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Auteur : François Marchand
Date de saisie : 18/09/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Romans
Prix : 13.00 €
ISBN : 9782749124377
GENCOD : 9782749124377
Sorti le : 23/08/2012
Ah la Samouse, riante région de France injustement oubliée des cartes, où le soleil peine à briller, où s'alignent les entrepôts de tôle à la gloire du consumérisme débridé (de cheminées Philippe à Ikéa) comme des survivance du culte païen que les assyriens vouaient à Mammon dieu du commerce, et ses autochtones que des siècles de mariages consanguins et d'inactivité intellectuelle ont rendu incapables de se passionner pour autre chose que les itinéraires routiers, le prix de l'immobilier et l'entretien de leurs voitures. A en croire le narrateur de ce roman, aucun individu sain d'esprit ne se risquerai volontairement dans cette contrée hostile où ce qui s'apparente le plus à de la philosophie est le culte du secret des bons coins à champignons. C'est pourtant en Samouse, que se rend ce parisien, citadin indécrottable pour faire la connaissance de sa belle famille. Mais celle-ci rechigne à accepter cet homme de la ville qui semble ne pas partager leurs valeurs ancestrales et la situation, de tendue ne tarde pas dégénérer en carnage faisant passer la Saint Barthélémy pour une aimable garden-party. Les choses se compliquent encore, lorsque le narrateur, ébranlé par la prise d'antidépresseurs, se sent appelé par la mission divine de tirer la Samouse des ténèbres, le voilà donc transformé en croisé exalté embarqué dans un jeu de massacre jubilatoire où règnent en maîtres l'humour noir et le mauvais esprit.
Faire la connaissance de ses beaux-parents n'est jamais chose facile. Surtout s'ils habitent en Samouse, région que le jeune marié va apprendre à connaître le temps d'un week-end interminable.
Dès le vendredi soir, il lui est évident que cela se passera mal. Mais jusqu'à quel point ?
Et l'impulsivité dont il fera preuve est-elle due à son état psychologique déjà bien dégradé ou à la rencontre de plein fouet avec cette diabolique région ? Son objectif de départ - limiter les dégâts - finira par faire place à une exaltation mystique qui culminera le dimanche, jour du Seigneur.
Un roman désopilant, un jeu de massacre permanent où tous les mauvais sentiments sont mis à l'honneur.
François Marchand est déjà l'auteur, au cherche midi, de L'Imposteur(2009) et de Plan social (2010). Son humour en fait un auteur à part, un orfèvre du sarcasme.
Un jeune homme fait connaissance de ses beaux-parents, de sa belle-famille. C'est un Parisien forcené. La belle-famille est fondamentalement rustique. Le choc des cultures sera sanglant. Les beaux-parents s'intéressent à leurs voitures. Ils ont acheté un pavillon à crédit mais ont des problèmes avec la fosse septique, située juste à côté de la cuisine. Certains dimanches, le rôti souffre des remugles. A l'apéritif, ils boivent le pastis. Les enfants s'appellent Dylan et Allison, ou, pire encore, Twix et Bueno...
Un week-end en famille finit un peu comme un livre de Jules Romains. Mais en moins sexuel. Quand le faux prêtre à la fin des Copains invite à la luxure, celui de François Marchand invite dans une anaphore rageuse à se révolter notamment contre Ikea, les magasins But, les Halles aux Chaussures, les ronds-points et plus généralement l'enlaidissement des campagnes françaises. Sans oublier les Cheminées Philippe (premier fabricant européen de cheminées).
VENDREDI
Au début, c'était juste un week-end en Samouse. Dans la famille de ma femme. Je ne pouvais pas savoir que ça allait dégénérer à ce point. Nous sommes arrivés à Andouillé le vendredi, tard. J'étais fatigué, Aurélie aussi, mais il a bien fallu honorer la collation préparée à notre intention, d'autant que c'était la première fois que je rencontrais ma belle-famille. Je venais de me marier avec Aurélie à Las Vegas, dans la foulée d'une perte monumentale au poker, en me disant qu'il valait mieux rassembler toutes les conneries possibles sur un seul jour.
Mon beau-père fit tout pour me mettre à l'aise.
- Appelle-moi Maurice.
Je ne parvins pas à décourager sa familiarité :
- Tu peux me tutoyer, mon petit gars.
- Si vous voulez. L'ironie fut perdue.
- Bien sûr que je veux. Allez, reprends un petit coup de vin. C'est un cépage interdit : le jacquet. C'est le Jeanjean, du clos des Espinasses, qui le fabrique.
Maurice voulut très vite connaître notre itinéraire détaillé depuis la sortie de l'autoroute. Je fis alors connaissance avec le principal sujet de conversation de la vie de Samouse : l'itinéraire routier, avec force propositions d'amélioration.
- Vous avez pris par Ruillé-le-Gravelais ? Et alors, après La Baconnière, lorsque vous êtes tombés sur l'embranchement des trois crassiers, vous avez pris la première à droite ?
- Euh, sans doute... Enfin, l'important est que nous soyons parvenus à destination.
- Oui, mais c'est beaucoup plus long. Je te ferai un schéma pour la prochaine fois. A Mézangers, il faut prendre la D 456 jusqu'au bois des Terres-au-Curé, là, tu ne prends pas la route de Louvigné-du-Désert, tu vois ? Tu bifurques carrément, on a l'impression de s'éloigner, mais tu rejoins la grand-route de Clermont-du-Plessis.
Ma belle-mère, Solange, affairée tour à tour par la préparation et l'éviction des plats, n'avait pas tout entendu. Maurice la héla, pour la prendre à témoin de cette bonne blague : les Parisiens avaient pris par Ruillé-le-Gravelais au lieu de tout simplement emprunter le chemin du bois des Terres-au-Curé, si accueillant pourtant, en cette froide nuit d'hiver. C'était à se tordre ! L'hilarité fit place à la commisération lorsque Maurice aborda l'inévitable sujet de la supériorité de la vie en Samouse par rapport à Paris. Je dus admettre qu'effectivement la «qualité de vie» y était nettement supérieure, tout en me demandant comment les Samousiens parvenaient à échapper à l'idée de suicide le premier dimanche de pluie venu. Face à la crétinerie triomphante, j'ai une stratégie bien rodée, inspirée de la pratique du poker : je renchéris. Lorsque le type m'explique que Paris ne supporte pas la comparaison avec Andouillé, chef-lieu de canton de Samouse, 1280 habitants perdus au milieu d'une brume permanente et diabolique, je songe à la relance, et ce n'est pas un jeu intellectuel facile que de trouver un avantage plausible à habiter pareil endroit. Maurice mettait ma sagacité à rude épreuve. Finalement, je répondis :
- L'avantage, ce sont les vacances.
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