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Auteur : Marc Dugain
Date de saisie : 27/06/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 21.50 €
ISBN : 978-2-07-013235-5
GENCOD : 9782070132355
Sorti le : 13/04/2012
Marc Dugain se glisse dans la peau d'Edmund Kemper, rebaptisé Al Kenner pour le roman, un serial killer qui purge toujours sa peine derrière les barreaux d'une prison en Californie. Il défraya la chronique dans les années 60/70 pour avoir tué ses grands-parents à l'âge de 14 ans.
Un voyage captivant et terrifiant dans le cerveau d'un tueur.
Al Kenner adolescent américain des années 60 cumule les handicaps :
- avec son physique : il mesure 2.20 m et pèse 120 kgs.
- avec ses parents : il est maltraité par sa mère et abandonné par son père, ancien héros du Viêt-Nam trop soumis à son épouse.
- avec son époque : il n'admet pas les valeurs et le mode de vie de la nouvelle génération hippies.
Son mal être, permanent va l'amener à commettre l'irréparable. Mais après de tels actes, Al, va-t-il pourvoir se libérer de ses démons ?
Dans ce nouveau roman, Marc Dugain, nous plonge dans l'univers très tourmenté d'un jeune homme à la dérive et nous offre un beau livre passionnant servi par sa toujours belle écriture.
Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite.
Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.
Depuis la Chambre des officiers, en 1998, Marc Dugain construit une oeuvre qui interroge l'histoire du XXe siècle. Les gueules cassées de la Grande Guerre, l'ancrage du nazisme à la chute du IIIe Reich, le rôle de la CIA dans les États-Unis des années 1950, l'écho lointain de la terreur stalinienne dans un drame de la Russie moderne : de roman en roman s'élargit la vision d'un temps de barbarie, dans lequel des individus tentent de préserver l'humain. Il en résulte un assemblage tout à fait singulier de noirceur et de profondeur, à travers des figures incarnant cette caractéristique double...
Marc Dugain s'inspire ici d'une histoire vraie. Son serial killer est un double romanesque d'Ed Kemper, aujourd'hui encore détenu du pénitencier californien de Vacaville. Sauf qu'il est porteur de la dimension symbolique propre au romanesque...
Le roman de Marc Dugain tire sa formidable vigueur de ce cheminement en parallèle, dans l'intériorité méandreuse du géant et dans le malaise non moins complexe du corps social. Le thriller remplit ici sa fonction première, qui consiste à pointer le réel au coeur des déviances et des monstruosités.
Marc Dugain s'identifie à son héros, se glisse dans sa peau, dans ses pensées, démonte ses obscurs ressorts, se coule dans l'épais mystère de cette psyché dérangée. Il ne juge pas. Il raconte ce que vit cet homme que nous découvrons au parloir de la prison où il purge une peine à vie face à une visiteuse obstinée qui, depuis plus de trente ans, lui apporte des livres et ce qu'elle croit être du réconfort...
Marc Dugain brasse avec une virtuosité retrouvée, un sens du rythme syncopé, des échappées stylistiques, traversées par des élisions temporelles, la vie intérieure et les ruminations de ce personnage énigmatique sur lequel se greffent les névroses de l'Amérique...
Marc Dugain maîtrise tous les arrière-plans de son tableau romanesque. Son héros psychopathe devient le révélateur, intime et général, d'un certain état du monde. Sur son Avenue des géants passent les hommes perdus.
Ce qui frappe, dans ce roman, c'est la cohérence et la complexité infinie du personnage, dont les pensées conduisent la narration implacable. Ce qui saisit et étreint durablement, ce sont les abîmes d'ambiguïté, d'humanité chancelante que Dugain parvient à creuser derrière le récit de cette destinée - avec, en toile de fond, l'Amérique basculant dans les années 1970, admirablement reconstituée.
Eh bien, n'en déplaise aux experts, conter n'est pas simple. Tout le monde n'a pas le don de la persuasion. Ce que Dugain décrit, le lecteur le voit. Chez lui, grâce à la perspicuité du style, c'est-à-dire sa transparence, le mot et l'image ne font qu'un. La phrase est énergique, efficace, sans viser à l'effet. Chaque mot est placé là où il sert le mieux la narration...
Marc Dugain ne relance pas le débat sur les risques de récidive chez les criminels relâchés en fin de peine. Le cas d'Edmund Kemper (qui a l'air si placide quand on le voit interviewé par Stéphane Bourgoin), alias Al Renner, est trop singulier pour servir une cause quelconque. Seule question qui vaille ici : le monstre est-il monstrueux de naissance ou bien est-ce à l'aversion qu'il inspire à sa mère qu'il doit ses pulsions meurtrières ? Précis, documenté, Dugain manifeste une fois de plus cette faculté d'illusionner le lecteur, où Balzac, qui en connaissait un rayon, voyait la qualité première du romancier.
Marc Dugain marche dans les pas sanglants du psychopathe américain Edmund Kemper. Et se glisse dans sa tête. Troublant...
Mais Dugain avance et recule avec une science de stratège littéraire. Parfois, on est dans un polar ; à d'autres moments, on est confronté aux désarrois d'un génie capable de faire un puzzle avec des gants de boxe ; à chaque page, on se sent manipulé par l'auteur et par son personnage de reptile foudroyant qui fait passer ses écailles pour du duvet. Vous adorerez ce roman si vous aimez l'intelligence et goûtez la perversité ; c'est le livre de ceux qui comprennent tout et ne veulent rien expliquer. Si vous ne comprenez rien et prétendez tout expliquer, à peu près tout le reste de la production littéraire française actuelle s'offre à vous en librairie.
Inspiré d'une histoire vraie, Avenue des Géants plonge au coeur des névroses familiales d'un psychopathe qui permet à l'auteur de renouer avec sa fascination pour les Etats-Unis et le thème de l'enfermement...
Après quelques recherches sur Edmund Kemper, Marc Dugain décide de tout oublier et part pour les Etats-Unis sur les traces de "son" tueur : Sierra Nevada, Santa Cruz, autant de paysages qui ne sont pas seulement des décors réalistes pour nourrir la fiction. Dugain réalise son rêve, il "taille la route" vers l'Oregon et trouve ainsi le souffle qui conviendra à sa narration : une écriture "américaine", rapide, serrée, lyrique parfois...
Dans Avenue des Géants, le romancier s'est emparé d'une époque et d'un espace infini : l'Amérique des années soixante, celle des hippies et de la liberté, des jeunes qui font du stop, cherchent toujours plus loin des communautés idéales, libres, sans limites, à distance du désastre de la guerre du Vietnam. En ces temps de libération sexuelle, le romancier façonne un personnage totalement frustré, incapable d'envisager l'acte sexuel autrement que dans ses rêves ou ses cauchemars. Al Kenner est un garçon prude détestant les femmes faciles. "Il se rêve en mari idéal d'une fille de flic républicain", précise Marc Dugain non sans humour. En suivant son héros dans ses dérives, il revisite une époque mais aussi des contrées qui l'obsèdent et qu'il veut toujours mieux connaître.
Lorsqu'on a écrit des livres aussi puissants que La chambre des officiers, La malédiction d'Edgar et Une exécution ordinaire, on a deux choix : se vautrer dans les honneurs et la gloire ou se remettre encore et toujours au travail. Irrémédiablement. Depuis ses débuts, Marc Dugain traque le Mal sous toutes ses formes. Perversion élevée au rang d'art avec Hoover, sadisme bureaucratisé avec Staline, l'écrivain a déroulé, roman après roman, le long tapis sanglant des meurtriers de masse du XXe siècle. Aussi était-il logique qu'il s'attelle à Edmund Kemper, certes nettement plus petit bras qu'Adolf, Joseph et Mao, mais néanmoins coupable d'avoir commis officiellement dix meurtres, dont ceux de ses grands-parents et de sa mère...
Jamais Dugain ne s'est approché aussi près de la folie des hommes. Avec ce nouveau roman époustouflant, il arpente désormais l'avenue des géants.
Marc Dugain s'est inspiré de l'histoire de Edmund Kemper, un tueur en série américain. Un roman percutant et perturbant...
Décidément, Dugain a le chic pour trouver des sujets chocs. Et les détourner. Ici, plus que l'histoire d'un détraqué, c'est l'autopsie d'une Amérique des années 1960-1970 en pleine révolution qui le fascine. Cette époque bizarre où le meurtre est légal au Vietnam et où ceux qui reviennent de l'enfer sont brisés, suicidaires ou dangereux...
Mais le surdoué Dugain évite le Grand-Guignol et on suit son géant avec, en tête, Jim Morrison qui fredonne : «There's a killer on the road»...
Comme chaque mois, elle lui fait face après s'être installée lourdement sur sa chaise. Elle sort les livres de son sac, une dizaine. Pour la plupart ils ont une couverture cartonnée. Il y jette un coup d'oeil rapide, et les pose devant lui. Elle sourit d'un trait fin sans le regarder en face. Elle fait en sorte depuis des années de ne jamais croiser son regard, ce qui l'oblige à beaucoup tourner les yeux. Elle baisse souvent la tête. C'est l'occasion pour lui de voir le sillon de sa calvitie au milieu de son crâne s'élargir. Elle a les cheveux longs et il est difficile de dire quand ils sont propres. Même propres, ils n'ont pas l'air de l'être. Elle a dû être passablement jolie, pour autant qu'on puisse distinguer une ancienne beauté derrière des traits bouffis. Affaissé il l'est aussi, mais il a de bonnes raisons de l'être. Alors qu'elle, on se demande. Il aime bien cette femme. En fait, il en est venu à conclure qu'il l'aime bien parce qu'il ne ressent rien pour elle, ni amour ni haine. Parfois un peu d'agacement. Il lui en veut d'être la seule personne à lui rendre visite. Il lui en veut pour les autres qui ne le visitent jamais, ce qui est un peu injuste vu qu'il n'y a plus d'autres. Il est assez perspicace pour avoir remarqué que depuis longtemps elle a quelque chose à lui dire. Mais quoi ? Il n'en sait rien. Il sent juste la pesanteur d'une parole qui ne s'exprime pas. C'est au-delà de la timidité. Elle n'est jamais vraiment naturelle devant lui. Elle compose. Assez maladroitement et souvent sa voix est en décalage avec ses expressions. Parfois il la sent illuminée, parfois complètement éteinte. Elle a de gros seins flasques qui finissent une gorge fripée. Pour une femme qui doit avoir la soixantaine il ne trouve pas cela très reluisant. Mais il lui est reconnaissant de ne pas le faire fantasmer. On ne tire pas sur un moteur sans essence.
- Vous avez parlé avec les journaux de ce qu'on avait évoqué ?
Elle prend un temps pour répondre. Rien d'extraordinaire à cela, elle prend toujours un temps pour répondre comme si elle se sentait une responsabilité.
- Oui. A plusieurs journaux de la côte. Ils sont int... comment dire, intrigués. Ils réfléchissent. Mais je crois que cela peut se faire.
Ses yeux se remettent à tourner. Quand elle fait comme ça, il lui écraserait son poing sur la tête, mais au fond il n'en a pas très envie. Et puis il imagine les dégâts que cela causerait pendant qu'elle continue de sa voix où chaque mot semble s'excuser de sortir de sa bouche petite pour un visage de cette taille. Elle doit avoir du sang indien. Pas du sang frais, du sang qui remonte au début du siècle où on leur a réglé leur compte.
- C'est un peu risqué pour eux, vous comprenez...
- Vous voulez dire comme critique littéraire ?
- Oh non ! Là-dessus ils se feront leur propre opinion. C'est plus de révéler qui vous êtes ou pas. Et s'ils ne disent pas qui vous êtes, on pourrait le leur reprocher un jour. En même temps, ils se disent qu'à révéler votre identité, ils pourraient faire un coup. Enfin, les médias... quoi...
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