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.. Partages

Couverture du livre Partages

Auteur : Gwenaëlle Aubry

Date de saisie : 15/01/2013

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Mercure de France, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 17.50 €

ISBN : 9782715233072

GENCOD : 9782715233072

Sorti le : 30/08/2012

Leïla et Sarah auraient pu être amies ou soeurs, elles sont deux ados qui se ressemblent, pourtant leur territoire n'est pas le même et les sépare, leur lieu de vie ou de naissance les oppose à jamais. Le récit alterne les vies de l'une et l'autre jusqu'à la confusion tant elles sont similaires. Chacune a une amie confidente mais si différente, chacune subit son lieu de vie, elles partagent la même Histoire, la même Terre et les Morts qui les séparent. Elles étouffent conjointement, l'entourage de chacune pèse sur son destin, l'insouciance et la gaieté se sont éloignées de longue date de leur pourtant jeune existence, la peur et la fureur les ont remplacées. Deux faces d'un même miroir nées pour se rejoindre, ultimement. Gwenaëlle Aubry sur ce sujet brûlant réussit le tour de force de ne pas prendre parti, de ne pas montrer sa préférence pour la jeune Juive ou la jeune Arabe, mais simplement de montrer que malgré leur similitude extrême, un destin tragique les attend, inexorablement et au-delà de leur drame personnel, rien ne laisse supposer la fin de cette danse tragique !


  • Le courrier des auteurs : 25/11/2012

«Gwenaëlle Aubry» dédicacera son livre les 24 ou 25 novembre à la Fête du Livre de Radio France (partenaire de Lechoixdeslibraires.com)

http ://www.radiofrance.fr/espace-pro/evenements/fete-du-livre/les-auteurs/

1) Qui êtes-vous ? !
Cela, je sais juste que je ne le sais pas. Disons, en ces jours qui accompagnent la sortie d'un roman, un auteur qui s'y trouve tout entier (et donc un peu en morceaux).

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Il est en partie contenu dans son titre, Partages, qui dit à la fois la communauté et la séparation, ce qui unit et ce qui divise - en l'occurrence deux très jeunes filles, l'une Juive américaine, d'origine polonaise, qui, après les attentats du 11 septembre, vient vivre en Israël, l'autre Palestinienne, née et élevée dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. C'est aussi un roman sur la mémoire, dans sa différence d'avec l'histoire, et peut-être plus encore sur la hantise, les peurs souterraines, les lourds secrets, les enfances saccagées- tout cela que Sarah et Leïla ont en commun et qui en même temps les dresse l'une contre l'autre. Enfin, et tout simplement, c'est un roman, pas un essai, ni un pamphlet, ni une apologie : un texte, donc, qui tente de tenir à la fois l'incommensurabilité des histoires et l'égalité des individus, de donner souffle et rythme et présence à ces deux corps de 17 ans, aux angoisses et aux désirs qui les habitent, aux couleurs et aux sons qui les traversent. Comme l'écrit David Grossman, l'une des puissances de la littérature consiste à «ressusciter l'homme au-dedans de l'armure», à montrer que «les ennemis mythologiques ne sont en somme que des hommes aussi terrifiés, torturés et désespérés que nous-mêmes».

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Difficile : c'est un roman, pas un poème, et qui plus est un roman à deux voix, dont le sens se délivre dans leurs échos et leurs divergences. Alors disons (je triche) les deux versets, de la Bible et du Coran, placés en épigraphe : «Une flamme de feu passa entre les chairs partagées» ; et «Elles le trouvèrent si beau qu'elles se firent des coupures aux mains». Juste un indice : c'est sous le signe du verset de la Genèse qu'est placée Leïla, sous le signe du verset du Coran qu'est placée Sarah.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'air de buzuq, joué par Matar Muhammad, que Sarah et Leïla écoutent toutes les deux. Ou encore «Creep» de Radiohead, que Sarah aime, et que je me passais en boucle, moi aussi, certains matins, avant d'écrire, pour retrouver le bon rythme, la bonne rage.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La musique, là encore, la scansion, la tension qui animent le texte, les émotions, les sensations, qu'elles transportent- et du même coup cette espèce d'opération magique qui permet, même fugitivement- d'habiter le corps d'un autre, de dire "je" avec lui.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'écris le matin, quand la journée est encore vierge et le travail inconscient de la nuit toujours présent. Quant à la musique, j'en écoute beaucoup, avant, après, mais pas pendant : le texte doit trouver la sienne.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Quelque chose s'impose, à quoi je résiste parfois, jusqu'à ce que je n'ai plus d'autre choix que d'y aller. Ce peut être (c'est souvent) une image, une photo, parfois une phrase ou un silence. Quand tout ce que je vis, tout ce que je lis, commence à être aimanté par ça, je sais qu'un livre va exister. Et je ne passe à l'écriture qu'une fois arrivée à un point de tension - d'obsession, et presque de saturation- maximale : qu'une fois le ressort bandé à l'extrême.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
J'ai eu très jeune ce besoin-là : m'asseoir à une table, écrire- même n'importe quoi. Le besoin du geste et du vide qui le rend possible. Et j'ai ensuite organisé ma vie autour de ce lieu vacant sans savoir (c'est toujours un pari un peu fou) ce qui y surgirait, ni quelle forme cela prendrait.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Comme beaucoup, j'ai été, enfant, adolescente, une lectrice-dévoratrice. Mais les «premiers chocs», à cet âge-là, je les dois à la poésie (Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, les autres, Michaux, ou Artaud, sont venus plus tard) : à ce qui surgit dans, justement, l'entrechoquement de deux mots simples, apparemment usés, mais qui, par le miracle de ce lien, donnent naissance à un son et une pensée insoupçonnés.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
On n'écrit pas pour être écrivain, on écrit pour écrire : pour réparer, pour suturer, pour mettre en musique et en mouvement ce qui sans cela vous tiendrait muet, pétrifié- d'effroi ou de jouissance, les deux parfois. Après, on est lu (ou pas). Et lire, c'est lier : arpenter en soi, et dans le monde, des zones opaques ou désertées, arpenter et briser les «lacs durs oubliés». Lire, écrire, c'est se laisser traverser par une formidable puissance de vie. Rendre les morts à la présence mais aussi se soustraire, vivant, à sa propre absence.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une place à la fois essentielle et secrète. C'est un lieu très intime, une librairie, celui d'une rencontre possible avec un livre, un auteur, des lecteurs. J'ai vraiment besoin, pour m'y sentir bien, pour ne pas être écrasée par les monceaux de livres et de nouveautés, par tout ce qui relève du «marché», de sentir que l'espace de cette rencontre est préservé.


  • Les présentations des éditeurs : 25/11/2012

Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir, je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux, j'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblables que je n'ai plus su qui je regardais. Cela m'a fait peur, vite je suis partie, je me suis effacée.

En 2002, c'est la seconde Intifada. Sarah, Juive d'origine polonaise, née et élevée à New York, est revenue vivre en Israël avec sa mère après les attentats du 11-Septembre. Léïla a grandi dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Toutes deux ont dix-sept ans. Leurs voix alternent dans un passage incessant des frontières et des mondes, puis se mêlent au rythme d'une marche qui, à travers les rues de Jérusalem, les conduit l'une vers l'autre.
Partages est un roman sur la communauté et sur la séparation, sur ce qui unit et divise à la fois. Soeurs ennemies, Léïla et Sarah sont deux Antigone dont le corps est la terre où border et ensevelir leurs morts.

Gwenaëlle Aubry, philosophe et écrivain, est l'auteur d'essais et de cinq romans dont Personne (prix Femina 2009).



  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express, octobre 2012

A Jérusalem, en 2002, deux adolescentes, l'une arabe, l'autre juive, tentent, sans succès, d'échapper à leur destin. Partages, ou le grand miroir brisé de Gwenaëlle Aubry. Elles s'appellent Leïla et Sarah, ont 17 ans toutes les deux, pourraient être amies ou même jumelles... Mais c'est à Jérusalem que vivent les deux brunettes : Leïla, la Palestinienne musulmane, est confinée dans un camp depuis que le village familial a été vidé de sa population ; Sarah la juive, petite-fille de Polonais exterminés par les nazis, a fui New York au lendemain du 11 Septembre avec sa mère traumatisée. Ce sont ces deux voix, ces deux images en négatif d'une même tragédie, que Gwenaëlle Aubry, Prix Femina 2009 pour Personne, orchestre magistralement dans Partages, opéra sanglant qui ne connaît ni mièvrerie ni dogmatisme.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 13 septembre 2012

Leïla, Palestinienne, et Sarah, Israélienne, sont unies et séparées par la même violence. Avec Gwenaëlle Aubry, la littérature donne rendez-vous à l'histoire...
Gwenaëlle Aubry donne avec Partages un roman précis et documenté, très ancré dans la réalité contemporaine, ses fondements historiques et les discours qui en émanent et structurent les postures des acteurs. Mais, plus impressionnant encore est sa pénétration, sa capacité de se couler dans l'expérience sensible des deux personnages qu'elle construit, pour en faire surgir cette tragique gémellité.


  • La revue de presse Francine de Martinoir - La Croix du 29 août 2012

Après le magnifique «Personne», prix Femina 2009, Gwenaëlle Aubry donne la parole à deux adolescentes, l'une arabe et l'autre juive, dans la Jérusalem d'aujourd'hui...
En 2002, à Jérusalem, deux jeunes filles du même âge - dix-sept ans seulement -, qui ne se connaissent pas, vivent séparées par quelques centaines de mètres, séparées surtout par tout ce que l'histoire de cette terre - leur terre - fait supporter à leur jeune âge...
Gwenaëlle Aubry fait entendre, dès les premiers mots de leurs monologues, le retentissement de blessures très anciennes. Le poids des traumatismes subis par les parents et les ancêtres rend impossibles tout rapprochement entre elles, entre les deux communautés, et la vie à la fois paisible et ardente dont elles rêvent. Elles se croisent dans leurs déambulations à travers la ville, il leur arrive même de se voir, à côté l'une de l'autre, dans un miroir, expérience d'une inquiétante étrangeté où l'inconnue, l'espace d'un instant, devient un double.


  • Les courts extraits de livres : 25/11/2012

Jérusalem, rue al-Silsila

Au début, je n'allais pas au-delà du Mur. Je ne m'en approchais pas. Je le regardais de haut, depuis la petite place de Misgav Ladah, dans un éblouissement de pierre et de lumière. Une lumière inhumaine, calcaire, de canyon, de désert, répercutée par les arches blanches, les drapeaux étoiles, l'or du Dôme du Rocher. Le Mur, lui, absorbe tout, le grand éclat et les ombres des fidèles, les larmes et les noms sacrés, les prières de papier glissées dans ses fentes. Ce n'est pas cela qu'il faut faire, je le sais. Peu de temps après notre arrivée, j'y suis allée seule, sans le dire à ma mère. Il y avait foule, ce jour-là. Deux garçons joufflus, gauches et fiers, célébraient leur bar-mitzvah. De l'autre côté de la barrière, mères, soeurs, tantes montaient tour à tour sur des chaises pour les regarder. Je me suis assise près d'elles, du côté des femmes, surprise d'accepter ça, pourtant je n'étais pas comme elles ni comme les autres, en foulard et jupe longue, serrées sur les bancs, leur bébé sur les genoux ou dans des poussettes, et qui, face au Mur, attendaient, patientes, silencieuses, captives d'une scène où rien ne se jouait qu'encore et toujours l'attente mais moi, songeais-je en les regardant, moi je n'attends pas, je suis trop jeune pour cela, à dix-sept ans je les veux maintenant les règnes, les justices, les pardons, tsedek, mehila, ces mots-là me traversaient que jamais dans ma langue je n'aurais prononcés, voilà le pays qui me monte à la tête à la bouche me suis-je dit, je ferais mieux de rejoindre les touristes derrière leurs caméras, de rire de tout cela, mon frère m'a raconté que c'est ici qu'il a demandé Yaël en mariage mais comment ont-ils fait, étaient-ils chacun d'un côté de la barrière, elle perchée sur une chaise - quand tout à coup j'ai remarqué une fille debout derrière un parasol replié. Elle était plus jeune que moi, vêtue d'une blouse et d'une jupe noire qui tombait sur des bas de laine blanche et des vieilles baskets. Cachée derrière le parasol, loin du Mur mais tournée vers lui, elle priait, les yeux clos, en oscillant doucement, le visage enfoui dans les Tehilim comme des larmes dans une main. Sous son foulard on distinguait des mèches blondes, un front haut et pâle, le teint clair des filles de l'Est - peut-être une Polonaise, comme Perla, comme la grand-mère aussi que je n'ai pas connue et dont je porte le prénom mais qui m'a légué sa peau mate, ses cheveux noirs (tu n'auras pas de problèmes, à Jérusalem, disaient David et Yaël pour me taquiner, on pourrait te prendre pour une Arabe). Alors je ne sais pas pourquoi, je me suis levée, je me suis approchée du Mur, collée à lui les yeux fermés, les mains posées sur les pierres tièdes où poussent des herbes folles. Un instant j'ai eu l'impression qu'il me portait comme une terre. Je n'entendais plus rien, j'étais ailleurs et en même temps arrivée. Je me suis souvenu de ce que disait mon grand-père quand j'étais enfant : Dieu est partout, Sarah, comme la mer qui remplit une grotte sans en être diminuée, regarde-toi dans ce miroir (le bras passé sur mes épaules il me conduisait devant le grand miroir posé sur la commode dans la chambre obscure de son appartement de Brooklyn), et maintenant dans celui-ci (il me tendait le petit face-à-main de Perla) : c'est bien toi qui es là, tu le vois, à peine plus grosse qu'une noix ou grande comme tu l'es déjà, alors si tu peux être dans deux miroirs à la fois, petite Sarah, songe à ce que peut Dieu.


  • L’amour des livres, avec Bonnelecture.fr : 25/11/2012

Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
La place où vivre : celle de la marge, de l'excès, où la vie s'aiguise et s'éclaircit.


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