean-Paul II ; des rapports respectueux avec François Mitterrand et beaucoup moins avec Jacques Chirac ; un homme d'action autant que de pensée.
Un grand prélat, un homme au caractère énergique, mais aussi un grand esprit. Avec érudition, nuance et profondeur, Henri Tincq fait le portrait de cet homme d'Eglise dont l'influence se fait encore sentir dans toute la communauté catholique.
Henri Tincq a été responsable des informations religieuses au journal Le Monde. Il a obtenu, en 2002, le prix Templeton du meilleur informateur européen pour les questions religieuses. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment Les catholiques (Grasset, 2008).
«Il était à la fois une figure biblique et un intellectuel passionné, résolument moderne», écrit Henri Tincq dans la riche biographie consacrée à ce très atypique prince de l'Eglise décédé en 2007. Atypique, il l'était par sa gouaille et son style direct et imagé. Par son judaïsme assumé aussi et sa volonté de montrer la continuité directe entre sa religion de naissance et son christianisme. «Je suis une provocation vivante qui oblige à s'interroger sur la figure historique du Messie et j'en porte une parcelle par mon histoire», écrivait Mgr Lustiger revendiquant haut et fort cette double identité...
En 1979, il est nommé par le pape évêque d'Orléans, la ville où il reçut le baptême. Quinze mois plus tard, il devient archevêque de Paris, poste qu'il occupera durant vingt-quatre ans. En France, il est l'avocat inconditionnel de l'Eglise de combat, fière de ses valeurs, et n'hésitant pas à descendre dans l'arène politique et sociale telle que la conçoit le pape. Cela fait grincer des dents dans un épiscopat français volontiers gallican et méfiant face à ce modèle polonais.
Se lancer dans une biographie du cardinal Lustiger après qu'il eut lui-même publié 22 livres était éminemment risqué. Pourtant, Henri Tincq, aussi talentueux et fin connaisseur des religions que désagréable confrère, l'a fait. Résultat : 368 pages fort bien écrites qui se lisent tel un roman. En analysant ses ouvrages, après s'être plongé dans des archives inédites et avoir minutieusement enquêté, l'ancien chroniqueur au « Monde », qui l'a longtemps suivi, fait revivre un Jean-Marie Lustiger déjà entré dans l'histoire du XXe siècle. On découvre l'existence extraordinaire et singulière de ce juif ashkénaze, fils d'émigrés polonais né à Paris, qui, converti à 14 ans, deviendra cardinal archevêque de Paris et académicien. Lustiger, lucide, au seuil de la mort, à 80 ans, le 5 août 2007, avait confié à l'un de ses proches : « Ce que j'ai fait dans l'Eglise catholique, n'importe qui aurait pu le faire, mais ce que j'ai fait comme cardinal et comme juif, j'étais seul à pouvoir le faire. »
Jean-Marie Lustiger (1926-2007) est ressuscité. Tragique, inspiré, odieux, épatant, le revoilà tout entier sous la plume du journaliste Henri Tincq, qui consacre à cette inoubliable figure du catholicisme français une biographie magistrale...
"Cinq ans après sa mort, relève Henri Tincq, le cardinal Lustiger laisse le souvenir d'un homme de foi exceptionnel [...] qui aura bousculé, avec la puissance d'un ouragan, son Eglise et son temps."
Cinq ans seulement après la mort du cardinal Lustiger (1926-2007), le temps est-il déjà venu de lui consacrer une «biographie» ?...
C'est une tâche qui ne manque pas de hardiesse car, de ce cardinal hors normes, tous ceux qui l'ont rencontré, côtoyé, parfois subi, conservent une image tenace, forte, imprégnée de sentiments jamais neutres. Ainsi est-il encore très vivant dans la mémoire de tous, et les témoignages des personnes interrogées par Tincq se ressentent-ils de cette actualité qui demeure en eux. L'auteur de cet ouvrage très équilibré n'échappe pas plus que ses interlocuteurs, pour ce vaste portrait, aux sentiments ambivalents. Fascination, exaspération. Admiration, hostilité. Louange, critique.
On n'enchaîne pas le Christ. Jamais Jean-Marie Lustiger ne mettait de chaîne autour du cou pour porter sa croix pectorale d'évêque. La sienne était sculptée sur un rectangle de cuivre martelé et agrafée, sous le col romain, à la chemise ou au veston de clergyman. Il avait un sens absolu de la liberté de Dieu et de la liberté des hommes. Deux libertés qui pour lui se confondaient : l'histoire de la Révélation de Dieu n'est autre que celle du salut des hommes. Cinq ans après sa mort, le 5 août 2007, le cardinal Lustiger laisse le souvenir d'un homme de foi exceptionnelle, atypique, inclassable, déconcertant, qui aura bousculé, à la puissance d'un ouragan, son Église et son temps.
Jean-Marie Lustiger était à la fois une figure biblique et un intellectuel passionné et résolument moderne. Figure biblique, car juif de naissance, d'instinct, d'émotion et de dévotion, catholique par conversion et par conviction. Figure prophétique, car habité par une vision tragique de la condition de l'homme sans Dieu, alertant sur les malheurs du monde, imprécateur lucide et énergique, vomissant les tièdes, les pécheurs, les idoles, appelant son prochain à la sainteté et à la conversion, possédé par un éternel sentiment d'urgence pour sa mission.
Intellectuel moderne, il était présent sur tous les théâtres où se joue le sort de l'homme : la jeunesse et l'école, l'art et la culture, les médias, les prouesses des laboratoires et les promesses de la politique, le sort de l'étranger et les droits de l'homme, l'Europe et l'islam. Sur tous ces sujets, il ne craignait jamais d'intervenir, tel l'apôtre, à temps et à contretemps, à la fois disponible et intransigeant, pessimiste parfois, anxieux souvent, mais toujours libre et passionné par l'action, prenant des coups et conscient d'en donner. Il faisait se rejoindre la «verticalité» du juif - le salut vient d'en haut - radicalement tourné vers Dieu et sa parole, inlassablement étudiée, commentée, transmise, prêchée, et l'«horizontalité» du chrétien engagé dans la transformation du monde.
Déroutant jusqu'au physique : jeune aumônier d'étudiants et curé de Paris, il s'habillait de velours côtelé et s'asseyait sur les tables pour parler. Il avait déjà les épaules d'un chef et la main ferme et tendue. On l'appelait «Lulu» et il roulait en solex dans son «village» du Quartier latin, s'abandonnait aux engueulades et aux jurons, la langue de son enfance apprise à Montmartre. Plus tard, ayant grimpé les échelons et la mitre épiscopale vissée sur le front, il gardait un oeil rieur et pétillant, signe d'une intelligence étincelante, mais son corps, tout en angles et en raideur, trahissait une sensibilité à vif, «une évidente sincérité qui le rendait vulnérable et profondément désarmé», comme écrira son ami Elie Wiesel dans son livre de mémoires And the sea is never full. Jean-Marie Lustiger n'avait rien du prélat caressant et onctueux, détestait les abbés de cour et les «monsignori» coquets. Séduisant et ombrageux, il imposait le respect.
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