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Auteur : Cécile Guilbert
Date de saisie : 30/11/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 18.00 €
ISBN : 978-2-246-74661-4
GENCOD : 9782246746614
Sorti le : 22/08/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Une romancière et essayiste française vivant à Paris, auteur, notamment, de "Saint-Simon ou l'encre de la subversion" (Gallimard, 1994), "Le Musée national" (Gallimard, 2000), "Warhol Spirit" (Grasset, 2008, prix Médicis de l'essai), "Sans entraves et sans temps morts" (Gallimard, 2009). J'ai aussi cosigné "Animaux & cie" (Grasset, 2010), livre de photographies de mon mari Nicolas Guilbert, devenu le personnage principal de "Réanimation".
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Comment l'amour, l'espérance ainsi qu'un certain usage du temps, parviennent à vaincre en beauté l'hydre de l'angoisse, de la mélancolie et de la mort.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Je mesure combien la tristesse est étroite et la joie spacieuse."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"Les Quatre saisons" de Vivaldi, à condition qu'elles commencent par l'automne et se terminent par l'été ! Car si "Réanimation" se déroule pendant quelques semaines de printemps, sa "météorologie existentielle" va de l'assombrissement à la remontée vers la plus grande luminosité.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Mon énergie, ma joie d'être vivante, mais aussi les pensées, les sentiments et les sensations que "Réanimation" met en scène, s'il est vrai qu'à travers l'expression d'une singularité la littérature parle au coeur et à l'âme de chacun, visant toujours à l'universalité.
«Blaise vient de fêter ses cinquante printemps. Quelque chose en lui refuse-t-il de naître ? de céder ? de s'ouvrir ? Une délivrance ? une douleur ? un remords ? Peut-être. Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout.»
La narratrice et Blaise, mariés, vivent comme des adolescents, des Robinson parisiens, artistes accrochés l'un à l'autre, insouciants. Jusqu'au jour où Blaise est foudroyé par une infection rare, la «cellulite cervicale», nécrose parfois mortelle des tissus du cou. Hospitalisé d'urgence à Lariboisière, Blaise se mue du jour au lendemain en «homme-machine» plongé dans le coma. Alors la peur s'installe. De le perdre. De voir le bonheur disparaître. S'installe aussi la curiosité fascinée de la narratrice pour ce service spécial - la «réa» - tandis que son existence se détraque et se ranime elle aussi...
Récit intelligent et sensible, exercice de mise à distance du malheur, méditation d'une grande douceur sur le temps et l'espérance, les pouvoirs de l'art et de la médecine, les pièges de l'image et les sortilèges de l'imagination, le livre de Cécile Guilbert, traversé de mythes et de contes, est aussi - surtout ? - une lettre d'amour à Blaise.
Romancière et essayiste, Cécile Guilbert est l'auteur, aux éditions Grasset, de Warhol Spirit (2008, prix Médicis de l'essai) et de Animaux & Cie (2010), avec Nicolas Guilbert.
Cécile Guilbert veut dire son amour à l'homme qu'elle aime. L'homme n'entend plus. Telle une momie il est enrubanné, figé. La vie semble avoir déserté. Pas pour elle. L'auteur s'épanche sur ce petit carnet, inscrit les émotions, les sentiments, les impressions. L'intime. Elle décrit ce corps, inerte, qu'elle connaît si bien. Ce ne sont que des notes. L'écrivain reprendra cette ébauche quand l'homme sera sorti d'affaire. De cette expérience, elle en sortira un très beau livre. A mi-chemin entre le récit et l'essai philosophique, « Réanimation » permet de comprendre - un peu - l'impuissance de l'un quand l'autre lutte contre la mort. Il nous entrouvre la porte du mystère de cet entre-deux ni mort ni vie, sans voyeurisme aucun ni pathos. L'écriture à la fois poétique et profonde de Cécile Guilbert emporte le récit vers un genre indéfinissable. « Sans doute ne le saura-t-il jamais lui-même mais une chose est sûre, Blaise est un revenant. D'outre-mort, d'outre-vie, d'outre-rien. » Non, le livre de Cécile Guilbert n'est pas un simple « je vous raconte ce que j'ai vécu ». Il est une réflexion poussée sur le réel et l'irréel et sur l'amour évidemment.
Pour son deuxième roman, Cécile Guilbert évoque le coma de son mari foudroyé par la maladie...
L'amour lui permet d'assumer sereinement des sentiments inavouables. Car l'attirail soignant la fascine. Le voyage immobile de Blaise la subjugue. La réanimation, dans son principe et dans sa pratique, excite son intérêt. En d'autres termes, la narratrice est un écrivain. Elle a sous les yeux un matériau littéraire brut. Elle le sait. Elle convoque les auteurs aimés, les fous qui, avant elle, ont exploré ces zones inconnues. Brûle en elle ce feu incandescent pour Blaise nu, malade et désarmé, qui, implicitement, lui offre cette descente en eaux troubles. Il se réveillera, elle aussi. Ils recommenceront. Forts tous les deux d'une expérience rare, celle de la tempête.
Aujourd'hui, quand un livre évoque la maladie ou la mort d'un «proche», quand il parle d'une souffrance ou d'une perte, c'est généralement avec des phrases pauvres, courtes, ennuyeuses, sur un ton d'emphase muette que l'ordinaire du public qualifie en s'extasiant de sobre et pudique. L'idée, c'est que les grandes douleurs, il ne faut surtout pas faire de «phrases» avec. Ne comptons pas sur Cécile Guilbert pour jouer de ce violon d'époque à une corde. Elle n'affiche aucun lys de fausse modestie, aucune syntaxe à profil bas. Elle écrit : «L'habitude est un oripeau qui tombe comme un corset délacé au plus fort de l'étreinte.» Réanimation raconte de quelle façon l'habitude d'être, la sienne, tombe au plus fort de l'étreinte, inattendue et peut-être fatale, de la mort...
Auteure d'essais sur Saint-Simon, Guy Debord et Andy Warhol, mariée avec l'artiste Nicolas Guilbert, cette duchesse baroque au visage lisse et osseux, qui dort huit heures par nuit et qui dans l'épreuve, nous dit-elle, ne perd qu'à peine le sommeil, utilise tout ce que les auteurs qu'elle aime lui ont donné d'intelligence, d'éclat, de ton, tout ce qui lui a permis de construire son propre personnage à travers eux, pour refléter, penser et lutter avec ce qu'elle vit : la littérature est un sport de combat.
La maladie a deux visages. Et, quand elle ne tue pas, sa machine opère en deux temps : un temps de foudre où elle s'abat, détruit, sidère, puis celui, lent comme une germination, beau comme une naissance, où elle réanime l'esprit, puis l'affûte, le fouette, fait sauter son cran de sûreté et, magnifiquement, l'ouvre. Réanimation est le récit de ce passage du foudroiement à l'ouverture...
Mais qu'on n'aille pas croire que son récit est un chant de douleur. On n'aime pas la douleur, on n'aime pas la maladie, disait Marina Tsvetaeva, que je lis en même temps que Cécile Guilbert (les deux lectures s'aiguisant), mais une fois guéri, on bénit la blessure qui nous a fait homme et on essaie d'en restituer, à vif, la trace...
Ainsi délivrée de ce qui d'ordinaire l'englue, sa douleur n'est pas cette eau stagnante où le poète poitrinaire contemple son chagrin, mais une douleur dénouée, tonique, une douleur qui force les portes, change la nuit en jour, réactive l'esprit, le bouscule, et dans sa bousculade bouscule l'écriture.
Voici un très beau livre. Il commence comme un récit traumatologique et se termine comme un roman géographique. On entre à Lariboisière, mais on sort sur la banquise, lors de la fonte des glaces...
Dans une prose cuivrée de moraliste, une femme d'aujourd'hui espère le réveil de son Bel au bois dormant, la résurrection de son amant christique et le retour d'Ulysse. Même si vous ne croyez pas aux miracles, lisez ce livre qui rapproche le ciel de la terre.
Cette année-là, dans les derniers jours de mars, nuits et jours sont de même longueur et quelque chose a lieu.
Est-ce une buée passagère ? un fourmillement sans conséquence ?
La maladie est juste un mauvais rêve, le cauchemar favori des hommes tentés secrètement par la Faucheuse bien qu'ils la redoutent chaque nuit dans leur sommeil, enroulés dans leur drap comme dans leur linceul, étendus sans conscience comme s'ils étaient morts.
Blaise n'est pas de ce bois dont on fait les cercueils.
Dût-il demeurer longtemps alité, jamais ne lui viendrait la tentation de s'halluciner en cadavre. Pas plus qu'il n'aurait, mourant, l'idée de se photographier en gisant pour contempler son image durant son agonie.
Y croit-il seulement, à la mort ?
Vous vivez ensemble depuis vingt ans.
Tu l'as aimé au premier regard, lumière du coup de foudre.
Tu aimes sa générosité, son espièglerie ; tu aimes son humour et par-dessus tout sa grande santé, qui ne vient pas du corps mais de l'appétit de vivre, et son élasticité joueuse, et son énergie.
Cet été-là, des feux d'artifice déchirent le ciel, Paris fait la fête, le Bicentenaire bat son plein mais la Révolution, c'est vous.
Davantage qu'à sa forte tête, trop souvent belliqueuse, tu fais confiance à son corps vif et viril de trente ans. Animé d'une gestuelle si déliée qu'il semble voltiger dans l'espace comme un papillon ivre, un ludion enfourchant l'univers dans sa ruée, tu sais d'instinct que sa vitalité supplantera toutes les baisses de tension (il y en aura), vaincra tous les chagrins.
Quand Aphrodite frappe, l'amour devient l'autre nom de la foi : brusque, soudaine, sans raison ni limites. Puisque Biaise saura être ton frère, ton fils, ton père, ton complice inégalé, et parce que vous y voyez l'occasion de sceller symboliquement l'exception dont n'ont pu se réclamer tous ceux et celles qui jadis et naguère ont fait battre vos coeurs et fondre vos corps, vous vous mariez. Bien décidés à n'avoir jamais d'enfants puisque vous en êtes. Que d'ailleurs Biaise a déjà un fils de six ans et Robert Louis Stevenson raison : les parents qui s'aiment n'engendrent que des orphelins.
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