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Auteur : Rasipuram Krishnaswamy Narayan
Traducteur : Anne-Cécile Padoux
Date de saisie : 20/06/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Zulma, Honfleur, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.50 €
ISBN : 978-2-84304-581-3
GENCOD : 9782843045813
Sorti le : 08/03/2012
Il n'y a rien de plus drôle qu'un quiproquo pour commencer une histoire et en matière de quiproquo Narayan est loin d'être un amateur. Tout juste sorti de prison, Raju passe la nuit dans un temple abandonné et le lendemain matin, il découvre un paysan venu demander conseil au sage qu'il semble être. Un ex-détenu prêchant la bonne parole, nous aurons tout vu ! Néanmoins, la tromperie est le lot quotidien de notre narrateur qui va nous parler sans complexe des circonstances de son arrestation.
Pour faire le point, rien de tel que de se remémorer les grandes étapes de sa vie. Raju n'était certes pas un bon élève ni un fils discipliné, mais en grandissant, il acquiert la capacité de s'adapter aux gens qu'il rencontre et aux situations. C'est ainsi que de commerçant il passe par guide touristique pour finir par devenir une sorte d'impresario. Comme vous l'aurez certainement compris, la vie de cet homme est complexe mais il l'aborde avec une telle nonchalance que nous pourrions finir par croire qu'il se moque du monde.
Rien ne l'intéresse, sauf lui-même et les quelques remords qu'ils éprouvent pour les autres sont aussi soudains que fugaces, mais s'il est vrai que nous avons tous une destinée sur cette planète, Raju le découvrira à ses dépends car lorsqu'on se retrouve face à l'inévitable pourquoi essayer de se battre ? Attention, ne voyez ici aucune preuve de lâcheté car se serait un affront pour cet homme qui nous démontre que le plus grand des filous peut devenir un saint.
Voilà plus de dix ans que Narayan nous a quitté et heureusement que les éditions Zulma sont là pour confirmer que les écrits restent car, excepté le roman pour la jeunesse Un tigre pour Malgudi, seul Le guide et la danseuse est encore disponible dans la littérature pour adulte. C'est fort dommage car après avoir lu ce merveilleux ouvrage, on a qu'une envie : en découvrir un autre...
Raju, jeune indien fraîchement sorti de prison, se retrouve malgré lui l'objet de vénération d'un paysan voyant un lui un grand sage. D'abord réticent, il va se laisser porter peu à peu par ce nouveau statut de chef spirituel de tout le village qui lui apporte un toit et de quoi se nourrir sans trop d'efforts. Mais peut-on échapper à ce que l'on est réellement ?
En parallèle de ses nouvelles aventures, Raju se souvient du temps où il était Raju-du-chemin-de-fer, guide touristique passionné, qui fit la rencontre de Rosie, belle et gracieuse danseuse, qui allait transformer sa vie...
R. K. Narayan nous offre un récit tout en finesse qui interroge sur les mirages de la passion amoureuse et sur l'infertilité du mensonge fait aux autres ou à soi-même. Un beau roman où l'on sent le souffle de l'Inde à chaque page.
Réédité avec bonheur par les Editions Zulma, «Le Guide et la Danseuse» nous plonge dans l'Inde du Sud sous le regard satirique de Narayan contant les aventures d'un homme tour à tour boutiquier, guide touristique malicieux, amoureux d'une superbe femme-serpent, merveilleuse danseuse qui le conduira en prison puis faux gourou face à de crédules villageois en quête de.
Entre conte et fable, «Le Guide et la Danseuse» est un roman, fascinant comme l'ondulation d'un cobra royal au son d'une flûte, sensuel comme la soie bleue d'un sari, foisonnant sur une société coincée dans les castes, traditions familiales, croyances religieuses et ce, jusqu'à l'imposture.
Un grand moment de lecture.
Fraîchement libéré de prison, Raju s'installe pour la nuit dans un vieux temple au bord d'une rivière. C'est le moment de faire le point sur les errements de son karma. Il est soudain sorti de ses rêveries par un paysan qui croit voir en lui un de ces sages surnaturels et lui demande audience. Bon gré mal gré, Raju endosse bientôt le rôle de guide spirituel que tout le village veut lui faire jouer.
En alternance, on découvre les aventures passées de Raju-du-chemin-de-fer, guide touristique improvisé, et sa rencontre avec Rosie, affolante beauté à la gestualité de déesse...
Par-delà la fiction aventureuse, le Guide et la Danseuse interroge l'imposture d'un faux gourou devenu sa propre dupe, et scrute avec profondeur et subtilité les chimères des passions. «Je suis arrivé à la conclusion que rien en ce monde ne peut être caché ou supprimé, c'est comme si on tentait de masquer le soleil avec une ombrelle», déclarera en fin de parcours notre ascète malgré lui.
Dans ce chef-d'oeuvre de la littérature de l'Inde du sud, R. K. Narayan (1906-2001) nous donne à voir, presque à sentir et à toucher, le petit monde imaginaire de Malgudi, avec une étonnante magie évocatrice et une écriture souple d'un naturel envoûtant. Romancier et nouvelliste dont le génie évoque l'art minutieux d'un Tchekhov et la force d'un Faulkner, Narayan, disparu voilà tout juste une décennie, est une voix majeure de la littérature universelle du XXe siècle.
Une satire grinçante qui dénonce l'imposture d'un prophète et la crédulité de ses adeptes. Si la littérature indienne a pu secouer ses vieux carcans de religiosité, c'est bien grâce à Narayan...
Traduits depuis longtemps en français, les livres de Narayan étaient pour la plupart épuisés et les éditions Zulma ont décidé de les rééditer, à commencer par ce délicieux Guide et la danseuse, une fable douce-amère qui se situe à Malgudi, la ville imaginaire que l'on retrouve dans de nombreux romans de Narayan. Publié en Inde en 1958, celui-ci est particulièrement caustique puisqu'il raconte l'histoire d'une imposture. Celle qui va transformer un guide touristique pas très honnête en gourou improvisé, face à une populace trop crédule.
Raju fut heureux de l'intrusion - c'était une diversion dans la solitude où il se trouvait. L'homme se tenait devant lui et le dévisageait respectueusement. Raju se sentit à la fois amusé et embarrassé. «Assieds-toi, si tu veux», dit-il pour rompre le silence. L'homme accepta d'un signe de tête reconnaissant, et descendit les marches jusqu'à la rivière pour se laver le visage et les pieds. Il remonta en s'essuyant avec le bout de la serviette jaune à carreaux qu'il portait sur l'épaule, et prit place deux marches au-dessous de la dalle de granit, devant le vieux sanctuaire, où Raju était assis jambes croisées, comme sur un trône. Les branches des arbres surplombant la rivière bruissaient doucement, agitées par les oiseaux et les singes qui s'installaient pour la nuit. En amont, au-delà des collines, le soleil se couchait. Raju attendit que le nouveau venu parle, mais celui-ci était trop déférent pour entamer la conversation.
- D'où es-tu ? demanda Raju, tout en redoutant que la même question ne lui soit posée.
- De Mangala, répondit l'homme.
- Où est-ce ?
L'homme fit un geste dans la direction de la rivière, au-delà de la rive escarpée.
- Ce n'est pas loin d'ici, ajouta-t-il. Spontanément, il donna quelques détails sur lui-même : Ma fille habite à côté. Je suis allé la voir, et maintenant je rentre chez moi. Je suis parti pendant qu'elle préparait le repas. Elle voulait que je reste jusqu'au dîner, mais j'ai refusé. Je ne me serais mis en route qu'à près de minuit... Je n'ai peur de rien, mais pourquoi marcher quand on devrait être dans son lit ?
- Tu as bien raison, dit Raju.
Pendant un instant, ils écoutèrent les piailleries des singes. Puis l'homme ajouta :
- Ma fille est mariée au fils de ma soeur, il n'y a donc aucun problème. Je vais souvent voir ma soeur, et aussi ma fille, et personne n'y trouve à redire.
- Pourquoi est-ce que tu ne pourrais pas rendre visite à ta fille ?
- On pense qu'il n'est pas convenable d'aller voir trop souvent son gendre, expliqua le paysan.
Raju était content de causer ainsi à bâtons rompus. Il était tout seul ici depuis la veille, et cela lui faisait du bien d'entendre de nouveau une voix humaine. À présent, le paysan se remettait à le dévisager avec un immense respect. Raju se caressa le menton pour s'assurer qu'une barbe apostolique ne lui avait pas soudain poussé. Mais non, il était encore lisse. Il s'était fait raser pour la dernière fois l'avant-veille, dépensant ainsi les quelques pièces qu'il avait durement gagnées en prison.
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