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Auteur : Michaël Ondaatje
Traducteur : Michel Lederer
Date de saisie : 02/11/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.50 €
ISBN : 978-2-87929-818-4
GENCOD : 9782879298184
Sorti le : 23/08/2012
Nous sommes conviés à embarquer sur un paquebot avec un gamin de 11 ans qui va du Sri Lanka vers l'Angleterre inconnue pour rejoindre une mère presque inconnue aussi. Un roman d'initiation par excellence, pensez-vous au départ. Oui, mais pas seulement ! Nous explorons le bateau des soutes aux premières classes, commettons quelques espiègleries, et observons insatiablement les passagers et membres d'équipage, tentant de déchiffrer leurs secrets. Alors, le récit se démultiplie en mille histoires : certaines juste ébauchées conservent leur mystère, d'autres débutent avant le voyage ou se prolongent après. Et puis, il y a le passage du canal de Suez avec ses quais fourmillant d'activités étranges. Nous voyageons au rythme ondoyant du récit qui tantôt s'accélère, tantôt se ralentit, dans le sillage rêveur d'évocations allusives et parfois subtilement sensuelles. Tout pétille, vibre et scintille sur le paquebot d'Ondaatje, le magicien-conteur...
Michael a 11 ans lorsqu'il quitte le Sri Lanka pour retrouver sa mère, installée en Angleterre. Il voyage à bord de Wronsay, un paquebot qu'il n'aura de cesse d'explorer dans tous ses recoins durant les vingt et un jours de ce périple. Car Wronsay est un monde en soi, ou plutôt une collection de micro-mondes qui s'offrent à la curiosité du jeune garçon. Pour lui, ce voyage est un apprentissage au cours duquel il découvre tout ce que les adultes cachent aux enfants. Pour Michael Ondaatje, c'est une ode à la fiction : chaque passager recèle une histoire, chaque personnage appelle un roman.
La Table des autres est comme le second volet d'un autoportrait débuté avec Un air de famille (Éditions de l'Olivier, 1991), dans lequel Ondaatje réinventait son histoire familiale. Aujourd'hui, il en dévoile un épisode fondateur : cette traversée qui lui a peut-être permis de trouver sa place, celle de l'écrivain déchiffrant les mystères.
Né au Sri Lanka en 1943, Michael Ondaatje vit à Toronto. Le Patient anglais, lauréat du Man Booker Prize en 1992 et adapté avec succès au cinéma, a consacré son talent dans le monde entier. Il a également obtenu le prix Médicis étranger pour Le Fantôme d'Anil.
«Ce roman décrit un voyage, celui qui nous mène de l'enfance à l'âge adulte, de la terre natale à un pays autre : c'est Dante traversant les mondes, par un maître de l'art littéraire.»
Annie Proulx
Né au Sri Lanka en 1943, Michael Ondaatje vit à Toronto. Le Patient anglais, lauréat du Man Booker Prize en 1992 et adapté avec succès au cinéma, a consacré son talent dans le monde entier. Il a également obtenu le prix Médicis étranger pour Le Fantôme d'Anil.
Mynah nous dit peu de chose de son enfance à Ceylan. Tout ce qu'on sait, c'est qu'un jour, âgé de 11 ans, il est mis sur un bateau nommé Oronsay pour aller rejoindre sa mère en Angleterre. A bord, il y a deux garçons de son âge, l'infernal Cassius et le doux Ramadhin, il passera ses jours et ses nuits avec eux...
La Table des autres, sixième roman de l'écrivain canado-sri-lankais Michael Ondaatje, est un de ses plus forts. On y retrouve l'élan poétique de sa prose, on y découvre aussi des pages très rares sur cette période de la fin de l'enfance où le jeune humain commence à soupçonner qu'il y a une vie au-delà du présent immédiat.
D'un livre à l'autre, c'est la même quête qui s'orchestre sous la plume d'Ondaatje. Pour retrouver ses propres racines, dans Un air de famille. Pour percer les secrets d'un écrivain aveugle, dans Divisadero...
La Table des autres, son nouveau roman, est aussi l'histoire d'une quête. Celle de la mémoire et de l'enfance, cette enfance enchantée avec laquelle le petit Michael dut rompre lorsque, à 11 ans, il quitta Colombo et s'embarqua sur les océans pour rejoindre sa mère à Londres...
La Table des autres est un superbe roman initiatique, une brève épopée maritime dont Melville et Jules Verne pourraient tenir la barre. Ce que découvre le jeune narrateur sur l'Oronsay, le paquebot qui fend les mers via Aden et Port-Saïd, c'est la magie de l'inconnu, l'ivresse du grand large, des horizons ouverts sur le mystère. Et des personnages si fantasques qu'ils sont autant d'énigmes à décrypter...
Et lorsque l'Oronsay lâchera ses quatre coups de sirène face à la côte anglaise, Michael dira "s'être réinventé". Une métamorphose qui le conduira vers d'autres rivages, ceux de la littérature... Tout en évoquant le temps des migrations et des exils, cette Table des autres décrit donc la naissance d'une vocation. Et raconte comment un gamin de 11 ans, après ces trois semaines qui ressemblent à un rêve, s'est réveillé vêtu d'un habit de lumière : celui que porte aujourd'hui un enchanteur nommé Michael Ondaatje.
Son nouveau livre fait suite à Un air de famille (L'Olivier, 1991, repris en Points). Un "feu d'artifice romanesque" pour Olivier Cohen, "avec fusées éclairantes, feux de Bengale et bouquet final". La Table des autres a pour héros un garçon de 11 ans qui embarque sur le "premier et unique navire de sa vie". Un paquebot, l'Oronsay, avec sept ponts et six cents passagers. Le voyage, qu'il effectue seul, doit le conduire en Angleterre où l'attend sa mère. Le jeune Michael va passer vingt et un jours sur l'eau. Naviguer entre l'océan Indien, la mer d'Arabie, la mer Rouge, le canal de Suez et la Méditerranée...
Oeuvre de fiction à l'étincelant romanesque, La Table des autres réinvente un épisode de la vie de Michael Ondaatje. Ce dernier y est à la fois son jeune héros, l'homme et l'écrivain accompli, dont les souvenirs et l'imagination donnent un livre lumineux et envoûtant.
Il se taisait. Il regarda par la vitre de la voiture durant tout le trajet. Devant, deux adultes parlaient à voix basse. Il aurait pu écouter, mais il n'écoutait pas. Un moment, sur la partie de la route que le fleuve inondait parfois, il entendit l'eau gicler sous les roues. Ils entrèrent dans le Fort et la voiture passa en silence devant le bâtiment de la poste et la tour de l'horloge. À cette heure de la nuit, il n'y avait pratiquement pas de circulation dans Colombo. Ils empruntèrent Réclamation Road, longèrent l'église St. Anthony, et il aperçut, après, les dernières gargotes de coin de rue, chacune éclairée par une unique ampoule. Puis ils arrivèrent dans un vaste espace dégagé, le port, où brillait au loin, le long de la jetée, un ruban de lumières. Il descendit et resta à côté de la chaleur de la voiture.
Il entendait aboyer dans les ténèbres les chiens errants qui rôdaient sur les quais. Presque tout ce qui l'entourait était invisible, sauf ce qu'on distinguait sous la vapeur des rares lanternes à soufre - les débardeurs qui tiraient une procession de chariots à bagages, quelques familles réunies en petits groupes. Tous commençaient à se diriger vers le bateau.
Il avait onze ans quand, ce soir-là, aussi neuf au monde qu'il pouvait l'être, il monta à bord du premier et unique navire de sa vie. On aurait dit qu'une ville s'était greffée à la côte, plus éclairée que n'importe quelle cité ou n'importe quel village. Il gravit la passerelle, le regard fixé sur le parcours de ses pieds - rien devant lui n'existait -, et il continua jusqu'à ce qu'il se retrouve face à la mer et au port plongés dans le noir. Dans le lointain se dessinaient les silhouettes d'autres bateaux dont les lumières s'allumaient. Seul, il respira toutes les odeurs, puis revint vers le bruit et la foule tournée vers la terre. Une lueur jaune au-dessus de la ville. Il avait déjà l'impression qu'un mur se dressait entre lui et ce qui se déroulait là-bas. Les stewards proposaient un cordial et des sandwiches. Après en avoir mangé quelques-uns, il descendit à sa cabine, se déshabilla et se glissa dans sa couchette étroite. À une exception près, à Nuwara Eliya, il n'avait encore jamais dormi sous une couverture. Il n'avait pas sommeil. La cabine étant sous la ligne de flottaison, elle ne possédait pas de hublot. Il trouva un bouton à côté du lit, et quand il le pressa, sa tête et son oreiller furent soudain illuminés par un cône de lumière.
Il ne remonta pas sur le pont jeter un dernier regard ou agiter la main à l'intention des parents qui l'avaient emmené au port. Il entendait chanter et imaginait la lente puis rapide séparation des familles dans l'air vibrant de la nuit. Je ne sais pas, même aujourd'hui, pourquoi il a choisi cette solitude. Ceux qui l'avaient conduit à bord de l'Oronsay étaient-ils déjà partis ? Dans les films, les gens s'arrachent des bras de leurs proches en pleurant, puis le navire se détache de la terre pendant que les passagers s'accrochent aux visages qui s'éloignent, jusqu'à ce qu'ils aient perdu toute netteté.
J'essaie d'imaginer qui était le garçon à bord du navire. Peut-être qu'il n'existe même pas de sentiment d'identité dans cette immobilité nerveuse sur l'étroite couchette, dans cette sauterelle verte ou ce petit grillon, comme si par hasard et sans le savoir, il était entré clandestinement dans l'avenir.
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