Editeurs, auteurs, valorisez vos livres, avec 20minutes.fr
Libraires, partagez vos découvertes, avec 20minutes.fr
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez :
Auteur : Emmanuel Poncet
Date de saisie : 12/07/2012
Genre : Musique, Chansons
Editeur : NIL, Paris, France
Prix : 18.50 €
ISBN : 978-2-84111-633-1
GENCOD : 9782841116331
Sorti le : 24/05/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Je ne suis «que la chanson de mes 13 ans» comme l'a dit le critique rock et écrivain Patrick Eudeline. Accessoirement, je suis rédacteur en chef adjoint magazine GQ, et j'ai longtemps collaboré à Libération et Technikart.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'insondable mystère des ritournelles marchandes, celles de nos 13 ans, mais aussi celles d'avant (in utero) et celles d'après (j'ai 42 ans) : les hits, les thèmes de B.O, les mix et sets de DJ, les mash ups, les sonneries, les génériques télé, les tubes classiques...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Une magnifique phrase de Proust qui résume le projet de ce livre : «Swann tenait les motifs musicaux pour de véritables idées, d'un autre monde, d'un autre ordre, idées voilées de ténèbres...»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Last night a DJ saved my life» de Indeep ou «Mannekin» de Taxi Girl, les chansons de mes 13 ans.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Depuis que ce livre est sorti, mon plus grand plaisir est de recevoir des liens Youtube, des fichiers Mp3, des messages du Facebook, et même des CD du siècle dernier ( !) de lecteurs et lectrices qui me racontent leur «tubes» honteux, leurs tubes préférés, la «chanson de leur 13 ans», celles d'avant, celles d'après, et surtout celles du moment. Littéralement, «l'air du temps».
«J'ai eu l'idée de ce livre grâce à David Guetta et aux Black Eyed Peas. Leur hit planétaire "I gotta feeling" m'habite, m'énerve, m'innerve. II me passionne, et m'insupporte à la fois. En un mot je l'haime...»
Comment «I gotta feeling» est-il devenu un hymne international comme en leur temps "Imagine" de John Lennon (1971) ou le Boléro de Maurice Ravel (1928) ?
Quel mystérieux circuit empruntent ces virus sonores qui nous prennent littéralement la tête ?
Les tubes ne sont-ils que de scandaleuses machines commerciales destinées à divertir les masses ?
Ou des objets sonores complexes qui échappent à leurs créateurs et réveillent nos souvenirs les plus intimes ?
En une dizaine de chapitres, et plus de deux cents exemples (Michael Jackson, The Beatles, Beyoncé, Boris Vian, Lady Gaga...), cet essai dévoile toutes les facettes des "ritournelles marchandes" d'hier et d'aujourd'hui. Il nous fait entrer dans le mystère des tubes. De tous les tubes.
Emmanuel Poncet est rédacteur en chef adjoint du magazine GQ. Journaliste à Libération pendant douze ans, il y a notamment tenu la chronique musicale "Tubes à essai".
Extrait de l'introduction
Une question de feeling
I gotta feeling
That tonight is gonna be a good night...
Black Eyed Peas et David Guetta (2009)
«Swann tenait les motifs musicaux pour de véritables idées, d'un autre monde, idées voilées de ténèbres...»
Marcel Proust, Du côté de chez Swann (1913)
Je vais me faire lyncher. J'ai eu l'idée de ce livre grâce à David Guetta et aux Black Eyed Peas. Ou à cause d'eux, je ne sais pas. Au moment où j'écris ces lignes, je suis littéralement habité par «I gotta feeling», leur hit planétaire. Il m'énerve, il m'innerve. Il me somme, il m'assomme. Il me passionne, et m'insupporte à la fois. En un mot, je l'haime, dirait un psy lacanien.
«I gotta feeling» me poursuit au point que je peux passer une soirée entière sur YouTube à écouter en boucle ce titre, sorti le 21 mai 2009. Quatre minutes quarante-neuf secondes. Cent vingt-huit battements par minute.
Pourtant, je ne l'ai pas acheté en disque physique. Je ne l'ai jamais téléchargé sur iTunes. Je ne l'écoute pas plus sur Deezer ou Spotify, les sites d'écoute en streaming. Je ne regarde jamais le clip officiel, insignifiant. Ce qui me fascine jusqu'à l'obsession, ce qui fait la singularité inouïe d'«I gotta feeling», c'est son pouvoir de captation physique et social. Je suis capable de me repasser aujourd'hui encore la vidéo d'un concert que les Black Eyed Peas ont donné à Chicago pour saluer le départ de la célèbre animatrice de télévision américaine Oprah Winfrey.
Ce jour-là, le 8 septembre 2009, le groupe entame les premières mesures du titre. Bizarrement, on devine que quelque chose cloche au sein de la foule de plus de vingt et un mille personnes réunies pour l'événement. Elle semble tétanisée, atone, curieusement frigide. Seule une jeune fille de vingt-cinq ans environ, habillée en bleu, se déchaîne au ras de la scène, près des barrières qui protègent le groupe. Elle danse, littéralement en transe. Le groupe poursuit, comme si de rien n'était. I gotta feeling...
Puis autour de la jeune fille en bleu, ce sont six, sept, huit personnes qui sortent de leur torpeur, se mettent à danser, parfaitement synchrones avec les gestes de celle-ci, et le tempo rapide du morceau. À chaque accentuation des paroles, ils jettent leurs bras, s'immobilisent, puis basculent leurs têtes en avant, ou en arrière, repartent, s'arrêtent encore. Le titre file depuis bientôt une minute, et ce sont désormais trente, quarante, puis cent, deux cents personnes qui rejoignent la chorégraphie, s'appliquant à reproduire chaque mouvement de cette mystérieuse jeune fille en bleu. En chemisier jaune canari et pantalon noir, Oprah Winfrey, debout sur la scène, affiche un grand sourire commercial. Incrédule, elle exhibe maintenant un smartphone pour immortaliser ce flashmob de plus de mille, puis deux mille Chicagoans qui reprennent chaque mouvement de danse de la jeune fille en bleu. Quatre mille. Cinq mille. À la moitié de la performance - deux minutes - la foule a gonflé comme une gigantesque onde marine, de six mille, huit mille, douze mille danseurs calés au millimètre près sur le rythme du morceau...
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2013 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia