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.. Rue des voleurs

Couverture du livre Rue des voleurs

Auteur : Mathias Enard

Date de saisie : 14/05/2013

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine Francais

Prix : 21.50 €

ISBN : 9782330012670

GENCOD : 9782330012670

Sorti le : 19/08/2012

Une écriture fluide, un roman contemporain qui raconte les fractures du monde. Un roman d'espoir qui croit en l'écrit et en l'homme.


De Tanger à Barcelone, de la révolution arabe au mouvement des Indignés, deux civilisations plus proches qu'il n'y paraît vu par un jeune marocain en quête d'aventures. Passionnant !


Le printemps arabe n'a pas été perçu par tout le monde de la même façon !

A déguster avec un carré de chocolat noir... intense ! Tout autant que le roman...
L'un soutiendra les effets de l'autre : lorsque vous serez rentré, dès le départ, dans spirale du "Mais que va devenir Lakhdar ?"
Intensité, donc.

Sans confusion, l'impact de cette lecture est déroutant... ce jeune marocain, épris de liberté, est emporté dans un récit vif et rythmé :
«Je suis ce que j'ai lu, je suis ce que j'ai vu, j'ai en moi autant d'arabe que d'espagnol et de français, je me suis multiplié dans ces miroirs jusqu'à me perdre ou me construire, image fragile, image en mouvement.» (p236)

Construction dramatique d'un jeune immigré et d'ailleurs, vous n'en serez pas chocolat jusqu'à la fin !


Le narrateur de cette histoire est Lakhdar, un jeune marocain chassé de chez lui pour avoir côtoyé sa cousine d'un peu trop près... Il nous raconte son itinéraire et son cheminement. D'abord à la rue, il va errer puis être recueilli par un groupe d'islamistes, sera libraire pour eux... Il travaillera ensuite sur un ferry, et puis l'Espagne, et puis l'amour, et puis... Le roman est ponctué de rebondissements et autres péripéties. Lakhdar est passionné de littérature, la poésie classique arabe comme les polars français. Face à toutes les rencontres qu'il fait, il garde le cap et surtout les pieds sur terre. Le tout se déroule sur une toile de fond très contemporaine : les printemps arabes et la crise économique en Europe, notamment en Espagne.
Lakhdar est inoubliable, un jeune homme courageux, sensible et très attachant, en quête d'une vie qu'il pourrait contrôler, et en quête de sa propre identité aussi....
Un roman émouvant, qui secoue, qui révolte. Un magnifique roman !


  • Les présentations des éditeurs : 27/08/2012

Le point de vue des éditeurs

C'est un jeune Marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de liberté et d'épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée, il a appris quelques bribes d'espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l'âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C'est avec elle qu'il va "fauter", une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi.
Commence alors une dérive qui l'amènera à servir les textes - et les morts - de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l'amour et les projets d'exil.
Dans Rue des Voleurs, roman à vif et sur le vif, l'auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible à l'heure du Printemps arabe et des révoltes indignées. Tandis que la Méditerranée s'embrase, l'Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l'énergie du jeune Tangérois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d'un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d'improbables apaisements, dans un avenir d'avance confisqué, qu'éclairent pourtant la compagnie des livres, l'amour de l'écrit et l'affirmation d'un humanisme arabe.

Mathias Enard est l'auteur de quatre romans chez Actes Sud : La Perfection du tir (2003, prix des Cinq Continents de la francophonie), Remonter l'Orénoque (2005 ; adapté au cinéma en 2012 par Marion Laine sous le titre A coeur ouvert avec Juliette Binoche et Edgar Ramirez), Zone (2008, prix Décembre 2008 ; prix du Livre Inter 2009) et Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (2010, prix Goncourt des lycéens 2010).



  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 15 novembre 2012

En se glissant dans la peau d'un jeune Marocain, Mathias Enard signe un excellent roman sur le chaos qui vient...
Partout, dans ce voyage au bout de la nuit, il est aux premières loges pour voir le chaos gagner du terrain. C'est Bardamu à l'âge du fanatisme islamiste, de Facebook et du naufrage de l'Europe libérale. Mais un Bardamu attachant, placide, presque débonnaire : un brave type qui a d'excellentes raisons de penser que «les hommes sont des chiens», lui compris, tout en gardant de l'indulgence pour les salopards qu'il rencontre...
Il y va si franchement dans le picaresque qu'il réussit ce tour de force : montrer tout ce qu'il y a de pourri dans notre époque, mais avec une verve, une énergie, une allégresse qui interdisent de lâcher son livre en route. Et ce curieux paradoxe fait de «Rue des voleurs», l'air de rien, un des romans les plus vivants et les plus réussis de la saison.


  • La revue de presse Valérie Trierweiler - Paris-Match, novembre 2012

Voilà un livre qui ne laissera pas indifférent. Voilà un roman dont on se souviendra après en avoir lu des dizaines d'autres. Mathias Enard revient porteur d'une force rare. L'écrivain collectionne déjà les prix reçus pour ses précédents ouvrages. Il s'était fait connaître lors de la publication en 2008 de « Zone », un volume de 500 pages écrit d'une seule phrase. Cette fois, ça n'est pas dans l'originalité qu'Enard puise son inspiration. La construction de « Rue des voleurs » est classique ; trois parties, une histoire à rebondissements dont le héros Lakhdar est le narrateur. Les sujets évoqués sont graves, autant que les personnages sont puissants. Enard parle de ce qu'il maîtrise, le monde arabe. L'auteur a en effet vécu dans plusieurs pays du Moyen-Orient, allant de la Syrie à l'Egypte en passant par la Tunisie. Il enseigne la langue arabe à Barcelone, où il vit désormais. C'est sur fond de printemps arabe qu'il campe son histoire. Bien que fin connaisseur de l'Orient, de ses écrivains et de sa culture, Enard signe là une fiction bien réelle. Réelle parce qu'elle s'ancre dans l'actualité, réelle par ses personnages que l'on semble pouvoir approcher, presque toucher.


  • La revue de presse Clara Dupont-Monod - Le Magazine Littéraire, octobre 2012

Rue des Voleurs obéit à la règle implicite qui régit le cercle très fermé des romans exceptionnels : il possède un triple fond. Certes, il parle de Printemps arabe, d'islam, d'intégrisme, d'immigration, d'Europe. Autant de thèmes qui, d'emblée, relient Rue des Voleurs à notre actualité immédiate. Mais, sous l'utilisation de ces événements brûlants, Mathias Énard installe une mécanique souterraine, universelle, une mécanique finalement moins politique qu'humaine...
Mathias Énard ne perd jamais de vue l'intériorité de Lakhdar. Le lecteur est au plus près de sa conscience et de son ressenti. Or le jeune homme est plus proche de Candide que d'Oussama Ben Laden...
Lakhdar ne se sépare jamais d'une forme de candeur bienveillante, doublée d'un solide sens pratique. Le lecteur s'accroche à lui comme au dernier bastion raisonnable au milieu du chaos.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 25 octobre 2012

Entre printemps arabe et crise financière en Europe, y a-t-il place pour une jeunesse en mal d'avenir  ? Rue des voleurs, un roman d'apprentissage de l'auteur de Zone...
Ainsi progresse Rue des voleurs, de coup de chance en coup du sort, en bon roman picaresque version troisième millénaire...
Du printemps arabe à la crise financière européenne que l'Espagne encaisse en pleine figure, Lakhdar se faufile dans une planète affolée, soupçonné de meurtre, planqué rue des Voleurs à Barcelone, ville d'élection de l'auteur et observatoire privilégié des convulsions des deux rives, des Indignados aux insurgés de Syrie. Observatoire, pas seulement  : la tragédie ne lâche pas ceux qui lui sont voués. Avec Rue des voleurs, Mathias Énard compose un bel itinéraire d'enfant perdu, où les littératures de toutes les civilisations se rejoignent pour conduire vers un destin si proche du nôtre ce minuscule personnage, si petit sur la fresque de l'histoire, immense dans l'espace de la page.


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 25 octobre 2012

Rue des voleurs conte rétrospectivement, en recherchant le ton des vieux récits de voyage, la vie d'un adolescent de Tanger qui finit dans une prison espagnole. Entre les deux, il tombe amoureux d'une Catalane arabisante, la rejoint pour un voyage en Tunisie, où le printemps arabe ne distribue pas d'hirondelles. Il subit également une quarantaine interminable dans le port d'Algésiras où, après avoir été soutier sur un ferry, il devient l'assistant d'un croque-mort, sorte de Charron silencieux et dépressif, nettoyant les cadavres d'émigrés que la mer rejette et regardant des vidéos de mort en direct...
L'ensemble dessine un monde dépourvu de sens, de morale, d'intelligence, une Europe en voie d'effondrement où le tourisme agit comme la gangrène sur une jambe de bois.


  • La revue de presse Hubert Artus - Lire, septembre 2012

Très attendu sur les événements du Printemps arabe, le nouveau Mathias Enard est un pari réussi...
Rue des voleurs est une histoire d'amour, d'aventures et de liberté au sein même des duretés politiques, de la crise et de l'islamisme radical. Rue des voleurs est donc aussi une chronique du réel, qu'Enard nourrit de différents registres au sein desquels il va puiser une intense énergie narrative : les textes sacrés, la littérature classique arabe et le polar, dont Lakhdar est hyperfriand. Hanté par l'idée que "les hommes sont des chiens" mais aussi que "l'unité du monde arabe n'existait qu'en Europe", Enard a construit un récit au-delà de la notion même de frontière, et où la fiction vient valider le réel.


  • La revue de presse Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 6 septembre 2012

Ce n'est pas la première fois qu'un écrivain se penche sur le destin de jeunes Arabes qui prennent en pleine figure le mirage de l'exil. Dans Partir, Tahar Ben Jelloun avait très bien décrit ce mal-être des jeunes Tangérois qui, tous les jours, se retrouvent au café Hafa d'où l'on peut apercevoir l'Espagne (un café décrit par Enard aussi). Le rêve à portée des yeux. L'un deux, avec le soutien d'un Espagnol, tente de rejoindre cette promesse de paradis. Comme Lakhdar avec la jolie Judit, étudiante barcelonaise. Le Marocain rêve de liberté, même si ses actes l'amènent à soutenir des islamistes. L'Espagnole devient une indignée au point d'en être malade. Ce qui charme dans Rue des voleurs, c'est sa langue et sa verve, son sens du récit et ses références à la littérature et à la poésie. Enard est un fabuleux conteur.


  • La revue de presse Marine de Tilly - Le Point du 27 juillet 2012

Avec Rue des voleurs - le nom d'une vraie rue de Barcelone -, Mathias Énard renoue avec la guerre, cette "pathologie de plus en plus répandue", une guerre civile ou plutôt une guerre de civils. Tanger, à l'heure du Printemps arabe. Pour les héros de ce roman mouvementé, tout d'énergie - dans la langue - et d'amertume - dans les âmes -, il faut composer. Se battre, renoncer, servir les Frères musulmans, placer sa liberté au-dessus (ou pas) de sa religion et aimer, bien sûr. Comme souvent chez Énard, la fiction donne une petite leçon à la réalité et à l'actualité. Subtilement, sans arrogance, elle l'utilise, la retourne, la détourne, un peu, mais l'éclaire, surtout. Profond, intelligent, aussi rapide et palpitant que le coeur de ses héros indociles, Rue des voleurs est un nouveau documentaire de l'âme, celle d'une poignée d'Arabes en pleine révolution.


  • Les courts extraits de livres : 27/08/2012

Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l'os pourri qu'on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses. Je vois clair dans mon enfance, dans ma vie de chiot à Tanger ; dans mes errances de jeune clébard, dans mes gémissements de chien battu ; je comprends mon affolement auprès des femelles, que je prenais pour de l'amour, et je comprends surtout l'absence de maître, qui fait que nous errons tous à sa recherche dans le noir en nous reniflant les uns les autres, perdus, sans but. A Tanger je faisais cinq kilomètres à pied deux fois par jour pour aller regarder la mer, le port et le Détroit, maintenant je marche toujours beaucoup, je lis aussi, chaque fois plus, façon agréable de tromper l'ennui, la mort, de tromper la pensée elle-même en la distrayant, en l'éloignant de la vérité, la seule, qui est celle-ci : nous sommes des animaux en cage qui vivons pour jouir, dans l'obscurité. Je ne suis jamais retourné à Tanger, pourtant j'ai croisé des types qui rêvaient de s'y rendre, en touristes, louer une jolie villa avec vue sur la mer, boire du thé au Café Hafa, fumer du kif et baiser des indigènes, des indigènes masculins la plupart du temps mais pas exclusivement, il y en a qui espèrent se taper des princesses des Mille et Une Nuits, je vous assure, combien m'ont demandé si je pouvais leur arranger un petit séjour à Tanger, avec kif et autochtones, pour se reposer, et s'ils avaient su que le seul cul que j'ai dévisagé avant d'avoir dix-huit ans c'est celui de ma cousine Meryem ils en seraient tombés par terre ou ne m'auraient pas cru, tant ils associent à Tanger une sensualité, un désir, une permissivité qu'elle n'a jamais eue pour nous, mais qu'on offre au touriste moyennant espèces sonnantes et trébuchantes dans l'escarcelle de la misère. Dans notre quartier, il n'en venait aucun, de touriste. L'immeuble où j'ai grandi n'était ni riche ni pauvre, ma famille non plus, mon paternel était un homme pieux, ce qu'on appelle un homme bien, un homme d'honneur qui ne maltraitait ni sa femme, ni ses enfants - à part quelques coups de pied dans le fondement de temps en temps, ce qui n'a jamais fait de mal à personne. Homme d'un seul livre, mais un bon, le Coran : c'est tout ce dont il avait besoin pour savoir ce qu'il devait faire dans cette vie et ce qui l'attendait dans l'autre, prier cinq fois par jour, jeûner, faire l'aumône, son seul rêve c'était d'aller en pèlerinage à La Mecque, qu'on l'appelle Hadj, Hadj Mohsen, c'était sa seule ambition, ça lui était égal de transformer à force de travail son épicerie en supermarché, ça lui était égal de gagner des millions de dirhams, il avait le Livre la prière le pèlerinage et point ; ma mère le révérait et alliait une obéissance quasi filiale à la servitude domestique : j'ai grandi comme ça, dans les sourates, la morale, les histoires du Prophète et des temps glorieux des Arabes, je suis allé dans une école tout à fait moyenne où j'ai appris un peu de français et d'espagnol et chaque jour je descendais avec mon pote Bassam vers le port, dans la partie basse de la Médina et au Grand Zoco reluquer les touristes, dès qu'on a eu du poil aux couilles avec Bassam c'est devenu notre principale activité, mater l'étrangère, surtout l'été quand elles mettent des shorts et des jupes courtes. L'été il n'y avait pas grand-chose à foutre, de toute façon, à part suivre des filles, aller à la plage et fumer des joints quand quelqu'un nous passait un bout de kif. Je lisais de vieux romans policiers français par dizaines, que j'achetais d'occasion pour quelques pièces chez un bouquiniste, des romans policiers parce qu'il y avait du cul, souvent, des blondes, des bagnoles, du whisky et du fric, toutes choses qui nous faisaient défaut autant que rêver, coincés que nous étions entre les prières, le Coran et Dieu, qui était un peu comme un deuxième père, les coups de pied au derche en moins. (...)


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