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Date de saisie : 23/07/2012
Genre : Arts
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Cerisy archives. Art
Prix : 30.00 €
ISBN : 978-2-7056-8382-5
GENCOD : 9782705683825
Sorti le : 14/09/2012
Avec ce colloque, tenu dans le sillage des effervescents «événements de 1968», des personnalités diverses, au mieux de leur vigueur, ont pris la parole et débattu sans concession sur cette capacité énigmatique et majeure, dans des domaines aussi variés que la logico-linguistique, les arts plastiques, l'architecture, l'inventique, la littérature et le cinéma, la méthodologie, la stimulation, la chimie, les mathématiques, la physique, la musique, le point de vue freudien.
Dans la présente société de la complexité et de la connaissance, où la créativité joue un rôle capital, ce volume, par la qualité des propos tenus, conserve toute son actualité.
Table des matières :
I - Logico-linguistique
Découverte, invention, construction - Remarques épistémologiques par Jacques Bertrand
II - Arts plastiques
Création - récréation par Albert Flocon
III - Inventique
L'invention et les phénomènes de groupe par Michel Fustier
Relation à l'autre par Michel Fustier
IV - Littérature
Éléments d'une théorie des générateurs par Jean Ricardou
V - Cinéma
Improvisation et théorie dans la création cinématographique par Claude Ollier
VI - Méthodologie
La logique de la découverte par René Leclercq
VII - Stimulation - sélection
La notion d'originalité par Colette Mathieu-Batsch
VIII - Chimie
La création scientifique rétribuée par Jean Jacques
IX - Mathématique - physique
Méthodes mathématiques pour la créativité et la découverte par Arnold Kaufmann
X - Musique
Ordinateur et création musicale par Jean-Claude Risset
XI - Point de vue freudien
L'instant de création par Claude This
I. - LOGICO-LINGUISTIQUE
DÉCOUVERTE - INVENTION
CONSTRUCTION
(Remarques épistémologiques)
par Jacques BERTRAND Institut de l'Environnement
L-e thème du présent colloque appelle selon nous deux remarques liminaires. La première a trait aux présupposés théologiques et psychologistes du mot «créativité». Tout se passe comme si «créativité» désignait une faculté mentale d'un genre spécial, lié à la capacité de produire des choses «nouvelles», ou, du moins, jugées telles par l'homme à un moment donné de son évolution sociale. S'appuyant sur une croyance théologique, les uns affirment que quelques êtres sont «doués» de cette capacité dès leur naissance ; ils peuvent ainsi s'enorgueillir de leur propre aptitude à déceler ce don, et s'arroger le pouvoir de le cultiver. D'autres, invoquant la thèse plus généreuse de l'égalité, professent que tout être est «créatif» par nature, et concèdent à l'expérience un pouvoir de développement ou, au contraire, la rendent coupable d'inhibitions. Détenteurs privilégiés d'un secret divin, les premiers sont tout naturellement conduits à édicter des règles normatives sur la bonne manière de a créer» (surtout lorsqu'il s'agit de la production artistique), tandis que les seconds, plus sages, et soucieux en même temps de préserver leur propre a créativité», se contentent de prodiguer des conseils de prudence. Ce qu'on peut objecter à la première thèse, indépendamment de la sélection et de l'esthétique qu'elle engendre, c'est qu'elle admet que la créativité» peut fort bien être réalisée dans un esprit sans être accompagnée d'effets observables, puisque cette faculté est, d'une certaine façon, indépendante de l'acte même de «créer». Une telle conception élimine du même coup la possibilité d'un discours scientifique au profit d'une théologie herméneutique, et le scientifique ne peut évidemment se résoudre à un tel sacrifice. La seconde thèse pèche par confusion, car elle considère alternativement la «créativité» comme cause de certaines qualités des objets produits, ou comme l'effet de ces qualités elles-mêmes, sans pouvoir préciser sur un cas donné laquelle des deux définitions est en faveur.
Puisque la nature de cette singulière faculté nous reste inintelligible, rapportons-nous aux manifestations observables qui semblent justifier son existence. Celles qu'on attache habituellement au domaine artistique sont généralement appelées «créations», et l'on parle d'«inventions» ou de «découvertes» à propos des sciences et de la technologie. Or, et c'est notre seconde remarque, l'usage de ces termes est quasiment vicieux. Consultons le dictionnaire. Découvrir, nous dit-on, c'est «dévoiler ce qui demeurait caché» (ainsi l'on «découvre un trésor») ; inventer, c'est «créer le premier quelque chose de nouveau», cependant l'étymologie du terme nous autorise à parler de l' «inventeur d'un trésor» ; quant à créer, c'est «tirer du néant», «réaliser ce qui n'existait pas» (on crée une association). Qu'on applique maintenant ces critères en jouant sur les nuances plus ou moins réalistes du mot «existence», et l'on pourra parler de façon sensée de l'inventeur de l'Amérique et du créateur d'un trésor, expressions qui ne manqueront pourtant pas de heurter le sens commun. L'analyse logique révèle ici trois difficultés.
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