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.. Dernier royaume Volume 7, Les désarçonnés

Couverture du livre Dernier royaume Volume 7, Les désarçonnés

Auteur : Pascal Quignard

Date de saisie : 10/10/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Collection littéraire

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-246-80065-1

GENCOD : 9782246800651

Sorti le : 12/09/2012

«Avant-dernière boucle de mon pauvre royaume de toutes petites rives», Les désarçonnés est bien le septième chapitre du Dernier royaume, entamé par Pascal Quignard depuis dix ans, composant un ensemble singulier tant par la forme puisqu'il ne s'assigne à aucun genre littéraire que par le fond qui mêle fragments autobiographiques, étymologiques, mythologiques, historiques.

Ce volet s'intercale donc entre La barque silencieuse (tome VI) publié en 2009 et Vie secrète (tome VIII), publié en 1998...

«Tant que titubant je n'ai pas su mes lettres - tant que je n'eus pas l'idée fantastique de me retirer dans la lecture (à l'âge de cinq ans) et d'y perdre l'identité au cours d'un voyage alimentant à son tour un récit de voyage dans fin - je suis resté assis sur la pierre du caniveau de la grand-rue à regarder le Père Français en train de brûler longuement la corne des sabots tandis que l'animal gigantesque branlait du chef et hennissait. J'aimais la puanteur intense et la peur que m'inspirait le volume immense des chevaux de labour des fermes à l'entour ainsi que des deux grands chevaux blancs de mon cousin brasseur de bière. J'aimais les chevaux de trait des Ardennes, énormes, robustes, placides [...] Je suis resté des heures, des heures, des heures, accroupi face au grand travail, les mains sur les genoux nus. Tout travail pour moi est d'abord cet échafaud de bois où s'enfonce un cheval qui regimbe.»

Lire Les désarçonnés de Pascal Quignard c'est faire l'expérience d'une traversée unique, hors temps (en dehors de cette actualité appelée «rentrée littéraire»), s'engager au plus profond d'une forêt tour à tour lumineuse et opaque, risquer de se perdre pour espérer mieux s'y retrouver. Ce rapt - ou ravissement - est à l'image des animaux fascinants qui peuplent ce royaume (chevaux, cerfs, vautours, sangliers, loups..), et figure aussi le coeur même de notre naissance, de nos lectures ainsi que, chez l'auteur, le secret de son écriture et de sa vie : consentir à la chute puis se relever, s'abîmer pour renaître dans le vertige infini de la création. Les exemples de ceux qui tombent de cheval abondent dans l'histoire et la littérature, éclairant peu à peu la métaphore qui n'en est pas moins saisissante de réalité :

«Pour Lancelot, pour Abélard, pour Paul, pour Pétrarque, pour Montaigne, pour Brantôme, pour d'Aubigné etc. ils tombèrent de cheval, ils eurent le sentiment d'avoir glissé dans la mort - mais soudain ils se sentent revenir de l'autre monde. Ils sont revenus dans ce monde. Leurs mains serrent quelque chose. Les écrivains sont deux fois vivants.»

Survivant à la dépression avant d'entamer sa Vita nova (ainsi nomme-t-il Vie secrète qui justifie alors sa place dans Dernier royaume), Pascal Quignard fait ici l'éloge de la renaissance et du retrait, de la solitude originelle et fondamentale, donc du désarçonnement nécessaire au siècle :

«Jacob est forcé de fuir ses frères, Tchouang-tseu s'écarte, Épicure s'écarte, Pline s'écarte, saint Basile s'écarte. Même l'empereur Tibère s'écarte. Les grands mystiques sont les grands désarçonnés, les grands renversés, les grands emprisonnés, les grands excommuniés : Maître Abélard, Maître Eckhart, Hadewijch d'Anvers, Ruysbroeck l'Admirable, Jean de La Croix.»

Tel Montaigne qui compose ses Essais après l' «extase mortelle» de son accident de cheval, il faut repasser par la détresse originaire de la naissance, faire de son vivant l' «expérience» (ex-perire) de la mort et du renoncement pour «se réveiller» (Lucrèce, cité par Montaigne) et survivre. La chute dans la dépression qui amena l'auteur un jour de février à l'hôpital Saint-Antoine, sa rencontre avec la psychanalyse (Freud, Mélanie Klein, Winnicott), ses lectures ininterrompues qui l'ont abondamment inspiré et qu'il cite avec érudition et passion (les Anciens, la philosophie, la religion, les mythes... jusqu'à Georges Bataille qu'il confesse être son écrivain préféré au XXe siècle), tout concourt à considérer Les désarçonnés comme un texte majeur en marge grâce à sa nature composite qui oscille sans cesse entre la théorie et la dimension du conte, à la fois réflexion permanente sur la lecture, l'écriture et tentation de la forme poétique, certains chapitres ou fragments confinant au haïku, ce qui révèle la fascination de Pascal Quignard pour l'esthétique et la philosophie orientale. L'appel au renoncement libérateur, voire à la résurrection ne sont pas sans rappeler les destins des personnages féminins de ses romans, telles Anne dans Villa Amalia ou Claire dans Les solidarités mystérieuses en sont la fabuleuse incarnation.


  • Le courrier des auteurs : 26/01/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Je l'ignore

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Renaître

3) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Parto, ti lascio» de Porpora

4) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La solitude

5) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
En lisant.

6) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Peau d'âne de Charles Perrault

7) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
J'ai été libraire en 1965 et 1966 à Dieppe.


  • Les présentations des éditeurs : 26/01/2013

«Tout mythe explique une situation actuelle par le renversement d'une situation antérieure.
Tout à coup quelque chose désarçonne l'âme dans le corps.
Tout à coup un amour renverse le cours de notre vie.
Tout à coup une mort imprévue fait basculer l'ordre du monde et surtout celui du passé car le temps est continûment neuf. Le temps est de plus en plus neuf. Il afflue sans cesse directement de l'origine. Il faut retraverser la détresse originaire autant de fois qu'on veut revivre.»

Pascal Quignard est né en 1948 à Verneuil-sur-Avre (France). Il est romancier (Le salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde, Terrasse à Rome, Villa Amalia, Les solidarités mystérieuses...). Les désarçonnés est le tome VII de Dernier royaume.



  • La revue de presse François Busnel - L'Express, octobre 2012

De livre en livre, Pascal Quignard n'en finit pas de désarçonner ses lecteurs. Dernier Royaume, la suite littéraire sans équivalent qu'il a débutée après un accident de santé qui manqua lui coûter la vie, s'enrichit d'un septième volume. Sans doute l'un des plus beaux...
Qu'ont-ils donc en commun, ces désarçonnés ? Ils mènent leur vie au grand galop, trébuchent, sont laissés pour morts, se relèvent, se convertissent à une autre vie - une vie faite de mots, d'histoires en eux trop longtemps enfouies. Cavalier désarçonné, à sa manière, celui qui traverse une dépression et se redresse, celui que son corps lâche au seuil d'une vie secrète, celui qui démissionne de toutes ses obligations sociales et mondaines... A condition de se relever. Qu'est-ce, alors, que se relever d'une chute de cheval ? C'est créer, répond Quignard. L'autre nom de la liberté.


  • La revue de presse Patrick Grainville - Le Figaro du 20 septembre 2012

Pascal Quignard place son nouveau livre sous le signe du cerf et des chevaux dont il tire toutes sortes de récits envoûtants. Il puise à toutes les sources : historiques, philosophiques, linguistiques, psychanalytiques, autobiographiques... Avec Les Désarçonnés, il réussit une oeuvre pleine, éclatante...
Quignard développe ici sa critique la plus virulente de l'asservissement. Que de cavaliers guerroyants obéissent au pouvoir qui leur commande tous les crimes. Les pages de tuerie, de torture, de sacrifice sont d'une admirable cruauté dans la ligne d'Artaud et de Georges Bataille...
Cette rudesse radicale est le meilleur de Quignard. La pulsion de mort, le sadisme, le goût du sang, tel est le vieux fond fauve de l'humanité : attaquer, dévorer. Mais, comme dans le monde d'Émile Cioran, la fascination pour l'épopée barbare de la meute est superbement balancée par l'aspiration contraire au détachement mystique, à la solitude délivrée.


  • La revue de presse Patrick Kéchichian - La Croix du 13 septembre 2012

Il ne fait pas école, ne s'adresse pas à des disciples mais à qui veut l'entendre, au passant, au touriste, au premier pékin venu. Le murmure qui sort de sa bouche - qui devient parfois chant, mélopée ou cri - est un discours haché, fragmentaire, et cependant construit, intelligible...
Par cette frappe singulière de son style, il nous fait spectateur du mouvement même de sa pensée, de sa morale et de sa vision du monde. Pas de prosélytisme chez lui, pas de prophétisme : sa noblesse est solitaire, dans «la liesse de l'oubli de soi»...
Jouant des contraires et des oppositions, élaborant à mesure une théorie du langage sans s'y enfermer, il montre une étonnante vélocité de pensée autant que d'expression. Car «toute vraie pensée désarçonne le curieux habitant de l'âme, colonisé par la langue, submergé par le rêve, orienté par la faim, affolé par le désir».


  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 6 septembre 2012

Depuis, les années ont passé et la superficie du «Dernier Royaume», qui ajouterait la monarchie japonaise à l'Empire romain et compte plus de 2400 pages, n'a cessé de s'étendre. Le tome 7 paraît aujourd'hui. C'est sans doute le plus beau, le plus intime, le plus violent, le plus sauvage, aussi. Il y est question de guerres, de tueries, de déportations. Les vautours le disputent aux corbeaux dans des ciels noirs. Filant la métaphore équestre, Pascal Quignard fait ici le portrait de groupe des hommes qui tombent au galop de leur vie. Il rappelle que la chute de cheval est l'occasion d'une renaissance, et que saint Paul, Abélard, Montaigne ou Agrippa d'Aubigné se sont mis à écrire après avoir été désarçonnés. Il tient qu'on ne se grandit pas si l'on n'a pas roulé dans la poussière et que, pour renaître, il faut d'abord avoir failli mourir...
L'auteur du «Nom sur le bout de la langue» sait de quoi il parle. Il a été un enfant mutique, anorexique, à la lisière de l'autisme. Il refusait de parler, d'obéir et de manger, à moins que ce fût dans l'obscurité. Simplement, il voulait mourir.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 12 septembre 2012

De quoi se défait-on lorsqu'ainsi semble vous être donnée la chance d'une «re-naissance», s'interroge l'auteur de Vie secrète ? C'est l'une des réflexions qui courent dans Les Désarçonnés, livre mélancolique mais aussi politique, parsemé d'empreintes de Michel Foucault, bien plus ancré dans l'Histoire qu'il n'y paraît. Déambulation poétique autant que séditieuse, qui interroge longuement l'homme, ce qui en lui demeure d'archaïque ou d'animal, mais aussi, et crûment, les civilisations qu'il a bâties, le déploiement de force, la cruauté sans limites, l'appétit de pouvoir, la guerre comme «la fête humaine par excellence»...
Savant, philosophe, Pascal Quignard ? «Que celui qui me lit ait constamment à l'esprit que la vérité ne m'éclaire pas et que l'appétit de dire ou celui de penser ne lui sont peut-être jamais tout à fait soumis», prévenait-il naguère. L'avertissement vaut pour Dernier Royaume et ces Désarçonnés, où l'on ne saurait dire ce qui, de page en page, relève de l'invention, de l'érudition ou du fantasme méditatif.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, août 2012

Dans le septième volet de la série Dernier Royaume, Pascal Quignard continue d'explorer le mystère du sexe et de la mort, à travers la figure de l'homme tombé de cheval. Magnifique...
A travers ces digressions intenses et épurées sur la mort, le sexe ou la création, Pascal Quignard n'en oublie pas pour autant d'être ouvertement politique (tous les passages sur la guerre en sont la preuve la plus explicite) et jamais son art du collage n'a été à ce point virtuose et impressionnant. Mais, au fond, s'il est quelque chose qu'il tente de saisir dans ses songes, c'est surtout le temps, insaisissable, "cette étrange instance où le néant appelle le vivant". Et inversement.


  • Les courts extraits de livres : 26/01/2013

Il vomissait du sang. Les corbeaux venaient se poser, face à sa fenêtre, sur le toit pointu du pavillon du Louvre. Ils s'y amassaient dans une très grande multitude. Le roi de France éprouvait de la peur devant ces oiseaux qui grouillaient sur les tuiles, qui se poussaient les uns les autres avec leurs ailes pour trouver leur place, qui croassaient, qui graillaient, qui piaillaient, qui hurlaient. Le roi pensait que ces petites têtes luisantes, aiguës, scintillantes, étaient les âmes des morts qui lui faisaient reproche du massacre qu'il avait consenti le jour où la cité entière fêtait la Saint-Barthélemy. S'il restait couché, il avait des suffocations qui débouchaient sur des hoquets de sang. Alors il se levait. Il allait plusieurs fois, chaque nuit, à l'une des fenêtres, regarder si les oiseaux avaient eu la bonne idée de s'enfuir. A vingt-quatre ans il avait l'apparence d'un vieillard. La nuit du 28 mai 1574, dans une des chambres du palais, Ruggieri se fit aider par deux moines. Ils dressèrent un autel. Ils le couvrirent d'un drap noir. Ils placèrent deux chandeliers qui portaient des cierges noirs. Ils allèrent chercher un calice rempli du sang que le roi avait vomi un peu plus tôt dans la soirée. Devant l'autel, tout près de l'autel, ils assirent Charles IX sur un tabouret. Catherine de Médicis s'installa dans un fauteuil à bras, à son côté, et ce fut elle qui donna l'ordre de commencer. Un des moines fit entrer un jeune catéchumène juif. Ruggieri le fit s'agenouiller devant lui. Il lui demande d'ouvrir la bouche et de tendre la langue ; il pose pour la première fois sur la langue du jeune homme l'hostie blanche consacrée ; à peine a-t-il refermé la bouche sur le corps du Seigneur qu'un garde décapite l'enfant à l'aide de son épée. Un moine ramasse la tête ; il la pose sur l'hostie noire devant le calice rempli de sang qui a été placé sur l'autel. Ruggieri dit au roi de France de s'approcher, de pencher sa propre tête vers la bouche de l'enfant (le plus nouveau des Chrétiens, le plus récent des morts), d'approcher son oreille tout près de ses lèvres en le priant de dire ce qui va se passer dans les temps à venir. Après un bref silence les lèvres de la tête coupée exhalent un murmure. Les lèvres de l'enfant disent : «J'y suis forcé» deux fois, de façon distincte, sans que personne comprenne bien la signification de ces paroles. Pourtant, juste après que ces mots ont été dits, le roi de France s'évanouit. Catherine de Médicis s'accroupit au côté de son fils, lui fait humer des sels. Quand il reprend conscience, Charles IX crie, montrant la tête de l'enfant mort : «Qu'on éloigne cette chose de moi !»
Deux jours plus tard, le 30 mai 1574, le roi s'étouffe dans son sang, en gémissant de terreur, tandis que la reine mère le berce.


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