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Auteur : John Verdon
Traducteur : Philippe Bonnet | Sabine Boulongne
Date de saisie : 15/10/2012
Genre : Policiers
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 21.50 €
ISBN : 978-2-246-76951-4
GENCOD : 9782246769514
Sorti le : 16/05/2012
«N'ouvre pas les yeux» vous fera ne pas fermer les yeux. Le dernier John Verdon est intense, on le dévore. On est tenu en haleine par les rebondissements incessants de l'enquête, par la fine description des différents personnages et par la vie de l'enquêteur à la retraite David Gurney.
Quelques minutes avant son mariage, la jeune malsaine future épouse d'un célèbre et riche psychiatre est retrouvée décapitée dans la dépendance occupée par le jardinier mexicain Hector Flores. Ce dernier a disparu. La police voit en lui le coupable idéal mais l'enquête piétine et la famille appelle David Gurney, jeune retraité de la brigade criminelle. Il va rapidement découvrir et nous à travers lui que l'histoire est très loin d'être aussi simple...
Nous retrouvons notre enquêteur Dave Gurney, toujours en retraite anticipée, qui comme dans 658, rechigne à se laisser tenter à résoudre une nouvelle enquête. Une jeune mariée se fait décapiter le jour de ses noces... La mère de la victime trouve que la police a bâclé le travail et se trompe de direction. C'est le policier Jack Hardwick dessaisi de l'affaire pour insubordination qui le contacte pour démêler cette étrange affaire. Encore plus fort que 658. Totalement addictif !
Une jeune femme a été retrouvée décapitée le jour même de son mariage, dans la somptueuse propriété des Ashton. Tout accuse le jardinier mexicain, un certain Hector Flores, qui demeure introuvable depuis. L'inspecteur Gurney, appelé en dernier recours par la mère de la victime pour retrouver le meurtrier, s'aperçoit bientôt que la mariée n'avait rien d'une oie blanche... et que ses rapports avec son fiancé, Scott Ashton, jeune et brillant psychiatre, fondateur d'un institut pour enfants "difficiles", sont plus complexes qu'il n'y paraît à première vue.
Gurney ne tarde pas à se rendre compte que rien, dans cette histoire, n'est conforme aux apparences. Et quand il découvre, déposée chez lui en son absence, une poupée décapitée, il comprend très vite aussi qu'il risque lui-même d'être la prochaine victime. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que son enquête va le mener bien au-delà du meurtre, dans la toile inextricable d'un ennemi terrifiant, tentaculaire et, surtout, très patient.
Après son premier roman et coup de maître 658, Verdon persiste, signe et monte encore le niveau d'un cran. De son ouverture saisissante jusqu'à son finale stupéfiant, N'ouvre pas les yeux est un chef-d'oeuvre du genre, servi par une intrigue au cordeau et des personnages tourmentés. John Verdon s'impose définitivement dans la cour des grands du thriller.
John Verdon, né en 1942, ancien publicitaire, réussit avec ce premier roman "658" un coup de maître, salué par les plus grands noms du genre et vendu dans plus de vingt pays à travers le monde.
Vie champêtre
En ce matin de septembre, il régnait un silence sidéral, comme dans un sous-marin glissant entre deux eaux, ses moteurs éteints pour échapper aux systèmes d'écoute de l'ennemi. Le paysage semblait retenu, immobile, sous l'emprise d'un calme immense, le calme avant la tempête, un calme aussi profond et imprévisible que l'océan.
Il avait fait un été étrangement doux, la semi-sécheresse absorbant lentement la vie du gazon et des arbres. À présent, les feuilles viraient du vert au brun clair et commençaient déjà à tomber des érables et des hêtres, n'offrant guère la promesse d'un automne haut en couleur.
Dave Gurney se tenait devant les portes-fenêtres de sa cuisine rustique, contemplant le jardin et la pelouse tondue entre la grande maison et le pré envahi par la végétation qui descendait en pente douce vers l'étang et la vieille grange rouge. Il se sentait vaguement mal à l'aise, irrésolu, son attention allant du carré d'asparagus à l'extrémité du jardin au petit bulldozer jaune à côté de la grange. Il grommelait en avalant à petites gorgées son café du matin, qui refroidissait dans l'air sec.
Mettre des engrais ou pas : telle était la question asparagus. Ou du moins la première question. Dans le cas où la réponse se révélait être oui, cela soulevait une seconde question : en vrac ou en sac ? L'engrais, avait-il lu sur les divers sites web que lui avait indiqués Madeleine, était la clé du succès avec les asparagus ; quant à savoir s'il devait compléter la dose qu'il avait utilisée au printemps dernier par un nouvel apport, ce n'était pas très clair.
Il vivait depuis deux ans dans les Catskill. Il avait essayé, non sans mal, de s'impliquer dans ces problèmes de maison et de jardin auxquels Madeleine s'était attaquée avec un enthousiasme immédiat ; mais des remords, tels des termites inquiétants, le rongeaient. Non pas ceux de l'acheteur de cette maison, avec ses vingt-cinq hectares de terrain pittoresques qui constituaient un bon investissement, mais ceux de l'inspecteur du NYPD ayant décidé de changer de vie et de prendre sa retraite à l'âge de cinquante-six ans, troquant sa plaque de policier pour celle de gentilhomme campagnard attaché aux travaux du jardin.
Certains événements de mauvais augure semblaient d'ailleurs aller dans ce sens. Depuis qu'ils s'étaient installés dans leur paradis pastoral, en dehors d'un tic intermittent de la paupière gauche, il s'était remis à fumer de façon sporadique après quinze ans d'abstinence, à son grand dam et à celui de Madeleine. Mais le gros point noir était qu'il avait accepté, l'automne précédent, au bout d'un an de soi-disant retraite, de se plonger dans l'horrible affaire du meurtre de Mark Mellery.
C'est à peine s'il avait réchappé à cet épisode ; sans compter qu'il avait en plus mis Madeleine en danger et, dans cet instant de lucidité que procure souvent la proximité de la mort, il avait décidé de se consacrer aux seuls plaisirs de leur nouvelle vie. Ce qui semble évident, lumineux, perd de son éclat si on ne s'y cramponne pas jour après jour. Un instant de grâce n'est qu'un instant de grâce. Si on ne le retient pas, la vision se transforme de façon étrange, une pâle image rétinienne se dissipant peu à peu, un rêve, puis une note dissonante dans le fond sonore du quotidien.
Comprendre ce phénomène, découvrit Gumey, n'est pas synonyme de miracle - la meilleure attitude qu'il ait trouvée et qui le mettait en porte-à-faux avec sa femme était la tiédeur. Il se demandait si l'on pouvait réellement changer, ou plutôt, si lui pouvait réellement changer. Dans ses moments sombres, son manque de souplesse, tant dans sa manière d'être que dans sa façon de penser, le décourageait.
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