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Auteur : Marie-Hélène Lafon
Date de saisie : 16/11/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Buchet Chastel, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 15.00 €
ISBN : 9782283024775
GENCOD : 9782283024775
Sorti le : 06/09/2012
Avec la plume et le talent qu'on lui connait, Marie-Hélène Lafon, que l'on a découvert avec Les derniers indiens et L'annonce, nous entraine, une fois encore, dans la vallée de la Santoire de son Cantal natal, où nous suivons Claire, l'ainée d'une famille de paysans, devenue une brillante étudiante à la Sorbonne, jusqu'à son parcours de femme de lettres et écrivain...
Dans un style magnifique, ciselé, élégant, elle évoque la famille restée là-bas : les inquiétudes et difficultés du père, son frère et sa soeur, et son profond attachement au pays.
Claire a quitté "le pays" pour en rejoindre un autre. Cette fille ne pouvait reprendre la ferme familiale, alors elle quitta le Cantal pour Paris et des études littéraires à la Sorbonne. Elle se consacre totalement à ses études, le choc est brutal, elle rattrape les retards. Elle connaît la campagne, elle apprend la ville et découvre la vie parisienne. Mais son premier pays reste ancré en elle, les odeurs, la nature, les lumières... Puis les pays se multiplient : l'écriture, la littérature, la langue, la transmission. Pourtant elle réussit à estomper leurs frontières et passer allègrement de l'un à l'autre avec toujours, cette toile de fond campagnarde. Avec ce texte littéraire servi par une écriture travaillée, Marie-Hélène Lafon interroge la force de l'enfance et de ses souvenirs sans omettre de nous faire partager ses émotions devant un monde qu'elle a quitté mais jamais oublié.
1) Qui êtes-vous ? !
Une paysanne de Paris
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le sujet serait le passage d'un monde à l'autre et l'apprivoisement.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
... on s'était dit que, finalement, au Salon, on n'aurait pas vu grand chose.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Comme un lego d'Alain Bashung.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le silence qui suit une lecture à voix haute rondement menée.
A la porte de Gentilly, en venant de la gare, on n 'avait pas vu de porte du tout, rien de rien, pas la moindre casemate, quelque chose, une sorte de monument au moins, une borne qui aurait marqué la limite, un peu comme une clôture de piquets et de barbelés entre des près.
Fille de paysans, Claire monte à Paris pour étudier. Elle n'oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie.
Les Pays raconte ces années de passage.
Marie-Hélène Lafon vit à Paris. Elle est professeur de lettres classiques. Tous ses romans, dont L'Annonce (prix Page des libraires 2009), sont publiés chez Buchet/Chastel.
Depuis le Soir du chien, en 2001, Marie-Hélène Lafon a fait paraître sans tapage une dizaine de livres : cette originaire du Haut-Cantal semble avoir reçu en héritage
les rudes habitudes de silence du « désert central ». Acharnée à fouiller le terreau des origines dans
une écriture d'un rigoureux classicisme, elle construit
un ensemble d'une forte cohérence, en lequel rien
de moins qu'une oeuvre se donne à reconnaître. Les Pays vient aujourd'hui confirmer la vigueur de cette littérature.
Outre la proximité géographique, la puissance de la vision et la maturité du style situent sans conteste Marie-Hélène Lafon dans les parages élevés de Pierre Bergounioux,
Pierre Michon et du Richard Millet de la trilogie corrézienne...
Les Pays témoigne superbement, par la matérialité et la sensualité du propos, de cette appartenance, dont la « seconde peau » acquise dans la « ville aimée » n'atténue pas l'intensité. Non pas un temps retrouvé, mais un temps sauvegardé par la mémoire.
Claire a grandi dans une ferme du Cantal. Du monde, elle n'a connu jusqu'à ses vingt ans que la vallée de la Santoire et le pensionnat pour jeunes filles de Saint-Flour. Elle n'était pas douée pour les travaux des champs mais excellait à l'école. Instinctivement, elle savait que les livres lui permettraient d'échapper à «ce monde premier, ancien, antédiluvien et voué, à ce titre, à la mort lente de ce qui a trop vécu, trop duré, trop servi, trop tenu et s'est usé à force d'être», écrit Marie-Hélène Lafon, dont le huitième roman,Les Pays, confirme qu'elle est un écrivain de haut rang...
Il n'y a aucune forme de déploration dans le regard que Marie-Hélène Lafon porte sur ces deux univers. Sa merveilleuse écriture, organique et silencieuse, têtue et fraîche, rêche et souple comme l'herbe qui pousse, atteste simplement que cela fut et ne sera peut-être plus.
D'un lieu à l'autre, la romancière décrit l'arrachement et la métamorphose avec des mots organiques, des phrases vertigineuses. Elle ne sera jamais une Parisienne, mais elle n'est plus de Santoire et ce roman d'initiation ne dit pas seulement l'absence et la transformation, il est aussi un hymne à la langue, du parler régional à la phrase érudite. Les pays de Marie-Hélène Lafon sont ceux de l'écriture, qu'elle nous transmet pour nous aider à rentrer chez nous.
Cette odyssée d'une toute jeune fille montée du Cantal à la capitale est au coeur des Pays, son nouveau roman. Un récit des repères et des origines. Une aventure aussi profondément autobiographique. Mais comme dans tous ses autres livres (elle en a publié une dizaine...), Marie-Hélène Lafon ne se raconte pas, elle enracine juste, au profond, ses histoires dans les paysages de son enfance, et tourne, en sens contraire des aiguilles de la montre, le brouet de ses sensations et de ses souvenirs...
Le creuset de l'écriture de Marie-Hélène Lafon est là. Dans une enfance paysanne, comme retirée du monde, et dans le cocon un peu rêche d'une institution exigeante et protectrice. C'est la douceur âpre de la solitude, les conversations, au soir, en échos étouffés, le goût d'apprendre, aussi, et puis l'imaginaire qui s'échappe, très au-dessus des murs, bien au-dessus des monts...
Fouillant dans le sol dur, y enfonçant le soc, Marie-Hélène Lafon fait remonter à la surface les sentiments anciens, les interdits qui durent, les forces naturelles, les rituels d'église. Tout affleure à nouveau, mais le temps a passé. Restent l'odeur d'humus et les feuilles d'automne.
Dans son Journal, le peintre Eugène Delacroix notait : "Nous ne possédons réellement rien ; tout nous traverse." C'est sous l'égide de cette phrase que Marie-Hélène Lafon a écrit son plus beau livre, Les Pays. Pas de désespoir, ici, mais une lucidité empreinte d'une sourde énergie, qui irrigue les pages d'un livre court, dense, ramassé, servi par un style sec et limpide...
Lumineux.
On resterait partis quatre jours. On logerait à Gentilly, dans la banlieue, on ne savait pas de quel côté mais dans la banlieue, chez des sortes d'amis que les parents avaient. C'était le début de mars, quand la lumière mord aux deux bouts du jour, on le voit on le sent, mais sans pouvoir encore compter tout à fait sur le temps, sans être sûr d'échapper à la grosse tombée de neige, carrée, brutale, qui empêche tout, et vous bloque, avec les billets, les affaires et les sacs préparés la veille, au cordeau, impeccables alignés dans le couloir; vous bloque juste le jour où il faut sortir, s'extraire de ce fin fond du monde qu'est la ferme. On n'y passe pas, on ne traverse pas, on y va, par un chemin tortueux et pentu, caparaçonné de glace entre novembre et février quand il n'est pas capitonné de neige grasse ou festonné de congères labiles ; on s'enfonce, le chemin est comme un boyau, entre les noisetiers ronds et les frênes et d'autres arbres dont personne ne dit le nom, parce que l'occasion manque de nommer les choses, et pour qui, pourquoi, qui voudrait savoir. On prendrait le train à Neussargues, un train direct, sans changement jusqu'à Paris. Changer eût été difficile, voire exorbitant, ou périlleux ; à trois, on n'aurait pas su au juste où aller dans la gare de Clermont que l'on ne connaissait pas, où il aurait fallu prendre un souterrain, monter et descendre des escaliers, repérer un quai, en traînant les bagages, sans rien oublier sans rien perdre, surtout le gros sac bleu du père où étaient les cadeaux pour les amis, fromages, de deux sortes, cantal et saint-nectaire, et cochon maison, boudin terrine rôti saucisses, de quoi nourrir cinq personnes pendant quatre jours et plus. Le père aurait préféré partir en voiture ; jusqu'à Clermont c'est facile, il sait il l'a déjà fait, ensuite on se lance, on aurait suivi les panneaux, Paris est toujours indiqué. Le père avait insisté au téléphone, en janvier quand on s'était souhaité la bonne année et que le voyage avait vraiment été décidé. Cette fois c'était bon, on ne reculerait plus, depuis le temps qu'il s'en parlait, de ça, de venir à Paris quelques jours au moment du Salon, on devrait pouvoir s'arranger pour les bêtes à la ferme et partir à peu près tranquille, avec les gamins, les deux plus jeunes, la fille et le garçon, Claire et Gilles, qui n'avaient jamais vu la tour Eiffel. Au téléphone on n'entendait pas ce que disaient les amis de Gentilly, elle d'abord la femme, Suzanne, et lui ensuite Henri, l'homme, le Parisien le vrai, qui était né là-bas et avait l'accent pointu. On n'entendait que les paroles du père mais on comprenait que Suzanne avait appelé Henri, pour la voiture, pour expliquer au père qu'il n'imaginait pas, qu'il ne pouvait pas imaginer comment c'était d'arriver à Paris en voiture quand on n'avait pas l'habitude, et les directions dans tous les sens, les camions, les motos qui se faufilaient partout, il fallait savoir, ou suivre quelqu'un au moins la première fois, et encore même comme ça c'était difficile. (...)
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