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Auteur : Anne Richet
Date de saisie : 07/07/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Siloë, Nantes
Collection : L'ancolie
Prix : 17.50 €
ISBN : 978-2-84231-528-3
GENCOD : 9782842315283
Sorti le : 15/03/2012
Jean, 62 ans, rejoint son frère Paul dans la maison de leur enfance afin de régler les détails de la vente suite au décès de leur mère. Durant le trajet, il fait connaissance de Sarah, 19 ans, avec laquelle il se lie. Jean est confronté à ses souvenirs, ceux liés à sa mère, à son frère, à un père absent,... Un premier roman tout en délicatesse. A découvrir !
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis une femme de 54 ans qui écrit depuis longtemps (toujours), qui aime raconter des histoires, qui aime la littérature classique et contemporaine, le cinéma, le théâtre. Parallèlement, je travaille à Lyon, ville près de laquelle je vis, comme formatrice dans un Greta.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est celui du conflit entre deux frères autour d'une maison, celle de la mère, de l'enfance, des parents : c'est ainsi que cela commence, sur la mésentente entre ces deux hommes. L'histoire familiale afflue au moment du retour vers cette maison, mais il y a aussi une rencontre, du dynamisme, le présent d'aujourd'hui.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Mais aussi plus indécise, plus flottante se dessine sous mes paupières affaissées, une route implacablement droite dans la chaleur étouffante de midi, coupant des champs perdus dans une brume poussiéreuse, route que j'ai parcourue de si nombreuses fois en toutes saisons et à toute heure, et particulièrement cette fin d'après-midi où je cherche maman, pédalant de plus en plus vite, de plus en plus fort, à bout de souffle, hurlant le nom de maman, dans l'air vide de la nuit qui approche, le soleil ayant disparu dans le ciel où ne restent que des nuages bordés d'un liseré doré, mais ronde, blanche, au contour si précis qu'on la dirait dit très proche, monte la lune, insolente dans sa plénitude, et moi qui m'écroule sur le bord du chemin, en sanglots.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une sonate, à trois mouvements, en particulier la sonate en la mineur de Franz Schubert.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais qu'ils soient sensibles à la poésie qui se dégage du style, du rythme des phrases, à la mélancolie du personnage mais aussi à la vitalité de la rencontre entre lui et Sarah.
Ils reviendront jeudi. Avant, ce n'est pas possible, ils travaillent. Je dois aller jusqu'au bout. Je n'ai pas d'autre choix. C'est ce que je voulais. Me débarrasser de la maison. La vendre. Je me rappelle mes mots : «On fera comme tout le monde, trier, jeter et vendre.» Comme c'est curieux, parfois, les mots, on les prononce avec un tel accent de vérité que rien ne peut nous en faire douter, puis un jour, avec un léger haut-le-coeur, on se rappelle les avoir dits, ces mots qui sont comme des cailloux, des blocs de béton, vendre, casser, détruire, raser, nettoyer, pas de trace, pas de souvenir, pas de passé. Comment ai-je pu dire des choses pareilles ?
Avec une écriture douce, posée, qui capte les mouvements de l'âme, Anne Richet nous fait entendre la voix de Jean, brouillée par le ressassement du passé et les murmures d'une maison qui survit à son enfance : la fuite d'un père, le souvenir d'une mère qui vient de mourir, l'incompréhension du frère. À quoi bon conserver ces murs, il faut vendre. Seule Sarah donne un peu de lumière et de fraîcheur à la lente dérive du temps, mais n'est-elle pas une chimère ?
Anne Richet vit près de Lyon. Elle lit Annie Ernaux, Milan Kundera... La maison n'est pas à vendre est son premier roman.
Les volets l'année dernière n'étaient pas rouges, mais il m'a dit «il y a des choix à faire pour la maison», alors j'ai pris l'autocar de 8 h 30, je me suis assis à côté d'une fille endormie, qui s'est réveillée en sursaut, m'a demandé où on était - elle allait à Brissolles - son portable a sonné, elle a répondu d'une voix forte, l'appareil collé à l'oreille, dans l'autocar bondé, où le silence du départ s'est transformé en bruit de voix humaines, de sonneries, de «Allô, tu es où ?», mêlé au grondement du moteur poussif le long de la route de montagne, moi, humilié à l'avance de ma faiblesse, alors qu'il m'aurait suffi de lui dire : «Fais ce que tu veux de la maison. Je ne veux plus en entendre parler.» La fille a répété «A tout à l'heure», comme si l'autre entendait mal. Elle a fermé son portable.
«C'est encore loin, Brissolles ?
- Deux heures environ.»
Son copain était apprenti boulanger. Elle ne voulait pas être boulangère à Brissolles. «Ah ça, non, jamais !
- Alors, où ?»
Du menton elle a indiqué le paysage derrière la fenêtre opaque : «Je ne sais pas. N'importe où !
- Dans le vaste monde ?
- Oui, c'est ça, dans le vaste monde.» Nous avons ri tous les deux.
Après la mort de maman, la maison est restée vide. La glycine avait grimpé jusqu'aux fenêtres des chambres. Il a fallu l'arracher. Dans la cuisine stagnait une odeur de vieux murs, de bois brûlé.
«Ouvre les fenêtres», ai-je dit à mon frère quand je suis revenu. Toute la journée on a laissé les fenêtres ouvertes, toute la nuit et le lendemain et encore les jours qui ont suivi, mais l'odeur était chez elle, installée dans la chambre de maman, enfouie dans l'édredon, les draps, le matelas, à l'intérieur de l'armoire, entre les robes et les tabliers raccommodés, les piles de linge jauni, les serviettes élimées, et même dans les tiroirs vides, où traînaient des morceaux de théières brisées, de vieux bouchons de liège. Le bois de l'armoire en était imprégné et ce jour-là, encore submergé de tristesse, je n'ai pas su la nommer, mais maintenant dans l'autocar, assis à côté de la fille brune qui laisse brinquebaler sa tête contre le dossier du fauteuil - ses cheveux noirs et brillants effleurent mon épaule, je sens son souffle tiède et enfantin -, l'odeur, je peux la nommer, je l'ai connue dans d'autres lieux, ceux où on entasse les vieux, les maisons de retraite, les hôpitaux gériatriques, les chambres de mourants, l'odeur des vieilles choses, des vieilles gens, des vieux débris comme moi, est-ce qu'il ne voit pas qu'on est au bout du chemin, pas besoin de t'activer comme ça, tu es sur la pente, mais comme d'habitude je signe pour les fenêtres, la peinture, le chauffe-eau, «la maison t'appartient autant qu'à moi», me dit-il et, à chaque fois, dans sa voix, la menace.
La fille s'est rendormie. Sa tête penche vers moi. Elle fume des cigarettes extra-longues. J'ai vu le paquet blanc qu'elle a saisi à la place du téléphone, tandis que s'échappait de son sac l'agaçant air de rap. Lorsqu'enfin elle l'a déniché et plaqué contre son oreille, elle a crié aussitôt un «Allô» excédé.
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