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Auteur : Sarah Cohen-Scali
Date de saisie : 03/09/2012
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Gallimard-Jeunesse, Paris, France
Collection : Scripto
Prix : 15.90 €
ISBN : 978-2-07-064389-9
GENCOD : 9782070643899
Sorti le : 31/05/2012
Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Himmler, sous l'impulsion du Führer, a mis en place le projet «Lebensborn». Ce mystérieux programme avait pour but de fonder une pure race aryenne en faisant s'accoupler des hommes et des femmes sélectionnés au préalable selon des critères soi-disant précis. De ces nombreuses unions libres sont nés des nourrissons confiés immédiatement à la patrie par le biais du Heim, une sorte d'orphelinat où les nouveaux-nés sont longuement et scrupuleusement étudiés. Ceux qui sont retenus continueront à vivre au Heim et seront élevés comme de parfaits petits nazis. Les bébés dont les mensurations ne correspondent pas à l'idéal aryen ils sont purement et simplement «réinstallés» ; ce qui signifie qu'officiellement ils sont déclarés mort-nés.
C'est dans ce contexte atroce que nous faisons la connaissance de Max. Max est un foetus sur le point de venir au monde. Il est allemand, bien sûr, et il prie pour que ses cheveux soient blonds comme les blés et ses yeux bleus comme l'azur et ce, dès sa naissance. D'ailleurs Max ne s'appelle pas Max, en plus il déteste ce prénom. C'est sa mère biologique qui le lui a donné en secret ; au Heim, ce sont le froid docteur Ebner et la monstrueuse infirmière en chef qui choisissent les prénoms. Et ils ont décidé de baptiser Max, Konrad von Kebnersol.
Konrad va devenir la mascotte du Heim, d'abord parce qu'il est le plus beau des bébés du programme «Lebensborn» et surtout parce qu'il a des idées bien arrêtées malgré son très jeune âge. Max n'a que faire de rester dans les bras de sa mère biologique qui disparaitra rapidement de sa vie, ou bien de créer des liens avec ses petits camarades. Lui il sait ce qu'il fera quand il sera grand : il portera le bel uniforme noir dont il rêve tant, celui des SS.
Max est un livre détonnant. La couverture impressionne, le résumé effraie. Mais plonger dans Max, c'est se laisser happer par un récit non conventionnel et complètement fascinant. Par son engouement aveugle et inné, le bébé Max nous révulse et nous fascine. Sarah Cohen-Scali va loin et c'est très bien, on dépasse l'entendement pour découvrir avec aberration un mode de pensée et une vérité qui nous était jusque là totalement opaque. Levez le voile et préparez-vous. Vous n'en ressortirez pas indemne.
Sarah Cohen-Scali nous livre un récit fascinant et dérangeant qui nous plonge au coeur de l'époque hitlérienne.
Le narrateur, un bébé dans le ventre de sa mère, raconte de manière froide et terrifiante comment les nazis ont tentés de créer une nouvelle race à l'image de la folie d'un homme obnubilé par son idéologie.
Un roman extraordinaire, qui donne à réfléchir sur une période importante de notre histoire.
1) Qui êtes-vous ? !
L'auteur d'une quarantaine de romans et nouvelles. Je suis - peut-être - ce que j'écris.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'un des crimes perpétrés par les nazis et dont on a assez peu parlé : le programme Lebensborn. Dès 1936, en vue des pertes causées par la guerre qui n'allait pas tarder à se déclarer, les nazis ont eu l'intention de programmer une jeunesse parfaite, strictement aryenne, pour repeupler l'Allemagne ainsi que les pays qu'ils comptaient conquérir et annexer au Reich. Comme l'holocauste, en parallèle avec celui-ci - puisqu'on éliminait d'un côté et qu'on engendrait de l'autre - ce programme a été mis en place avec une rigueur minutieuse.
Non contents de créer une nouvelle jeunesse, les nazis ont "utilisé" celle qui existait déjà. Des milliers d'enfants polonais, blonds aux yeux bleus, ont ainsi été arrachés à leurs familles et germanisés de force dans des instituts prévus à cet effet.
Le héros de mon roman est un "pur produit" du Lebensborn. Max tète la doctrine nazie dans le ventre de sa mère. Une fois né, il grandit tel un petit soldat du Reich jusqu'au jour où, presque malgré lui, il se prend d'amitié pour un jeune Juif polonais.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Il y en a deux :
«Quand la guerre sera finie, si on arrive à s'en sortir, il faudra qu'on témoigne tous les deux. Moi, pour ce que les nazis ont fait aux Juifs et aux Polonais, toi pour ce qu'ils t'ont fait.»
«Ça fait longtemps que je ne me suis pas regardé dans un miroir. Je vérifie que je suis toujours aussi blond. Que j'ai les yeux toujours aussi bleus. Rien n'a changé.
Si, un détail : je pleure.
Pour la première fois, je pleure. Est-ce que ça signifie que je suis devenu un enfant comme les autres ?»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Je pense aux Kindertoten Lieder de Gustav Mahler (chants pour les enfants morts). Mais cette musique n'illustrerait pas l'intégralité du roman. L'idéal serait qu'un compositeur de musique de films - Hans Zimmer, par exemple, que j'admire beaucoup - se penche sur la question et en compose une.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Joyce Carol Oates donne, dans ses journaux, un conseil aux écrivains. Elle recommande aux auteurs de ne pas s'attendre à ce que les lecteurs éprouvent toutes les émotions qu'ils ont eux-même éprouvées en écrivant, afin qu'ils ne soient pas déçus, une fois leur roman publié. J'aimerais ne pas suivre son conseil. J'aimerais que mes lecteurs éprouvent tout ce que Max a fait naitre en moi en cours d'écriture : dégoût, horreur, révolte, pitié, attachement, amour.
«19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !»
Max est le prototype du programme «Lebensborn» initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.
UNE FABLE HISTORIQUE FASCINANTE ET DÉRANGEANTE QU'ON NE PEUT PAS LÂCHER.
UNE LECTURE CHOC, REMARQUABLEMENT DOCUMENTÉE, DONT ON NE SORT PAS INDEMNE.
Je ne sais pas encore comment je vais m'appeler. Dehors, ils hésitent entre Max et Heinrich. Max, comme Max Sollmann, le directeur administratif du foyer qui va bientôt m'accueillir. Ou Heinrich, en hommage à Heinrich Himmler qui, le premier, a eu l'idée de ma conception et celle de mes camarades à venir.
Personnellement, j'aurais une préférence pour Heinrich. J'ai beaucoup de respect pour Herr Sollmann, mais il faut toujours viser haut dans la hiérarchie. Herr Himmler est plus important que Herr Sollmann. Il n'est ni plus ni moins que le bras droit du Führer.
Peu importe de toute façon, on ne me demandera pas mon avis.
Nous sommes le 19 avril 1936. Bientôt minuit.
J'aurais dû naître hier déjà, mais je n'ai pas voulu. La date ne me convenait pas. Alors je suis resté en place. Immobile. Figé. Oh ! Ça fait souffrir ma mère, bien sûr, mais c'est une femme courageuse et elle supporte ce retard sans se plaindre. D'ailleurs, je suis certain qu'elle m'approuve.
Mon voeu, le premier de ma vie à venir, est de voir le jour le 20 avril. Parce que c'est la date anniversaire de notre Führer. Si je nais le 20 avril, je serai béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde.
À l'heure où je vous parle, je suis donc dans le ventre de ma mère et ma naissance est imminente. Plus que quelques minutes à tenir. Mais en attendant, vous n'avez pas idée du trac qui me noue les tripes ! Je suis si inquiet ! Bien que je n'aie aucune raison d'en douter, je crains que le duvet de mon petit crâne de bébé, et plus tard lorsqu'ils pousseront, mes cheveux, ne soient pas assez blonds. Or il faut absolument qu'ils soient blonds ! Un blond platine. Le plus clair possible, sans la moindre nuance de châtain qui pourrait les ternir. Mes yeux, je les veux bleus. Un bleu transparent, comme une eau pure qu'on ne pourrait contempler sans avoir l'impression de s'y noyer. Je veux être grand et fort... Oh, mais je m'exprime mal ! Ce que je viens de dire est plat et fade, je n'arrive pas à trouver les mots justes. Normal. Je ne suis pas tout à fait fini, je ne suis qu'un bébé... Je ferais mieux de vous rapporter les mots de notre Führer. J'ai entendu un de ses discours il y a quelques mois, j'étais alors minuscule, un simple foetus, mais sa voix était si forte, si vibrante, si puissante qu'elle a su trouver son chemin jusqu'à moi. J'en ai frissonné de plaisir et c'est d'ailleurs à ce moment-là que j'ai donné mon premier coup de pied dans le ventre de ma mère. Pour manifester ma joie.
Notre Führer bien-aimé a dit : «Nous devons construire un monde nouveau ! Le jeune Allemand du futur doit être souple et élancé, vif comme un lévrier, coriace comme du cuir et dur comme de l'acier de Krupp !»
Voilà. C'est exactement ce que je veux : être souple. Élancé. Vif. Dur. Coriace. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Je combattrai au lieu de prier. Oh ! mon Führer, je ne veux pas te décevoir ! Je ne te décevrai pas ! D'ailleurs, il faut que je me ressaisisse. Pourquoi ces craintes ? Elles sont ridicules, injustifiées, il est évident que je vais ressembler à maman.
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