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.. Les derniers jours de Smokey Nelson

Couverture du livre Les derniers jours de Smokey Nelson

Auteur : Catherine Mavrikakis

Date de saisie : 16/10/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France

Prix : 22.00 €

ISBN : 9782848051017

GENCOD : 9782848051017

Sorti le : 13/09/2012

Quatre voix se succèdent pour évoquer les "derniers jours de Smokey Nelson", qui doit être exécuté.
Sydney a été arrêté vingt ans auparavant pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Noir et au casier judiciaire bien rempli, ce fan d'Hendrix était le coupable idéal...
Jusqu'à ce que Pearl, qui a vu le coupable l'innocente. Cette vieille dame doit vivre avec la culpabilité d'avoir fumé une cigarette et flirté avec Smokey Nelson.
Ray est lui le père d'une des victimes. Dans un dialogue avec Dieu, il évoque son impatience de la mort de l'homme qui a tué sa fille et sa famille.
Chaque voix est un portrait de l'Amérique d'aujourd'hui : puritaine ou avide de liberté, noire ou raciste.
Catherine Mavrikakis sait faire parler chaque personnage dans un langage différent, les faire évoluer dans des mondes différents alors qu'ils ne sont tous que le reflet de l'Amérique...


Les derniers jours de Smokey Nelson, c'est l'histoire d'une Amérique à quatre voix. Catherine Mavrikakis donne la parole à quatre personnages, en alternance, qui n'ont pas oublié les crimes commis par Smokey Nelson, un soir d'octobre 1989.
Sidney Blanchard, noir américain, accusé à la place de S. Nelson, a fui la Louisiane et l'ouragan Katrina. Il monologue et raconte à son chien le racisme, Jimmy Hendrix, la Louisiane ? Pearl Watanabe, citoyenne métissée, discrète, s'est réfugiée à Honolulu. Elle a fumé une cigarette et discuté avec légèreté avec S. Nelson avant de découvrir l'horreur de ses meurtres. Ray Ryan, père de la femme qui a été tuée, est un fondamentaliste haineux, convaincu de la suprématie de la race blanche. Il incarne la parole de Dieu. Il se prépare à assister à l'exécution de S. Nelson. Enfin, Smokey Nelson lui-même attend sa fin, son exécution depuis vingt ans.
D'une manière remarquable, Catherine Mavrikakis écrit dans quatre styles différents, rendant compte ainsi du style de vie, de pensée de chaque personnage. Elle insiste sur certains évènements, certaines pensées ; elle les répète. Elle semble se répéter comme pour imprégner nos esprits lentement de ce qui s'est passé, comment chacun a vécu l'événement et ce qu'il en pense aujourd'hui. A travers ses personnages, elle nous livre aussi quatre visions de l'Amérique en perdition.
Tout au long du livre, elle nous fait languir, dévoile peu à peu, sans jamais tout dire, laissant ainsi une place active au lecteur.


Le 15 août 2008, quatre destins basculent définitivement. Smokey Nelson assassine atrocement dans un motel des environs d'Atlanta une famille de quatre personnes (les parents et deux jeunes enfants) faisant une halte sur le chemin qui les mène vers leurs parents. Les quatre voix hétérogènes reviennent sur cet évènement et ses dramatiques conséquences. Sidney Blanchard, noir comme Smokey Nelson, fut accusé un temps du meurtre et emprisonné. Nous le découvrons sur la tombe de Jimi Hendrix (né le même jour que lui) au départ d'un long voyage dans sa superbe Lincoln Continental blanche de 1966 accompagné de sa protégée Betsy ; il part à la rencontre de la Nouvelle-Orléans terre de son enfance que Katrina a transformée. Le discours est vif, imagé, souvent singulier mais rempli de bon sens. L'homme n'a pas oublié qu'il a frôlé le couloir de la mort, et qu'il ne doit sa survie qu'à Pearl Watanabe qui a découvert les corps le soir de l'assassinat. Elle croisa l'assassin et persista à affirmer que Sidney n'était pas l'assassin. Elle demeure encore interdite sur le fait que Smokey l'épargna. Plusieurs mois plongée dans le silence, elle ne retrouva un semblant de vie qu'en repartant sur son île, à Hawaï. Mais parfois les coïncidences... Elle accepte enfin de revenir dans la région d'Atlanta pour séjourner quelques temps chez sa fille au moment où l'exécution de Smokey est annoncée... La quatrième voie est la voie divine, celle qui accompagne depuis toujours Ray Ryan, le père de Sam, la maman assassinée. Cette voie le guide vers l'apaisement, même s'il part avec son fils Tom, membre des Combattants de Dieu pour assister à l'exécution tant attendue. Ils abhorrent cette Amérique contemporaine qu'il juge décadente et seule la parole de Dieu peut les sauver de l'enfer. Catherine Mavrikakis réussit un brillant et noir récit sans porter le moindre jugement sur l'acte lui-même aussi atroce qu'il fut, sur le ressenti de ces quatre voix de l'Amérique marginale, sur leurs tentatives de survie pendant 20 ans, elle dresse simplement en creux un portrait d'une Amérique qui tangue dangereusement. Du grand art !


  • Les présentations des éditeurs : 15/06/2012

LES DERNIERS JOURS DE SMOKEY NELSON. Dans ce grand livre choral, quatre voix alternent pour évoquer celui dont l'exécution est prévue le 15 août 2008 au pénitencier de Charlestown.
Sydney Blanchard est noir comme Smokey Nelson. Des années auparavant, il a été arrêté par erreur et a purgé une peine de prison avant que le vrai coupable soit identifié : sa longue imprécation commence à Seattle, sur la tombe de Jimi Hendrix.
Pearl Watanabe a découvert la scène du crime dans le motel des environs d'Atlanta où elle travaillait alors. Elle est repartie vivre à Honolulu après le drame. En vacances chez sa fille alors que tous les médias ne parlent que de l'imminence de l'exécution, elle est rattrapée par le cauchemar qui la hante depuis un clair matin d'octobre 1989.
Ray Ryan, lui, se prépare à quitter son domaine des montagnes de Géorgie pour aller assister à la mort programmée. Il écoute la voix de Dieu, qui dans un prêche ininterrompu l'enjoint à trouver l'apaisement dans la vengeance : c'est sa fille qui a été assassinée avec son mari et ses deux enfants.
Auteur du quadruple meurtre, Smokey Nelson voit se dérouler ses toutes dernières heures avant l'injection mortelle.
Depuis près de vingt ans, ces quatre figures d'une Amérique en perdition sont hantées par le même et abominable souvenir. Sans cesse ramenées à leur passé, elles deviennent comme autant d'incarnations d'une société abandonnée à elle-même que Catherine Mavrikakis scrute avec une formidable acuité.

CATHERINE MAVRIKAKIS est née à Chicago en 1961, d'un père grec et d'une mère française. Elle enseigne la littérature à l'université de Montréal. Elle est l'auteur de plusieurs livres, dont Le Ciel de Bay City, très remarqué lors de sa parution chez Sabine Wespieser éditeur en 2009.



  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 10 octobre 2012

Si Catherine Mavrikakis est franco-grecque par ses parents, sa plume a tout de celle d'une Américaine. On croit sentir, dans ce roman, la patte des meilleurs traducteurs de la littérature d'outre-Atlantique et pourtant, non. Née à Chicago, cette romancière écrit en langue française - et quelle langue, tour à tour gutturale, retenue, exaltée, factuelle. Ces quatre qualificatifs s'appliquent aux quatre personnages d'origines diverses qui dans Les Derniers Jours de Smokey Nelson font entendre leur voix autour d'un même fait divers, l'assassinat d'un couple avec deux enfants, dans un motel des environs d'Atlanta, des années plus tôt.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, octobre 2012

Comme dans Le Ciel de Bay City où son héroïne juive apprenait à secouer le passé pour lui donner sa juste place,Catherine Mavrikakis plonge dans les contradictions d'un pays qui célèbre la liberté et prie pour la peine de mort. Elle sait admirablement faire parler les hommes et les femmes de cette histoire pleine de fureur et d'émotion, mettre en lumière leurs énergies, leurs sentiments de honte, leur rage devant l'injustice, leur désir d'en finir. Née en 1961 à Chicago, enseignante à Montréal, la romancière et essayiste développe un français subtil et changeant selon ses narrateurs, pour ne parler que d'une chose : peut-on domestiquer la douleur du souvenir ?


  • La revue de presse François Busnel - L'Express, septembre 2012

Magnifique ! Puissant ! Troublant ! Les adjectifs ne manquent pas pour évoquer le nouveau roman de Catherine Mavrikakis. Il faudrait s'en débarrasser, pourtant, des adjectifs, lorsque l'on veut parler d'un livre qu'on a aimé. Voici un roman qui hante, longtemps après qu'on en a tourné la dernière page...
Ses rêves ressemblent-ils à ceux de ses personnages ? Ce sont des déclassés ordinaires, des recalés du fameux "rêve américain". Ils sont noirs, métis, jaunes, blancs, nés dans des Etats plus désunis qu'on ne le croit. Ce sont eux qui s'expriment, tour à tour, dans ce roman choral composé comme un opéra rock...
Trois personnages, la mémoire, les non-dits, la peine de mort. Et le souffle d'une très grande romancière.


  • La revue de presse Catherine Simon - Le Monde du 13 septembre 2012

Une des forces de l'auteur est d'avoir su faire du temps, ce grand mystère, un outil pour écrire les partitions de ce roman choral. Tour à tour contracté - quand le récit commence, il ne reste que deux jours avant l'exécution par injection létale de Smokey Nelson - et dilaté - les récits des " choristes " sont truffés de retours en arrière et de gros plans sur tel ou tel moment de leur vie - le temps nous prend aux tripes, tant on le sait compté...
Parodie grimaçante d'Etats-Unis en perdition, Les Derniers Jours de Smokey Nelson fait entendre la cacophonie d'un monde, hier vanté comme un génial melting-pot, aujourd'hui décrié pour ses ghettos communautaires. Le roman de Catherine Mavrikakis décrit formidablement cette dérive des mini-continents. Mieux : elle en fait entendre la musique, mêlant la fureur de Jimi Hendrix aux volutes maîtrisées du jazz, et les rudes chants des évangélistes aux ridicules et joviales mélodies d'une pub pour Coca-Cola.


  • Les courts extraits de livres : 15/06/2012

Mais vas-tu avancer, putain de Chinois ! ! ! Tu vois pas que tu vas me faire rater mon entrée dans le cimetière, pauvre type... Enfin, qu'est-ce que tu fous ? ? ? Va te garer, soleil levant ! Dégage de ma route... J'ai jamais connu un connard comme ça ! T'as vu ça, Betsy ? Ils t'ont réveillée, ces salauds... Tu dormais bien, ma poule ! Un vrai bruit de moteur que tu faisais... Un son de tracteur. Regarde, regarde... Putain ! Voilà que toute la famille asiatique est là... Merde... Je peux plus bouger... Un cortège de chinoiseries en tous genres... Même pour les enterrements, ils lâchent pas le clinquant, ces gens-là... Ils foutent de l'or partout... Comme dans leurs pagodes... Faut que ça nous aveugle... Pire que les phares de ma bagnole ! Y en a un qui a dû claquer et toute la communauté a rappliqué ce matin pour le conduire à son dernier repos ! Fallait que ce soit le jour où je venais ici, au Greenwood Mémorial Park Cemetery ! J'ai mis un peu de temps à trouver l'endroit... J'ai tourné pas mal avec la voiture... Malgré les indications fournies par mon coloc Lewis... Tu dormais, Betsy... Tu faisais bien de ronfler, ma locomotive adorée, je m'étais vraiment perdu sur le chemin... Y avait rien à voir... Quelle poisse ! À croire que ces Chinois portent malheur ! C'est pas la première fois qu'ils me font un coup de la sorte... Ils envahissent la ville, oui ! Viennent de leur putain de pays de là-bas et se reproduisent ici comme des lapins... Ils sont des milliards chez eux... Il leur faut de l'espace... Allez-vous vous magner un peu, les gars ? ? ? Si vous continuez comme ça, vous risquez d'assister aux funérailles de quelques-uns d'entre vous... Ça va saigner ! Ma chienne va vous bouffer le nez et l'arrière-train ! Va falloir que tu montres les crocs, Betsy, que tu fasses ta dure, que tu les impressionnes, les guerriers kung-fu ! Y a des limites à ma patience... Merde... Vais leur faire passer l'envie de pleurer, moi... C'est pas vrai... Mais... C'est pas vrai... Divine putain, je peux pas croire ce que je vois... Ils roulent comme des bonnes femmes, ces types, dans leurs voitures riquiqui... Mais oui, mon chéri, tu vas apprendre à te garer un autre jour ! Pousse-toi, demi-portion ! Je veux juste passer à droite... Pff ! Non ! En voilà un qui veut sortir et qui a la bonne idée d'aller dans le sens contraire de ses petits amis... Il manquait plus que ce con ! Et puis, y a tous les copains qui ont décidé de lui faire des signes d'au revoir... Il s'en va sûrement chercher des cigarettes, les gars ! Pas la peine de lui jouer votre grande scène d'adieu... Inutile de sortir les mouchoirs et de préparer un discours... On dirait que la Chine dans son entier s'est donné rendez-vous ici aujourd'hui, dans cette merde de cimetière... Tout le peuple de mandarins... À Renton... Pour l'enterrement d'un vieux bonze... Ça n'en finit plus... Bon, voilà autre chose... Ça se gare... Oui, c'est ça, ma biche, comme ça... Juste comme ça... Oui, doucement, doucement... Tu vas y arriver... Prends ton temps, surtout... Je suis pas pressé... Personne n'est pressé... (...)


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