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Auteur : Nicolas Bouvier
Préface : François Laut | Mario Pasa
Date de saisie : 07/07/2012
Genre : Récits de Voyages
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Récits de voyage
Prix : 17.00 €
ISBN : 978-2-228-90737-8
GENCOD : 9782228907378
Sorti le : 07/03/2012
L'Afrique du nord en 1957-1958, la France vue par un suisse, les passages de frontières...
Voyagez avec Nicolas, il n'y a pas meilleur guide.
Des textes inédits de Nicolas Bouvier (1929-1998) rédigés en des pays sur lesquels il n'a rien publié de son vivant : telles sont les pépites de ses archives sur près d'un demi-siècle. En 1948, le jeune homme de dix-huit ans écrit son premier récit de voyage entre Genève et Copenhague, rempli d'illusions qu'il veut «rendre réelles» ; en 1992, l'écrivain reconnu sillonne les routes néo-zélandaises, à la fois fourbu et émerveillé. On découvrira aussi avec lui la France et l'Afrique du Nord en 1957-1958, l'Indonésie en 1970, la Chine en 1986 et le Canada en 1991. Autant de voyages initiatiques aux divers âges de la vie.
La brièveté des notations, les feuilles de route, l'absence de relecture et de projet littéraire rendent particulièrement attachantes ces pages dans lesquelles transparaît tout le talent de Bouvier, portraitiste et observateur hors pair, mais également reporter, historien, ethnographe, conférencier, photographe, poète.
Textes réunis et présentés par François Laut. Edition établie en collaboration avec Mario Posa.
Il y a une telle proximité dans cette écriture, une telle intimité, que l'on traverse les pays visités en ami de l'auteur. Tantôt nous voyageons à son côté, tantôt nous sommes son interlocuteur privilégié. Mais, toujours, ces récits, par la sensibilité de Bouvier, nous font comprendre combien l'esprit d'un voyageur est une eau bouillante où les nouvelles villes, semblables à des thés différents, viennent s'infuser. Aucune ne dégage des senteurs et des parfums identiques à l'autre. Nous buvons notre propre eau, et c'est cette opération de macération qui fait de nous un voyageur...
Il faudra repartir nous fait aimer Bouvier encore plus que nous ne l'aimions, car il nous apprend à voir et à entendre notre monde de la manière dont il entendait et voyait le sien, presque à haute voix, presque parlé, tout cela écrit comme on prononce.
Mardi 13 juillet. Départ pour la Finlande. Chez moi assez triste. Je fume la pipe flamande ramenée hier de Berne. Mes amis ont donné à leurs adieux hier un tel caractère de derniers sacrements que je n'ose pas les appeler ce matin. Aucune recommandation de famille, j'aimerais partir pour très longtemps. Trouve Assaël à l'hôtel de Russie et je cherche la voiture avec lui. Somptueuse Chevrolet bleue avec allume-cigares et monogrammes sur les portières. Partons avec C, réservé, aimable, probablement très homme d'affaires, et B., très rond de figure et de caractère agréable même, très instruit, a dû se forcer un peu pour voyager avant la guerre, ce qu'il a beaucoup fait, s'est calmé depuis «à cause du service militaire», dit-il ; doit être très gentil avec sa mère et très aimé comme oncle.
Quittons Genève à 9 heures et quart. Partons pour Saint-Cergues. Douane à la zone, avec d'énormes fonctionnaires rouges et rigolards qui font exceptionnellement ce travail et qui trouvent encore un plaisir de choix à ouvrir et fermer un passeport.
Le Jura fidèle à lui-même, laid, triste, vert, gris cafardeux. Tous les enfants ont l'air de vieillards, devant les maisons en tôle des tas de bois s'imprègnent de pluie.
Après avoir bien marché arrivons à Dijon à 1 heure. La voiture est extrêmement confortable. À Dijon on prépare évidemment le 14 Juillet. Déjeuner chez Racouchot, restaurant qui vit d'une réputation surannée, où la moindre frite est mal cuite et solennelle.
Déjeunons assez modestement au dépit de plusieurs valets de pied d'allure très périmée qui se mettent à trois pour porter une tranche de pain. M. Assaël a trop voyagé pour se laisser prendre à ces vieux restaurants-traquenards. Il nous parle de son séjour aux couvents du mont Athos de façon passionnante. République monastique où aucune femelle, bête ou femme, n'a le droit d'entrer.
Arrivons à Joinville à 4 heures et demie. Le jour du sept centième anniversaire du départ de son seigneur pour la croisade de Saint-Louis. Tout le monde est entre deux cuites, la pluie peut s'en prendre à deux fois plus de drapeaux.
Gagnons Reims par Châlons-sur-Marne. Pays d'abord très beau et vert et solitaire et parcouru de canaux immobiles, saules et peupliers. Puis d'immenses plaines à blé plates avec de saisissants effets de lumière et de nuages. Laissons Paris à main gauche à 60 kilomètres. Reims à 8 heures du soir. La cathédrale a l'air très belle, le reste pas, les Français sont sans rivaux pour installer des garages dans les maisons Louis XIV et organiser des bals sur les places avec gramophones, roses en papier fondues par la pluie, où danse une assez vieille jeunesse, et qui me rendent aussitôt triste. Ce n'est pas la guerre qui en est responsable.
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