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Auteur : Amin Maalouf
Date de saisie : 03/12/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 22.00 €
ISBN : 978-2-246-77271-2
GENCOD : 9782246772712
Sorti le : 05/09/2012
Au Liban, Adam croit avec ses amis en un monde meilleur. Alors que son pays est en guerre, il décide de partir en France tandis que d'autres ont décidé de rester. Un jour, il apprend qu'un de ses anciens meilleurs amis va mourir. C'est pour lui l'occasion de revenir au pays et de savoir ce que ses amis sont devenus.
Un roman magnifique, superbe, les mots ne sont pas trop forts pour dire à quel point ce roman d'Amin Maalouf est un condensé d'humanité et de tolérance. Patrie, religion, politique, Amin Maalouf a écrit un roman universel qui devrait parler à tout le monde.
Adam a quitté son pays depuis plusieurs décennies. À l'époque lui et ses amis étaient jeunes, pleins d'espoir et d'idéaux. Puis la guerre a éclaté... Certains sont restés, d'autres sont partis. Tous ont pris des chemins différents.
A l'occasion de la mort de l'un d'eux, Adam retourne sur sa terre natale et entreprend de réunir les anciens camarades.
De nombreuses questions ressurgissent alors : fallait-il partit ? fallait-il rester ? se battre ? oublier ?
Sans jamais nommer le pays (que l'on reconnaît aisément) Maalouf réussit le pari d'écrire un magnifique roman universel sur l'exil, le déracinement, la nostalgie et les amitiés retrouvées. Il nous fait partager un bout de sa vie et de ce pays dans une écriture limpide.
Pour moi, un des plus beaux romans de la rentrée !
On s'attend à lire beaucoup de descriptions sur le Liban "d'avant-guerre", pays du lait et du miel à la douceur levantine. Il s'agit plutôt de réflexions sur l'état de ce pays, les raisons de ses guerres, les souvenirs d'étudiants amis confrontant leurs idées et cela ramène beaucoup à l'état du monde actuel.
Un très bon roman, un peu didactique, de lecture facile mais profonde. SUPERBE !
1) Qui êtes-vous ? !
Amin Maalouf, écrivain, né au Liban, vivant en France. J'ai publié des romans, des essais, des livrets d'opéra. «Les désorientés» est mon quatorzième livre et mon huitième roman.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est l'histoire d'une bande d'amis que la guerre a dispersée. Chacun a suivi sa voie, en fonction de ses choix comme des hasards de la vie. L'un d'eux cherche à les réunir une dernière fois...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Et quand viendra mon tour, je tomberai comme un tronc, sans avoir plié, et en répétant à qui voudra l'entendre : «C'est moi qui ai raison et c'est l'Histoire qui a tort !»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'un des personnages principaux de ce roman, une hôtelière prénommée Sémiramis, a une très belle voix et elle chante souvent. Son répertoire comprend des chansons venues d'Italie, de Grèce, de France, d'Égypte, d'Irak, de Russie et d'ailleurs. Ces musiques ont été celles de ma jeunesse et elles reflètent bien l'esprit de mon livre.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais raconter la trajectoire de chacun des amis retrouvés ou perdus ; et, à travers eux, un pays, une région, une génération, une époque - la nôtre.
6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Je n'écris pas en musique, et je déteste commencer ma journée par la sonnerie d'un réveille-matin. Mais je me lève d'ordinaire assez tôt ; je m'enferme chaque jour dans mon petit bureau pour écrire jusqu'au milieu de l'après-midi ; puis je sors, je referme la porte, et j'essaie de ne plus penser à mon livre jusqu'au lendemain.
7) Comment vous vient l'inspiration ?
Dès que je relis les dernières lignes que j'ai écrites la veille, la phrase suivante me vient spontanément. L'inspiration commence par une association d'idées, ou d'images. Ou encore, tout simplement, par une association de mots.
8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Mon père était poète et journaliste. Je l'ai toujours vu écrire. Pour moi, «écrire» et «travailler» ont toujours été synonymes. Ce qui s'est décidé plus tard, au fil des ans, c'est la langue dans laquelle j'allais écrire, en l'occurrence le français ; ce sont les genres littéraires ; et c'est aussi le fait de me consacrer entièrement à mes livres, chose qui me paraissait très improbable au commencement de ma vie active.
9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Chronologiquement, le premier émerveillement m'est venu des «Voyages de Gulliver», de Jonathan Swift. Il y a eu aussi, à peu près à la même époque, «Le Prince et le pauvre» de Mark Twain, puis «Fouché» de Stefan Zweig et «L'Étranger» d'Albert Camus. Et, un peu plus tard, «Fondation», d'Isaac Asimov, «La mort d'Ivan Ilitch» de Léon Tolstoï, et «Les Buddenbrook» de Thomas Mann...
10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Le rôle d'un écrivain est de transcender la réalité quotidienne et d'imaginer, pour ses contemporains comme pour leurs descendants, un avenir différent. Il doit essayer de comprendre, puis d'expliquer, dans quel monde nous vivons, d'où nous venons, où nous allons et où nous devrions aller. Pour cette raison, les tyrannies haïssent l'imaginaire et tous les pouvoirs établis s'en méfient.
11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
J'ai toujours trouvé du plaisir à m'oublier dans une librairie. Il m'arrive même, quand je suis en voyage, de passer des heures à feuilleter des livres dans une langue que je ne comprends pas. Lorsque j'avais huit ou neuf ans, je lisais beaucoup et j'étais terrorisé à l'idée qu'un jour, j'irais voir mon libraire et qu'il me dirait : «c'est fini, je n'ai plus aucun nouveau livre, tu les as tous lus.» Mais cette angoisse d'enfant s'est révélée passagère, hélas...
«Dans Les désorientés, je m'inspire très largement de ma propre jeunesse. Je l'ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur. Et même si aucun des personnages de ce livre ne correspond à une personne réelle, aucun n'est entièrement imaginaire. J'ai puisé dans mes rêves, dans mes fantasmes, dans mes remords, autant que dans mes souvenirs.
Les protagonistes du roman avaient été inséparables dans leur jeunesse, puis ils s'étaient dispersés, brouillés, perdus de vue. Ils se retrouvent à l'occasion de la mort de l'un deux. Les uns n'ont jamais voulu quitter leur pays natal, d'autres ont émigré vers les États-Unis, le Brésil ou la France. Et les voies qu'ils ont suivies les ont menés dans les directions les plus diverses. Qu'ont encore en commun l'hôtelière libertine, l'entrepreneur qui a fait fortune, ou le moine qui s'est retiré du monde pour se consacrer à la méditation ? Quelques réminiscences partagées, et une nostalgie incurable pour le monde d'avant.
A. M.
Amin Maalouf est l'auteur d'une importante oeuvre romanesque.
"Naître, c'est venir au monde, pas dans tel ou tel pays, pas dans telle ou telle maison ", écrit Adam, le personnage central des Désorientés, d'Amin Maalouf, au début du carnet qu'il a commencé à tenir dans l'avion pour son pays natal, délaissé des décennies auparavant. Pourtant, rien ne peut faire qu'il n'y soit né, qu'il n'ait vécu dans cette maison qu'il s'apprête à revoir, auprès de ces gens qu'il est parti retrouver. Quel que soit son besoin de justifier son abandon, il est de cette terre du Levant, de ce Liban que Maalouf ne nomme jamais, comme s'il s'estompait, perdu au loin dans le souvenir, et pourtant obsédant, sans cesse réveillé par la nostalgie ou le remords. Le monde n'est la patrie d'Adam que lorsqu'il veut oublier sa hantise pour sa patrie réelle. Mais sa hantise, c'est lui-même.
Amin Maalouf a eu raison d'abandonner provisoirement la rédaction d'essais pour revenir au roman. Avec Les Désorientés, il démontre qu'il n'a pas perdu la main du conteur franco-oriental, et que les sentiments et les idées qui agitent son coeur et sa tête d'exilé libanais s'incarnent parfaitement dans des personnages puisés dans sa mémoire, revus et augmentés par son imagination.
Il y a des romans qui continuent de résonner fort en vous longtemps après que vous les ayez fermé. Les Désorientés d'Amin Maalouf est de ces livres-là. On garde à l'esprit des phrases entières...
Dans les 520 pages du roman, le mot Liban n'est jamais prononcé, ni Beyrouth, car là n'est pas l'essentiel, et c'est l'universalité de ces destins qui prédomine. Les Désorientés, superbe titre, est un projet de vaste ampleur - brosser le portrait d'une génération de désenchantés. Depuis Léon l'Africain ou Le Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993) ou ses essais Les Identités meurtrières ou Le Dérèglement du monde, on savait Amin Maalouf habitué à mener ce genre de projet en grand conteur.
En puisant dans sa propre histoire, il parvient à capter ce qui se déroule dans la tête d'un exilé, qui songe constamment à ses origines, à ceux qu'il a connus et laisse très souvent (parfois très inconsciemment) son passé le hanter. Même la notion de «chez-soi» ne fait pas pleinement sens pour un exilé. La seule chose qui demeure, au fond, c'est la nostalgie pour un moment indéniablement disparu, pour un territoire dont on s'est éloigné. Amin Maalouf, qui vit en France tout en regardant constamment vers le Liban pour y trouver son inspiration, a été reçu en juin dernier à l'Académie française. Par un beau hasard, il l'a été au fauteuil qu'occupait Claude Lévi-Strauss, qui aura lui aussi passé une grande partie de sa vie à regarder vers l'étranger pour écrire ses livres et tenter de comprendre le monde.
A travers une histoire simple, Amin Maalouf explore le drame du retour sur sa terre natale...
La grande vertu de ce beau roman est de donner à la guerre une fibre humaine, de découdre le tapis libanais pour en démonter les noeuds et en détacher les fils. Oeuvre douloureuse, où des fragments de douceur de vivre se mêlent à une amertume infinie. Entre le Stefan Zweig du Monde d'hier et le Maurice Barrès des Déracinés, notre académicien levantin nous entraîne dans les méandres de l'exil, du repentir et du retour impossible. Aucun répit pour l'âme de celui qui a perdu son pays, sauf le repos éternel.
Jeudi, en s'endormant, Adam ne pensait pas que le lendemain même il s'envolerait vers le pays de ses origines, après des lustres d'éloignement volontaire, et pour se rendre auprès d'un homme à qui il s'était promis de ne plus adresser la parole.
Mais l'épouse de Mourad avait su trouver les mots imparables :
"Ton ami va mourir. Il demande à te voir."
La sonnerie avait retenti à cinq heures. Adam avait saisi son téléphone à l'aveuglette, appuyé sur l'une des touches éclairées, répondu "Non, je t'assure, je ne dormais pas", ou quelque autre mensonge de cet ordre.
Son interlocutrice lui avait dit ensuite : "Je te le passe."
Il avait dû retenir son souffle pour écouter celui du mourant. Et, même ainsi, il avait deviné ses paroles plus qu'il ne les avait entendues. La voix lointaine était comme un bruissement d'étoffes. Adam avait dû répéter deux ou trois fois "Bien sûr" et "Je comprends", sans rien comprendre ni être sûr de rien. Quand l'autre s'était tu, il lui avait adressé un prudent "Au revoir !" ; il avait prêté l'oreille quelques secondes de plus pour vérifier que l'épouse n'avait pas repris l'appareil ; puis il avait raccroché.
Il s'était tourné alors vers Dolorès, sa compagne, qui avait allumé la lumière et s'était assise dans le lit, adossée au mur. Elle donnait l'impression de peser le pour et le contre, mais son opinion était faite.
"Ton ami va mourir, il t'appelle, tu ne peux pas hésiter, tu y vas."
"Mon ami ? Quel ami ? Cela fait vingt ans qu'on ne se parle plus !"
De fait, depuis tant d'années, chaque fois qu'on mentionnait devant lui le nom de Mourad et qu'on lui demandait s'il le connaissait, il répondait invariablement : "C'est un ancien ami." Souvent ses interlocuteurs supposaient qu'il avait voulu dire un "vieil ami". Mais Adam ne choisissait pas ses mots à la légère. Mourad et lui avaient été amis, puis avaient cessé de l'être. "Ancien ami" était donc, de son point de vue, la seule formulation adéquate.
D'ordinaire, lorsqu'il employait cette tournure devant elle, Dolorès se contentait d'un sourire compatissant. Mais ce matin-là, elle n'avait pas souri.
"Si je me brouillais demain avec ma soeur, est-ce qu'elle deviendrait mon 'ancienne' soeur ? Et mon frère, mon ancien frère ?
Avec la famille, c'est différent, on n'a pas le choix..."
"Là non plus tu n'as pas le choix. Un ami de jeunesse, c'est un frère adoptif. Tu peux regretter de l'avoir adopté, mais tu ne peux plus le désadopter."
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