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Auteur : Florence Delay
Date de saisie : 10/06/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 10.00 €
ISBN : 978-2-07-013755-8
GENCOD : 9782070137558
Sorti le : 29/03/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Une femme d'hier, avant-hier et aujourd'hui.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La vie rêvée du château de Fontainebleau au XVIe siècle.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Voilà pourquoi, mesdames, je dis que nous ne serions pas nées de cette forêt sans la rencontre d'un rêve et d'un baiser».
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un madrigal amoureux de Claudio Monteverdi.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le goût des phrases et de la pensée, la première et la seconde surprise du dépaysement.
6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Le choix d'une bonne grande table à la fin du jour. Sans musique, avec un whisky.
7) Comment vous vient l'inspiration ?
Avec la phrase.
8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Mes parents vivaient entourés de livres. Beaucoup d'écrivains étaient leurs amis. Je n'ai pas trop fait la différence entre lire et écrire.
9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
«Le Capitaine Fracasse» de Théophile Gautier, «Croc Blanc» de Jack London, «L'idiot» de Dostoïevski.
10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A grandir, s'agrandir et vivre plusieurs vies.
11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Celle d'un talisman.
Les trente et une pièces de ce livre, écrites dans le style Renaissance, reconstituent l'histoire du château de Fontainebleau de François Ier à Henri IV. Elles donnent vie et parole aux déesses, dianes chasseresses et autres nymphes dénudées qui ornent ses murs.
À ces «Dames» imaginaires et à celles qui y vécurent, le lecteur est invité à rendre visite.
Elle invite à une promenade songeuse parmi les allégories et les figures qui hantent le château - nées du pinceau du Rosso ou du Primatice - ou en compagnie de ces dames, galantes plus charnelles, dont l'élection royale fit mieux que des reines, Diane de Poitiers au premier chef. Mais, plus encore que le motif, c'est la manière de l'évocation qui fait la magie de ce divertissement raffiné et permet à l'auteure de figurer aux côtés de la soeur de François Ier et des dames qu'elle invoque sous sa plume.
Florence Delay, de l'Académie française, observe les femmes de la cour de François Ier, comme si elle était cachée derrière une tenture... Parce que ce livre est petit, et bien que l'auteur soit de l'Académie française, on risque de l'aborder avec la légère négligence qu'inspirent les choses faciles. Or, d'entrée de jeu, on est saisi par la grâce du style de Florence Delay. Pur et profond comme le son d'une fontaine, il nous entraîne dans les recoins cachés de la cour de France, au XVIe siècle. Il me semble, mesdames est une promenade en prose dans le château de Fontainebleau. Il nous emmène à la rencontre des personnages qui l'ont habité mais aussi des dames que les artistes italiens Rosso et Primatice ont peintes et sculptées sur les portes et sous les tables.
1. En forêt
Il me semble, mesdames, que nous sommes nées de cette forêt à l'orée de laquelle se trouvait un vieux château, à la porte D'orée. Nos rois s'en servaient comme pavillon de chasse. L'un d'eux, chassant un jour en cette forêt, il arriva qu'un de ses chiens nommé Bleau, ou Bliau, s'égara. Et parce que c'était un chien que le Roi aimait fort, tout le monde se mit à le chercher. On le trouva, à la fin, auprès d'une fontaine où, lassé du travail de la chasse, il se désaltérait. Et comme cette fontaine n'était connue de personne, que ce chien paraissait le premier à la découvrir, elle fut depuis lors appelée Fontaine de Bleau. Voilà pourquoi le peintre Rosso peignit pour un dessus-de-porte la fontaine en Naïade accueillant Bleau, la Nymphe forestière qui est sinon notre modèle du moins modèle de vous toutes. Cette histoire fut également peinte à fresque sous une petite voûte en forme de grotte au-dessus de la fontaine.
En ce temps-là, la forêt était sauvage, pleine de loups et de sangliers. Le sanglier, bête furieuse et luxurieuse, est amateur de la chair des serpents et on nomma «vipère de Fontainebleau» le serpent venimeux qui contribua à leur destruction. Vous ne vous ébahirez pas, mesdames, que certaines d'entre nous soient soupçonnées d'avoir empoisonné l'air salubre et vivifiant des bois.
La forêt, son massif - qui appartiennent à l'antique pays de Bière, entre la Seine et le Loing -, ses hautes roches qu'on escalade de nos jours enchantent par des noms mystérieux. Car il y a une «gorge aux loups» qui rappelle les loups ; des chaos, des enfers, des défilés, des déserts; des chambres, des cheminées, des corniches, des couloirs, comme au château; des grottes garnies de stalactites et de cristaux aussi précieux que les pierres du cabinet des Bijoux dans la tour; un «atelier de Cellini» dont les grès alvéolaires simulent autant de ciselures; une «roche qui pleure» près d'un étang et de hautes futaies de chênes centenaires et de hêtres où le coucou, épris de ce qui brille, s'associe avec la fauvette pour cacher son butin.
Le prince qui nous y convie fut, dès l'enfance, adonné aux chasses dangereuses (et moins à la fauconnerie, qu'il jugeait un passe-temps). Il y allait continuellement, un ou deux jours par semaine, et la Cour se déplaçait continuellement pour le suivre, de châteaux en forêts - les ambassadeurs se plaignant. C'est parce que notre forêt était sauvage et giboyeuse qu'à peine devenu roi de France le jeune chasseur fit bâtir devant le vieux château, de chaque côté de l'étang, des chenils pour y loger sa vénerie, son capitaine des Toiles et sa petite écurie. On appelait toiles de vastes filets, de grandes pièces en toile entourées de cordes, qui servaient à capturer les bêtes noires. Mais si le Roi prenait plaisir aux battues de sangliers il en prenait pardessus tout à courir les bêtes rousses, oubliant tout pour suivre un cerf, en perdant jusqu'au dormir... Il fallut qu'une chasse autrement importante, dont il était le gibier, le capturât en Italie pour qu'ayant perdu moins le sommeil que son rêve, qui en est le plaisir, il s'avisât de les retrouver, l'un et l'autre, dans son château de Fontainebleau dont vous êtes, mesdames, les créatures.
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