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.. La déesse des petites victoires

Couverture du livre La déesse des petites victoires

Auteur : Yannick Grannec

Date de saisie : 22/03/2013

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Anne Carrière, Paris, France

Prix : 20.30 €

ISBN : 9782843376665

GENCOD : 9782843376665

Sorti le : 23/08/2012

Ce premier roman nous raconte la vie du mathématicien Kurt Gödel à travers les yeux de sa femme Adèle.
Je connaissais vaguement le nom de Gödel. Auteur du théorème de l'incomplétude, il a prouvé que certaines vérités scientifiques n'étaient pas démontrables (mais je résume à grands traits).
Tout commence donc avec Anna, documentaliste à l'université de Princeton. Elle est chargée de convaincre Adèle Gödel, la veuve du célèbre mathématicien, de léguer à la bibliothèque du prestigieux établissement toutes les archives de son mari. Mais la tâche ne sera pas facile car madame Gödel passe pour être une vieille mégère ayant une dent contre l'établissement où enseigna son mari.
Au fur et à mesure de ses visites à l'hôpital où séjourne la vieille dame, après des débuts houleux, Anna va tomber sous le charme de cette femme au caractère plutôt bien trempé.
Cette dernière finira par trouver en Anna la confidente de sa vie, entièrement passée dans l'ombre de son mari.
Mais sans Adèle, Kurt Gödel n'était rien. Sa tendance à la paranoïa et à la dépression empirant au fil des années, seule Adèle réussit à lui garantir un certain équilibre mental, en se chargeant de tous les détails de la vie quotidienne que son mari est absolument incapable de gérer.
L'Histoire s'invite dans les récits de la vieille dame : la vie à Vienne, la seconde guerre mondiale, la fuite aux USA où Gödel sera invité à Princeton, le maccarthysme...
Le lecteur rencontre certains membres éminents de cette intelligentsia qui séjournait à Princeton, notamment Albert Einstein. Lui et Gödel avaient des caractères diamétralement opposés. Autant Gödel est réservé et maniaque, autant Einstein est foutraque et rebelle. Pourtant, cela ne les empêchera pas d'être d'excellents amis.

Passionnée de mathématiques, Yannick Graennec réussit aussi à instiller quelques allusions à certaines avancées mathématiques de cette époque, à l'origine de progrès technologique dont nous bénéficions encore aujourd'hui.
Mais la plus grande qualité de cet ouvrage, c'est qu'une fois que vous l'avez commencé, il est impossible de s'en détacher, qualité assez rare dans un premier roman.


C'est l'histoire d'Adèle, jeune danseuse de cabaret dans la Vienne des années 1930 qui tombe amoureuse de Kurt, prodige des mathématiques. Leurs deux mondes que tout oppose vont se confronter : famille, culture, religion.
Lui est un homme à la tendance dépressive et anorexique, à mille lieues du monde matériel. Elle est terre à terre, expansive et aime les plaisirs de la vie.
Leur histoire nous est racontée depuis les années 1980 où la jeune documentaliste Anna est chargée de récupérer les archives de Kurt en visitant l'acariâtre Adèle.
De la grande Vienne des années 1930 à leur exil vers Princeton pendant la seconde guerre, Adèle portera son mari à bout de bras. Elle subira ses internements, sa folie, sa dépression sans jamais flancher.
Pour ce premier roman, Yannick Grannec réussit le pari de nous faire partager une histoire de femme, d'amour et de mathématiques sans jamais nous y perdre !
Superbe !


  • Le courrier des auteurs : 31/01/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis une vieille dame autrichienne, une danseuse de cabaret viennois un peu folasse, une jeune documentaliste un peu perdue, un mathématicien anorexique et paranoïaque, un physicien échevelé et gourmand. Je suis tous mes personnages et aucun.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La beauté du mystère. Le mystère d'un amour qui perdure pendant plus de cinquante ans malgré les chaos historiques et intimes. Le mystère du monde qui nous entoure, un mystère qui persiste à mesure que l'entendue de nos connaissances scientifiques s'accroît.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Quelle question difficile  ! Choisir, c'est renoncer à toutes les autres. Peut-être cette réplique d'Adèle, illustre-t-elle au mieux tout le propos du livre :

«[...] Vous vous demandez pourquoi un tel génie a épousé une truie pareille. Adressez-vous à la postérité pour avoir la réponse  ! Personne ne s'est jamais posé la question de savoir ce que moi j'ai bien pu lui trouver  !»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un mixage insolite entre un lied de Mahler, «Ich bin der Welt abhanden gekommen» (je suis perdu pour ce monde) et la «Mélodie du bonheur».

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ma fascination pour ces êtres exceptionnels, qu'ils soient des héros de la science ou ceux, moins glorifiés, du quotidien.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Mes conditions personnelles préalables à toute tentative d'écriture sont : une porte qui ferme, une radio en sourdine, un thermos de thé, des drogues diverses (nicotine et glucides rapides), et surtout pas de téléphone  ! Quant aux horaires, ils correspondent au temps scolaire de mes enfants.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
L'inspiration est un animal mythologique. Je préfère parler d'une parfaite harmonie entre travail préparatoire et intuition. Elle peut venir à force de travail laborieux sur un texte. Le plus souvent, elle se manifeste dans les instants les plus inappropriés, quand la partie rationnelle du cerveau fait relâche, à l'endormissement par exemple. J'ai donc toujours un carnet avec moi. Au cas où...

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
J'ai toujours aimé écrire et dessiner. Mais j'étais avant tout une lectrice compulsive. L'ambition (ou l'inconscience  ?) d'écrire un roman m'est venue très tard : j'ai ressenti le besoin de «gravir une montagne», d'affronter un sujet complexe et mes propres limites créatives. Comme si toute ma vie, toutes mes lectures et mes curiosités disparates convergeaient vers ce roman.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
J'ai lu, sans doute trop tôt, «les histoires extraordinaires» de Poe. J'en ai fait des cauchemars pendant des nuits. À l'adolescence : «Martin Eden» de Jack London, «Dune» de Frank Herbert et «L'aleph» de Jorge Luis Borges. Encore aujourd'hui, je relis Poe et Borges avec la même admiration. Mais sans cauchemars.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
En toute sincérité, les écrivains ne servent qu'eux-mêmes : ils apaisent leur ego, leurs névroses ou leurs obsessions. Je préfère cette question : à quoi servent les livres  ? En tant que lectrice, je les considère comme des portes ouvertes vers d'autres réalités. Par le témoignage, la transmission, l'émotion, la transcendance, la fiction permet de comprendre l'altérité, d'égratigner l'ennuyeuse condition humaine : une seule vie, un seul corps, une seule manière de ressentir le monde.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
J'ai passé bien plus de temps dans les librairies que dans les salles de sport  ! Plus jeune, je lisais tous azimuts, me goinfrant de lectures, sans chercher la qualité, par manque d'éducation sans doute. Et puis j'ai appris à demander conseil, à découvrir des auteurs qui m'intimidaient jusque-là, à essayer des chemins de traverse. Bref, la fréquentation des librairies a affiné mon palais. En quittant Paris pour m'installer à la campagne, j'ai dû renoncer à mes librairies de quartier. En particulier, «L'iris noir» dans le XIe que je salue au passage. Je m'y arrêtais rituellement, au retour de l'école, avant de passer à la boulangerie... Lecture et gourmandise, pour moi, ne font qu'un.


  • Les présentations des éditeurs : 14/09/2012

Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Godel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle.
Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l'establishment en refusant de céder les documents d'une incommensurable valeur scientifique.
Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d'Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu'elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n'a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l'après-guerre ; de l'Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l'idéal positiviste à l'avènement de l'arme nucléaire, Anna découvre l'épopée d'un génie qui ne savait pas vivre et d'une femme qui ne savait qu'aimer.

Albert Einstein aimait à dire : «Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Godel.» Cet homme, peu connu des profanes, a eu une vie de légende : à la fois dieu vivant de l'Olympe que représentait Princeton après la guerre et mortel affligé par les pires désordres de la folie. Yannick Grannec a réussi, dans ce premier roman, le tour de force de tisser une grande fresque sur le XXe siècle, une ode au génie humain et un roman profond sur la fonction de l'amour et la finalité de l'existence.



  • La revue de presse Fabienne Pascaud - Télérama du 17 octobre 2012

Malgré tout le travail formidablement documenté de la romancière, peu importe si on saisit tout de la démarche de Gödel, ou de son fameux théorème d'incomplétude. La véritable, la bouleversante énigme est dans l'amour qui unit deux êtres n'ayant apparemment rien à voir. Adèle, la pratique, renonce à tout pour sauver un homme qui lui parle à peine, accepte l'exil pour favoriser les recherches de ce dernier même dans un milieu scientifique hostile et moqueur, Einstein excepté. Kurt, perdu dans ses obsessions mathématiques, ne peut se passer d'elle, de sa force de vie.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, octobre 2012

On ne sait pas quelles ont été les formules utilisées par Yannick Grannec, toujours est-il qu'elle démontre non seulement un sens aigu de la vulgarisation mathématique, mais surtout d'évidentes qualités de conteuse. Alternant la relation entre Anna et Adèle et l'histoire du couple Gödel, La Déesse des petites victoiress'avère un modèle d'efficacité romanesque (rappelant l'école anglo-saxonne), qui combine intelligemment Histoire, théorèmes, passion et flamants roses.


  • La revue de presse Jean-Louis Ezine - Le Nouvel Observateur du 13 septembre 2012

Avec «la Déesse des petites victoires», son premier roman, Yannick Grannec s'attaque à un sujet tabou en littérature : les mathématiques...
Aussi faut-il saluer l'entreprise, d'une singularité inouïe, de Yannick Grannec : écrire l'impensable roman de la vie de ce génial mathématicien autrichien, que sa femme Adèle avait sauvé en dissipant, en trois moulinets de son parapluie, le gang de jeunes nazis qui allaient lui faire la peau, sur les marches de l'université de Vienne, en 1939. Il se retrouva à Princeton où il se lia d'amitié avec Einstein, lequel assurait n'aller chaque jour à son bureau «que pour le plaisir d'en revenir à pied avec Gödel». Et nous voilà embarqués dans la plus fascinante des «non-fictions», entre les sudations abondantes d'Albert et les terreurs de Kurt, qui croit que les bois alentour sont peuplés de démons. A force d'explorer les confins de la raison pure, Kurt fricotait avec l'irrationnel, convaincu de l'existence des doubles, de la possibilité des voyages dans le temps (Einstein enredemandait) et organisait des séances de télépathie.


  • La revue de presse Florent Georgesco - Le Monde du 13 septembre 2012

Ce portrait d'une femme à la fois libre et prisonnière, détruite et invincible, n'est cependant pas la seule force du livre de Yannick Grannec. Celle-ci a eu l'intelligence de façonner un dispositif qui, pour aborder le génie scientifique de biais, n'en offre pas moins une approche profonde. Gödel ne s'y résume pas au cliché du savant fou : il est certes et savant et fou, telle est la vérité historique, mais qu'est-ce que la folie ? On peut tout mettre dans ce mot. Par exemple, l'effort de la raison pour dépasser les limites, définition convenable de la science. C'est la science qui est folle à travers Gödel.


  • La revue de presse - Le Figaro du 6 septembre 2012

Dans ce roman à la fois intimiste et foisonnant, Yannick Grannec sort de l'ombre Kurt Gödel. Un mathématicien génial mais fragile, ami d'Albert Einstein, mais inconnu du grand public...
Yannick Grannec a le chic pour restituer l'ambiance amicale qui existait dans la petite communauté scientifique de Princeton, où se côtoyaient Gödel, Einstein ou encore Oppenheimer. Quant à la question de l'existence de Dieu, au-delà des théorèmes, elle surgit avec force dans ce beau roman.


  • La revue de presse Marion Cocquet - Le Point du 14 août 2012

C'est peu dire que La déesse des petites victoires est un premier roman étonnant. Graphiste de profession et passionnée de mathématiques, Yannick Grannec parvient à rendre passionnant, épique, l'aride domaine de la logique formelle, en ressuscite sans artifice les grandes figures, interroge la nature fascinante et égoïste du génie scientifique. Raconte, enfin, l'inanité du sacrifice chez une femme qui s'épuise à éviter la chute de "son homme" et s'émeut d'apercevoir, tout à coup, un coin de cou maigrelet dans un col entrouvert.


  • Les courts extraits de livres : 14/09/2012

Octobre 1980. Maison de retraite «Pin Run, Doleystown, USA

«Il y a deux voies de diffusion de la lumière : être la bougie ou le miroir qui la reflète.»
Edith Wharton

À l'exacte frontière du couloir et de la chambre, Anna attendait que l'infirmière plaide sa cause. La jeune femme se concentrait sur chaque bruit, tentant de museler son angoisse : conversations effilochées ; éclats de voix ; murmure des télévisions ; chuintement des portes qui s'ouvrent sans cesse ; claquements des chariots métalliques.
Son dos protestait, mais elle hésitait encore à poser son sac. Elle avança d'un pas pour se placer au centre du carreau de linoléum marquant le seuil de la chambre. Elle s'obligea à fixer la vieille dame qui ne faisait pas moins d'efforts pour lisser consciencieusement la bordure de son drap. Son regard remonta jusqu'aux bras adipeux. La visiteuse ne pouvait détacher les yeux de cette main constellée de taches. Elle toucha la fiche cartonnée rangée dans sa poche. Elle y avait rédigé un argumentaire solide en capitales bien lisibles.
La soignante caressa les doigts de sa patiente, ajusta son bonnet et cala ses oreillers.
- Madame Godel, vous avez trop peu de visites pour vous permettre d'en refuser. Recevez-la. Faites-la tourner en bourrique. Ça vous donnera un peu d'exercice !
En sortant, l'infirmière offrit un sourire compatissant à Anna. Il faut savoir s'y prendre avec elle. Bonne chance, ma jolie. Elle ne l'aiderait pas davantage. La jeune femme hésita. Elle s'était pourtant préparé à cet entretien : elle exposerait les points forts de sa démonstration en prenant soin d'articuler chaque mot, avec entrain. Sous le regard peu amène de la grabataire, elle se ravisa. Elle se devait de rester neutre, de disparaître derrière la tenue passe-muraille choisie ce matin-là : jupe écossaise dans les beiges, twin-set assorti. Elle n'avait désormais qu'une seule certitude : madame Godel n'était pas de ces vieilles dames qu'on réduit à leur prénom parce qu'elles vont bientôt mourir. Anna ne sortirait pas sa fiche.
- Je suis très honorée de vous rencontrer, madame Godel. Je m'appelle Anna Roth.
- Roth ? Vous êtes juive ?
Anna sourit au plantureux accent viennois, refusant de se laisser intimider.
- Cela a de l'importance pour vous ?
- Aucune. J'aime apprendre d'où viennent les gens. Je voyage par procuration maintenant que...
La malade tenta de se redresser avec un rictus de douleur. Dans un élan, Anna voulut l'aider. Un regard polaire l'en dissuada.
- Alors comme ça, vous êtes de l'Institut ? Vous êtes bien jeunette pour moisir dans cette maison de retraite pour scientifiques. Abrégez ! Nous savons toutes deux ce qui vous amène.
- Nous pouvons vous faire une proposition.
- Quelle bande d'imbéciles ! Comme si c'était une question d'argent !
Anna sentit la panique monter. Surtout, ne réponds pas. Elle osait à peine respirer malgré la nausée provoquée par les odeurs de désinfectant et de mauvais café. Elle n'avait jamais aimé ni les vieux ni les hôpitaux. Fuyant son regard, la vieille dame tortillait des cheveux invisibles sous son bonnet de laine. «Partez, mademoiselle. Vous n'êtes pas à votre place ici.»


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