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Auteur : Etienne de Montety
Date de saisie : 06/06/2012
Genre : Humour
Editeur : Chiflet et Cie, Paris, France | Le Figaro, Paris, France
Prix : 12.50 €
ISBN : 978-2-35164-168-2
GENCOD : 9782351641682
Sorti le : 07/06/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Un homme qui se paie de mots.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Cette île aux trésors qu'est la langue française
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Le parfum des déesses berce la paresse des défunts» (Desnos)
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Celle de la chanson «Paroles, paroles», de Dalida.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Des phrases en général mais des mots doux en particulier.
Tous les jours dans Le Figaro, Étienne de Montety s'amuse à avec un mot qui revient régulièrement dans les médias, et les exemples ne manquent pas : Allemand, Démondialisation, Intouchables, Mec, Normal, Pédalo, RTT, Ultramarin....
En quelques phrases, il parvient à nous faire réfléchir (toujours avec le sourire) sur les différents sens que peut prendre un même mot, son emploi dans des expressions courantes, la raison de son usage récurrent...
Bref, un livre à la fois léger et pertinent, à feuilleter au gré de son humeur pour se cultiver tout en s'amusant, indispensable pour tous les amoureux des mots et du langage !
Étienne de Montety est directeur adjoint de la rédaction du Figaro et directeur du Figaro Littéraire depuis 2006. Il dirige également les pages «Débats Opinions» du quotidien depuis 2008.
Il a notamment publié Honoré d'Estienne d'Orves, un héros français (Perrin, 2001) et L'Article de la mort (Gallimard, 2009).
Avant-propos
Il y a dans Le Côté de Guermantes une page qui fait notre ravissement. Elle met Proust aux prises avec les néologismes. Même lui n'y échappait pas.
«Vous ne le saviez peut-être pas, Monsieur le duc, qu'il y a un mot nouveau pour exprimer un tel genre d'esprit, dit l'archiviste qui était secrétaire des comités antirévisionnistes. On dit "mentalité". Cela signifie exactement la même chose, mais au moins personne ne sait ce qu'on veut dire. C'est le "fin du fin" et comme on dit, le dernier cri. (...)
Ah ! "Mentalité", j'en prends note, je le resservirai, dit le duc. (Ce n'était pas une figure, le duc avait un petit carnet rempli de "citations" et qu'il relisait avant les grands dîners). Mentalité me plaît. Il y a comme cela des mots nouveaux qu'on lance mais ils ne durent pas.
Dernièrement j'ai lu comme ça qu'un écrivain était "talentueux". Comprenne qui pourra. Puis, je ne l'ai plus jamais revu.»
Nous ressemblons tous au cher duc de Guermantes. Avec ou sans carnet, nous notons sans y penser des mots que nous lisons ou que nous entendons. Qui n'a parlé un jour de sujet «clivant», de comportement «proactif» d'un air entendu, sachant bien qu'en faisant usage de ces mots, il participait au concert du temps présent. D'où viennent-ils ces nouveaux venus ? De la cour de récréation, des agences de corn, du web, des cités ? Le langage est comme l'univers : infini, il ne cesse pourtant de grandir.
Ainsi, nous utilisons un vocabulaire qui vient de loin, clés lais du Moyen Âge, des vers de Villon et Maurice Scève, et plus près de nous, des scènes de Molière, des tirades de Corneille et des pages de Stendhal. Ce trésor commun nous permet de lire à la fois les chefs-d'oeuvre de notre littérature et le journal du matin. Et chaque jour, nous enrichissons notre conversation de mots entendus dans les films du moment, dans les chansons de Bénabar et Zaz. La publicité, le journal télévisé, déposent à nos pieds des expressions, au premier abord douteuses mais que des audacieux adoptent. Les uns «positivent», d'autres jugent la situation «kiffante». Vous en voulez encore de cette eau, qui est de la dernière pluie ? «C'est badant» -entendre : déprimant, embêtant, contrariant. On reconnaît derrière ce nouveau-né l'anglais «bad» kidnappé par les lycéens de 2012.
Nous écoutons ces mots mal coiffes qui s'invitent dans notre salon, introduits par nos enfants ou par une blondinette de la télévision. Nous résistons à certains, nous cédons à d'autres qui se glissent entre les mots de Racine et de Giraudoux.
Mais l'une des caractéristiques du français est qu'il aime à jouer, comme pour mieux mêler les anciens et les modernes. Dans la farandole, la plaisanterie, le calembour, tous les mots dansent sur un pied : celui de l'égalité. Clément Marot nous a donné très tôt l'exemple du jeu, avec sa Petite épître au Roi :
«En m'ébattant je fais rondeaux en rimes/ Et en rimant bien souvent je m'enrime».
Alphonse Allais, ses holorimes et ses palindromes, Robert Desnos et son parfum des déesses qui berce la paresse des défunts, l'Oulipo, Jean Tardieu, Raymond Devos et la célèbre Lettre à mon potier sont déjà là. Et Obaldia, dont le geai gélatineux n'a de cesse qu'il ne geigne dans le jasmin. La langue française, cette vieille dame alerte et coquette, n'a pas fini de danser. Sont invités le duc de Guermantes, et la belle Cordière. On les voit tournoyer au milieu de mots nouveaux, démondialisation, troïka, tsunami, halal. Joignons-nous à ce bal.
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