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Auteur : Arkadi Filine
Date de saisie : 09/07/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : du bout de la ville, Le Mas D'Azil
Collection : Pluie noire
Prix : 10.00 €
ISBN : 9791091108003
GENCOD : 9791091108003
Sorti le : 13/04/2012
Le 11 mars 2011, des catastrophes naturelle et nucléaire frappaient Fukushima au Japon, un séisme suivi d'un tsunami qui provoqua la fusion des réacteurs...
Un peu plus d'un an après, où en sommes-nous ? Oublier Fukushima se veut le porte-parole d'une mémoire, celle d'un pays, celle des victimes. Ce livre pose également un regard différent sur les évènements et interroge la question de l'énergie nucléaire comme source principale d'énergie à l'échelle mondiale. Les accidents de Tchernobyl et Fukushima ne doivent-ils pas nous alerter quant aux risques que nous encourrons à poursuivre aveuglément la voie du nucléaire ?
Afin d'éveiller les consciences de manière constructive et non provocatrice, Arkadi Filine revient sur Fukushima à travers différents points : «Catastropher, liquider, évacuer, réhabiliter, banaliser». Chaque chapitre est l'occasion pour l'auteur de revenir sur un vocabulaire souvent complexe, d'expliquer les enjeux et de tenter de raconter au plus vrai ce qui s'est passé. Son analyse s'appuie sur par la présence des sources documentaires : témoignages, blog, articles de journaux provenant du monde entier, entretiens médiatiques des responsables politiques, de Tepco, etc., extraits de conférences sur le nucléaire... Des sources aussi variées qu'enrichissantes qui rendent compte des véritables conséquences et enjeux de la catastrophe et nous alertent sur un point essentiel : tout cela n'est pas fini.
Après l'affolement médiatique, s'ensuit un silence troublant, ce qui doit être dit ne peut l'être en réalité. Des vérités trop importantes, de celles que le public ne doit pas connaître afin de ne pas avoir peur. Mais la vérité est que personne aujourd'hui n'est en mesure de dire ce qu'il adviendra de Fukushima dans 10, 20 ou 30 ans. L'exemple de Tchernobyl le prouve bien.
Oublier Fukushima nous invite à nous informer autrement, à rester curieux de tout, et à former un esprit critique collectif, l'une des meilleures défenses du peuple.
La catastrophe nucléaire au Japon serait résolue. Catastropher, liquider, évacuer, réhabiliter, banaliser : autant d'épisodes d'un feuilleton destiné à nous faire oublier Fukushima. Autant de chapitres de ce livre pour défaire les mensonges des États nucléarisés.
«Je ne veux plus y retourner. Là-bas, la vie a été effacée» explique une grand-mère japonaise qui a fui la zone contaminée. La catastrophe dans laquelle se débattent les Japonais n'est pas seulement un aperçu de ce qui nous attend partout ailleurs, c'est aussi le miroir grossissant de notre condition présente, celle de prisonniers d'un monde clos. Chaque foutue aspiration à la liberté se cogne aux murs des installations nucléaires, se perd dans le temps infini de la contamination.
Quelle existence reste-il à mener avec un dosimètre autour du cou ?
De Tchernobyl à Fukushima, du Japon à la France, des textes, des récits, des documents.
Pour contribuer à l'histoire immédiate du désastre nucléaire.
Pour nourrir quelques esprits qui refusent de se résigner.
LE TCHERNOBYL DU FUTUR
Lettre de Toshihiko Ikegami, publiée le 8 octobre 2011 sur le site Japan-Fissures in the Planetary Apparatus.
Nous commémorons cette année le vingt-cinquième anniversaire de l'accident de Tchernobyl. C'est peut-être pour cela qu'un grand nombre de documentaires sur cette catastrophe sont actuellement diffusés à la télévision japonaise. Nous sommes nombreux à les visionner à la télévision ou sur Internet.
Il ne s'agit pas de se souvenir de Tchernobyl. Il ne s'agit pas d'avoir le coeur brisé par tant de douleur. Nous voyons, dans ces images, l'avenir du Japon. Nous vivons actuellement un lendemain de Tchernobyl. Et la situation de Tchernobyl aujourd'hui, c'est l'avenir qui nous attend. Quand nous voyons ces images, nous savons que nos futurs souvenirs y sont gravés.
Certaines séquences montrent des travailleurs du nucléaire se déplaçant autour de réacteurs qui viennent d'exploser. Ils laissent d'évidentes taches de radioactivité dans l'environnement. Ces plans nous évoquent des images peu diffusées de l'usine de Fukushima, il y a quelques mois.
Dans les bois abandonnés de Tchernobyl, nous voyons l'avenir de Fukushima. Je me vois dans les personnes allongées sur leurs lits d'hôpital. Nous découvrons des personnes âgées qui continuent à vivre comme si de rien n'était dans un petit village qu'on a longtemps cru abandonné. Tchernobyl n'est pas un monde de données statistiques, mais un lieu fait de chair et de sang, où respirent des êtres vivants.
Notre rencontre avec Tchernobyl ne s'arrête pas là. Nous y prenons aussi des informations pratiques sur une vie quotidienne comparable à la nôtre. Vingt-cinq ans après l'accident, une famille de villageois biélorusses reçoit une caisse de bouteilles de lait. La mère se méfie et porte ce lait à une école des environs. Nous constatons avec étonnement que l'école a son propre appareil de mesure de la radioactivité, à disposition du public. La mère mesure le niveau de radioactivité dans son lait. Il contient une petite quantité de césium 137, mais sous le taux autorisé. Cette partie du documentaire suscite en nous une certaine jalousie. Nous envions cette communauté biélorusse équipée de ses propres appareils de mesure. Nous sommes en colère contre notre gouvernement, qui ne nous propose même pas ce niveau de précaution. Nous sommes soulagés de constater que la dose de radioactivité dans ce lait est faible, même si nous sommes choqués d'apprendre que, vingt-cinq ans après, le lait est toujours contaminé. Voir des enfants boire ce lait nous fend le coeur.
Les films sur Tchernobyl nous enseignent les choses suivantes : d'abord, comment certains endroits ont l'air de retenir la radioactivité ; ensuite combien arroser un réacteur semble inefficace ; enfin, à partir de quel taux de contamination il faut envisager une évacuation. Ces films nous enseignent également au bout de combien de temps les symptômes de la contamination commencent à apparaître, et ce qu'on peut faire alors.
Mais, pour moi, tout se résume à une seule question : j'aimerais beaucoup posséder un de ces appareils de mesure de radioactivité, combien coûtent-ils ?
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