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.. Les immortelles

Couverture du livre Les immortelles

Auteur : Makenzy Orcel

Date de saisie : 12/10/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Prix : 16.50 €

ISBN : 978-2-84304-588-2

GENCOD : 9782843045882

Sorti le : 23/08/2012

Les immortelles constitue le résultat d'un marché entre un écrivain et une prostituée à Port-au-Prince. Un corps, un sexe contre la transcription d'un témoignage sur un monde que le dernier tremblement de terre a éprouvé, garder mémoire des femmes prostituées disparues, ne pas les oublier. Histoire de la belle et très convoitée Shakira, amoureuse d'un écrivain et des livres pourtant étrangers à ce monde. Brûlot vif, percutant, direct, cru, dérangeant, à la forme et au style singuliers.


Tout a un prix - et ce ne sont certainement pas Les Immortelles de Port-au-Prince qui vous diront le contraire - mais tout ne se paye pas uniquement avec de l'argent...

Pour enfin parler de toutes celles qui ont été oubliées lors du séisme de janvier 2010, une femme n'hésite pas à vendre son corps - comme elle l'a fait tant de fois - contre la promesse de l'écriture d'un livre.

Un univers marquant pour un livre plein de colère face à l'injustice.


Une prostituée haïtienne, au lendemain du grand tremblement de terre, propose son corps à un écrivain en échange de la promesse d'écrire son récit. Elle raconte la rue, la misère, l'offrande des corps lorsqu'il ne reste que ça à donner. Elle raconte aussi son amour à cette jeune fille qu'elle a prise sous son aile et qu'elle a vu mourir. Et bien sûr le tremblement de terre.
Un récit coup de poing qui n'épargne pas. Une écriture hachée, égratignée, qui dépeint avec justesse et sensibilité ces destins détruits. Remarquable.


«La chose», cette indicible catastrophe sur Haïti comme ne peut le dire autrement Makenzy Orcel.
La plume trempée dans la colère, hors tout, dans la Grand Rue, celle des Putes, d'une si belle humanité, dont l'une confie à l'écrivain l'histoire de Shakira, la «Petite», nouvelle venue, qu'elle a recueillie, couvée puis à qui elle a enseigné le métier. Tu écris, dit-elle, après je te donnerai tout. Shakira si jeune, 12 ans, boulimique de livres, douze ans, face à la nuit, libre d'être seule, amoureuse d'un érudit de passage. Tu écris, la détestation de sa mère trop chrétienne. Tu écris, le père trop cogneur. Tu écris, le trésor caché que je rechercherai. Tu écris, toi l'écrivain, l'horreur emprisonnée sous le béton au moment de «La chose». Tu écris, tu mets les mots, toi l'écrivain, oui, tu écris, pour la rendre immortelle.
"La petite, elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais".
Éblouissant et fulgurant.


  • Les présentations des éditeurs : 20/06/2012

Les Immortelles, ce sont les prostituées de Port-au-Prince. L'une d'elles prend à parti l'inconnu monté la voir au bordel. Apprenant qu'il est écrivain, elle lui propose un marché : contre son corps, écrire l'histoire des putains défuntes, emportées par le séisme sous les décombres de béton. D'une surtout : la petite, la fugueuse Shakira venue sous son aile un jour dans la haine de sa bigote de mère. De la belle et orgueilleuse Shakira toute pénétrée d'une passion dévorante pour Jacques Stephen Alexis, l'immense écrivain qui fait battre le coeur d'Haïti. Shakira la révoltée devenue la plus convoitée des putains de la Grand-Rue.
Avec ce roman de feu, qui marie le Ciel et l'Enfer, la transgression par le sexe et la mort atteint à la plus authentique humanité, la plus bouleversante, celle qu'aucune morale ne contrefait.
Avec une liberté absolue de ton, Makenzy Orcel prête voix à tout un monde. «La petite. Elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais. Sont les maîtres du temps.»

Aux lendemains du tremblement de terre qui a secoué Port-au-Prince avec la même force destructrice que la bombe d'Hiroshima, Makenzy Orcel a écrit les Immortelles pour dire la folie de vivre malgré l'épouvante autant que pour livrer le plus insolent témoignage face à l'apocalypse.

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Les Immortelles est son premier roman.


  • Les courts extraits de livres : 25/06/2012

Tous les cris de la terre ont leur écho dans mon ventre.

Je m'appelle... En fait, mon nom importe peu. Les putains elles s'en foutent pas mal que tu sois écrivain ou goûteur de beignets. Tu les paies. Elles te font jouir. Et tu te casses après. Comme si de rien n'était. Pour nous autres, clients, c'est pareil : les noms, ça ne compte pas. C'est comme hurler à tout bout de champ que la terre est ronde. Que Dieu existe. Pourtant, la terre n'a pas toujours été aussi ronde que l'existence de Dieu... «Je suis écrivain.» C'est ce que je réponds quand on me demande ce que je fais dans la vie. Une affirmation qui pourtant sonne faux, à mon avis, puisque j'écris avec la mort et dans la mort. Ce lieu échappé à la pesanteur. A l'espace-temps. Entre Tailleurs et l'enfance. Au moment où arrivait cette chose, je relisais les Fleurs du mal. Baudelaire est un vrai oiseau de malheur. Il arrive toujours avec la mort au bec. La dernière fois, c'était une violente attaque nerveuse. J'en suis sorti de justesse. Elle paraissait avoir tout compris du pouvoir de l'écriture en me demandant d'écrire ce livre sur la Grand-Rue. Pour toutes les autres putains disparues dans cette chose. Un livre, disait-elle, pour les rendre vivantes, immortelles. Elle racontait. Moi je n'avais qu'à transformer. Trouver la formulation juste pour exprimer sa douleur, ses souvenirs, ses angoisses et tout... Écrire avec un autre en poupe. Avec ses larmes, son silence traquant chaque mot. Chaque parcelle d'un monde inconnu, indépassable... Emporté par le strip-tease de la mort. Ce qu'était devenue la Grand-Rue. Port-au-Prince. La ville où j'ai grandi. La ville de mes premiers poèmes. Je n'étais pas sûr de pouvoir y arriver. Le sexe et l'alcool ont été pour moi la meilleure des thérapies. Je fuyais tout, même l'écriture. Je veux dire, je ne voulais pas écrire tout de suite, du moins je pensais que ce n'était pas possible... Inondé de whisky, je me glissais dans le paysage fameux de cette pièce qui puait la merde et la mort pour me noyer dans son océan de putain. C'est la première fois que j'entrais dans un bordel avec un a priori aussi égoïste que le plaisir de planer dans les étoiles... Elle a allumé une cigarette, aspiré un bon coup et laissé s'échapper de sa bouche une épaisse bouffée grise, puis de ses deux narines. Elle m'a paru phénoménale dans ses gestes de gagneuse.
- Qu'est-ce que tu fais dans la vie, toi ?
Ma question préférée.
- Je suis écrivain.
- Écrivain ! Ça tombe bien... Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m'avoir dans tous les sens que tu voudras.
Marché conclu. Je devais juste d'abord écrire et ensuite la sauter. Ça me plaisait bien cette idée. Déjà le livre, ça ne se vend pas. Éditer à compte de sexe. Ça pourrait bien compenser certaines choses. Elle s'est dirigée vers la fenêtre pour contempler, non sans amertume, l'immense vallée de béton et de poussière blanche dehors. L'irréparable. L'inénarrable. Le désespoir qui coule dans les yeux des gens. La ville-décombres, déchiquetée, saturée de morts connus, inconnus, synthétisés, dessinant toutes sortes de figures géométriques. Puis soudain, comme ça, à l'improviste, comme un coup de poing dans la gueule, elle m'a lancé la première phrase qui a balayé le silence : «La petite. Elle reste coincée sous les décombres, douze jours après avoir prié tous les saints...»


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