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Auteur : Metin Arditi
Date de saisie : 03/11/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Domaine français
Prix : 21.80 €
ISBN : 978-2-330-01256-4
GENCOD : 9782330012564
Sorti le : 22/08/2012
Alexis Kandilis est un chef d'orchestre de renom, un des meilleurs au monde. Il est aussi incroyablement beau. En fait, il a tout réussi dans sa vie. Il est même invité à rejoindre le Club des Trente, un cercle de personnes parmi les plus grandes fortunes européennes, et qui se réunissent pour jouer des parties de poker aux enjeux faramineux...
Et voilà que Metin Arditi va nous raconter la chute de cet homme, personnage pas très sympathique à l'ego surdimensionné, mais qui cache de nombreuses blessures intérieures.
Cette chute aura pour point de départ une parole malheureuse envers un musicien d'un des orchestres qu'il dirige.
Autant l'auteur met tout le temps à installer son personnage, jusqu'à l'incident fatal, autant la décadence va être rapide.
Si dès le premier chapitre, Metin Arditi nous raconte la fin de l'histoire, cela ne l'empêche pas de tenir l'attention du lecteur par la description du mécanisme de cette chute.
Prince d'orchestre est un livre où la musique et le jeu sont omniprésents, et qui nous montre que rien n'est acquis sur cette terre...
Chef d'orchestre adulé du public, au sommet de sa gloire, à qui tout réussit depuis toujours (du moins en apparence), Alexis Kandilis va pourtant connaître une terrible descente aux enfers pour avoir mal parlé à un de ses musiciens et fait une faute d'interprétation dans un concert.
Le public ne comprend rien et l'applaudit follement, mais les critiques, toujours à l'affût, sont impitoyables.
De quoi est fait cet homme de tous les succès, d'où vient-il ?, sa mère, sa femme, ses amis, sauront-ils l'aider à remonter la pente fatale ?
Dans " le Turquetto," Arditi parlait de peinture avec l'assurance et les connaissances d'un spécialiste, dans ce roman, même démarche pour la musique.
Il ne nous épargne aucun détail, joue sur les notes, mais le charme agit moins, et on se lasse un peu de ses abondantes citations, surtout que son héros se révèle bien peu "aimable" à la fin.
Lu avec intérêt, ce roman me laisse troublée et perplexe. Tant de laideur sous couvert de belle musique ! ! !
Alexis Kandilis est au sommet de son art. Chef d'orchestre célèbre, connu et reconnu de tous, il domine son art. L'homme est élégant, sûr de lui et de son art («un jeune homme grec formé à Genève, qui semblait réunir en lui la beauté d'Apollon, une précision helvétique et le charme de l'Orient»), assez méprisant, il excelle dans son domaine mais reste assez antipathique. Papillonne autour de lui une cour d'admirateurs plus ou moins intéressés tandis qu'il est persuadé de poursuivre sa carrière et d'obtenir le B16 ou la direction pour les neuf symphonies de Beethoven, dernière consécration. Pourtant dès les premières pages, le lecteur ressent une faille que sa maîtrise, l'amour de son art, sa passion pour la musique laissent malgré tout transparaître, sans compter que le leitmotiv des Kindertotenlieder de Gustav Mahler lui rappelle sans pitié le secret qu'il escompte oublier. Lors de rencontres autour du jeu (poker puis roulette), il entrevoit que la gente fortunée n'a finalement que peu de considérations pour son art. Puis, lors d'une répétition, un incident relayé par la presse, déclenche une série d'évènements catastrophiques, les cicatrices lâchent... Son monde se brouille, les admirateurs d'antan s'éloignent. Il espère rebondir encore avec une idée singulière concernant la direction d'orchestre, ultime tentative, et il s'interdit l'échec... La petite musique de Metin Arditi et son orchestration sont toujours aussi parfaitement maîtrisées : l'art, l'aléatoire qui peut engendrer aussi bien le sublime que l'horreur parfaite et enfin la fragilité humaine, un trio exaltant au coeur de ce formidable roman.
Alexis Kandilis est un chef d'orchestre au sommet de sa gloire et rien ne semble pouvoir l'atteindre. L'homme est beau ; brillant mais il n'aime que lui et se sent tout puissant. Un simple dérapage va lui coûter tout ce qu'il avait si patiemment construit, et il devient un spectateur de sa descente aux enfers sans arriver à stopper l'hémorragie. Arditi signe un roman puissant et hypnotique.
De quoi laisser le lecteur interdit devant la fatalité du destin d'Alexis Kandilis !
Un chef d'orchestre à qui tout à réussi, fat et imbu de lui-même, odieux avec ses proches voit son existence sombrer le jour où un article de presse dénonce un épisode de sa vie en apparence anodin. Avec un art consommé de la satire et le portrait féroce et sans complaisance d'un parvenu nimbé de gloire et gonflé d'orgueil, Arditi décrit cette société qui est la nôtre où la puissance des medias n'a d'égale que l'impuissance de l'argent à restaurer la dignité de l'homme aux prises avec les démons du succès. La vraie grandeur de cet homme brisé, qui dissimule de noires blessures bien antérieures à sa chute, que le récit révèle peu à peu, est dans le pathétique d'une vie vécue comme s'il s'était efforcé de tourner le dos à lui-même, comme s'il avait nié avec acharnement son véritable moi.
Cette critique sociale des plus violentes a le mérite salutaire de ramener l'individu à l'essence de son être. Le monde d'aujourd'hui, semble marteler l'auteur, impose le diktat du succès, de la réussite matérielle et sociale dont l'aboutissement est évalué sans cesse par les médias. Une autre vie est possible, mais alors il faut savoir renoncer aux trompettes d'une renommée parfois bien fragile.
1) Quel est le thème central de ce livre ?
Les blessures d'enfance. Il est souvent douloureux de les affronter. Mais il est aussi périlleux de les ignorer. Ou pire encore, de les enrober, de les cacher a soi-même, au point que lorsqu'elles s'ouvrent a nouveau, on ne sent pas les cicatrices lâcher. Et âpres il est trop tard. C'est ce qui se passe avec le héros du livre, le chef d'orchestre Alexis Kandilis.
2) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Ce serait un triomphe. Alexis Kandilis le savait. Il dominait tout. Les instruments. La musique. Ce que les gens allaient ressentir, penser... Tout.
3) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La force du destin.
4) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'émotion de l'homme qui a tout, et puis qui n'a plus rien.
5) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'écris partout ou je me trouve. Aucun rituel.
6) Comment vous vient l'inspiration ?
Par le travail, surtout, et j'imagine (mais comment savoir ?) Par le subconscient.
7) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Le goût d'écrire ne m'a jamais lâché. J'aime beaucoup écrire depuis toujours.
8) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Oui. Jules Verne et les contes de l'antiquité grecque.
9) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Au même titre que les autres artistes, ils aident le lecteur a mieux faire connaissance avec lui-même. Et surtout a le faire de manière indirecte, a travers les personnages du roman, une façon moins douloureuse moins douloureuse que de s'observer devant son miroir et se dire : ces tares, ce sont les miennes, pas celles d'un autre.
10) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une place énorme. En tant qu'auteur, je sais bien que ce sont eux les vrais passeurs.
Le point de vue des éditeurs
Alors que chaque concert lui vaut un triomphe et qu'il se trouve au sommet de sa gloire, le chef d'orchestre Alexis Kandilis commet une indélicatesse dont les conséquences pourraient être irrémédiables. Sa réputation est ébranlée. Aux déceptions et revers qui s'ensuivent il oppose la certitude de son destin d'exception. Mais les blessures les plus anciennes se rappellent à son souvenir. L'insidieux leitmotiv des Kindertotenlieder - Les chants des enfants morts - de Gustav Mahler lui chuchote sans répit le secret qu'il voudrait oublier. La chute est inexorable. Seules l'amitié ou la confiance de quelques proches semblent l'ouvrir à une autre approche de son talent, susciter en lui un homme nouveau, dont la personnalité glisserait de la toute-puissance à la compassion, de l'arrogance à l'empathie profonde. Se dessine peut-être une métamorphose...
Roman haletant, parcours exalté, bouleversé par les véhémences de la musique, Prince d'orchestre est aussi une réflexion sur la part d'imprévisible que contient toute existence, sur la force du hasard et les abîmes de la fragilité humaine, sur les souffrances que convoque, apaise, et souvent transcende l'inépuisable fécondité de l'art.
Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Il préside l'Orchestre de la Suisse romande et la fondation Les Instruments de la Paix-Genève. Son oeuvre, publiée chez Actes Sud comprend notamment La fille des Louganis (2007 ; Babel n° 967), Loin des bras (2009 ; Babel n° 1068) et Le Turquetto (2011).
Metin Arditi décrit l'ambition, la peur, l'angoisse et le travail acharné d'un musicien, seul face à son public...
Prince d'orchestre aurait pu devenir le morceau de bravoure d'un professionnel mais il est une oeuvre profonde et rare sur la peur de ne jamais être à la hauteur, sur cette perpétuelle remise en jeu du créateur qui n'est pas sûr de l'instant suivant. Il parle aussi de la solitude effroyable de l'interprète devant un public rêvant de le prendre en faute. Alexis, le héros de Metin Arditi, est un taureau dans l'arène, un animal qui connaît l'odeur du sang et de la violence. Il ne lui reste plus qu'à tuer pour ne pas tomber tout de suite et prendre ainsi le temps de choisir sa mort.
Écrivain de la compassion et de la fragilité, Metin Arditi traque ces moments où vacillent les êtres, au risque de se perdre...
Dans cette tragédie implacablement déroulée, le romancier suisse ménage toutefois quelques rayons de lumière et de douceur. Celle d'une sensualité de passage, de la grâce d'une note parfaite, ou d'un espoir qui se joue des probabilités.
23 avril
Ce serait un triomphe.
Alexis Kandilis le savait.
Il dominait tout. Les instruments. La musique. Ce que les gens allaient ressentir, penser... Tout.
Dans la salle bondée, mille huit cents personnes retenaient leur souffle, impatientes, déjà, de pouvoir dire plus tard : "C'était un concert inouï."
Tout était en place. Au millimètre.
L'attaque se ferait avec les bois et les cuivres. Bassons, cors, trombones... Alexis Kandilis balaya leurs pupitres du regard. Les musiciens étaient figés, dans l'attente, les yeux rivés sur lui, prêts à bondir. Impatients de le suivre. Dans dix ans, dans quinze ans, ils raconteraient encore, avec dans la voix un tremblement : "Tu te souviens du concert avec Kandilis ? On avait commencé avec l'ouverture de La force du destin. C'était gé-nial !"
Il lança un coup d'oeil aux autres pupitres : premiers et seconds violons sur sa gauche. Un peu plus haut, les harpes. Au centre, flûtes-clarinettes-hautbois. Sur trois gradins : timbales, percussions, tuba. À droite, les cordes graves : altos, violoncelles, contrebasses...
Il laissa passer quelques secondes. Puis quelques-unes encore. Histoire d'exacerber l'impatience des spectateurs. De rendre leur émotion plus intense. Leur plaisir plus aigu.
Enfin il tendit les deux bras vers l'avant, attendit un instant encore, et d'un geste court abaissa la main droite. Sa baguette fendit l'air, se figea, remonta lentement, et les vents attaquèrent :
Mi mi mi
Ils devaient reprendre la note après un temps d'arrêt pour lequel la partition indiquait fermata. Par ce mot, le compositeur donnait au chef d'orchestre la liberté de fixer la durée de la pause. Alexis laissait toujours passer un temps long. Étiré. Audacieux, comparé à celui pratiqué par les autres grands chefs.
Il respira profondément, puis expira en comptant jusqu'à cinq, lentement.
Une éternité.
Le concert démarrait à la perfection.
Les vents reprirent la mélodie du premier thème :
La si do mi
La si do mi
La si do mi fa fa
Il n'avait joué que trois mesures et déjà l'angoisse était partout. La force du destin imposait sa marque : la terreur.
Le public attendait la suite. Il l'exigeait. Il mourait d'envie de l'entendre. Kandilis le sentait, qui lui disait : "Je suis à toi ! Prends-moi ! Emmène-moi dans ton monde. Celui du succès éclatant, de la gloire et de la grande musique. Un monde où je pourrai m'admirer. Me consoler. Un monde où, le temps d'un concert, la vie me paraîtra plus belle. Un monde où je me sentirai plus digne."
Montée de deux octaves, en forte :
Mi fa sol si fa fa
(...)
Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
L'écriture ne me quitte pas : que je lise, que j'écrive, ou que je vive, tout simplement, seul ici, accompagné là, je cherche sans cesse le mot, toutes les émotions qui me traversent prennent dans mon esprit une forme écrite.
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