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Auteur : Emmanuelle Guattari
Date de saisie : 22/11/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 13.50 €
ISBN : 9782715232921
GENCOD : 9782715232921
Sorti le : 22/08/2012
Par petites touches successives, Emmanuelle Guattari évoque son enfance et sa famille. Succession d'évènements, d'instants au sein d'un établissement atypique. La Borde accueille des pensionnaires, fous qui déambulent en toute liberté dans l'établissement au milieu d'un parc immense. La folie n'est pas placée à l'écart, isolée, elle est partagée. Apprentissage de la vie, apprentissage de la différence, les enfants évoluent avec une grande liberté, enfants de la campagne, indépendants se découvrant avec la folie comme toile de fond : «Nous traînions notre enfance au milieu des adultes. Sans bien tout comprendre. Un somnambulisme, dans les paroles et l'épaisse couche de fumée de cigarettes». Un bel hommage empreint de tendresse et d'une sensibilité émouvante.
On était ceux de La Borde. Dans le village de Cour-Cheverny du début des années soixante, la Clinique constituait encore une présence fantastique. La peur des Fous était tangible. Elle nous a sensiblement mis dans le même sac, une bande de drôles de loustics qui laissaient des Fous circuler dans un parc sans barrières et vivaient avec eux. Nous savions que les Pensionnaires étaient des Fous, évidemment ; mais La Borde, avant tout, c'était chez nous. Les Pensionnaires, on disait aussi les Malades, n'étaient ni en plus ni en moins dans notre sentiment. Ils étaient là et nous aussi.
Fondé en 1953, l'établissement de La Borde est célèbre dans le monde de la psychiatrie. Cette clinique hors normes entendait rompre avec l'enfermement traditionnel qu'on destinait aux malades mentaux et les faire participer à l'organisation matérielle de la vie collective. Ce lieu doit beaucoup à Félix Guattari, psychanalyste et philosophe qui codirigea la clinique jusqu'en 1992.
Quand on habite enfant à La Borde parce que ses parents y travaillent, l'endroit est surtout perçu comme un incroyable lieu de liberté : un château, un parc immense, des forêts et des étangs. À travers une série de vignettes et par touches impressionnistes, Emmanuelle Guattari évoque avec tendresse son enfance passée dans ce lieu extraordinaire où les journées se déroulent sous le signe d'une certaine fantaisie.
La petite Borde est le premier roman d'Emmanuelle Guattari.
Comment perçoit-on, quand on est enfant, cette vie avec les malades mentaux ? Comme une expérience de liberté dont l'écrivain fait, pour son premier roman, un paradis perdu.
Emmanuelle Guattari raconte avec délicatesse son enfance parmi les fous : elle a grandi à La Borde où son père, Félix Guattari, le célèbre psychanalyste et co-auteur d'ouvrages philosophiques signés avec Gilles Deleuze, travaillait...
Le premier roman d'Emmanuelle Guattari évoque les moments de grâce de la vie quotidienne d'un enfant, ponctué de quelques portraits. Les Pensionnaires : ni Artaud torturés, ni marginaux dangereux. Des adultes. Emmanuelle Guattari les dépeint comme elle les aime : avec respect. Son père ? Ni héros ni intello. Quand, défunt, il lui revient en rêve, il annonce son départ pour Vierzon. C'est par le sens du détail qu'Emmanuelle Guattari laisse deviner la vie et le combat qui fut celui de ses parents.
Une ou deux pages à peine, parfois quelques lignes : chaque chapitre ressemble à un lambeau d'écorce gravé au canif. Emmanuelle Guattari est avant tout écrivain, comme ce premier roman ravageur le révèle...
Petite, Emmanuelle a donc grandi dans ce château du fou au bois dormant, emplissant ses poches de petits cailloux qu'elle dissémine aujourd'hui avec une virtuosité féerique. Aussi effrayants qu'envoûtants, les souvenirs qu'elle a gardés de ce paradis perdu sont en effet dignes d'un conte de fées...
Ecrit à la première personne, son livre va et vient, avance et recule, scrute et s'enfuit. La beauté de ce récit vient des entailles qui le creusent petit à petit. Il n'y a pas de nostalgie dans cette confession autobiographique, élastique jusqu'à l'arrachement. Les petits miracles décrits en flashs aveuglants cachent un souhait impossible, émis dans un chapitre totalement différent des autres, éploré, à vif, le plus beau du livre : faire revivre la mère disparue.
Il fallait être un peu fou pour aller s'installer, à la fin des années 1950, avec femme et enfants à la clinique de La Borde, non loin de Blois. Pourquoi «fou» ? Retour vers le passé. A l'époque, la maladie mentale est un continent obscur qui effraie, qui inquiète. On préfère la savoir confinée derrière les murs des asiles. Or La Borde est un milieu ouvert. L'unique muraille entourant le domaine est celle des arbres...
Aujourd'hui sa fille Emmanuelle fait le récit de son enfance avec ce père, au coeur d'un monde pas tout à fait comme les autres. Evitant l'écueil de l'emphase, elle a composé une suite de petits tableaux, brossés à traits rapides et vifs. C'était comment la vie avec un père qui fut notamment le coauteur, avec Gilles Deleuze, de «l'Anti-OEdipe» et jonglait avec les concepts de «déterritorialisation», d'«attracteurs étranges» ou, de manière plus pragmatique, de «psychothérapie institutionnelle» ?
Ce fut une drôle d'enfance dans un drôle d'endroit que celle d'Emmanuelle Guattari, fille de Félix, le célèbre psychanalyste et philosophe. Cette enfance, passée dans le château de La Borde, près de Cour-Cheverny, au côté de curieux pensionnaires, les malades de la clinique psychiatrique expérimentale créée par son père, nous est contée par l'auteur de La Petite Borde.
Pourriture !
Paysan !
- Manou, tu dors ?
- Tu sais, tes amygdales, elles vont grossir, grossir, et tu vas mourir.
- Je vais le dire à Papa !
- Saute !
- Non.
- Saute, je te dis.
- Non !
- Si tu sautes, je te donnerai 5 francs. J'ai sauté.
Mon frère a dit :
- Ben voilà, regarde, tu nages ! Allez, vas-y ! J'ai coulé. Mon frère, a sauté dans l'eau. J'ai quand même bu une grosse tasse.
Il dit, hypocrite :
- Alors ma petite Manou, t'es contente, hein ? T'as gagné 5 francs, tiens je vais te les donner tout de suite. Et qu'est-ce que tu vas tacheter avec, hein ? des bonbons... Dis, tu ne vas pas le dire à Papa ?
- Saute !
- Non !
- Saute, vas-y, grouille, là, maintenant ! Après ce sera trop tard !
Je saute de la moto.
- Ben voilà ! C'est pas mal, tu as vu, tu as roulé, tu vois, comme ça, tu ne t'es pas fait mal. Tu as bien compris ? Il faut rouler sur l'épaule, c'est un truc de cascadeur. Comment ça, tu as eu peur ? Mais non. On va le refaire.
Mon frère sautait même des trains quand il manquait l'arrêt à Blois.
Je marche derrière mon frère dans la forêt. Il fait frais, il est très tôt. Il se retourne souvent, agacé.
- Tais-toi et fais moins de bruit ! Il s'arrête et m'explique :
- Mais non, c'est pas comme ça qu'il faut marcher. Pour ne pas faire craquer les brindilles, tu poses d'abord bien la pointe (ou le talon) et tu poses tout doucement le reste du pied. Mais surtout tais-toi !
Nous avançons très près des bords marécageux de l'étang où nichent les oiseaux. Nous progressons en silence avec nos bottes dans l'eau, d'abord à hauteur de ce qui doit être les chevilles de mon frère mais déjà mes genoux, en contournant les sortes de monticules que forment les ajoncs. Je suis tellement concentrée sur ce que je dois faire de mes pieds que quand j'ai l'eau à la taille ça ne me gêne pas tellement. Je tombe dans un trou, sans bruit. J'ai l'eau au menton. Je fais un petit clapotis avec mes mains. Mon frère se retourne et me rattrape par le col.
- Ma pauvre petite Manou !
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