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.. Anquetil tout seul

Couverture du livre Anquetil tout seul

Auteur : Paul Fournel

Date de saisie : 30/11/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Seuil, Paris, France

Prix : 16.00 €

ISBN : 978-2-02-103672-5

GENCOD : 9782021036725

Sorti le : 07/06/2012

Portrait d'Anquetil à travers ses principaux exploits sportifs (Grand Prix des Nations, record de l'heure, enchaînement Dauphiné et Bordeaux-Paris), ses relations à ses maître (Coppi), entraîneur (Geminiani), adversaire (Poulidor) et équipier (Darrigade), ses zones d'ombre (dopage, âpre gestionnaire de ses victoires), les ingrédients qui en ont fait un champion : sa volonté, son physique, sa classe folle sur un vélo et son aptitude à la souffrance travaillée à l'entraînement.
Mais le fort et émouvant charme du livre sera évidemment ressenti par les amoureux du cyclisme et les nostalgiques de l'enfance, tous ceux qui ont rêvé sur leurs modestes vélos d'arrivées triomphales en sommet de côtes, de défaillances terribles vaillamment surmontées en contre-la-montre, d'échappées solitaires, le nez au guidon, un peloton menaçant aux trousses.


  • Les présentations des éditeurs : 02/07/2012

J'avais dix ans, j'étais petit, brun et rond ; il était grand, blond et mince et je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance. J'avais trouvé en même temps mon modèle et mon contraire.
Jacques Anquetil a traversé mon enfance cycliste comme une majestueuse caravelle. Il était le plus beau cycliste possible. Je l'ai suivi, je l'ai admiré sans jamais chercher à le comprendre, ajoutant du mystère à son mystère. Il avait l'âme complexe, ses motivations étaient contradictoires, son élégance tranchait dans le peloton, sa vie de château sentait le parfum et la poudre. Bien plus tard, parce que mon admiration ne s'est jamais éteinte, l'idée me vint de lui tirer le portrait. Mais ce cycliste de génie aimait-il vraiment le vélo ?

Né en 1947 à Saint-Étienne, président de l'OuLiPo, Paul Fournel a publié de nombreux ouvrages pour la jeunesse, des recueils de nouvelles, des romans, un essai, Besoin de vélo (2001), et, plus récemment, Méli-Vélo (2008), un dictionnaire cycliste.



  • La revue de presse - Lire, novembre 2012

Au-delà du portrait nuancé d'un génie doublé d'un individu complexe, Paul Fournel (auteur aussi cette année du beau roman La Liseuse, paru chez P.O.L) s'interroge sur son admiration (parfois tumultueuse) pour ce cycliste, cette machine à rouler. Mais avant tout, Anquetil tout seul est un texte subtil, qui respire sincèrement la passion du vélo.


  • La revue de presse Jean-Louis Ezine - Le Nouvel Observateur du 5 juillet 2012

L'affaire est la suivante : on n'a jamais compris pourquoi ce monsieur pédalait plus vite que le commun des mortels. Même quand il n'était que l'ombre de lui-même, son ombre gagnait. Anquetil est au vélo ce que la conjecture de Fermat est aux mathématiques : quelque chose qu'on sait être vrai, mais qu'on ne peut pas démontrer. Et encore, Fermat, on y est parvenu, après plus de trois siècles de cogitations ardues. Anquetil, lui, n'est pas près de livrer l'équation à trois inconnues qui lui a permis d'être Anquetil et personne d'autre. Un type capable de gagner le Tour avec une hépatite virale et qui s'était construit une diététique à base de cuissot de chevreuil, de homard thermidor et de Veuve Clicquot. Qui n'appréciait rien tant, avant de partir rouler de bon matin, qu'une kyrielle d'oeufs au plat arrosés de vin blanc. «Il est énervant», résume Paul Fournel dans une litote exquise. Il veut dire, bien sûr «exaspérant», «horripilant», «inadmissible», «intolérable». Mais comme il l'aime d'amour, il écrit «énervant».


  • La revue de presse Jean-Paul Dubois - Le Monde du 21 juin 2012

L'écrivain raconte la carrière du grand coureur cycliste, et la fascination qu'il exerce sur lui depuis l'enfance. Magnifique...
Anquetil tout seul, livre magnifique, est également un titre mensonger. Car, durant les 150 pages du récit de Paul Fournel, l'auteur raconte en fait la longue course intime qu'il mena tout au long de sa vie au côté du champion. " J'avais 10 ans, j'étais petit brun et rond, il était grand blond et mince, je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance. " Course après course, année après année, à l'écart d'un peloton que l'on devine à peine, on découvre ainsi l'étrange proximité de ces deux hommes, équipiers disparates pédalant côte à côte dans les archives de la mémoire...
Au détour d'un virage, Fournel, président de l'Oulipo, passionné de jeux littéraires autant que de cyclisme, aime aussi changer de vélo, enfourcher celui du patron et se glisser dans sa tête pour décrire, par exemple, le tourment psychanalytique d'un banal contre-la-montre : " Derrière moi sur le pare-chocs de l'Hotchkiss bordeaux ou de la 203 blanche, mon nom est écrit en gros pour que le public me reconnaisse : ANQUETIL. Mon nom me poursuit et me pousse. Je suis à mes trousses. Je me fuis. " A ce point de l'histoire, chacun sait que désormais c'est Fournel qui a course gagnée et qu'il ne saurait être question de lâcher sa roue avant la fin.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 7 juin 2012

Jacques Anquetil a été le héros de Paul Fournel enfant. L'un avait 10 ans, en 1957, quand l'autre gagnait son premier Tour de France, à 23 ans. Ils avaient tous les deux un vélo vert. Le petit garçon collectionnait les coureurs en plastique. Il ne le savait pas, mais il lui manquerait toujours un bonhomme couleur arc-en-ciel : c'est le maillot de champion du monde que Jacques Anquetil n'a pas porté. Enfin, si. Il l'a mis une fois, lors d'un déjeuner qu'il avait organisé dans sa propriété près de Rouen. Il avait réuni d'anciens coureurs comme lui, le jeu était de mettre le maillot qu'ils avaient manqué. Poulidor était en jaune. Paul Fournel, à propos de ce déjeuner, parle de «pied de nez à la grande Histoire du cycliste», là où d'autres verraient une transgression. Il ne porte pas de jugement. Il évoque sobrement la vie privée d'Anquetil, qui a un enfant avec la fille de son épouse, laquelle a aussi un fils dont l'ex-femme devient la compagne d'Anquetil. Sur la famille, sur les confrères, ce dernier exerce son emprise. Jusque sur ses fans : «Je n'avais pas le droit d'aimer Poulidor. On ne pouvait pas aimer Poulidor et Anquetil.» Le petit Fournel se sent ressembler à Poulidor, mais Anquetil est celui qu'il aurait rêvé d'être, mince, blond, antipathique. Il l'a tellement admiré qu'il l'a vu, avec Roger Rivière, au vélodrome de Saint-Etienne, et ce n'était pas vrai, Anquetil ne participait pas à cette course. Il l'a découvert à l'occasion du présent ouvrage.


  • Les courts extraits de livres : 02/07/2012

Anquetil jouissait de la bienveillance des vents, son nez aigu et son visage de fine lame lui ouvraient la route et son corps tout entier se coulait derrière, fendant les mistrals, pénétrant les bises d'hiver et les autans d'été. On le sentait diaphane, presque malade, sûrement fluet, la moitié d'un Van Looy, le tiers d'un Altig. Son profil était de médaille et, à le voir si gracieux, jamais on n'aurait imaginé que son buste était un baril qui cachait la poudre du plus puissant moteur, que ses jambes et ses reins ployés étaient de latex.
Son coup de pédale était un mensonge. Il disait la facilité et la grâce, il disait l'envol et la danse dans un sport de bûcherons, d'écraseurs de pédales, de bourreaux de travail, de masculin pluriel. Il pédalait blond, la cheville souple, il pédalait sur pointes, le dos courbé, les bras à angle droit, le visage tendu vers l'avant. Jamais homme ne fut mieux taillé que lui pour aller sur un vélo, jamais cet attelage homme-machine ne fut plus beau. Il était fait pour être vu seul sur la route, découpé contre le ciel bleu ; rien en lui n'évoquait le peloton, la masse et la force en union, il était la beauté cycliste seule. «Longtemps je l'ai regardé comme un sorcier qui a trouvé le Grand Secret», disait de lui Cyrille Guimard. Il avait troqué, dès son premier tour de pédale, la légendaire rudesse des «forçats de la route» contre une forme de violence inédite, quelque chose d'élégant et de secrètement brutal dont ses adversaires allaient avoir à souffrir sans pouvoir l'imiter. Il faut ajouter à cela qu'à l'effort Anquetil ne grimace pas, ne montre pas les dents, ne dodeline pas de la tête. Il est difficile à lire. Simplement, il pâlit, son visage se creuse imperceptiblement, ses yeux virent au gris clair. Au pire de l'épreuve, lorsqu'il roule à 50 à l'heure, on le croirait vaincu par la tuberculose.
J'avais 10 ans, j'étais petit, brun et rond, il était grand, blond et mince et je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance. J'avais trouvé en même temps mon modèle et mon contraire. Les deux étaient irréductibles, c'est dire si j'avais un bout de chemin à faire.
Pour Anquetil, l'essentiel se joue dans la solitude. Il n'aime pas la course en masse, il n'aime pas la faire belle. Ses adversaires sont à battre ; ils ne sont ni à connaître ni bons à jouer avec. Ses équipiers sont au travail pour le faire gagner et gagner leur vie. Rien d'autre. Il y a les choses qu'il fait seul et les choses que lui seul fait et, dans les deux cas, la solitude est son royaume. Cette solitude n'est pas seulement une manière d'envisager la pratique cycliste, elle est un mode de vie global, une manière d'être unique, la marque profonde de son âme, qu'elle soit vendue à Dieu ou au diable.


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