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.. Tais-toi et meurs

Couverture du livre Tais-toi et meurs

Auteur : Alain Mabanckou

Date de saisie : 12/10/2012

Genre : Policiers

Editeur : la Branche, Paris, France

Collection : Vendredi 13

Prix : 15.00 €

ISBN : 9782353060559

GENCOD : 9782353060559

Sorti le : 13/09/2012

  • Le courrier des auteurs : 04/09/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Né au Congo-Brazzaville, j'ai passé mon enfance dans la capitale économique de ce pays, Pointe-Noire, je suis arrivé en France à l'âge de 20 ans pour poursuivre des études de droit. Je les ai faites jusqu'au troisième cycle. Je me suis plutôt tourné vers la littérature, et j'ai publié plusieurs romans, des essais et de la poésie. J'enseigne aujourd'hui la littérature à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).

2) Quel est le thème central de ce livre ?
"Tais-toi et meurs" est un roman "noir" qui regarde autrement la France à travers la défenestration d'une blonde dans un quartier du 18ème arrondissement de Paris. Tout laisse à penser que le Noir près duquel la blonde est tombée est l'auteur de cette tragédie puisqu'il disparaît et fait désormais la une des journaux français.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Je prendrais celle de la page 15 du roman :
"A vrai dire j'ai toujours eu peur du sang, et cette phobie a créé en moi un comportement que certains taxeraient de risible s'ils ne s'en tenaient qu'à ce qu'ils ont entendu au sujet de cette affaire de la rue du Canada."

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Probablement "Quand on arrive en ville" de Michel Berger, interprétée par Daniel Balavoine.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir que j'ai éprouvé dans l'invention de l'histoire et son déroulement.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'ai ce qu'on appelle une "playlist" très variée qui va de Brassens, Sam Cooke, Aretha Franklin ou encore des classique de musique congolaise comme Franco, Zaïko Langa Langa etc. Ces musiques me permettent d'installer un univers et de permettre aux phrases de s'embrasser harmonieusement.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
J'attends toujours que les choses viennent. Il arrive que je reste trois mois sans écrire une ligne puis, tout d'un coup, je m'y mets sans discontinuer pendant les trois mois suivants parce que j'ai écouté de la musique, entendu des conversations ou subi quelque chose d'insolite dans mon existence.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Je crois que c'est par la solitude, étant fils unique je devais trouver des moyens de m'évader, d'inventer un monde peuplé de personnages et dans lequel je me sentirais entouré. Je n'ai pas choisi d'écrire, et je crois même que j'ai commencé à écrire sans le savoir en me confiant à un personnage imaginaire qui me comprendrait, et ce personnage est aujourd'hui devenu le lecteur...

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
J'ai beaucoup lu les bandes dessinées - en particulier Zembla et Blek le Roc, puis j'ai découvert Le Petit Prince qui m'a émerveillé. Le vrai choc est venu à la lecture de "Cent ans de solitude" de Gabriel Garcia Marquez.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Je crois que si je le savais, cela me paralyserait dans mon travail. J'aime avoir l'impression que ce que je fais est inutile afin de me conforter à l'idée que je le fais pour ma passion et non dans un intérêt et un but précis.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Quand j'arrive dans un lieu je cherche d'abord une librairie, même si ce n'est pas pour acheter un livre. Cela me permet de voir comment cette cité lit et qu'est-ce qu'elle lit. Et puis c'est l'endroit de l'immortalité : à la différence des hommes qui disparaissent dans un cimetière, les personnages des romans vivent éternellement grâce à la librairie...


  • Les présentations des éditeurs : 04/09/2012

Quittant le Congo, Julien Makambo arrive en France sous le nom de José Montfort. Il est accueilli à Paris par Pedro, figure de proue du milieu congolais de la capitale. Sapeur à la pointe des tendances et «homme d'affaires» au bras long, Pedro prend Julien sous son aile et l'initie au monde des combines souterraines. Les affaires tournent, Julien a la vie belle et festive... jusqu'à ce vendredi 13 maudit, où il se retrouve malgré lui mêlé à la défenestration d'une jeune femme. En prison, il écrit son histoire, celle d'un jeune homme confronté à son destin : Makambo en lingala signifie «les ennuis». Et face aux ennuis, une règle d'or règne ici en maître : Tais-toi et meurs.

Alain Mabanckou est né en 1966 à Pointe-Noire (Congo-Brazzaville). Romancier, poète et essayiste, il obtient le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs, le Prix des cinq continents de la Francophonie et le Prix du livre RFO en 2005 pour Verre cassé, ainsi que le prix Renaudot en 2006 pour Mémoires de porc-épic (parus au Seuil). En 2010, il publie Demain j'aurai vingt ans chez Gallimard, réédité en Folio avec une préface de J.M.G. Le Clézio. Alain Mabanckou vient d'être récompensé par l'Académie Française pour l'ensemble de son oeuvre (Grand Prix de littérature Henri Gal, 2012).



  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 11 octobre 2012


Alain Mabanckou s'essaie au polar avec Tais-toi et meurs, une plongée efficace dans le monde des Noirs, depuis Château-Rouge jusqu'à Montreuil, où l'on suit les périples de José Montfort, de son vrai nom Julien Makambo - mot qui, en lingala, signifie « les ennuis ». Ce Congolais de Brazzaville qui a peur du sang est accusé à tort du meurtre d'une blonde retrouvée morte un vendredi 13, au pied d'un immeuble, rue du Canada...
L'auteur de Verre cassé et du Sanglot de l'homme noir possède son sujet sur le bout des doigts avec l'art et la manière de nous tenir en haleine tout en nous apprenant beaucoup sur la vie de la « communauté » africaine à Paris.


  • Les courts extraits de livres : 04/09/2012

Appelez-moi «José Mon fort»

Je m'appelle Julien Makambo. Pendant les semaines qui ont suivi mon arrestation, et même bien avant, lorsque j'étais encore en cavale, ma tronche et mon autre nom, José Montfort, ont occupé la une de la plupart des journaux de France et de Navarre. Dans notre langue du Congo-Brazzaville, le lingala, Makambo signifie «les ennuis». J'ignore ce qui avait piqué mes parents pour m'attribuer un tel nom qui n'est d'ailleurs pas celui de mon défunt père, encore moins celui d'un proche de la famille. Je suis maintenant convaincu que le nom qu'on porte a une incidence sur notre destin. Si ce vendredi 13 je ne m'étais pas rendu au restaurant L'Ambassade avec Pedro pour rencontrer celui qu'il qualifiait alors de «type très important» venu de Brazzaville, je ne serais peut-être pas en détention provisoire depuis un an et demi dans cette cellule de Fresnes. Mais voilà, lorsqu'on s'appelle Makambo les choses ne sont pas aussi simples.

*

Quand on vient me tirer de la cellule pour les interrogatoires devant le juge d'instruction ou pour les entretiens avec mon avocat commis d'office, j'ai presque envie de demander aux gardiens pourquoi ils sont aussi nombreux à m'entourer, comme si j'étais ce célèbre Guy Georges, le meurtrier qui sévissait dans l'Est de Paris, qui violait, puis tuait certaines femmes dans les parkings. Je ne suis pas non plus un de ces tueurs en série qu'on voit dans les films américains et qui sont emprisonnés à AJcatraz. Ceux-là sont surveillés sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et on ne les libère jamais, pas question de les voir recommencer leur entreprise maléfique de destruction du genre humain - ce que d'ailleurs ce Guy Georges faisait chaque fois qu'il sortait de prison. Je cite ce nom parce qu'un détenu d'une des cellules du fond du couloir m'a laissé entendre un jour que je ressemblais à ce criminel et qu'avec ma tête «bizarre» - je reprends son mot -même un aveugle dirait sans risque de se tromper que je suis un tueur-né, un tueur de la trempe de ceux qu'on voit dans les fdms. Des propos de ce genre m'horripilent évidemment. Les gens sont trop influencés par le cinéma et ignorent qu'en général, dans ces fictions, on prend un fait divers qui a marqué le pays, on tire sur les ficelles, on ajoute de la musique pour l'ambiance, et on nous montre une famille de classe moyenne dans un quartier tranquille avec des enfants aussi beaux que les nôtres. Dans un flash-back en noir et blanc, on nous apprend que le criminel en question a eu une enfance difficile, qu'il a commencé par dépecer les rats et les écureuils dans le jardin de ses parents avant de transposer ses pulsions criminelles sur la société. Ce vilain personnage de cinéma s'introduit par l'arrière de la résidence, il entre dans le salon pendant que la famille dort profondément et se livre à un carnage avec une froideur de robot bien programmé. Après sa besogne, il disparaît, mais reprend vite son activité diabolique dans un autre quartier, laissant aux policiers désemparés quelques indices qu'on n'arrivera à recouper que quelques mois, voire quelques années plus tard.
Moi je ne suis pas de ce monde-là. Ma vie n'est pas une fiction, et mon histoire relève bien de la réalité.
(...)


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