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Auteur : Jérôme Noirez
Date de saisie : 28/09/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France
Prix : 22.10 €
ISBN : 9782702142899
GENCOD : 9782702142899
Sorti le : 22/08/2012
Ce titre rappelle un certain livre du marquis de Sade, Les 120 journées de Sodome. Effectivement, l'auteur a choisi de s'en inspirer et d'en faire une fiction contemporaine. Habituellement romancier pour enfants, Jérôme Noirez nous offre ici un roman sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, d'une façon inhabituelle et angoissante.
Collégiens aux âges et traits de caractère différents se rendent à leur établissement. Ils se sont souvent croisés, mais ne se connaissent pas. Et pourtant, ils vont devoir cohabiter ensemble pendant 120 jours... dans un endroit invraisemblable.
Une idée de qui ? De leur proviseur. Lui et trois autres adultes veulent tenter une expérience éducative : chacun utilisera une méthode différente pendant un mois. Mais ce n'est sans compter le caractère propre de chacun...
Les enfants vont se réveiller peu à peu dans ce lieu étrange, sans avoir eu d'informations au préalable, et sans soutien de leur famille pour qui ils seront tenus comme disparus.
La seule ouverture extérieure sera les histoires d'un conteur via micro tous les sept jours, qui ignore la nature de l'expérience. Des contes dans un autre....
Ce livre est dérangeant, mais offre une réflexion sur l'éducation (il n'existe pas de formule magique) et sur la période énigmatique qu'est l'adolescence.
1) Qui êtes-vous ? !
Un écrivain de langue française, auteur d'une quinzaine d'ouvrages pour les grandes personnes et pour la jeunesse.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un questionnement, peut-être. Comment le mot adolescent, autrefois synonyme de grâce, de vitalité, est devenu le qualificatif d'une quasi-pathologie physiologique, psychologique et sociale ? Comment les adultes, dans une mêlée de désir, de défection et de déni, en sont arrivés à haïr autant leurs enfants ?
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
N'importe quelle phrase comprise entre la page 7 et la page 454.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La Pavane de Fauré en version électronique 8 bits.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Quelques émotions feutrées.
«Parce que toute existence a besoin d'un récit... Ce n'est pas la puberté qui différencie l'enfant de l'adolescent, mais ce soudain déni de récit que les adultes imposent aux enfants quand ils décident de voir en eux autre chose. L'adolescent n'est qu'un enfant privé de récit...»
Huit collégiens : quatre filles, quatre garçons âgés de douze à quinze ans. Ils se connaissent, s'ignorent, et se rendent au collège par des routes divergentes. Un soir, ils ne ressortent pas de leur établissement. Ils se réveillent à Silling, un lieu obscur, souterrain, mi-bunker mi-pensionnat. Quatre mois durant, ils devront se plier à des rituels étranges, des simulacres scolaires, spectateurs et acteurs de drames sanglants.
À ce récit se superpose celui d'un conteur radiophonique, chargé de s'adresser aux collégiens séquestrés depuis son ordinateur. Il se prête au jeu moyennant finance sans être convaincu d'avoir un auditoire. Le voilà qui narre des histoires d'adolescence drôles, tragiques, horrifiques, des contes de fées peuplés de princes-zombies et de limnées géantes.
Entre le dedans et le dehors, le quasi-fantasme et le presque-réel, de bizarres conjonctions naîtront.
Né en 1969, Jérôme Noirez a été musicien (compositeur, interprète et enseignant) avant de se consacrer presque exclusivement à l'écriture. Il a publié une douzaine de livres. Son recueil de nouvelles Le Diapason des mots et des misères a remporté en 2010 le Grand Prix de l'Imaginaire. S'appuyant sur la structure des Cent Vingt Journées de Sodome, il continue d'explorer la figure de l'enfant, au coeur de son univers littéraire mêlant humour, tendresse, effroi et grotesque.
JOURNÉE 1
Aujourd'hui, il fait moite. Une averse est tombée la veille, durant plusieurs heures, jusqu'au soir où le déluge s'est brusquement arrêté. Et voilà que ce matin le soleil brille intensément dans un ciel sans nuages, et qu'une brume très légère plane au-dessus du sol détrempé. Ninon est allée poser ses fesses sous l'ombre des sapins pour y farfouiller la terre, et je la regarde depuis la fenêtre de mon bureau. Ses cannes maigres repliées contre elle portent toute une collection de bleus, qui d'ailleurs ne sont pas bleus, mais plutôt verts ou beiges... Je crois lui avoir demandé plusieurs fois de jeter ce short immonde, le genre que portent les gosses des bidonvilles quand ils gravissent leurs terrils d'ordures. Je n'ai jamais bien compris pourquoi elle y était aussi attachée et l'enfilait à la moindre occasion. C'est du six ans, elle en a huit, bientôt neuf, on ne peut pas dire, cependant, qu'elle croisse à vue d'oeil. Je ne me rappelle même plus dans quelles circonstances on le lui a acheté.
Je vois ses doigts qui grattent le sol à la recherche des bestioles qui y sommeillent. Celles qui sont réveillées gravitent autour de son visage. Ninon est devenue une étoile pour les moucherons. L'humidité montant du sol a commencé à mouiller ses cheveux qui collent à son front et à ses oreilles décollées. Elle a l'air de s'en foutre. Elle ramène de l'humus une larve gigoteuse. Ses doigts sont sales. Elle les passe sur ses joues roses. Pas le rose de la vitalité, plutôt une irritation due à la moiteur et aux insectes. Si j'étais un père soucieux de ses responsabilités, si j'avais acquis la maturité que l'on attend d'un homme de mon âge, maturité que je serais alors censé inoculer d'une voix grondante à plus immature que moi, j'ouvrirais la fenêtre et rappellerais à ma fille qu'elle n'a pas déjeuné, qu'elle s'est habillée n'importe comment, et qu'elle va finir par attraper des vers intestinaux ou le tétanos ou la dengue à fouiller à main nue le terreau brun des conifères. Mais j'adore la voir faire sa crapote, et je l'envie, en fait.
Mon ordinateur me bipe. Je retourne m'asseoir devant mon écran. La crapote est en fond, elle sourit, les pieds dans une mare où se noient mes icônes, penchée vers son reflet maculé de lentilles d'eau. Le téléchargement du module est fini. Installe-toi, oui. Un oculus s'ouvre, ou plutôt une espèce de psyché noire dans laquelle je me reflète, ce qui est plutôt désagréable. Un message s'affiche. Mon microphone est reconnu, m'apprend-il. À l'extrémité inférieure de l'ovale, un potentiomètre s'agite à chaque fois que je remue sur ma chaise ou que je me gratte la gorge. Dans la partie supérieure brille une diode rouge. Rien de plus. Aucun paramètre, aucune gestion de fichiers. Mon pare-feu sort de sa torpeur. Il veut savoir si l'on peut faire confiance à ce programme. J'apprécie sa constante méfiance, son côté suricate en alerte. Je le rassure. Tout va bien, tout est sous mon contrôle. Il doit sentir que je lui mens car il met quelques secondes avant d'abdiquer. La diode passe brièvement au vert avant de revenir au rouge. Sur la psyché s'inscrit : Prochaine connexion dans 9 jours 9 heures 37 minutes. On me fait grâce des secondes. Je me demande si, à l'autre bout, ils ont été alertés de la bonne installation du programme. D'une pichenette de souris, je ferme l'oculus qui s'en va se tapir dans la végétation, derrière Ninon et son sourire.
Retour à la fenêtre du réel. Ninon n'est plus sous les sapins. Je devine le haut de sa tête qui dépasse derrière le muret en habits de lierre. Elle doit inspecter le potager, enfin, ce que nous appelons le potager, car des légumes chétifs que nous ne cueillons presque jamais y croupissent au milieu d'une multitude de variétés d'herbes. Un piaf s'envole trop rapidement pour que je l'identifie. Il disparaît derrière la haie de ronciers, s'en va pépier chez les voisins.
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