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.. Les accusées

Couverture du livre Les accusées

Auteur : Charlotte Rogan

Traducteur : Vincent Hugon

Date de saisie : 24/09/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Fleuve noir, Paris, France

Collection : Divers grands formats

Prix : 18.90 €

ISBN : 9782265094475

GENCOD : 9782265094475

Sorti le : 23/08/2012

Durant l'été 1914, un paquebot fait naufrage et trois rescapées sont accusées de meurtre. Grace est l'une d'entre elles et nous raconte la survie au bord de d'une chaloupe de fortune surchargée. Elle doit en effet livrer sa version en vue du procès imminent. Un roman tout en tension, où les êtres humains révèlent leur véritable nature pour lutter contre la mort. Mais peut-on juger leurs comportements, l'homme n'est-il un loup pour l'homme ? Une histoire en huis clos où l'étau se resserre lentement mais sûrement.


  • Les présentations des éditeurs : 10/11/2012

À l'été 1914, l'Impératrice Alexandra, un paquebot transatlantique croisant vers New York, fait naufrage suite à une mystérieuse explosion. À son bord se trouve Henry Winter, un riche banquier en voyage de noces avec sa jeune épouse Grâce. Malgré la panique ambiante, Henry parvient à trouver une place à sa femme sur l'une des chaloupes de sauvetage. Elle y rejoint trente-huit autres passagers, bien plus que l'embarcation ne peut en contenir. Pendant vingt et un jours et vingt et une nuits, les rescapés luttent contre les éléments, la faim, la soif et leur pire ennemi : la peur. La chaloupe menace de chavirer à tout moment et les inimitiés ne tardent pas à apparaître. Une évidence se fait jour : pour que certains vivent, d'autres doivent mourir.

Grâce fait partie de ceux qui ont survécu... mais à quel prix ? C'est ce que cherche à savoir le tribunal devant lequel elle comparaît avec deux autres femmes, toutes trois accusées d'avoir tué l'un de leurs compagnons d'infortune. Mais la justice peut-elle vraiment statuer sur ce qui s'est passé entre ces hommes et femmes confrontés à une mort imminente ?

Sublime et dérangeant. Les Accusées explore les limites de la morale humaine.

Diplômée de Princeton, Charlotte Rogan travaille un temps dans l'architecture et l'ingénierie avant de se lancer dans l'écriture, tout en élevant ses triplés. Les Accusées est son premier roman, inspiré des histoires qui ont bercé son enfance au milieu d'une famille de marins. Après plusieurs années à Dallas, Charlotte Rogan vit aujourd'hui dans le Connecticut.

Retrouvez-la sur son site : www.lesaccusees.tr



  • La revue de presse François Lestavel - Paris-Match, septembre 2012

Habile, l'auteure joue à merveille de l'ambiguïté de son héroïne, sainte-­nitouche qui plaide sa cause pour mieux enfoncer les autres. Presque aussi amorale que Barbey d'Aurevilly, Charlotte Rogan va jusqu'à transformer son naufrage en expérience libératrice. Diabolique.


  • Les courts extraits de livres : 10/11/2012

Premier jour

Le premier jour, nous avons dans l'ensemble gardé le silence, assimilant ou, au contraire, refusant d'assimiler le drame qui se jouait autour de nous dans les flots bouillonnants. Le matelot John Hardie, seul membre d'équipage à bord de la chaloupe 14, avait aussitôt assumé le commandement. Il avait attribué une place à chacun afin de répartir le poids et interdit à quiconque de se lever ou de se déplacer sans son autorisation, car l'embarcation était trop lourde. Il avait ensuite extirpé de son rangement sous les sièges le gouvernail, qu'il avait fixé à l'arrière, et enjoint à toutes les personnes sachant ramer de prendre l'un des quatre avirons ; trois hommes et une solide passagère du nom de Mrs Grant s'étaient promptement exécutés et Hardie leur avait ordonné de nous éloigner autant que possible du navire en perdition, au cri de : «Souquez ferme si vous voulez pas boire la grande tasse, bon Dieu !»
Bien campé sur ses pieds, l'oeil à tout, Mr Hardie nous avait guidés avec habileté entre les obstacles pendant que les quatre rameurs forçaient sur les avirons sans un mot, les phalanges blanchies. Quelques passagers avaient empoigné l'extrémité des rames pour leur prêter main-forte, mais leurs efforts conjugués étaient si malhabiles que les pales ricochaient ou se plantaient dans l'eau aussi souvent qu'elles faisaient levier. A chaque coup d'aviron, je poussais des pieds contre le fond de l'embarcation par solidarité et je contractais les épaules comme si, par magie, j avais ainsi pu les aider. De temps à autre, Mr Hardie rompait notre mutisme consterné par des annonces telles que : «Encore deux cents mètres et on sera en sécurité», «Je donne pas dix minutes à ce rafiot avant de couler, douze maximum !» ou «Quatre-vingt-dix pour cent des femmes et des enfants ont été sauvés». Ses paroles me réconfortaient, même si je venais de voir une mère jeter sa petite fille dans l'océan, avant de sauter à sa suite et de disparaître. J'ignore si Mr Hardie en avait été témoin, mais je le soupçonne, car ses yeux noirs sans cesse en mouvement sous ses épais sourcils paraissaient saisir les moindres détails de la situation. En tout cas, je ne l'ai ni contredit, ni jugé coupable de mensonge. J'ai seulement vu en lui un chef tâchant de motiver ses troupes.
Comme notre chaloupe figurait parmi les dernières mises à l'eau, les flots étaient encombrés devant nous. Deux embarcations qui tentaient d'éviter un amas de débris flottants se sont percutées sous mes yeux et, depuis une oasis de calme au coeur de mes pensées, j'ai compris que Mr Hardie cherchait à rejoindre un coin de mer dégagée à l'écart. Il avait perdu sa casquette et, avec sa tignasse en bataille et ses yeux brillants, il paraissait aussi à son aise au milieu de ce désastre que nous étions terrifiés.
- Allons, du nerf, moussaillons ! a-t-il rugi. Montrez-moi de quel bois vous êtes faits !
Les rameurs ont redoublé d'énergie. Au même instant, une série d'explosions a retenti. Derrière nous, les cris et les hurlements des malheureux encore à bord ou à proximité de l'Impératrice Alexandra évoquaient la clameur de l'enfer, s'il existe. J'ai jeté un coup d'oeil en arrière et j'ai vu l'énorme carcasse du transatlantique frémir et rouler, tandis que des flammes orange léchaient les hublots des cabines.


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