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Auteur : Olivier Truc
Date de saisie : 16/04/2013
Genre : Policiers
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Noir
Prix : 22.00 €
ISBN : 9782864248835
GENCOD : 9782864248835
Sorti le : 13/09/2012
La Laponie, sa nuit polaire, et le froid.
Le décor est planté.
Les éleveurs de rennes, peuple sami, vivent en marge de la ville.
Une exposition dans la petite ville de Kantokeino et le meurtre d'un éleveur vont bouleverser la vie tranquille de ce peuple.
Deux flics mènent l'enquête, un troisième veut se l'approprier à des fins politiques.
Ethno-polar qui nous emporte, nous glace et fait que l'on a envie d'aller voir ces gens riches dans leur coeur.
Ce 10 janvier, à Kautokeino, en Laponie centrale, plusieurs événements se préparent : le soleil va enfin renaître et rendre aux hommes leurs ombres ; puis, au Centre culturel sami, sera présenté en grandes pompes, un tambour de chaman, une pièce rare, première du genre à revenir sur les terres de ses ancêtres. Mais, le vol du tambour dans la nuit, puis le meurtre d'un éleveur de rennes va bouleverser la petite communauté. Persuadés que les deux affaires sont liées, le Lapon Klemet Nango, enquêteur désabusé de la police des rennes, et son équipière, la jeune Nina Nansen, dont c'est la première affectation, mènent l'enquête. Des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami, en passant par les éleveurs de rennes, toujours prompts à se quereller pour le territoire alloué à leurs troupeaux, ils devront remuer de vieilles rancoeurs, dont certaines remontent à la guerre et à l'expédition de Paul-Émile Victor en 1939, déchiffrer l'iconographie mystérieuse des tambours sami et les paroles sibyllines des joïks, les chants traditionnels.
Écrit par un Français visiblement maître de son sujet, ce premier roman aux allures de «polar scandinave» déroule, dans un paysage fascinant, une galerie de personnages passionnants et hauts en couleurs, comme Aslak le berger, à la beauté magnétique, héritier et gardien de traditions ancestrales.
1) Qui êtes-vous ? !
Un émigré du sud tombé amoureux du grand Nord. Parisien, Montpelliérain, puis presque 20 ans de vagabondages en Europe du Nord, payé pour ça par mes journaux français, du grand luxe. Je suis basé à Stockholm d'où je vadrouille à la recherche d'histoires. Pays nordiques, pays baltes, essentiellement pour Le Monde, un journal qui continue à miser sur le reportage. Quelques documentaires aussi, deux livres de reportage. Et plein de projets.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La survie dans un environnement hostile, qu'il soit politique, historique, climatique, humain, les défis de la modernité, le rapport à un passé colonial enfoui, et la découverte d'un monde souvent victime de la caricature.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Quarante jours sans laisser d'ombre, ramenés au niveau du sol, comme des insectes rampants». Question d'atmosphère.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait bien sûr un joïk, un chant traditionnel sami, mais un joïk chanté par une femme, à cause de la place particulière qu'occupent les femmes dans ce livre, et dans une version qui fait s'entrechoquer tradition et modernité, comme le joïk d'Axel V, par le groupe Transjoik.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ma fascination pour ces espaces sauvages, et surtout pour les habitants qui s'y accrochent, avec leurs histoires douloureuses et sans détour. C'est une terre de récits et d'épopées qui comme un joïk raconte les merveilles et les mystères du monde.
Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en 1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?
Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.
Olivier Truc est journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde et du Point. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste. Auteur de la biographie L'Imposteur (Calmann-Lévy), il écrit ici son premier roman.
Avec Le Dernier Lapon, cet écrivain français installé à Stockholm inaugure les enquêtes de la police des rennes en pays sami...
Correspondant du Monde à Stockholm depuis 1994, Olivier Truc est assurément fin connaisseur de cet univers glacé, hostile en tout point. Et son érudition sur le sujet n'est pas pour rien dans le succès de ce charmant premier roman. Loin des polars scandinaves traditionnels, son Dernier Lapon penche vers le polar ethnique, genre popularisé par les enquêtes en pays navajo de Tony Hillerman, ou les tribulations aborigènes d'Arthur Upfield. C'est au son des joiks, ces chants traditionnels du Grand Nord, qu'on découvre la richesse et la fragilité de la culture sami, aujourd'hui prise en étau entre tradition et modernité, autonomie politique et développement minier. Ajoutez à cela un style vigoureux et une intrigue bien ficelée, jusqu'à un final éblouissant, et vous comprendrez pourquoi on reviendrait bien s'aventurer un jour dans ce paradis blanc...
Olivier Truc, journaliste, correspondant à Stockholm du journal Le Monde et du Point, se risque ainsi, à son tour, au polar ethnologique. Avec un beau succès ! Son roman a le charme un peu inquiétant des paysages qu'il met en scène, quand les immenses étendues désertiques disparaissent sous la neige et recèlent de multiples pièges...
Olivier Truc montre les bouleversements contemporains, les luttes politiques entre autonomistes samis et partis d'extrême droite, les convoitises suscitées par les richesses minières du territoire lapon. Sans que jamais la fiction soit écrasée par l'érudition.
1693.
Laponie centrale.
Aslak trébucha. Signe de fatigue. Normalement, ses pas trouvaient toujours. Le vieil homme n'avait pas lâché son paquet. Il roula sur lui-même. Le choc fut amorti par la couche de bruyère. Un lemming s'en échappa. Aslak se redressa. D'un coup d'oeil derrière lui, il estima la distance de ses poursuivants. Les aboiements approchaient. Il lui restait peu de temps. Il reprit sa course silencieuse. Le visage creusé et des pommettes rebondies lui donnaient un air mystique. Ses yeux étaient enflammés. Ses pieds trouvaient à nouveau seuls la trace. Son corps se dédoublait. Il sourit, respira plus vite, à s'en faire tourner la tête, léger, le regard aiguisé, les pas infaillibles. Il savait qu'il ne chuterait plus. Il savait aussi qu'il ne survivrait pas à cette nuit doucereuse. Ils le pistaient depuis trop longtemps. Cela devait finir. Il ne perdait pas un détail de ce qui l'entourait, le plateau qui s'élevait, le mouvement des pierres, la berge élégante du lac à la forme de tête d'ours, les montagnes au loin, pelées, douces, où ses yeux distinguaient des rennes assoupis. Un torrent s'écoulait. Il s'arrêta, le souffle à peine haletant. Ici. Il fixa les lieux. Le torrent qui s'écoulait et se déversait dans le lac, les traces de rennes qui filaient dans la montagne vers l'est, où la lueur du soleil à venir indiquait le début de sa dernière journée. Il resta grave, serra son paquet. Un petit îlot s'élevait dans un coin du lac. Il s'en approcha, trancha des branches de bouleau nain à l'aide de son couteau. L'îlot était couvert de bruyère et d'arbrisseaux. Les aboiements se rapprochaient. Il se déchaussa, jeta dans l'eau les branches pour éviter de laisser ses traces dans la vase. Il continua ainsi jusqu'au rocher, grimpa, souleva les bruyères et enfouit son paquet. Il rebroussa chemin, puis il reprit sa course. Il n'avait plus peur.
Les chiens couraient toujours. Plus près. Les hommes ne tardèrent pas à apparaître derrière le sommet de la colline. Aslak fixa une derrière fois le lac, le torrent, le plateau, l'îlot. Les reflets mauve-orangé du soleil marbraient les nuages. Il courait, et pourtant il sentait que ses pas ne le portaient plus. Il fut bientôt rattrapé par les chiens, des dogues qui l'entourèrent en grognant sans le toucher. Il ne bougea plus. C'était fini. Les hommes étaient là, le souffle court, les yeux exorbités. Ils transpiraient, l'air mauvais. Mais les yeux pleins de crainte aussi. Leurs tuniques étaient écorchées, leurs chausses détrempées et ils s'appuyaient sur les bâtons. Ils attendaient. L'un d'eux s'approcha. Le vieux Lapon le regarda. Il savait. Il avait compris. Il avait déjà vu, par le passé. L'homme évitait le regard du Lapon, il passa derrière lui.
Le vieux eut le souffle coupé quand le coup violent lui fit éclater la joue et lui brisa la mâchoire. Le sang gicla d'un coup. Il tomba à genoux. Un deuxième coup de bâton allait tomber. Le Lapon était chancelant, choqué, même s'il avait tenté de préparer son corps. Un homme sec arriva. L'autre retint son geste et reposa son bâton. Il demeura en retrait. L'homme sec était vêtu de noir. Il jeta un regard froid à Aslak, puis à l'homme au bâton, qui recula de deux pas, le regard fuyant.
- Fouillez-le.
Deux hommes s'avancèrent, heureux que le silence soit brisé. Ils lui arrachèrent brutalement son manteau.
- Allez, diable de sauvage, ne résiste pas.
Aslak était silencieux. Il ne résistait pas. Mais ces hommes avaient peur. La douleur le gagnait. Le sang coulait. Les hommes le tiraillaient, l'obligèrent à baisser son pantalon en peau de renne, lui arrachèrent ses chausses, son bonnet à quatre coins que l'un d'entre eux jeta au loin en prenant soin de cracher dessus. L'autre lui prit son couteau en bois de renne et en bouleau.
- Où l'as-tu caché ?
Le vent soufflait maintenant sur la toundra. Cela lui fit du bien.
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