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Auteur : Eugen Ruge
Traducteur : Pierre Deshusses
Date de saisie : 13/12/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Editions les Escales, Paris
Prix : 22.95 €
ISBN : 978-2-36569-012-6
GENCOD : 9782365690126
Sorti le : 23/08/2012
Pour son premier roman, salué par la presse allemande et lauréat du Deutsch Buchpreis 2011, Eugen Ruge nous raconte l'histoire d'une famille est-allemande des années 1950 et 2000 et à travers quatre générations.
Pas l'"Ostalgie" pour ce livre mais une fresque familiale où les personnages doivent jouer avec l'Histoire.
Les grands-parents reviennent en Allemagne au début des années 1950 après un exil au Mexique et avec la volonté de reconstruire un état socialiste. Le père a connu des années de déportation dans un goulag de Sibérie et le fils ne pense qu'à une chose, passer à l'Ouest.
Un roman sans concession sur la RDA et surtout le portrait de personnages à la lumière du communisme qui décline...
1) Qui êtes-vous ? !
Un traducteur.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La RDA telle qu'on ne la connaît pas.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Elle se rappela qu'il y a très longtemps, quand ses mains étaient encore jeunes et délicates comme celles de son petit-fils Markus, une voyante lui avait prédit son avenir en lisant dans ses mains délicates où presque rien n'était encore imprimé, et elle lui avait prédit la prospérité et le bonheur - et c'était bien ce qui était arrivé."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"Mexico lindo y querido" par Jorge Negrete
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'étonnement.
Odyssée familiale magistrale et voyage passionnant à travers l'histoire contemporaine, ce premier roman brillant, drôle et émouvant a créé l'événement outre-Rhin, où il a été couronné par le Deutscher Buchpreis, avant de conquérir la scène littéraire internationale. Splendeur et décadence d'une famille russo-allemande des années cinquante à nos jours.
Berlin, 2001. Incurable. Suite à ce diagnostic, Alexander part au Mexique, un rêve d'enfant nourri par les récits nostalgiques de sa grand-mère. Pourtant, en 1952, celle-ci a tout fait pour mettre fin à son exil et rentrer participer à la construction de l'Etat socialiste en Allemagne.
Le père d'Alexander aussi est revenu plein d'espoir de Sibérie, avec son épouse russe qui ne maîtrisera jamais la langue de Goethe et sa belle-mère qui ne se défera pas de ses bocaux de cornichons.
Alexander, lui, se sent vite à l'étroit en RDA. Jusqu'à la fête célébrant les 90 ans du patriarche communiste, alors que le Mur est sur le point de s'effondrer, où tous ces destins vont se croiser, s'affronter, se rencontrer ou se séparer...
De Mexico à Berlin en passant par Moscou, les voix de quatre générations s'entremêlent pour dire l'histoire d'un monde, dune famille, d'une vie, quand la lumière des idéaux décline.
«Une lecture qui a fait tomber la pipe de Günter Grass. Remarquable !»
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Né dans l'Oural en 1954, Eugen Ruge est mathématicien de formation. En 1988, il décide de passer à l'Ouest et, depuis la Chute du Mur, il travaille essentiellement pour le théâtre et la radio comme auteur et traducteur. Il s'est inspiré de l'histoire de sa famille pour écrire son premier roman, Quand la lumière décline.
http ://www.youtube.com/watch ?v=L8psLDc7Uk8
La magie du premier livre d'Eugen Ruge, couronné du prestigieux Deutscher Buchpreis et vendu à plus de 350 000 exemplaires en Allemagne, est de faire naître des atmosphères fortes tout en esquissant l'histoire intime de l'Allemagne de l'Est...
Mathématicien de formation passé à l'Ouest en 1988, Eugen Ruge est devenu auteur et traducteur ; il a écrit ce premier roman à 57 ans en s'inspirant de sa propre histoire et de celle de sa famille. Sans jamais juger ses personnages, l'écrivain livre leur vision et leur sensibilité avec émotion et humour - parfois grinçant. Relatée par chacun des protagonistes (sauf Alexander), la journée du 1er octobre 1989, anniversaire des 90 ans de Wilhelm et fil rouge du roman, compte les passages les plus drôles et les plus acérés, quand tout vacille, à un mois de la chute du mur de Berlin.
Il y a de la mathématique dans la construction, une rigueur chaude dans le style et peut-être aussi, dans l'émotion, l'humour désespéré du légiste penché sur sa propre existence. Plus qu'une énième histoire d'Ostalgie écrite par un Allemand de l'Est à l'automne de sa vie, Eugen Ruge signe un livre universel sur le temps qui s'enfuit. Des éclairs littéraires qui illuminent, au couchant, cette boutade mélancolique du biologiste Jean Rostand : «Ce n'est pas le temps qui passe. C'est nous.»
" Quand la lumière décline " revient sur la RDA et sa fin. Un thème obsédant outre-Rhin - et, surtout, autobiographique pour Eugen Ruge, son auteur...
Roman familial, Quand la lumière décline est aussi un roman de son temps, à tous points de vue. Sur trois générations, la famille Umnitzer dit une certaine histoire allemande, qui passe même par le Mexique et la Sibérie, et dont l'année 1989 constitue l'aboutissement et le renversement. Intellectuels et militants communistes (avec plus ou moins de ferveur), les Umnitzer vivent le déclin de la République démocratique d'Allemagne...
Texte de son temps, presque une génération après la chute du Mur et la réunification allemande, Quand la lumière décline n'abandonne pas ses ambitions littéraires en cours de route. A égale distance de l'autobiographie, de la reconstitution historique et du roman familial, Eugen Ruge propose au lecteur une architecture romanesque complexe, habile, aux lignes claires et profondes.
2001
Alexander
Deux jours durant, il est resté allongé sur son canapé en peau de buffle, comme mort. Puis il s'est levé, s'est douché abondamment pour éliminer toute trace d'odeur d'hôpital, et il s'est mis en route pour Neuendorf.
Il a pris l'autoroute A 115 comme d'habitude. A regardé le monde. A vérifié s'il avait changé. Et - avait-il changé ?
Les voitures lui paraissaient plus propres. Plus propres ? Plus colorées d'une certaine façon. Plus idiotes.
Le ciel était bleu. Quoi d'autre !
L'automne était arrivé en douce, sans prévenir. Piquant les arbres de quelques taches jaunes. On était passé en septembre. Et, si on l'avait laissé partir samedi, on devait être aujourd'hui mardi. Il avait perdu la notion du temps au cours des derniers jours.
Neuendorf disposait depuis peu d'une sortie d'autoroute - «depuis peu», cela voulait toujours dire pour Alexander : depuis la chute du Mur. On arrivait ainsi directement dans la Thälmannstraße (qui n'avait pas changé de nom). La rue avait été goudronnée, avec des bandes cyclables marquées en rouge de part et d'autre de la chaussée. Immeubles récemment rénovés et isolés de façon thermique selon une quelconque norme européenne. Constructions récentes qui ressemblaient à des centres nautiques : on appelait ça des «maisons de ville».
Mais il suffisait de tourner une fois à gauche et de longer quelques centaines de mètres la courbe du Steinweg, puis d'obliquer encore une fois à gauche - ici, le temps semblait s'être arrêté : rue étroite avec des tilleuls. Trottoirs pavés et bossues par les racines. Barrières en bois pourri où couraient des punaises rouges. Au fond des jardins, derrière des herbes hautes, les fenêtres sans vie de maisons dont on se disputait la rétrocession dans de lointains cabinets d'avocats.
L'une des rares maisons à être encore occupées ici : le 7 du Fuchsbau. Mousse sur le toit. Lézardes sur la façade. Les buissons de sureau touchaient déjà la véranda. Et le pommier que Kurt avait toujours taillé lui-même poussait à tort et à travers, fouillis hirsute se dressant vers le ciel.
Le «repas à domicile» était déjà posé sur le poteau de la clôture, dans son emballage isolant. La date de mardi inscrite dessus confirmait ce qu'il s'était dit. Alexander prit la boîte et entra dans le jardin.
Bien qu'il ait une clef, il sonna. Pour voir si Kurt allait ouvrir. Peine perdue ! De toute façon, il savait que Kurt n'ouvrirait pas. Mais il ne tarda pas à entendre le grincement familier de la porte du couloir ; et lorsqu'il regarda par le fenestron, il aperçut la silhouette de Kurt - tel un fantôme - dans la pénombre du vestibule.
- Ouvre ! lança Alexander.
Kurt s'approcha en faisant de grands yeux ronds.
- Ouvre !
Mais Kurt ne bougeait pas.
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