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.. L'hiver des hommes

Couverture du livre L'hiver des hommes

Auteur : Lionel Duroy

Date de saisie : 08/11/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782260019169

GENCOD : 9782260019169

Sorti le : 23/08/2012

Ce roman, comme le précise lui-même Lionel Duroy, a pour point de départ le suicide d'Ana Mladic, fille bien aimée du dictateur serbe, boucher de Bosnie comme il fut justement nommé. La question que se pose le narrateur, Marc, porte sur le devenir de ces enfants, fils ou filles de criminels de guerre. De retour dans ce minuscule territoire serbe de Bosnie, il va croiser des hommes et des femmes, enclavés dans leurs certitudes ethniques et qui racontent les atrocités d'une guerre. Le journaliste ne juge pas, il écoute avec empathie les témoignages d'êtres reclus, prisonniers de leur propre histoire, sans avenir autre que celui de la haine de l'autre. Au delà de ce reportage romancé plein d'humanité à l'écriture fluide, l'auteur, face à son propre désarroi s'interroge sur la construction individuelle de chacun au sein de familles délétères et comment se défaire de cet héritage personnel. «L'Hiver des hommes, comme l'hiver de la vie».


  • Les présentations des éditeurs : 29/08/2012

Fasciné par le destin des enfants de criminels de guerre, Marc part à Belgrade en 2010 pour enquêter sur le suicide de la fille du général Mladic, accusé de crimes contre l'humanité par la justice internationale et pourtant vénéré dans son pays. Dans la minuscule république serbe de Bosnie, Marc se retrouve face aux acteurs de ce conflit abominable. Avec une franchise déconcertante, ils racontent les désastres qu'ils ont vécus, les atrocités qu'ils ont commises pour conquérir une paix improbable. Aujourd'hui, ils ont le sentiment d'avoir gagné, ils ont chassé les Musulmans et les Croates. Enfermés dans un territoire ethniquement pur, ils ont réalisé ce rêve nationaliste qu'on voit ressurgir aux quatre coins de l'Europe : se débarrasser enfin de l'autre. Mais leurs frontières infranchissables ne sont qu'une prison derrière laquelle meurt tout un peuple.

Lionel Duroy pose sur ces êtres démunis, enlisés dans leurs certitudes, un regard lucide et empreint d'empathie. Ces hommes et ces femmes sont-ils les derniers survivants d'un monde qui disparaît ou les précurseurs d'un désastre à venir ?



  • La revue de presse Thomas Hofnung - Libération du 8 novembre 2012

C'est un voyage dans un monde engourdi, où la neige assourdit tout, les ruminations et les drames. Un monde replié sur lui-même, où le visiteur étranger est regardé avec suspicion. Au plus fort du conflit dans l'ex-Yougoslavie, Lionel Duroy avait déjà voulu se rendre dans les Balkans pour se confronter aux gens pris dans l'étau de la guerre (Il ne m'est rien arrivé, Mercure de France). Cette fois, l'écrivain a choisi de s'immerger en Republika Srpska, l'entité que les Serbes de Bosnie ont arrachée à l'issue de trois ans et demi d'une guerre sanglante. e narrateur, Marc, est un écrivain parisien en pleine dérive sentimentale. Intrigué depuis des années par le suicide de la fille du général Ratko Mladic, le «boucher des Balkans» (qui croupit aujourd'hui dans une cellule du Tribunal pénal international à La Haye), il décide d'enquêter sur ce drame.


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 6 septembre 2012

L'Hiver des hommes réussit à concilier les deux faces de son travail, en même temps qu'il rappelle quel grand journaliste, à Libération puis à L'Evénement du jeudi, Lionel Duroy a été. A ce titre, il avait couvert la guerre de Bosnie (1992-1995) qui lui avait inspiré le récit Il ne m'est rien arrivé (Mercure de France, 1994). L'Hiver des hommes marque son retour en ex-Yougoslavie...
Que fait-on de ce dont on a hérité ? De quelles marges de manoeuvre dispose-t-on pour s'inventer un destin, une vie propre ? Les guerres dans les Balkans ont ceci de commun avec une tragédie familiale que leurs échos se répercutent d'une génération à l'autre, éternellement. A moins que... L'Hiver des hommes est ainsi un très beau livre sur les prisons dans lesquelles on naît, et celles que l'on édifie autour de soi, à l'image de cette République serbe de Bosnie, qui se vit comme enclavée, en conflit avec le reste du monde, alors que Sarajevo est tout près, et que, vu de là-bas, la guerre est terminée. L'écriture limpide de Duroy guide le lecteur à travers ces geôles. Aussi sombre que puisse être L'Hiver des hommes, il laisse espérer qu'une évasion soit malgré tout possible.


  • Les courts extraits de livres : 29/08/2012

Jovo se perd dans les faubourgs de Belgrade. C'est une nuit de novembre, au-dessus de la ville le ciel est étrangement lumineux, traversé de nuées jaunes, comme chargé de gaz. A un moment, Jovo entre dans une cité, contourne des barres d'immeubles et me fait signe de baisser ma vitre - il va demander son chemin aux deux femmes qui marchent dans notre direction, luttant contre le vent, courbées sous la pluie.
- Dobar dan ! hurle-t-il.
Mais elles feignent de n'avoir rien entendu et pressent le pas.
Jovo bougonne. Je vois qu'il est tenté de reculer, pour les insulter peut-être, mais la vitre arrière de la Mercedes est couverte de buée.
- Merde, dit-il.
Je l'observe tandis qu'il m'explique combien les gens, ici, en Serbie, sont devenus petits, peureux. «Ils ne croient plus à rien, tu sais, ils seraient prêts à vendre leurs parents pour entrer dans votre putain d'Europe.» «Pétits-pétits», répète-t-il, pinçant le pouce et l'index pour que je comprenne mieux, et puis il fait semblant de cracher par terre. Il est plein de mépris pour ses concitoyens, et d'ailleurs lui est en train de prendre des dispositions pour emménager à Moscou.
- Vraiment, Jovo, tu vas t'installer en Russie ?
- La prochaine fois, c'est là-bas que tu me trouveras.
Il est devenu obèse. Tandis qu'il cherche son chemin, tendant le cou vers le pare-brise et maugréant, je n'ai aucun mal à me le remémorer, dix-huit ans plus tôt, à Brcko. À l'époque, il était un jeune capitaine chargé de conduire sur le front les équipes de télévision étrangères. Il avait installé ses bureaux dans une maison particulière à l'abandon, un peu en retrait de la route défoncée par laquelle entrait en Bosnie toute l'aide militaire et logistique qu'envoyait Belgrade. Brcko venait d'être repris, ouvrant un corridor vers les Serbes de Bosnie. Les convois se succédaient nuit et jour sur cette route, et même en retrait, la maison de Jovo tremblait sur ses fondations. Il était un des rares officiers serbes à parler plusieurs langues, dont le russe et le français.
- Et qu'est-ce que tu feras en Russie ?
- La même chose qu'aujourd'hui. Des affaires.
- Des affaires de quoi, Jovo ?
- Eh, je ne vais pas t'expliquer ça ce soir.
Maintenant, nous sommes immobilisés à un carrefour, sous un réverbère dont la lumière jaune baigne l'habitacle. Il ne passe qu'une voiture de temps en temps dans un nuage de bruine. Le bruit des essuie-glaces couvre le ronflement feutré du moteur. Jovo cherche son téléphone et je peux entendre l'air siffler dans ses larges narines. (...)


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